
Il faut le télescopage de deux affaires pour que la commissaire Cécilia Rosen et le lieutenant Rachid Kalef reprennent du service en commun. Ils se sont côtoyés aux stups avant qu’un traquenard banlieusard ne laisse Rachid claudiquant, à jamais boiteux après avoir essuyé une méchante salve de kalashnikov. Et puisque donc il faut un télescopage, télescopage il y a. Mortel celui-là, impliquant un car de tourisme et ses cinquante passagers, une citerne et sa cargaison d’essence, un SUV et son malfrat notoire sur le siège conducteur. Personne n’échappe à l’explosion subséquente. Pas même le pendard au volant de la BMW maousse qui, pris en filature, semble s’être délibérément encastré dans le bus. Qu’à cela ne tienne : Rachid et son unité de police d’identification des victimes de catastrophes (UPIVC) le feront parler…
À ce propos, rappelons que Stanislas Petrosky est, dans le civil, enseignant en thanatopraxie et auteur, outre ses nombreux romans noirs (dont L’Affaire de l’Île Barbe ou L’Affaire Echallier désormais disponibles en Folio Policier), d’ouvrages dédiés à l’anthropologie criminelle et à la médecine légale. Autant dire que la crédibilité de ses propos s’avère solidement charpentée et bientôt relayée par les investigations ouvertes par Cécilia. Flic de terrain, celle-ci remonte depuis un moment la piste d’une maffia spécialisée dans les braquages violents et l’usage de travestissements. D’où son surnom de « gang des 1000 visages ». Puis les deux affaires s’imbriquent et s’incrémentent dès lors que la dépouille carbonisée du chauffard suicidaire est susceptible de correspondre aux traits d’un membre imminent de la coterie masquée. Il ne l’est qu’un temps : les hypothèses s’embrument, les identités se confondent, Russes et Ukrainiens pactisent. Le pire de l’Est rallie l’Ouest. La confusion s’instaure, mais l’écriture concise de Stanislas Petrosky gère. Ses mots incisent, statuent, auscultent, rapportent. On pourrait leur reprocher un manque d’esbroufe colorée. Mais on peut aussi en apprécier la rigueur clinique. C’est sans doute le cas de le dire. De fait, entre la narration cartésienne de l’auteur et les explications pointues de l’expert, Derrière la chair recèle tous les arômes conciliables d’un petit noir soigné.
JLM
PS: Derrière la chair est nominé pour le prix du balai d’or 2026 de Richard Contin qui renaît de ses cendres et pour le prix des des Ancres Noires (Le Havre).









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