Chroniques noires et partisanes

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L’ANGE DU MATIN de Arni Thorarinsson/Métailié noir

« La postière, sourde et sans le sou, tuée à Akureyri, et le capitaliste de Reykjavik, « nouveau Viking » à la tête d’un portefeuille de millions en créances, n’ont aucun rapport. Pourtant le destin fait se croiser leurs chemins lorsque, malgré l’opposition du commissaire de police qui le déteste, Einar enquête pour son journal en perte de vitesse sur la disparition d’une petite fille… »
Encore une fois il ne faut pas lire la quatrième de couverture jusqu’au bout pour se conserver un réel plaisir de lecture tel que l’a certainement voulu l’auteur.Il s’agit de ma troisième rencontre avec cet auteur un peu dans l’ombre du grand écrivain islandais Indridason et le moins que l’on puisse dire c’est que l’élève est en train de rattraper le maître devenu moins systématiquement exceptionnel.

Comme son illustre collègue, Thorarinsson écrit un roman à fortes consonances sociales et s’attaque à la crise qui a secoué le pays comme le reste de la planète mais il la montre sous un angle original, dans la description de la chute d’un flambeur Ölver Margretarson Steinsson pour qui tout se casse la figure du jour au lendemain dans ses affaires comme dans sa vie privée.

C’est aussi un hommage aux gloires du rock n’ roll déchues, oubliées mais qui continuent de vivre, survivre, grâce à ce passé glorieux et des anecdotes inventées, montées en légendes.

C’est surtout, surtout, un roman émouvant, éprouvant, triste comme une Toussaint en Bretagne, sur l’enfance : bafouée, flouée, privée de ses rêves. C’est un très beau roman qui, sous un style léger, au départ, raconte un drame dont certains coupables peuvent aussi être considérés  comme les victimes.

Un roman sur la crise splendide, un livre que vous n’oublierez pas une fois la lecture terminée.

Wollanup.

P.S. : Il y a quand même un sacré problème avec les auteurs islandais : quand ils introduisent un nouveau personnage, on ne sait jamais, avec leurs prénoms, s’il s’agit d’un homme ou une femme. D’ ailleurs, parfois ils en jouent…

 

 

 

LE CRIME HISTOIRE D’AMOUR de Arni Thorarinsson / Métailié noir

Traduction : Eric Boury

 

Arni Thorarinsson est un auteur islandais à qui on doit une série de romans plutôt réussie mettant en scène Einar, un journaliste confronté à tous les maux de la société islandaise actuelle et qui se révèle une alternative de qualité pour les amateurs d’Indridason et de l’Islande puisque ce dernier a dorénavant orienté ses écrits vers le passé et ce n’est pas le prochain, « le lagon noir » sortie en mars, mettant en scène un Erlendur âgé de trente ans qui le démentira. A noter chez Thorarinsson un effroyable et magnifique « l’ange du matin » qui le hisse franchement au niveau de son illustre collègue. Un peu comme Indridason avec « Betty », il quitte son héros, le temps d’un court roman.

« Avant ils étaient heureux, une famille heureuse, et puis ils l’avaient appris et leur vie était devenue un enfer. Ils ont tout caché, surtout pour leur fille, mais se sont engagés à lui parler le jour de ses dix-huit ans. Tous les trois ils ont attendu ce jour et craint son arrivée.

La mère veut, contre vents et marées, tenir sa promesse. Le père doute que la vérité les libère du cauchemar qu’est leur vie.

La fille se révolte, essaie de survivre, de les tenir à l’écart, elle les hait autant qu’elle les aime. Elle vit loin d’eux, entourée d’amis bien intentionnés, qui l’aiment, eux. »

Dix ans plus tôt, un drame s’est produit et a disloqué complètement une famille heureuse et qui avait tout pour continuer à mener une existence paisible. Les parents ont commis un crime en toute innocence et Frida, leur fille de huit ans est partie vivre avec sa grand-mère tandis que les deux époux se séparaient définitivement, l’horreur et la douleur emportant tout.

Et en ce jour d’anniversaire de Frida, les deux parents doivent lui révéler la vérité. Des deux entités du couple agissant maintenant solitairement, l’une est devenue psy reconnu tandis que l’autre est tombée dans le caniveau et vit la vie d’une épave junkie avec tout l’avilissement qui va avec.

Alors, bien sûr à votre charge de découvrir le crime commis par les parents, de les connaître à cette époque tout en affrontant des chapitres cruels montrant de façon poussée l’état de déchéance actuel d’un des personnages démoli par la vie. Il y a des pages et des scènes dans ce roman qui peuvent vous briser le coeur, vous chambouler ou tout simplement vous ennuyer voire vous chagriner comme ce fut mon cas, une fois la lecture très rapide de ce court roman achevée.

Court, c’est vraiment là que le bât blesse parce que l’auteur a choisi de jouer sur l’émotion faisant fi finalement de l’histoire et de la psychologie de ses personnages alors qu’il met un professionnel de cette discipline comme personnage principal. En 140 pages, on passe de l’état initial idéal au moment de la tragédie à la pire existence pour un membre de cette famille sans qu’on nous explique le combat intérieur indicible mené par chacun pendant des années et qui a comme résultat que l’un vit,dix ans plus tard, une existence à nouveau normale alors que pour l’autre, c’est l’enfer à chaque réveil. Rien et quand on connait le talent de Thorarinsson pour radioscoper les personnalités de ses personnages, on peut parler d’un léger foutage de gueule. Créer l’émotion, la répulsion sans aucune réflexion derrière est inhabituel de la part d’un auteur qui a su tant donner, montrer dans « l’ange du matin » surtout quand on tient un sujet franchement original comme celui-ci.

Dommage, car ne restent finalement que les aspects un peu racoleurs d’une histoire qui n’est qu’une ébauche, que le brouillon de ce qu’est d’habitude capable d’écrire Arni Thorarinsson. Très décevant.

Wollanup.

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