Chroniques noires et partisanes

LES DOIGTS COUPÉS de Hannelore Cayre / Métailié Noir.

“En découvrant le squelette d’une femme dans une grotte, la paléontologue n’a pas seulement mis au jour une sépulture vieille de 35 000 ans, mais également la première scène de crime de l’Histoire.

Quelle révélation est allée colporter Oli, cette femme venue du fond des âges, entraînant à sa suite l’humanité dans un chaos irrémédiable ? Qu’a-t-elle voulu nous dire en plaçant l’empreinte de sa main mutilée au centre de cette fresque de la douleur et de l’impuissance ? “Regardez donc ce qu’ils m’ont fait” ; “Regardez, ce qu’ils nous ont fait subir à nous toutes !”

Oli veut être une chasseuse car la chasse est interdite aux femmes. Comme toutes les héroïnes de l’auteur, elle est portée par le même vent de liberté et elle revendique avec une âpre autorité et un humour caustique son droit au bonheur.”

On avait beaucoup aimé, le terme est très faible, les deux derniers romans de Hannelore Cayre La daronne et Noblesse oblige, deux histoires noires qui, dans des péripéties passionnantes et hilarantes, permettait aussi à Hannelore Cayre de s’en prendre aux gens et aux catégories de personnes qui lui pourrissaient la vie au quotidien. Aucun filtre et des diatribes et railleries particulièrement bien senties et réjouissantes. On attendait donc avec impatience Les doigts coupés et ce premier crime de l’humanité qu’elle y raconte.

L’époque de la Préhistoire, le paleolithique, semblait moins propice à baffer ses contemporains, aussi  Hannelore Cayre a concentré sa verve et diriger son courroux sur les hommes, la gente masculine, pour raconter les débuts de la domination masculine et conter le premier combat féministe de l’humanité.

Le récit alterne les expériences de vie et les combats de Oli et commentaires contemporains d’une assemblée de paléontologues et, sous couvert de comédie échevelée, raconte la rencontre entre Homo Sapiens et Néandertaliens, les débuts de la dictature masculine avec menaces, baffes et agressions physiques, les avancées techniques, les débuts de la conscience reproductrice chez l’humain, évoque Roger Caillois et son précieux et poétique Pierres tout en montrant la première lutte pour l’égalité des sexes.

Mordant, addictif, drôle, éminemment intelligent, du Hannelore Cayre…

Clete.

2 Comments

  1. Gilles

    Ça changera de Pourquoi j’ai mangé mon père ? de Roy Lewis… En attendant une sortie en poche, je vais tâcher de découvrir Hannelore Cayre avec ses autres titres. J’ai compris que l’écrivaine savait manier l’humour, vous les vendez bien. Comme ça, je pense (peut-être à tort) à Donald Westlake, Iain Levison ou Chuck Palahniuk qui me font beaucoup rire. Côté préhistoire en bd, j’avais été très emballé « dernièrement » par le récit initiatique Penss est les plis du monde de Jérémie Moreau

    • clete

      Salut Gilles, j’avais pensé aussi à « Pourquoi j’ai mangé mon père ?  » mais ici, l’humour est plus mordant. Par ailleurs, les développements scientifiques basés sur les travaux d’une paléontologue italienne apportent beaucoup au propos. Alors j’adore Westlake et je le regrette souvent au point de relire parfois certains vieux Dortmunder mais on n’est pas du tout dans le même genre d’humour. Hannelore Cayre flingue nos comportements et nos travers et elle est sans filtre, elle cogne vraiment pour notre plus grand plaisir. « La daronne » et « Noblesse oblige », c’est vraiment du bonheur. Et puis longue vie à « Je m’attarde.com ».

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