Chroniques noires et partisanes

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LÂCHER LES CHIENS d’Antonin Feurté / Editions Paulsen.

Depuis près de dix ans, Valère fait le sale boulot. Dans le chenil d’une usine spécialisée dans la nutrition animale, il nettoie la merde des chiens sous la pression d’un patron intraitable. Désormais, il se sait menacé : la nuit, dans le petit village où il vit avec sa femme et son fils, des hommes armés patrouillent autour de sa maison. Pour protéger les siens, il s’équipe et s’entraîne. Jusqu’au jour où l’irréparable se produit.
Valère prend la fuite avec, pour seule boussole, la carte de son père, un berger qui a quitté la montagne à regret. Au gré des sentes pastorales, un itinéraire mène droit à la terre promise. Là-bas, espère-t-il, une autre vie est possible.

C’est du côté des éditions Paulsen que je suis allé chercher Lâcher les chiens, premier roman d’Antonin Feurté, jeune auteur passé par un master d’écriture créative à Toulouse. Comme souvent aux Editions Paulsen, et je crois l’avoir déjà écrit, le livre jouit d’un visuel de belle qualité qui appelle le lecteur et éveille une certaine curiosité. Mais la couverture ne faisant pas le livre, on prend toujours le risque de se faire piéger si l’on s’y fie. Pour autant, nul piège ici.

Personnage principal de ce roman, Valère a quantité d’angoisses et problèmes qui le bouleversent, le conduisant progressivement vers un point de rupture qui ne sera pas sans conséquences. Entre sa vie de famille qu’il estime menacée, un boulot ingrat où sa personne est méprisée et le deuil d’un père qu’il n’arrive pas à faire, notre protagoniste se sent acculé et étouffé. Gagné par une peur légitime ou une dangereuse paranoïa, on ne sait pas tout à fait, il s’engage alors dans une équipée violente et tragique. Rodé au maniement des armes, il décide un jour de se rendre sur son lieu de travail équipé d’un gilet pare-balles et d’une arme dissimulés sous sa tenue de travail. S’en suit une cavale dans les montagnes des Pyrénées où Valère va marcher dans les traces de son père, un homme qui connaissait parfaitement ce territoire et cette nature, une passion et un savoir qu’il a tenté de transmettre à son fils. Confronté à la difficulté du terrain où il a l’urgence de fuir et de se cacher des autorités, il va progressivement nous faire remonter le fil de sa vie à mesure qu’il gravit les hauteurs. S’engage alors une course contre la montre et les éléments, l’ascension d’un massif sur lequel on pressent la chute inéluctable de cet homme perdu.

D’une plume relativement sobre, Antonin Feurté écrit un récit porté avant tout par son rythme prenant et maîtrisé. Les chapitres sont courts et nous amènent à découvrir et approfondir, par alternance, la réalité de la vie de famille de son personnage principal, sa relation avec son père et cette nature omniprésente, un environnement de travail dur et dégradant qui est le quotidien de plus d’un dans notre société, et enfin le déroulement de cette journée jusqu’à son climax qui le mènera dans cette rude cavale. Si dans cette histoire on peut assez facilement voir venir ce qui s’y passe, la cadence fonctionne très bien et on s’immerge sans mal dans le paysage qui nous est décrit.

Antonin Feurté signe avec Lâcher les chiens un premier roman plutôt efficace. Du noir rural et social, teinté de nature writing, qui peut rappeler David Joy et d’autres auteurs du genre. Une nouvelle plume à suivre et qui s’étoffera peut-être par la suite.

Brother Jo.

BILAN 2025 / Brother Jo.

2025 fut une nouvelle année littéraire, pour ma part, relativement éclectique. Toujours plutôt en recherche d’œuvres qui s’inscrivent dans une certaine marge plutôt que celles qui cochent un peu toutes les cases de tel ou tel genre, la moisson fut bonne bien que les véritables claques se soient faites rares. Les livres les plus marquants resteront pour moi Taxi de nuit de Jack Clark et Le Loup de la famille de Souhaib Ayoub. Un réel plaisir aussi de retrouver Charlotte Boulard avec A trois, on saute. Les éditions du Gospel, dont j’apprécie particulièrement le travail, continuent de se développer et de nous régaler. Du Gospel, que du bon, avec une préférence pour Ta vie dans un trou noir de Bucky Sinister et Rien ne pourra t’atteindre de Nicola Maye Goldberg. Toujours de bonnes surprises également chez Quidam avec notamment cette année Rêve d’une pomme acide de Justine Arnal. Et puis c’est nouvelle collection chez Fleuve, Styx, dont les premières publications plus que convaincantes m’ont permis de découvrir Sophie White avec Vers ma fin. Enfin, je me suis essayé pour la première fois à Mariana Enriquez et son excellent recueil Un lieu ensoleillé pour personnes sombres. Sans oublier cette curiosité chez Paulsen qu’est Cairns de Martin Baldysz. 2025 ce fut également pour moi l’occasion de réaliser deux entretiens fleuves, l’un avec John Darnielle pour La Maison du diable publié en 2024 chez Le Gospel, et l’autre de l’un de mes grands maîtres de littérature, le toujours humble et passionnant Donald Ray Pollock dont je ne recommanderai jamais assez l’oeuvre.

TAXI DE NUIT de Jack Clark / Sonatine

« Taxi de nuit est un authentique roman d’atmosphère, noir comme les nuits qu’il traverse. Un récit très brut et d’un réalisme saisissant, particulièrement minutieux, donc autant dire écrit d’une main de maître. Impossible de décrocher une fois que l’on s’est plongé dedans. Un court mais grand livre qui a tout d’un classique. »

LE LOUP DE LA FAMILLE de Souhaib Ayoub / Actes Sud

« Quelle fascinante plongée dans Tripoli qu’est Le Loup de la famille ! Un roman court et sinueux, particulièrement dense, qui imprime dans votre cerveau des images parfois dures mais puissantes. »

A TROIS ON SAUTE de Charlotte Bourlard / Au diable vauvert

« C’est avec plaisir que l’on retrouve la plume simple et percutante de Charlotte Bourlard qui ne craint jamais d’être cru, frontale et perturbante. Elle ne prend pas de pincettes, c’est certain. Avec A trois, on saute, elle continue d’explorer les bas-fonds de la société sans jamais porter de jugement sur les marginaux qui peuplent son univers. Il lui arrive même de leur donner une part de lumière dans la noirceur qui est la leur. »

RIEN NE POURRA T’ATTEINDRE de Nicola Maye Goldberg / Le Gospel

« C’est un peu la marque de fabrique du Gospel, Rien ne pourra t’atteindre de Nicola Maye Goldberg n’est évidemment pas un livre pour tout le monde. Mais qu’on se le dise, on a là l’un des page-turners de l’année. Un roman noir absorbant et en marge de ce qui se fait habituellement dans le domaine. Également un bon rappel que ceux qui aiment ou disent aimer, sont aussi capables de violence, et que les femmes en sont généralement les premières victimes. »

TA VIE DANS UN TROU NOIR de Bucky Sinister / Le Gospel

« Ta vie dans un trou noir c’est San Francisco Parano. Bucky Sinister a pondu un roman complètement halluciné et dopé à l’humour noir, quelque part entre Philip K. Dick, Hunter S. Thompson et William S. Burroughs. Une satire aussi triste qu’hilarante. Un livre pour le moins addictif, c’est peu de le dire ! »

REVE D’UNE POMME ACIDE de Justine Arnal / Quidam

Sans nul doute, le roman de Justine Arnal est une précieuse surprise dont le charme mélancolique séduit. Un livre sensible qui dit beaucoup de la vie en seulement 200 et quelques pages. C’est une belle et sincère voix qui s’exprime ici. On en reprendrait bien encore un stück, comme on dirait par chez nous.

VERS MA FIN de Sophie White / Fleuve éditions

Vers ma fin est un roman d’horreur monstrueux, peu ragoutant et viscéralement dérangeant. Vous aurez certainement envie de poser ce livre mais ne pourrez pas le lâcher. Tout à fait prenant et tout ce qu’il y a de plus noir.

UN LIEU ENSOLEILLÉ POUR PERSONNES SOMBRES de Mariana Enriquez / Editions du Sous-Sol

« Avec son livre Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, Mariana Enriquez saura, à minima, vous inquiéter, mais peut-être même vous glacer le sang. L’exercice de la nouvelle, trop souvent mésestimé, est ici exécuté avec une intelligence certaine et un imaginaire captivant. Un recueil de nouvelles effroyablement appréciable. »

CAIRNS de Martin Baldysz / Paulsen

« C’est d’une écriture sobre et précise que Martin Baldysz nous conte cette étrange histoire. Il ne privilégie aucun genre littéraire mais touche un peu à l’un ou à l’autre. Il nous amène à nous poser des questions mais sans jamais vraiment y répondre. Il nous laisse supposer que son texte va aboutir à un dénouement qui apportera la lumière sur toutes ces zones d’ombre. Mais non, le flou demeure et le mystère avec. »

On ne va pas la refaire mais on va la refaire quand même, à chaque année son lot d’artistes que l’on apprécie et qui passent malheureusement l’arme à gauche. Je peux en citer plein mais je vais me contenter de deux que j’affectionne particulièrement. Tout d’abord David Lynch, géant du cinéma avec plusieurs cordes à son arc et dont l’œuvre incroyable fascinera toujours. Et puis il y a eu la disparition de Bill Fay, musicien de génie mais toujours resté dans l’ombre, alors qu’il aura composé des disques d’une beauté fulgurante dignes des plus grands. Je vous invite vivement à vous replonger dans ses disques ou à le découvrir si vous ne le connaissez pas.

Brother Jo

VERS MA FIN de Sophie White / Styx / Fleuve.

Where I End

Traduction: Anne-Sylvie Homassel

Sur une île au large de l’Irlande, Aoileann vit recluse avec sa grand-mère et sa mère, une présence inerte qu’elle appelle la « chose du lit ». Jamais elle n’a quitté cet endroit hostile, où les murmures du vent semblent porteurs de mystères anciens. Lorsque Rachel, une artiste venue du continent, débarque avec son nourrisson, Aoileann découvre une douceur et une chaleur qui lui ont toujours été refusées.

Mais sa fascination grandissante pour cette femme et son enfant se transforme bientôt en une obsession dévorante, réveillant les fantômes du passé et libérant des ténèbres qu’elle ne peut plus contenir.

Deuxième livre publié dans la toute nouvelle collection Styx chez Fleuve, qui je le rappelle met l’accent sur la littérature horrifique et fantastique, Vers ma fin de l’Irlandaise Sophie White est l’un de ces romans qui ne peut pas laisser indifférent. Après le déjà surprenant La mer se rêve en ciel de John Hornor Jacobs, je crois que l’on peut dire que cette nouvelle collection est plutôt prometteuse.

Si j’avais une petite appréhension lorsque j’ai réceptionné Vers ma fin, que je ne peux vraiment expliquer mais qui me faisait craindre plutôt le pire qu’espérer le meilleur, celle-ci s’est très rapidement dissipée. Je me suis immédiatement laissé happer par l’atmosphère de cette île toxique à l’air vicié où évoluent nos protagonistes. Qu’on se le dise, personne n’a envie de rester dans ce terrible décor qui apparemment ne rend personne sain d’esprit, mais il fascine et pique notre curiosité. Ici, il ne fait ni bon vivre, ni même mourir. Le sol étant trop dur, on pend les corps des défunts aux falaises et on laisse la nature faire son œuvre. A cela s’ajoute le portrait d’une macabre famille, dressé par Sophie White, et des quelques habitants guère plus sympathiques. Dans cette famille, une fille légitimement perturbée et traitée comme une paria, Aoileann, s’occupe de sa mère qui, depuis qu’elle lui a donné naissance, n’est plus qu’un corps en complète décrépitude qui imprimera d’assez atroces images dans votre cerveau. Tout cela se fait sous la pression constante de la grand-mère, qui fait vivre un calvaire à sa petite fille qu’elle exploite et avili au quotidien. C’est sombre et particulièrement glauque, vous êtes prévenu.

La principale qualité de Vers ma fin est peut-être aussi son seul véritable défaut. C’est excellemment bien écrit. La prose poétique et littéraire de l’autrice, qu’on prend un réel plaisir à lire, nous permet de supporter les atrocités qu’elle nous inflige. Mais le livre étant écrit à la première personne, le niveau de langue m’a semblé peu cohérent avec notre narratrice qui a la vingtaine, avec une éducation assez minimale, et dont le cadre de vie laisse peu de place à l’épanouissement intellectuel. Ce serait là ma seule critique négative. Néanmoins, cette contradiction mise à part, il est difficile de ne pas apprécier sa plume. Pour une autrice plutôt habituée aux comédies romantiques, de ce que j’ai compris, Sophie White a l’art et la manière pour nous immerger dans un récit glaçant et suffocant, au point que l’on ne sait plus où placer le curseur de l’empathie.

Vers ma fin est un roman d’horreur monstrueux, peu ragoûtant et viscéralement dérangeant. Vous aurez certainement envie de poser ce livre mais ne pourrez pas le lâcher. Tout à fait prenant et tout ce qu’il y a de plus noir.

Brother Jo.

LA MER SE RÊVE EN CIEL de John Hornor Jacobs / Styx / Fleuve.

The Sea Dreams It Is the Sky

Traduction: Maxime le Dain

Pour fuir la violente dictature qui a décimé sa famille, Isabel s’est exilée en Espagne. Un soir, elle fait la rencontre d’un poète dissident, Rafael Avendaño, surnommé l’Œil. Cet énigmatique intellectuel vient comme elle du Magera, et porte les stigmates des tortures subies aux mains de la répression politique.
Pourtant, lorsqu’il reçoit une mystérieuse lettre, il repart brusquement au Magera, sans plus donner de nouvelles. Chez lui, Isabel découvre d’étranges textes, parmi lesquels le récit détaillé de la capture de l’Œil pendant la révolution. Ces pages obscures et écœurantes l’entraînent dans une spirale d’événements surnaturels et oppressants qui la poussent à retourner dans sa contrée d’origine.
Son pays est perdu comme l’est son seul ami, désormais. Pour les retrouver, il ne lui reste qu’elle-même à sacrifier.

Styx, toute nouvelle collection chez Fleuve éditions dirigée par Laurent Queyssi, entend faire la part belle à l’horreur et au fantastique les prochains temps. Celle-ci s’inaugure avec La mer se rêve en ciel, roman de l’écrivain américain John Hornor Jacobs, qui n’en est clairement pas à son coup d’essai, mais n’avait jusqu’alors jamais été publié en France.

Sous des promesses de récit à la Lovecraft, selon Fleuve éditions, John Hornor Jacobs nous livre une histoire qui n’est pas tout à fait ce que l’on aurait pu s’imaginer. Si vous pensiez plonger, comme moi, dans un roman purement fantastique, il y a matière à être surpris.
Tout d’abord, nous avons la rencontre de deux personnages exilés en Espagne du sud. Une jeune enseignante universitaire lettrée, Isabel, et un poète à la réputation sulfureuse, Rafael Avendaño. Le profil de ce dernier m’a un peu évoqué une sorte de croisement entre un Edouard Limonov et un William S. Burroughs. Enfin, c’est ainsi que je l’ai visualisé dans ma tête. Un personnage mystérieux qui a vite fait de fasciner Isabel, ainsi que le lecteur, et dont le mystère ne désemplit pas au fil des pages.
Alors que Rafael quitte l’Espagne pour retourner au Magera, le pays d’origine (fictif) de nos deux protagonistes, qui subit les affres d’un climat géopolitique tendu qui n’est pas sans rappeler le régime de Pinochet (mais on peut en imaginer d’autres), Isabel va investiguer plus encore le mystère Avendaño et ce au point de partir sur ses traces, à ses risques et périls, et d’abandonner brutalement son quotidien.

Dans La mer se rêve en ciel, si on retrouve bien dans l’air quelque chose du cosmicisme de Lovecraft, cela n’occupe, au final, qu’une petite partie du livre. Du fantastique plus suggéré, que concret. Et pour garder une part de mystère, je n’en dirai pas plus. Mais ici, l’horreur est avant tout humaine. Elle est le fruit du climat géopolitique en place. Et c’est là-dedans que se jette notre protagoniste Isabel, dans la gueule du loup, soumettant le lecteur a une tension grandissante et a un suspens de toutes les pages. On traverse des paysages fascinants en s’enfonçant toujours plus dans les racines du mystère. Si le roman n’est pas bien long, cela n’empêche pas John Hornor Jacobs d’arriver à produire des personnages avec une certaine profondeur, ainsi que de développer une écriture diversifiée et d’un niveau littéraire évident et appréciable.

« Il est des poètes qui se prennent pour des anges et pensent devoir leur inspiration à quelque puissance divine et transcendante. Il en est d’autres qui se croient démons, donnant voix aux paroles en fusion du subconscient, vomissant la poix chaude de leur psyché sur le monde qui les entoure. »

La mer se rêve en ciel est un roman inattendu, d’apparence un poil trompeuse, mais qui nous absorbe de bout en bout. John Hornor Jacobs nous rappelle que les pires monstres ne viennent pas forcément d’ailleurs. Un rude et risqué voyage aux frontières du fantastique et au cœur du mal.

Brother Jo.

L’ECLAT DES FRACAS de Jérémy Beschon / Editions Quiero.

La nuit se déposait comme un film de ténèbres. Les premières étoiles scintillaient. J’avais fini, et n’étais pourtant pas moins déprimé. Je rangeai les outils dans le coffre de la voiture et j’entrai dans la boulangerie boire un dernier chocolat. Dedans, la tiédeur était étouffante. Aucun client dans la salle, personne derrière la caisse. Je m’assis et attendis. La Sainte-Victoire veillait comme un dieu malfaisant sur l’écran des cloisons.

Parfois, une action en appelle une autre, et éventuellement pour le meilleur. C’est quand j’ai publié mon entretien avec Donald Ray Pollock que j’ai été contacté par les éditions Quiero, qui m’invitaient à jeter un œil à L’éclat des fracas de Jérémy Beschon publié cette année par leurs soins. Ne connaissant ni les éditions Quiero, ni l’ouvrage en question, mais ayant foi dans les personnes qui portent un intérêt à Donald Ray Pollock, j’ai présumé que cela pourrait être l’occasion d’une bonne découverte.

Recueil de nouvelles protéiforme plutôt que roman, et peut-être même plus encore recueil de vignettes, L’éclat des fracas est composé de toute une série de petites histoires. Ces vignettes nous plongent dans l’intime de toute une galerie de personnages, tous abîmés, au cœur de leurs douleurs et dérives. Des damnés de la vie relégués à la marge. Des êtres humains abattus et désabusés ici dans des épisodes de vies fracassées, frappés par une réalité économique et sociale implacable. Toutes proportions gardées, on peut voir dans ce livre un petit air de l’inégalable Knockemstiff de Donald Ray Pollock.

Avec son ouvrage, pourtant relativement court (seulement 82 pages), Jérémy Beschon passe la société au vitriol. Une sorte de constat d’échec. C’est noir, très noir, et bien cru. Le trait est peut-être même un peu trop forcé. Il y a, par moment, une certaine lourdeur. De par sa construction un peu chaotique, voire décousue, une confusion règne mais participe à créer un climat un poil oppressant. Le ton est irascible, enragé et un peu désespéré. S’il y a certains moments plus forts que d’autres, l’auteur arrive tout de même à nous cueillir et on se laisse porter sans mal.

L’éclat des fracas c’est la découverte d’un auteur et d’une maison d’édition. C’est une expérience littéraire rude, imparfaite mais assez solide pour marquer. Une bouffée d’air rance dans ce monde aliéné et aliénant. Court mais féroce.

Brother Jo.

RIEN NE POURRA T’ATTEINDRE de Nicola Maye Goldberg / Le Gospel

Nothing Can Hurt You

Traduction: Floriane Herrero

Un jour d’hiver 1997, la jeune Sara Morgan est retrouvée morte dans les bois, non loin de son université. Son petit ami est jugé puis acquitté. Dès lors, ce crime odieux, impuni, hante les membres de la communauté entourant le jeune couple : la mère de Sara devenue médium, la jeune femme ayant découvert le corps, ou encore une journaliste débutante documentant l’affaire. Cette dernière cherche un lien avec le procès en cours de John Logan, un tueur en série sévissant dans la région…

A nouveau une illustre inconnue, ici l’Américaine Nicola Maye Goldberg, qui arrive jusqu’à nous grâce à la maison d’édition Le Gospel. Rien ne pourra t’atteindre est un premier roman noir plein de promesses si on se fie au descriptif de l’éditeur : « Ce premier roman pourrait être le miroir gothique de l’univers de Gillian Flynn, baigné de l’influence de la série Twin Peaks et verni de nostalgie 90’s. » Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait tout de suite envie.

D’emblée, il y a de quoi se dire, encore l’histoire d’une femme morte assassinée par son petit ami. Et ce serait juste de penser cela car, autant dans la fiction, que malheureusement dans la réalité, c’est un cas de figure qui tend à se répéter. C’est d’ailleurs, d’une certaine façon, ce que nous raconte ce livre qui se fait l’écho de la réalité et serait d’ailleurs inspiré d’une histoire vraie. Nicola Maye Goldberg nous immerge dans une communauté traversée par un drame, la mort d’une jeune femme, une victime parmi d’autres, vouée à l’oubli et dont l’histoire personnelle est fatalement supplantée par celle du tueur qui, on le sait, fascine toujours dans la société qui est la notre. Mais en pénétrant dans la vie ordinaire d’une galerie de personnages ayant tous un lien avec la victime, ce pour mieux nous raconter cette mort brutale et ses conséquences, elle donne une perspective plus intime à un fait divers sordide. Pour autant, nulle enquête, nul mystère à résoudre. On connaît le tueur et les conclusions de la justice. Celui-ci n’a jamais été incarcéré, le verdict ayant été « l’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental ». Puis la vie a suivi son cours pour celles et ceux qui ont connu Sara, la victime. Donc ni enquête, ni volonté de refaire le procès. Pas un roman policier, ni un thriller, ni un roman à suspens. Simplement le constat d’une réalité. Est-ce juste qu’elle soit morte et lui vivant et libre ? C’est la question qui demeure en suspens. Et comme toujours, un tel fait divers éveille le côté obsessionnel des uns ou voyeuriste des autres.

Écrit d’une plume dépouillée et particulièrement fluide, l’originalité de Rien ne pourra t’atteindre réside avant tout dans son procédé narratif sous forme de roman choral. Chaque chapitre est consacré à un personnage différent et selon son propre point de vue. Ainsi, les chapitres tiennent plus de vignettes ou de nouvelles, qui s’assemblent comme les pièces d’un puzzle. Un puzzle dont on n’a pas toutes les pièces mais assez pour avoir une image d’ensemble évocatrice. Alors, si parfois une telle construction peut nous laisser une impression de profusion de personnages et de confusion, nous faisant perdre le fil du récit, il n’en est rien ici. C’est intelligemment mené et complètement prenant.

C’est un peu la marque de fabrique du Gospel, Rien ne pourra t’atteindre de Nicola Maye Goldberg n’est évidemment pas un livre pour tout le monde. Mais qu’on se le dise, on a là l’un des page-turners de l’année. Un roman noir absorbant et en marge de ce qui se fait habituellement dans le domaine. Également un bon rappel que ceux qui aiment ou disent aimer, sont aussi capables de violence, et que les femmes en sont généralement les premières victimes.

Brother Jo.

UN LIEU ENSOLEILLÉ POUR PERSONNES SOMBRES de Mariana Enriquez / Editions du Sous-Sol

Un lugar soleado para gente sombría

Traduction: Anne Plantagenet

Des voix magnétiques, pour la plupart féminines, nous racontent le mal qui rôde partout et les monstres qui surgissent au beau milieu de l’ordinaire. L’une semble tant bien que mal tenir à distance les esprits errant dans son quartier bordé de bidonvilles. L’autre voit son visage s’effacer inexorablement, comme celui de sa mère avant elle. Certaines, qu’on a assassinées, reviennent hanter les lieux et les personnes qui les ont torturées. D’autres, maudites, se métamorphosent en oiseaux.

Il y a comme une aura, depuis quelques temps, autour de l’oeuvre de Mariana Enriquez. Son nom devient une référence pour les amatrices et amateurs de littérature sombre et dérangeante. Elle m’intrigue depuis un certain temps maintenant. Il ne me fallait guère plus qu’un titre aussi fort que Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, ainsi qu’une couverture assez fascinante (une magnifique peinture signée Guillermo Lorca), pour me décider enfin à me plonger dans l’univers de Mariana Enriquez. Un livre publié chez les toujours assez classieuses Editions du sous-sol.

C’est un recueil de douze histoires que nous propose Mariana Enriquez. Douze histoires noires ancrées dans notre réalité post-pandémie, et plus spécifiquement en Argentine, peuplées de divers monstres et fantômes. De texte en texte, le lecteur navigue entre ruralité et urbanité, à travers différentes classes sociales, pour une exploration des zones sombres de notre société et de nos âmes. Elle réussit à injecter du social dans l’horreur et le fantastique, et inversement, faisant flirter ses personnages avec un ailleurs obscur et ce pour mieux nous parler de notre monde. Si vous êtes sujet aux rêves et cauchemars durant vos nuits, il y a ici matière à perturber et fertiliser ceux-là.

La force d’Un lieu ensoleillé pour personnes sombres ne réside pas dans la qualité de son écriture à proprement dite, mais plus exactement dans l’art de son autrice à manier la nouvelle. Plutôt que de proposer des chutes concrètes à ses textes, elle s’amuse à nous laisser sur des fins relativement ouvertes qui nous plongent dans l’incertitude et laissent ainsi libre cours à notre imagination. Elle excelle à installer des atmosphères prenantes qui nous possèdent sans aucun mal. On peut penser à pas mal de références notables telles que Lovecraft ou Junji Ito, mais Mariana Enriquez a définitivement sa propre patte qui ne laisse pas indifférent.

Avec son livre Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, Mariana Enriquez saura, à minima, vous inquiéter, mais peut-être même vous glacer le sang. L’exercice de la nouvelle, trop souvent mésestimé, est ici exécuté avec une intelligence certaine et un imaginaire captivant. Un recueil de nouvelles effroyablement appréciable.

Brother Jo.

DATURA de Leena Krohn / Editions Zulma.

Datura tai harha jonka jokainen näkee

Traduction: Claire Saint-Germain

Quand on lui offre un datura pour son anniversaire, une jeune femme tombe très vite sous l’emprise de ce vert intense et des fleurs étincelant sous la lune comme des bijoux d’albâtre. Une herbe-aux-sorciers pour soigner son asthme ? Feuilles infusées ou graines pilées viennent ponctuer ses journées au Nouvel Anomaliste, un magazine dédié au paranormal et aux théories farfelues. Entre deux reportages sur la transparence de la matière ou les douze dimensions de l’espace, elle fait la connaissance du Maître des sons, s’entretient avec une vampire ou rédige un article sur le manuscrit de Voynich…
Bientôt la somnolence la guette, sa gorge s’assèche, ses pupilles se dilatent. Une femme en blanc se dresse au pied de son lit – le temps se distend. Peut-être faudrait-il revoir le dosage ?

Rares, trop rares, sont les livres finlandais qui arrivent jusqu’à nous. Bien qu’à l’origine d’une œuvre foisonnante entamée au début des années 1970, l’autrice Leena Krohn est encore relativement peu traduite chez nous. Datura, qui paraît chez Zulma, est seulement son troisième livre publié chez nous. Compte tenu du titre et du résumé, ainsi que de ma curiosité personnelle pour la Finlande, c’est particulièrement intrigué que j’ai entamé les 250 pages de ce roman à la couverture colorée un brin psychédélique.

Aujourd’hui, si l’on souhaite s’informer sur, par exemple, un médicament ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs, nous n’hésitons pas à faire instantanément des recherches sur Google, voire carrément à questionner l’une des nombreuses intelligences artificielles en vogue. Mais l’époque durant laquelle fut initialement publié Datura dans son pays d’origine, c’est-à-dire en 2001, nous n’en étions pas encore là. Ainsi, quand la narratrice un brin naïve de notre livre se voit offrir un datura pour soigner son asthme, elle n’a pas la présence d’esprit de se renseigner sur cette plante dont elle ne mesure pas le potentiel hallucinogène. Alors que, de part sa fonction au sein du magazine le Nouvel Anomaliste, son quotidien est déjà riche en rencontres excentriques et témoignages assez hallucinants face auxquels son scepticisme faillit rarement, son rapport au réel se voit de plus en plus altéré et sa propre histoire se met à devenir aussi incongrue que celles sur lesquelles elle rédige ses articles.

Ecrit dans une langue relativement épurée et avec beaucoup d’intelligence, Datura a également la particularité d’être rythmé par des chapitres courts dépassant rarement 2 à 4 pages. Les Finlandais étant un peuple de peu de mots, cultivant une certaine épure dans son art de vivre comme dans son design, on peut voir là une certaine logique. Ces chapitres, tels de petites vignettes, s’apparentent plus à des nouvelles qu’à de véritables chapitres. Il paraîtrait d’ailleurs, de ce que j’ai pu lire, que Leena Krohn soit justement très portée sur la nouvelle et cela se ressent. Plutôt qu’un pur roman comme on a l’habitude d’en lire, nous sommes ici quelque part entre l’essai, le recueil de nouvelles et le roman. Clairement pas aussi fou que Ta vie dans un trou noir de Bucky Sinister sur lequel j’ai écrit cette année et dans lequel les substances hallucinogènes occupent une place non négligeable, le livre de Leena Krohn se veut plus subtil, nous donnant matière à philosopher et ce non sans humour.

Datura de Leena Krohn est un roman délicieusement insolite, fantaisiste mais réaliste, qui se lit très facilement et avec beaucoup de plaisir. Une étrange mais plaisante respiration littéraire entre quelques lectures plus denses et moins aisées à aborder. Un portail vers un univers étonnant que Leena Krohn semble avoir peaufiné tout au long de sa vie et dont elle a une maîtrise évidente.

Brother Jo.

LE LOUP DE LA FAMILLE de Souhaib Ayoub / Actes Sud.

Dhi’b al-‘â’ila

Traduction: Stéphanie Dujols

Dans un immeuble délabré d’un quartier populaire de Tripoli, plusieurs histoires s’entrecroisent : celle de Hassan, d’abord, adolescent fantasque, insomniaque et mutique, loup solitaire maltraité par ses congénères et qui prétend entrer en communication avec les morts ; puis celles de son père Ziad, tombé follement amoureux dans sa jeunesse d’une prostituée transgenre ; de sa mère Saadiyé, le seul être qu’il aime au monde ; de sa grand-mère surtout, Chamsé, issue d’une tribu bédouine, dont le cadavre mutilé sera découvert dans le fleuve qui traverse la ville. D’autres personnages insolites, mais aussi des esprits et des monstres, surgissent dans ce sombre tableau qui oscille constamment entre passé et présent, rêve et réalité.

Il ne me fallait pas plus qu’un « n’est pas sans rappeler les dirty novels d’un Charles Bukowski » apposé par l’éditeur sur le livre, en l’occurrence Actes Sud, et de savoir qui plus est que l’on a affaire à un écrivain libanais, pour attiser ma curiosité et me donner envie de lire ce roman, Le Loup de la famille, du très prometteur Souhaib Ayoub.

« J’étais un cœur meurtri, qui détestait mes frères, mon père, ma grand-mère, la famille de ma mère et l’univers tout entier. J’étais ce fauve dans la blanche forêt. Un fauve errant derrière les brumes et les secrets des autres. J’étais le cœur de ma mère, qui dormait dedans, sur son canapé, au milieu des débris de nous tous, sur ce tissu défraîchi aux motifs de fleurs de jardin. »

Si vous voulez du noir, autant vous dire que vous ne ne serez pas déçu. Souhaib Ayoub nous embarque dans les quartiers pauvres de Tripoli et ses bas-fonds peuplés de marginaux en tous genres. Il y tisse un récit politique et social fragmenté où les histoires de personnages principaux et secondaires s’entrecroisent sur une temporalité allant de 1965 à 2013. Toutes ces scènes de vie, ces histoires, sont des strates qui nous donnent une perception de la ville du point de vue des oubliés. En abordant différents thèmes tels que la misère, la violence, l’amour, la mort, la sexualité, la guerre ou la perte, Souhaib Ayoub dépeint des réalités tragiques où les vies finissent souvent brutalement. Les femmes y sont particulièrement mises en avant, des femmes qui disparaissent quand elles ne sont pas assassinées. Une enquête, menée par un enquêteur à l’image des marginaux qui l’entoure, traverse d’ailleurs ces pages qui prennent alors des allures de polar qui n’en est pas un, ou qui ne peut véritablement en être un dans un système si chaotique où la justice peine à exister.

« Il n’y avait qu’elle dans cette ruelle où lui parvenait la rumeur des combattants qui se glissaient dans les rues drapées de noir. Quittant leurs lignes de front, ils s’enfonçaient dans ces petits quartiers repliés sur eux-mêmes comme des grottes, oubliés depuis le temps des mamelouks, qui les avaient conçus selon un plan militaire. Les collègues de Dolce Vita n’étaient pas venues travailler. Certaines avaient été tuées par balle – on avait aligné leurs corps dans les oliveraies de la colline Abou Samra. D’autres avaient été égorgées au couteau et jetées dans la vallée de Qadicha. Chez Salwa, on n’ouvrait plus la porte qu’aux clients de confiance depuis ce jour où des miliciens inconnus y avaient fait irruption. Ils avaient menacé les filles et enlevé les Alaouites – on ignorait ce qu’elles étaient devenues. »

Sous la plume brute empreinte de réalisme sale et poétique de Souhaib Ayoub, on sent et on goûte cette ville délabrée et hantée par des personnages sur la brèche. Il a l’art et la manière pour mettre en lumière cette ville souterraine où règne quelque chose de sombre mais tristement humain. On est instantanément gagné par cette atmosphère étouffante et bouillonnante dans laquelle s’instille la peur. Sa connaissance du terrain s’allie à merveille avec son travail d’écriture pour un résultat indéniablement singulier.

« En grandissant, je compris que nous héritons de la peur de nos parents, comme nous héritons de leur couleur de peau, de leurs yeux, de leurs traits de caractère, et aussi de leur haine. Pinçant le fil de cette haine entre nos doigts, nous l’étirons de génération en génération, jusqu’à ce qu’il finisse par s’enrouler autour de notre cou. Alors nous mourrons. La mort devient cet autre fil qui nous relie les uns aux autres dans notre nouveau voyage. »

Quelle fascinante plongée dans Tripoli qu’est Le Loup de la famille ! Un roman court et sinueux, particulièrement dense, qui imprime dans votre cerveau des images parfois dures mais puissantes. Souhaib Ayoub signe ce qui sera certainement l’une des lectures les plus frappantes de 2025.

Brother Jo.

LE ROI DES CENDRES de S.A. Cosby / Sonatine.

King of Ashes

Traduction : Pierre Szczeciner

Roman est à la tête d’une entreprise de gestion de patrimoine florissante à Atlanta. Quand il apprend que son père a été victime d’un accident de la route, il n’a d’autres choix que de revenir à Jefferson Run, la petite ville de Virginie où il a grandi. Là-bas, ce sont des fantômes qui l’attendent : la mystérieuse disparition de sa mère, dont il ne s’est jamais remis ; l’entreprise de pompes funèbres de son père, ses odeurs de mort et de cendres, qu’il n’a jamais supporté. Il y retrouve aussi sa sœur et son frère, qu’il culpabilise toujours d’avoir abandonnés le jour où il a fui Jefferson Run. Cet ancien fleuron industriel de l’État est aujourd’hui devenu une ville en perdition, gangrénée par la pauvreté, la violence et la drogue. Lorsque son frère Dante se retrouve impliqué dans une affaire criminelle, Roman va tout faire pour l’aider à en s’en sortir. Il va alors subir de plein fouet la réalité désastreuse de l’Amérique d’aujourd’hui, où une nouvelle génération, sans aucun scrupule et prête à tout, tient maintenant les rues. Il n’est pas au bout de ses surprises : comme dans toute famille qui se respecte, tout le monde cache des choses. Son père a-t-il vraiment été victime d’un accident de la route ? Et la disparition de sa mère est-elle vraiment aussi mystérieuse que tout le monde le croit ?

Il fallait bien un jour que je me mette à lire S. A. Cosby tant il semble avoir pris de l’importance ces dernières années. On en dit du bien et on le rapproche parfois d’auteurs que j’apprécie. Le Roi des cendres, son quatrième roman publié chez Sonatine, fera donc pour moi office de porte d’entrée dans son œuvre qui s’étoffe rapidement.

Bien intégré au sein de la nouvelle vagues des auteurs américains de roman noir, pour certains confirmés comme David Joy, ou en devenir, tels que Eli Cranor ou plus récemment Henry Wise, S. A. Cosby, qui a le vent en poupe, semble s’inscrire dans une veine assez brutale du roman noir. C’est tout du moins ce que j’ai cru comprendre en voyant passer ce qui s’écrit sur lui. C’est donc ce à quoi je m’attendais en me plongeant dans Le Roi des cendres. Sans surprise, son nouveau roman est bien en adéquation avec l’image que je me faisais de ses livres.

L’intrigue qui, il faut le dire, ne brille pas vraiment par sa subtilité, nous plonge dans un univers fait de gangs, de flingues et de drogues, au sein duquel nos principaux protagonistes tentent de se construire une vie qui demeure fortement influencée par un drame familial qui a laissé des traces. Une fratrie abîmée mais tant que possible solidaire face à l’adversité, qui se retrouve à nouveau réunie lorsqu’un nouveau drame familial vient réveiller les fantômes du passé et mettre en exergue les torts et vices des uns et des autres. Une tragédie assez shakespearienne où les rebondissements ne manquent pas, voire se répètent un peu, dans laquelle les personnages doivent autant composer avec leur part de violence, qu’avec leur part de vulnérabilité.

S. A. Cosby a la plume très simple qui ne fait pas dans les grandes formules littéraires. Si pas très riche, elle fuse néanmoins et donne une certaine cadence à l’histoire dont le rythme garde une bonne constance, ce sans jamais vraiment faiblir. Ainsi, cela en fait une lecture relativement aisée et rapide. Ce qui sera peut-être moins évident, pour les plus sensibles j’entends, c’est la violence assez frontale de certaines scènes. C’est parfois brutal et Cosby ne prend clairement pas de pincettes. N’allons pas faire les prudes non plus, il y a bien pire en la matière, mais on peut ne pas être tout à fait confortable avec cela.

Le Roi des cendres est un roman noir musclé et direct qui ne manque pas d’action. Si les ficelles sont un peu grosses, cela reste plutôt efficace. S. A. Cosby n’aura probablement pas de mal à trouver son lectorat et il ne serait pas étonnant que son livre finisse un jour par devenir un film ou une série.

Brother Jo.

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