Chroniques noires et partisanes

LE CARRÉ DES INDIGENTS de Hugues Pagan / Rivages

“Dans « Le Carré des indigents, nous retrouvons l’inspecteur principal Claude Schneider, protagoniste récurrent des romans d’Hugues Pagan. Nous sommes dans les années 1970, peu avant la mort de Pompidou et l’accession de Giscard au pouvoir. Schneider est un jeune officier de police judiciaire, il a travaillé à Paris et vient d’être muté dans une ville moyenne de l’est de la France, une ville qu’il connaît bien. Dès sa prise de fonctions, un père éploré vient signaler la disparition de sa fille Betty, une adolescente sérieuse et sans histoires. Elle revenait de la bibliothèque sur son Solex, elle n’est jamais rentrée. Schneider a déjà l’intuition qu’elle est morte. De fait le cadavre de la jeune fille est retrouvé peu après, atrocement mutilé au niveau de la gorge.”

Lire Pagan après ces trop nombreuses années de silence où il s’était inscrit dans une carrière de scénariste pour la tv est un plaisir non feint. Tous ceux qui ont déjà goûté sa plume noire et chirurgicale y retourneront certainement. Un peu comme Dominique Manotti qui est retournée avec bonheur vers son personnage fétiche de flic Daquin pour le faire évoluer dans la France de Pompidou dans « Marseille 73 », Hugues Pagan, après l’année 79 dans « Profil perdu », nous entraîne encore plus loin dans le temps avec Schneider. Nous sommes dans l’Est de la France en 1973, dans une tranche d’histoire où le pouvoir sait la maladie du président et où on spécule sur le temps pendant lequel il va pouvoir encore tenir les rênes. Pompidou grille ses dernières Winston tandis que Giscard accorde son accordéon et s’apprête à se taper l’incruste, le soir, dans les familles.

C’est aussi l’année où l’auteur a entamé lui-même une carrière de plus de deux décennies dans la police. Si les polars écrits par des flics ne sont pas forcément meilleurs que les autres, ils ont néanmoins le goût très prononcé de l’authentique, du vécu, du ressenti. Chez Pagan, avec les années, la plume s’est magnifiée pour mieux prononcer le trait sombre et mieux exposer ces petits bijoux de littérature noire tandis que l’expérience professionnelle et la connaissance de l’époque garantissent l’authenticité de la tragédie humaine racontée.

Hugues Pagan écrit la vie très durement. Fin observateur, il montre la douleur, la violence, la mort ordinaires. C’est triste, sale, très moche. Néanmoins le roman prend une dimension plus humaine, émouvante par l’entêtement de Schneider à résoudre une affaire dont tout le monde se fiche. Une petite ado, fille de prolo, de surcroît coco, l’ennemi intérieur du moment…

L’ambiance des films de Melville, un Schneider glaçant à l’allure de Delon dans “le samouraï”, un solide roman, un peu figé néanmoins, et une belle page d’histoire sociale. 

Clete

2 Comments

    • clete

      Oui, j’ai vu Virginie. Je préfère ses anciens romans.

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