Chroniques noires et partisanes

Catégorie : NIkoma

SANDREMONDE de Jean-Luc Deparis / Actes Sud.

C’est le premier roman de Jean-Luc Deparis, passionné de sciences fiction et de fantastique et on retrouve sans surprise dans son premier ouvrage bon nombre de codes et de références du genre. Il faut savoir que l’auteur s’est donné du mal pour sortir ce pavé de près de 600 pages, rien que ça ! 

On y découvre le personnage principal, Elyz-Ana, issu d’un peuple persécuté et oublié, empreint de mystère et de magie. Elle est retrouvée inanimée, encore enfant, dans une contrée de SANDREMONDE, par un chevalier qui la ramène près des siens pour l’élever à l’abri des regards. Malheureusement, l’église qui règne en maître va vite découvrir le stratagème. La présence de la petite déclenche de façon viral des peurs et des souvenirs d’un peuple craint et maudit. 

Elyz-Ana doit partir précipitamment, laissant derrière elle un bain de sang et va trouver refuge auprès du peuple des Sicaires, qui vit dans les profondeurs de la terre. Elle y grandit pendant plusieurs années, développant à la fois des capacités physiques et psychiques hors normes.Devenue femme, l’église la retrouve de nouveau, son peuple d’adoption est éradiqué et elle, faite prisonnière.

Du fond de sa geôle, elle subit la faim, les sévices corporelles et l’humiliation, celle d’être différente, renforçant jour après jour sa haine.S’ensuivent sa fuite, l’errance et la rencontre brutale et douloureuse de l’un de son peuple, un Saudahyd.

Cette rencontre lui permet de retrouver son passé, de comprendre qui elle est et quel est son destin. Sa tâche est de sauver son peuple et de lui rendre son pays, sa liberté et son honneur.Cette quête se fera au travers de combats épiques, d’invocations surnaturelles, de sacrifices et d’abnégation avec un final plutôt attendu.

L’auteur a le sens du détail, les décors sont immenses, les personnages sont nombreux, mais trop de détails tuent le détail et certains passages traînent en longueur et font perdre la dynamique de l’histoire. Certains amateurs du genre apprécieront sans doute, d’autres n’iront clairement pas au bout de l’ouvrage.

En clair, il y a un vrai potentiel, une belle écriture et un travail conséquent qui se respectent, cependant c’est trop stéréotypé et ça manque d’originalité pour en faire un incontournable.

À vous de lire ou pas.

NIKOMA


LES MIRACLES DU BAZAR NAMIYA de Keigo Higashino/ Actes sud.

Traduction : Sophie Refle.

Keigo HIGASHINO nous livre un roman d’un genre très différent de ces opus précédents. Plutôt adepte du thriller noir, l’auteur japonais s’éloigne aux antipodes de son environnement habituel avec « Les Miracles du Bazar NAMIYA ». C’est tout bonnement un conte magnifique, lumineux, et plein d’espoir sur la nature humaine. L’écriture est d’une humilité incroyable comme si les mots étaient murmurés puis soufflés sur le papier.

Les pages s’enchaînent avec fluidité et l’histoire prend vie entre réel et irréel et nous emmène loin, très loin… avec ces différents enchaînements de personnages, d’histoires, d’époques. Au final tout est finement lié et limpide.

Nous suivons du début à la fin trois personnages principaux, SHOTA, KOHEI et ATSUYA. Ils sont amis, jeunes, paumés, issus du même foyer d’orphelin et commettent de petits larcins pour améliorer leur quotidien.

C’est à l’issue d’un cambriolage raté qu’ils se planquent dans une échoppe abandonnée, dont l’enseigne presque effacée laisse deviner « Bazar NAMIYA ».

Reclus dans cette vieille boutique pour la nuit, ils entendent un bruit. Une lettre tombe de la fente du rideau métallique, c’est une demande de conseil. Elle est adressée à l’ancien propriétaire du bazar, qui était connu pour répondre à ce genre de courriers. Chose surprenante, elle est datée d’il y a 32 ans. 

Le trio décide d’y répondre et dépose leur courrier dans la boîte à lait à l’arrière de la boutique tel que cela doit se faire.

C’est la première lettre d’une longue série, les courriers affluent, les auteurs diffèrent, les parcours de vie aussi mais inlassablement la requête est la même, quel est le bon choix ? Le type de choix qui affecte toute une vie. Les trois amis vont se prêter à l’exercice avec l’innocence et la justesse de leur jeunesse.

La nuit qu’ils  passent en vase clos est suspendue du temps qui passe et va changer le cours de la vie de nombreuses personnes mais aussi la leur pour toujours, avec en fond ce même point commun, ce trait d’union entre le bazar NAMIYA et le foyer de jeunes orphelins.

Keigo HIGASHINO réussit le pari d’une envolée vers le fantastique en toute modestie, à la japonaise, façon Hayao MIYAZAKI. C’est un roman onirique et en même temps profondément épris d’humanisme.

En définitif, « les miracles du bazar NAMIYA » est un vrai bijou de papier, pur et bienveillant, qui fait du bien.

Alors un conseil du bazar NAMIYA, lisez-le et faites-vous du bien.

NIKOMA


CITY OF WINDOWS de Robert Pobi / EquinoX / les Arènes.

Traduction: Mathilde Helleu.

On peut dire que Robert POBI touche sa cible et fait mouche avec son dernier thriller CITY OF WINDOWS à l’image de l’intrigue. En effet, un sniper sème le chaos dans une ville de NEW YORK transie par un hiver aux températures négatives record. Le décor est lisse, urbain et l’ambiance rude, glacée, paralysée. 

Les victimes se succèdent, le schéma se répète méthodiquement. Une balle pleine tête, le tireur se révèle être une fine gâchette dont la réussite défie toutes les probabilités. Chaque tir est signé, les balles sont systématiquement des cartouches de chasse modifiées .300 Magnum, chemisées en laiton et cœur de plomb avec un noyau ferreux suspendu en plein milieu dont le métal est d’origine météorique.

À tueur exceptionnel, enquêteur exceptionnel ! Le FBI requiert les services de Lucas PAGE, un ancien de la maison. On découvre un personnage complexe, surdoué, particulier autant physiquement que psychologiquement. Physiquement, l’homme porte les stigmates d’une ancienne intervention qui a mal tourné. Prothèse de bras, prothèse de jambe et œil de verre, il est d’un côté organique et de l’autre métallique.Psychologiquement, l’homme est atteint du syndrome d’Asperger. Sa vision du monde est un amas de calculs de vitesse, de distances, de courbes… Devenu enseignant en astrophysique et vivant une vie de famille quasi normale, il semble donc l’homme de la situation.

Qui mieux que lui peut comprendre ce tireur d’élite, ses positions, ses planques et peut être déchiffrer ses motivations. Il sera de plus accompagné par l’agent WHITAKER, une jeune femme black à la carrure massive et aux compétences éprouvées.Les talents de Lucas PAGE sont mis à rude épreuve ainsi que ses nerfs lorsque sa propre famille devient également une cible.

L’enquête nous emmène également hors de NEW YORK sur les pas du sniper, à la rencontre d’une Amérique plus dure, plus blanche, ultra religieuse et armée, avide de vengeance. 

Découvrir l’identité du sniper est un vrai jeu de piste, haletant et effréné. L’auteur réussit l’exercice haut la main et rend vite le lecteur obsédé par la résolution de l’enquête. On croit souvent comprendre, deviner au gré des pages l’issue pour finalement se planter. Et putain… quelle fin ! Un dénouement dingue ou tous les éléments s’imbriquent parfaitement et donnent enfin la réponse, cette réponse qui permet de retrouver son souffle et de se libérer.

NIKOMA

LES AIGLES ENDORMIS de Danü Danquigny / Série Noire.

« Les aigles endormis » est un premier roman, celui de Danü Danquigny. C’est intense, violent, rythmé, souvent sale et immoral mais il y a une profondeur et une authenticité à travers les personnages qui subliment ce qu’il peut y avoir de plus noir dans l’humanité. 

Toute l’histoire se situe en Albanie, pays plutôt méconnu, troublé politiquement loin des destinations touristiques et du regard du monde devenant un terreau fertile aux gouvernements corrompus, mafias, trafics et population aux abois.

Le personnage principal est Arben dit Béni. Il est au départ un simple gamin, fils de profs, insouciant et nourri d’espoirs dans un pays sous le joug d’un régime communiste sans concession. Vont graviter autour de lui un certain nombre de personnages aux profils variés qui vont évoluer au fil des pages, et tous sont pourvus d’intérêt, qu’ils vous émeuvent ou vous dégoûtent.

Arben grandit et voit s’éloigner ses rêves au gré des gouvernements qui se succèdent jusqu’à la chute du régime qui laisse place au libéralisme. Le pays connaît alors un flou politique, faisant place à la loi du plus fort, à la corruption et à la perte de toute moralité.

Un mariage, des enfants et le besoin de survivre dans le chaos vont pousser Arben à définitivement rompre avec toutes ses valeurs. Il devient l’ombre de lui-même, acteur d’une mafia dénuée de toute humanité mais le meurtre de Rina, sa femme, provoquera sa fuite avec ses enfants en France.

« Je les ai emmenés aussi loin que possible, dans un coin qu’ils appellent la fin de la terre. Le climat y est humide, mais la région est belle, verte et rocailleuse. Et il y a l’océan. Une masse importante, sauvage et glaciale, qui fouette les sangs et forge le caractère. Ces vagues ! Elles sont faites pour crier la beauté de l’univers aux yeux attentifs, et pour tempérer les orgueils mal placés. »

20 ans plus tard, retour au pays du fils maudit, l’heure de la vengeance a sonné. L’auteur décrit ce déferlement de violence avec une montée en puissance et une intensité rare pour aboutir à une issue fracassante et bouleversante.

Tous les éléments du Noir sont réunis avec cette profondeur indéfinissable qui fait de ce roman un incontournable, c’est brillant et sombre à la fois, du très bon.

NIKOMA

TERRE ERRANTE de Liu Cixin / Actes Sud.

TERRE ERRANTE est une nouvelle de science-fiction de l’auteur chinois Liu Cixin, devenu un incontournable du genre en Chine mais aussi bien delà des frontières de son pays d’origine. Il affiche un beau palmarès en termes de récompenses littéraires et de reconnaissance par ses pairs. L’adaptation de cette nouvelle précédent une trilogie a été adapté tout d’abord par Netflix puis reprise au cinéma sous le titre « The Wandering Earth » faisant un carton au box-office mondial en 2019. Des prix, des récompenses…mais qu’en est-il vraiment ? 

Et bien que l’on soit adepte ou pas du genre, je dois reconnaître que cette nouvelle est un amuse-bouche qui fait mouche ! On en reprendrait bien un peu plus.C’est une belle façon de découvrir cet auteur dont l’écriture est précise, documentée et scientifiquement compréhensible voire peut être probable !

Lire cette nouvelle prendra peu de temps, pour autant l’histoire se décomposant en plusieurs parties, elle semble plus étoffée et complexe qu’il n’y paraît. 

Cette histoire parle de notre planète dont le peuple a décidé de fuir le soleil devenu menaçant pour le devenir de l’humanité pour partir en quête d’un nouveau système solaire. Jusque-là, scénario classique, sauf que l’humanité a décidé de faire route à bord de la Terre en implantant à sa surface des moteurs surdimensionnés pour la propulser et l’éloigner de la menace. 

Le personnage principal est né pendant la période dite du freinage, période qui consiste à arrêter la rotation de la Terre. On vit donc à travers les yeux d’un humain qui n’a pas connu l’avant et qui va vivre les différentes étapes du voyage : l’ère du freinage, l’ère de la fuite, la rébellion et l’ère de l’errance.

Pendant toutes ces étapes se déroulant sur plusieurs années, le personnage grandit, se marie, devient à son tour père et se pose des questions existentielles sur le bien-fondé de cette fuite et du devenir de l’humanité. 

Sans en dire plus pour ne pas vous spolier et parce qu’il faut impérativement le découvrir, sachez qu’il y a du lourd dans ce si petit bouquin. 

« Je n’avais jamais vu la nuit. Je n’avais jamais vu les étoiles. Je n’avais jamais vu le printemps, ni l’automne, ni l’hiver.Je suis né à la fin de l’Ère du freinage. La Terre venait tout juste d’arrêter de tourner. »

NIKOMA


THE SINNER de Petra Hammesfahr / Jacqueline Chambon noir .

Traduction: Jacqueline Chambon.

The Sinner est enfin traduit en français pour cette fin d’année 2019!!! Eh bien oui il faut savoir tout de même qu’il est sorti en Allemagne à la fin des années 1990 où il fit un carton puis aux États-Unis en 2008 dont l’adaptation en série en 2017 semble également briller par son audience de vues sur Netflix (adaptation clairement en dessous du roman pour ma part mais à tester).

Alors, préparez-vous psychologiquement pour supporter la lecture de The Sinner, la série étant très édulcorée pour ceux qui l’auront vu. L’auteur pousse son personnage principal Cora Bender très loin dans les méandres de la folie, de la persécution et de la torture mentale.

Dès les premières lignes, on perçoit que Cora est un personnage en souffrance et mortifère qui tente de vivre une vie normale et rangée avec son mari et son petit garçon jusqu’à cet après-midi ensoleillé au bord du lac. En effet, à proximité, deux couples s’amusent et se taquinent sur fond de musique quand Cora se lève et poignarde violemment l’un des hommes. S’ensuivent son arrestation et ses aveux, la suite ne fait aucun doute, incarcération à vie. Pour autant le commissaire Rudolf Grovian chargé de l’affaire tente de comprendre comment une femme d’apparence si douce et sans histoire a pu commettre un tel bain de sang.

C’est précisément à partir de là que tout devient terriblement captivant. Le commissaire va sonder Cora au plus profond de son être et plus on s’y enfonce et plus c’est obscur. Cora révèle une personnalité complexe liée à une enfance traumatisante et une partie de vie effacée dues à un gros traumatisme. Rudolph Grovian va tout mettre en œuvre et sa vie de côté pour disculper Cora. Chacun des flash-backs provoqués par le commissaire permet de reconstituer le puzzle de cette vie morcelée et à chaque nouvelle pièce retrouvée, l’histoire devient plus sordide, il faut vraiment le finir pour réaliser que tout est ciselé, finement écrit… bref une toile de maître dans un cadre de bois vermoulu.

La petite enfance de Cora est dure, crue, celle qui marque un enfant toute sa vie. Entre une petite sœur atteinte d’une maladie incurable dont elle est asservie, une mère totalement barrée, réfugiée dans une dévotion religieuse extrême et un père en dépression avec qui elle dort et assiste parfois aux masturbations, Cora tente encore de satisfaire tout le monde en vain.Puis son adolescence et sa vie de jeune femme où les rêves d’évasion vont la mener à de mauvaises rencontres, au sexe sale, aux drogues, à la perte de toute intégrité puis à ce fameux trou noir. 

Enfin la reconstruction d’une vie ébréchée, la vie de famille et le meurtre…

L’intrigue est dingue, tendue du début à la fin, on grince des dents, on ferme les yeux, on se fait le film mais parfois l’image devient insoutenable, pas diffusable, quitte à s’auto censurer.

À lire impérativement si vous êtes bien dans votre tête, sinon passez votre chemin, ce roman ne pourra être qu’un déclencheur d’un drame assuré pour vous ou vos proches.

NIKOMA



LA GUERRE APRÈS LA DERNIÈRE GUERRE de Benedek Totth / Actes Sud.

Traduction: Natalia Zaremba-Huzsvai, Charles Zaremba

C’est une vraie bombe atomique que nous lâche l’auteur Benedek Totth pour son deuxième roman. C’est puissant et impactant sur le coup et les retombées vont vous marquer pour un certain temps. C’est court, intense, chaque page du roman est une balle qui touche sa cible. Une fois terminé on se repasse les images, les scènes d’horreur, les souffrances ressenties et le stress post-traumatique n’est pas loin alors l’envie de le partager sera viscéral.

Le personnage, un jeune adolescent dont on ne connaîtra jamais le nom est attachant, réduit à une vie d’errance dans une ville mortifiée et irradiée, théâtre d’affrontements entre les Russes et les Américains. L’environnement est ravagé et déserté, recouvert de cendre et de neige, plus rien ne tient debout, il faut vivre sous terre pour se protéger des bombardements, des soldats, du froid ou encore des mutants évadés de l’obscure « Zone rouge », le tout dans une ambiance post apocalyptique qui se tient du début à la fin.

La quête principale réside dans la recherche de Théo le petit frère dont la couverture du livre vous rappellera qu’une image vaut mille mots. D’autres personnages vont apparaître au fil des pages comme Jimmy, le parachutiste américain blessé et Zoé, jeune fille et amie du personnage principal. Ils seront les plus marquants pour différentes raisons mais aussi pour leur longévité dans l’histoire, pour les autres, les apparitions seront brèves, leurs fins de vie très souvent violentes. La vie qui y est décrite est difficile, inhumaine et l’est d’autant plus qu’on la vie au travers des yeux d’un enfant. Le récit est souvent introspectif entrecoupé de flashbacks d’une vie meilleure où se mêlent les vivants et les morts voir les mort-vivants.

C’est la guerre ou plus précisément « la guerre après la dernière guerre », c’est donc au jour le jour que se vit la survie avec son lot de monstruosités…sans compter ce qui ne se lit pas mais que l’on comprend entre deux lignes.Pourtant il y a de l’amitié, de la fraternité, de l’amour voir un peu d’espoir en l’avenir.

Comment ça se finit ? Et bien sans vous spolier, ça se ne se finit pas aussi bien que l’on peut l’espérer. En même temps quand on voit l’image de la couverture à la prise en main du livre puis son titre, on comprend vite dans quoi on s’engage.

Alors engagez-vous dans ce court roman percutant et incisif, il est vraiment bon, pensez juste à vous armer et vous blinder. Âmes sensibles s’abstenir !

NIKOMA

PS: « Comme des rats morts », premier roman de l’auteur hongrois paru en France.


LE QUAKER de Liam McILVANNEY / Métailié Noir.

The Quaker.

Traduction: David Fauquemberg

LE QUAKER nous plonge au cœur d’une enquête policière complexe, haletante et glauque qui se déroule en 1969 dans la ville de GLASGOW. 

« GLASGOW » signifie en Gaëlique « vallée verdoyante » pourtant là c’est plutôt noir !!! En effet l’histoire se passe dans le Glasgow de la fin des années 60. Une ville monochrome, abandonnée, en pleine désindustrialisation, qui offre pour tout paysage des terrains vagues et des immeubles miteux occupés par une population désœuvrée, sous perfusion d’aides sociales et de single malt.

C’est dans ce décor que l’on retrouve les cadavres de 3 jeunes femmes. La mise en scène est toujours la même. Elles sont laissées pour mortes, violées, étranglées avec leur bas et une serviette hygiénique à proximité.Toutes ont fréquentées le même dancing, le « Barrowland » et ont fait la connaissance sur la piste du prédateur, du croque-mitaine, de celui dont le portrait-robot est dans toute la ville : LE QUAKER.

L’auteur nous fait vivre à travers chacune des victimes leur dernière soirée, leur flirt, leur viol puis leur meurtre. On peut ressentir la joie, l’ivresse, l’excitation, puis la peur, les chocs, la douleur, l’amertume d’une vie qui se termine salement…Tout ceci est alterné avec le suivi de l’enquête qui au fil des pages distille plus de détails… détails qui deviennent de plus en plus sombres, glaçants, sanglants.Et pour ajouter à la complexité de l’enquête, une deuxième affaire totalement différente sur fond de cambriolage va s’imbriquer et mêler les personnages entre eux.

Liam McILVANNEY réussit avec brio à ne pas nous perdre grâce à des personnages charismatiques dont l’inspecteur McCORMACK ou encore le perceur de coffre Alex PATON et une façon de narrer incroyable.Les descriptions des corps, des personnages, des lieux sont crues, sans filtre et rendent l’ambiance parfois étouffante.C’est rythmé, intense tout au long de la lecture au point qu’il faut penser à relever la tête de temps à autre pour reprendre son souffle.

Maintenant il reste à savoir si vous serez capable de prendre part à l’enquête et errer dans les sombres ruelles de GLASGOW à la recherche du QUAKER. Sinon il vous reste toujours la possibilité d’aller danser ou de prendre un whisky au pub du coin!

Liam MCILVANNEY est professeur de littérature à l’université Otargo, en Nouvelle-Zélande et critique littéraire à la London Review of Books. Il est le fils de William McIlvanney qui publie aux Editions Rivages. 

Nikoma.

L’EXPERIENCE d’ Alan Glynn / Sonatine.

Under the Night

Traduction: Fabrice Pointeau.

Alan Glynn nous gratifie avec L’EXPÉRIENCE d’une suite de son roman Champs de ténèbres (The Dark Fields) sorti en 2001 et qui a été adapté au cinéma en 2011 par Neil Burger sous le titre LIMITLESS avec à l’affiche Bradley Cooper et Robert De Niro. 

L’EXPÉRIENCE (Under the Night ou Receptor) retrace l’incroyable vie de Ned SWEENEY dans les années 50 à New York. Il est au départ un simple employé d’une agence de publicité, en couple et père d’un petit garçon. On comprend cependant très vite que quelque chose va bouleverser le cours de sa vie bien rangée. C’est à la suite d’une soirée avec un collègue de travail qui se termine chez une personne que Ned voit pour la première fois, Marc SUTTON, qu’il ingurgite à son insu une drogue, le MDT 48 et qu’il devient le cobaye involontaire de la CIA. Ned quitte alors rapidement la soirée seul et divague de nuit tout en ressentant les premiers effets. Tous ses sens deviennent exacerbés et sa perception élargie. Ned SWEENEY devient extralucide et son intelligence est littéralement démultipliée, lui permettant de sortir de sa réserve et d’aborder tous types de personnages dont des célébrités ou des personnalités du grand monde et d’aborder des discussions sur des sujets qui lui étaient totalement inconnus ou inaccessibles en terme de connaissances ou de compréhension.Il se retrouve alors dans des situations totalement délirantes notamment lorsqu’il se retrouve en tête à tête avec Marylin MONROE. L’effet se dissipe au petit matin et Ned n’a plus qu’une obsession, retourner chez SUTTON et remettre la main sur cette fameuse fiole de MDT 48.Ce qu’il fera et changera le cours de sa vie au détriment de sa vie de famille et de sa santé jusqu’à son présumé suicide.

Parallèlement à Ned, nous faisons la connaissance de Ray SWEENEY, petit-fils de Ned qui vit de nos jours à NEW YORK, et qui ne connaît rien de son grand-père sauf qu’il s’est suicidé, enfin c’est ce qu’il a toujours entendu dire.Une rencontre avec un certain Clay PROCTOR, ancien homme politique au passé trouble va venir changer la donne. En effet celui-ci lui a connu son grand-père et lui confie que la vraie version serait tout autre et Ray se lance en quête de vérité.

On découvre via son regard l’envers du décor de la vie trépidante de Ray SWEENEY et de sa chute et les enjeux cachés du gouvernement, des laboratoires et de leurs expériences.Le MDT 48 revient bien entendu sur la table avec ses effets exceptionnels tant que dévastateurs et l’on s’interroge soi-même sur le choix que l’on ferait. Tester ou pas !

L’EXPÉRIENCE est addictive comme le MDT 48, l’écriture est dynamique, facile, rythmée, alternant habilement les histoires des 2 protagonistes.

Au fil des pages, une seule crainte se fait sentir, finir le roman et se retrouver en état de manque, c’est ça l’EXPÉRIENCE, un bon SHOOT qui fait du bien

Nikoma

MASSES CRITIQUES de Ronan Gouézec / Rouergue Noir.

Dès la première page, on rentre de suite dans l’atmosphère sombre de la pointe d’un Finistère sans concession, par un soir de tempête, à bord d’un bateau de pêche. L’ambiance est iodée, fracassante, agitée et minérale. 

Par une mer démontée, la famille BANNECK est donc à l’ouvrage et à l’image du paysage qui les a façonnés. 

Ces paysans de la mer ou plutôt ces braconniers des fonds marins profitent de leur activité illégale pour fournir notamment René, en denrées de première qualité en plus d’un chantage financier. 

Ce restaurateur bien établi et à l’établissement renommé a commis pour seule erreur d’avoir eu recours par le passé à une aide financière de la part de cette famille que tout le monde craint et fuit.

Suite au naufrage du vieux BANNECK et de son bateau, les deux frères rescapés vont reprendre le flambeau du paternel et poursuivre l’extorsion du corpulent restaurateur.

Par ailleurs on fait la connaissance de Marc, le meilleur ami de René, rencontré sur les bancs de l’école et dont le physique hors norme les a rapprochés. Il est un employé sur la sellette d’une agence de conseil financier et à la vie somme toute banale et sans histoire. Sa seule singularité réside peut-être dans sa relation trouble avec Claire bien plus jeune que lui puisqu’elle n’est autre que la fille de son ami d’enfance.

Leur amitié indéfectible va les confronter aux frères BANNECK et ce sera à la vie, à la mort.

Sans révéler plus de détails, comprenez bien que l’issue sera douloureuse en amour, en amitié, en fraternité…en tous points finalement.

L’auteur « Ronan GOUÉZEC » dépeint cette BRETAGNE hostile, les personnages et le milieu de la mer en connaisseur des lieux.

L’écriture est franche, incisive, sans fioritures et permet de ressentir chaque émotion, chaque personnage, chaque paysage…

Bref, où que vous lisiez « MASSES CRITIQUES », vous serez vite en immersion, avec le ressac des vagues non loin dans les oreilles et l’iode dans les narines, une pointe d’amertume sous-jacente dans le fond de la gorge. 

Délectez-vous car la recette est bonne.

Nikoma.


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