Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Fab

LA TERRE DES WILSON de Lionel Salaün / éditions Liana Levi


Dick Wilson a quitté ce bout de terre misérable au Nord-Ouest de l’Oklahoma avec sa mère alors qu’il était tout juste adolescent. Quinze ans plus tard, le voici de retour avec chapeau et fine moustache, dans une belle voiture
aux pare-chocs chromés. Retrouver la petite ferme familiale ne va pas de soi, d’autant que des événements déconcertants se sont produits en son absence. Annie Mae, son amie d’enfance, vit à présent avec le vieux George, le père de Dick, un homme rustre et violent dont elle a un enfant. Dick étouffe sa rancoeur derrière des manières affables et des projets ambitieux pour lesquels il embauche Jasper, un pauvre hère du comté. Qu’espère-t-il trouver dans ce pays désolé ? Peut-être l’or noir dont tout le monde parle. Peut-être l’or jaune – l’alcool – dont il connaît toutes les routes secrètes et qui dans cet état où la prohibition est maintenue, pourrait rapporter gros. Peut-être quelques réponses à ses propres démons. Lionel Salaün renoue avec les paysages de l’Amérique profonde. Celle du début des années 30, de la Grande Dépression et des  » dust bowl « , ces tornades de poussière qui ont mis à genoux les agriculteurs pendant près d’une décennie. Un monde féroce où seule la fraternité est rédemptrice. »

L’Oklahoma, les années 30.Une population exsangue, asséchée au propre comme au figuré jusqu’à la dernière goutte par la sécheresse et les banques. Une population qui survit avec rien, des miettes et qui porte sur son dos le poids des profiteurs qui distribuent avec « générosité » les dirty jobs de l’époque. Rien n’a changé, rien ne changera on ne vit pas sans dégâts au milieu du berceau du capitalisme pétrolier quand on a pas les moyens de partir. Si tant est que l’herbe soit plus verte ailleurs.
Alors certains, comme Samuel Wilson, s’accrochent à un titre de propriété, bout de papier synonyme d’un minimum de fierté dans cette société qui broient les petits les uns après les autres. Mais pour pouvoir s’accrocher il faut toujours en payer un prix à un moment ou un autre.
Samuel Wilson s’acharne à faire de ce ses terres quelque chose de viable, il s’use à la tâche et se défoule violemment sur sa mule, sa femme et son fils Dick poussant ces deux derniers à s’enfuir.Rester et crever, partir et en payer le prix une nouvelle fois. La fois de trop?
Dick reviendra les poches pleines et décidé à retrouver son amour de jeunesse Annie Mae, à profiter de la manne financière des compagnies pétrolières, à combler le vide crée par la Prohibition et à faire payer son père.

Un roman court (trop?) mais intense, sec et rêche comme le sol ravagé par les Dust Bowl énièmes conséquences de l’exploitation  à outrance des ressources. Une histoire viscérale qui tape fort, sans espoir de rédemption.
Magnifique!!!

FAB

VIVA LA MADNESS de J.J. Connoly / Sonatine

Traduction: Fabrice Pointeau

« Heureux propriétaire d’un hôtel à la Jamaïque, X, ex-trafiquant de cocaïne londonien, a raccroché les gants. Interrompre cette retraite au soleil serait forcément une mauvaise idée. Mais le mal du pays, la nostalgie d’une vie pleine d’adrénaline et la promesse d’un coup exceptionnel finissent par emporter toutes ses réticences.

Le pied à peine posé sur le sol britannique, notre homme s’aperçoit bien vite que ce coup exceptionnel qu’on lui a proposé est surtout exceptionnellement dangereux.

Entre mafieux anglais, cartels vénézuéliens sensibles de la gâchette et Irlandais psychotiques, il va falloir que X use de sa dextérité légendaire s’il veut une nouvelle fois s’en tirer à bon compte.

J. J. Connolly est un maître de l’intrigue à rebondissements, et sa narration, telle une balle perdue, ricoche à une vitesse folle. Il nous offre ici une nouvelle aventure sauvage et terriblement noire qui sème les corps à tout va. Avec ses portraits soignés d’escrocs sans limites, ses dialogues enlevés, son argot pur jus et son rythme trépidant, Viva la madness est aussi un roman follement réjouissant, conté par une voix audacieuse et unique : un must pour les amateurs de romans de gangsters ! »

en 2001, 4 ans après avoir été grièvement blessé et « invité » par la police londonienne à quitter le pays X,ancien dealer, se la coule douce en Jamaïque en se faisant le plus discret possible mais trouve le temps un peu long. Cela tombe bien Mister Mortimer son associé des années londonienne le convie à un week-end à La Barbade,en compagnie de 2 malfrats aussi bêtes dangereux, pour lui proposer un billet de retour pour reprendre sa place dans le commerce.
Mal du pays, ennui et perspective d’un poste sans risque font que X va accepter et évidemment rien ne se passera comme prévu.
Gangs vénézueliens, mensonges et omissions ou « maladresse » chronique de ses compères pour qui la devise « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer » semblent coller à la peau, autant d’éléments qui viendront constamment mettre des bâtons dans les roues

Peut être un poil trop long ,encore que, Viva la Madness reprend les ingrédients qui avaient fait la réussite du 1er opus X/Layer Cake: des dialogues en mode ping-pong,de la négociation,des catastrophes en série,un humour décapant et beaucoup de dérision.

Une réjouissante comédie de gangsters qui ravira les amateurs du genre.

FAB.

 

BERLIN 49 de Joseph Kanon/Policiers Seuil.

« Berlin-Est en 1949, territoire sous occupation soviétique. Alex Meier, jeune écrivain juif qui avait quitté avant guerre la ville pour les Etats-Unis, est de retour, contraint par la menace de la chasse aux sorcières maccarthyste. Encore bercé par l’idéal communiste de sa jeunesse, il arrive dans sa ville natale peu après un réfugié célèbre, Bertolt Brecht, et découvre la vie quotidienne (ruines, couvre-feu, rationnement, propagande, délation…) en même temps qu’il retrouve son amour de jeunesse, une aristocrate allemande devenue la maîtresse d’un dignitaire soviétique. Les circonstances particulières de leurs vies respectives – lui a laissé En Amérique un fils, qu’il veut être sûr de revoir, elle a un jeune frère poursuivi par la police – contraignent Alex à devenir espion pour la CIA. Mais pour quel camp opère-t-il, au bout du compte ? La reconstitution du Berlin d’après guerre est époustouflante (en particulier la première de Mère Courage en présence de Brecht), la réflexion sur les dangers de l’idéalisme aveugle menée avec finesse, et le dénouement digne de Casablanca.  »

Après un intermède stambouliote avec « Le passager d’ Istambul « Joseph Kanon retrouve le terrain de jeu qui l’a révélé avec l’adaptation au cinéma de « L ‘ami allemand »par Steven Soderbergh (avec George Clooney,Cate Blanchett et Tobey Maguire).
Retour au Berlin de l’immédiat après-guerre au propre comme au figuré puisque le cœur de l’histoire c’est le retour d’Alex Meier un jeune et brillant écrivain. Après avoir fui les nazis juste avant la guerre pour les USA, il se voit contraint de faire le chemin inverse autant a priori par convictions idéologiques que pour échapper aux chasses aux sorcières du sénateur McCarthy.
En janvier 49 l’avenir du monde se joue à Berlin et semble proche de basculer dans un nouveau conflit.Les Russes sont les nouveaux maîtres,le blocus de la ville bat son plein et le pont aérien pour le ravitaillement de la partie ouest de la ville tourne à plein régime quand les artistes et/ou intellectuels allemands communistes ou socialistes font le retour.
Dans son style racé Joseph Kanon joue avec les ambiguïtés de la période: récupération des nazis, exploitation des prisonniers de guerre allemands, agents doubles, manipulations, trahisons…… et histoire d’amour: Alex retrouve Irene, ils vont tenter de survivre et revivre au milieu du chaos.

Comme souvent avec Kanon il faut un temps de mise en route, qui pourrait rédhibitoire pour certains, pour que son style emprunt de classicisme trouve son rythme de croisière et une fois qu’il est atteint l’histoire prend toute sa force. Un très beau roman d’espionnage dans lequel tout le monde est prêt à payer le prix du billet de retour.

Fab.

CE QU’IL NOUS FAUT C’EST UN MORT de Hervé Commère/ Fleuve noir

« C’est la nuit du 12 juillet 1998, celle d’ I will survive. Ce que la chanson ne dit pas, c’est à quel prix.

Les Ateliers Cybelle emploient la quasi-totalité des femmes de Vrainville,Normandie.Ils sont le poumon économique de la région depuis presque cent ans,l’excellence en matière de sous-vêtements féminins,une légende – et surtout une famille.Mais le temps du rachat par un fonds d’investissement est venu,effaçant les idéaux de Gaston Lecourt, un bâtisseur aux idées larges et au cœur pur dont la deuxième génération d’héritiers s’apprête à faire un lointain souvenir. La vente de l’usine aura lieu dans l’indifférence générale.

Tout le monde s’en fout. Alors ce qu’il faudrait, c’est un mort.

De la corniche aux heures funeste de Vrainville,vingt ans se sont écoulés. Le temps d’un pacte , d’un amour,des illusions, ou le temps de fixer les destinées auxquelles personne n’échappe. »

Pendant une bonne centaine de pages Hervé Commère prend le temps de poser toutes les données de son histoire et de donner les cartes à ses lecteurs. Ensuite l’histoire s’étale sur plusieurs  parties, plusieurs actes dans lesquels comme souvent chez Hervé Commère on l’impression de dérouler une bobine de fil. On tire dessus et des pièces de puzzle, nouvelles ou vues sous un autre angle, apparaissent les unes après les autres pour prendre leur place dans le tableau.

C’est évidemment toujours aussi agréable et fluide à lire,toujours ce sens rythme dans les phrases,toujours cette musicalité des mots.
Ce qu’il nous faut c’est un mort fait écho à Nicolas Mathieu et son Aux animaux,la guerre en prenant racine dans une actualité sociale et économique. C’est un roman de lutte qui parle vrai lui aussi,c’est un roman choral riche en personnages qui oscille en permanence et volontairement entre pessimisme et optimisme,espoir et désespoir, entre médiocrité humaine et humanisme lumineux.
L’avenir nous appartient et il sera ce que l’on en fera. Ou pas.
On ne sait pas,on verra.

Fab.

 

VIENS AVEC MOI Castle Freeman Jr./Sonatine

« Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local.
Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester.
Bien résolue à affronter celui qui la harcèle.
Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle.
Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières.
Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l’aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé.
Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s’expliquer avec lui.
De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s’annonce promet d’être mouvementée, l’affrontement final terrible. »

Viens avec moi c’est le jour où Lilian décide de tenir tête Blackway.
Blackway c’est la terreur locale d’un trou paumé du Vermont, Est Connardville comme dit l’ex de Lilian.
Blackway, ancien adjoint du shérif, fait ce qu’il veut, prend ce qu’il veut, quand il veut et il a jeté son dévolu sur Lilian, qui n’est pas du coin, et qui ne sait pas que la meilleure solution serait sans doute de se tirer bien loin au lieu de tenir tête à Blackway.

Ça c’est le point de départ de Viens avec moi  qui va se dérouler sur quelques heures. Flanqué du vieux Lester et du jeune et costaud Nate,  je vous laisse découvrir comment le trio s’est constitué, Lilian part sur les traces de Blackway pour régler ça définitivement sans avoir idée de ce que cela pourrait impliquer au final.
On suit en alternance le trio qui remonte la piste de Blackway et un quatuor hilarant qui commente, façon les Spécialistes du foot, les « exploits » des uns et des autres impliqués dans cette histoire.
Viens avec moi  c’est un roman simple, qui va pas chercher midi à quatorze heures et bavard.
Mais bavard dans le bon sens du terme. Les dialogues s’enchaînent, les répliques fusent et font mouche à chaque fois. Je ne sais pas ce que ça donne en VO mais le traducteur, Fabrice Pointeau, a fait un sacré boulot.
Une lecture réjouissante, pleine d’humour et où, dans les trous paumés du Vermont, les plus malins ne sont pas ceux que l’on croit.

Fab.

CASSANDRA de Todd Robinson/neonoir Gallmeister

Nyctalopes qui devait être le site d’un couple  est en train de devenir un gang. Heureux d’accueillir Fab qui revient sur Cassandra un des  succès 2015 de « neonoir » avant que nous entamions la couverture d’un mois de janvier particulièrement riche pour les amateurs de Noir.W.

« Boo et Junior ne se sont pas quittés depuis l’orphelinat. Aujourd’hui adultes, ils sont videurs dans un club de Boston. Avec leurs deux cent quinze kilos de muscles et leurs dix mille dollars de tatouages, ça leur va plutôt bien de jouer les durs. Mais quand on leur demande de rechercher la fille du procureur de Boston qui a disparu, ils vont devoir recourir à autre chose qu’à leurs biceps. Que la gamine fasse une fugue, soit. Il faut bien que jeunesse se passe. Mais quand elle se retrouve sous l’emprise de ses mauvaises fréquentations, c’est une autre histoire. »

Avec Cassandra on est pas loin d’un buddy movie littéraire. Même si l’histoire est dure et violente on est clairement sur un autre créneau que les autres titres de cette collection. Énormément d’humour,mais pas noir, et surtout pour la première fois deux « héros » qui attirent instantanément la sympathie. Purs produits de Boston, on a aucun mal à les imaginer tout droit sortis d’une vidéo des Dropkick Murphys, ce sont 2 véritables losers patentés mais ils assument et on les aime pour ça. c’est punchy,il y a de l’action,les répliques fusent et à peine la dernière page tournée on attend déjà avec impatience de retrouver Boo et Junior . Idéal pour ceux qui avaient trouvé les premiers titres Néonoir un peu trop râpeux et abrupts à leur goût.

Fab.

 

 

 

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