Chroniques noires et partisanes

C’ EST AINSI QUE CELA S’ EST PASSÉ de Natalia Ginzburg / Denoël.

Traduction: Georges Piroué (Italien)

C’est sur une pellicule teintée sépia que se déroule le film de l’autopsie d’un homicide où l’on dissèque l’étiologie de ce geste fatal. De cette période faste post conflit mondial, dans cet Italie cherchant à se reconstruire, la vie morne d’un couple dépareillé par l’âge, par les aspirations respectives, se voit confronté à des choix cornéliens pour leur futur mutuel. Au coeur du miracle économique italien, dans cette période forte de croissance, le contexte coïncidant avec la chute du fascisme semble ne pas avoir d’emprise sur ces deux êtres qui dérivent insidieusement vers une vacuité des sentiments où ceux-ci semblent n’avoir jamais été éprouvés au travers un conformisme confondant ou de façade.

«Un matin gris à Turin dans les années cinquante. Une femme en imperméable marche sans but dans la ville. Elle vient de tirer une balle entre les deux yeux de son mari. Un geste sec et efficace accompli sans aucune préméditation. Perdue au milieu des avenues muettes et hivernales, elle se souvient : la rencontre et l’espoir, l’attente et l’incertitude, puis la vie à deux jusqu’à cette matinée fatale. »

Natalia Ginzburg publie ses premiers récits qui témoignent de son expérience de ces années troubles, du fascisme, de l’invasion allemande, de la résistance et de la libération : “La Strada che va in città” son premier court roman paru en 1942 sous le pseudonyme d’Alessandra Tornimparte; puis les romans “È stato così”, “Tutti i nostri ieri”, les récits autobiographiques “Le Piccole Virtù” et “Lessico famigliare”.

D’ entrée le décor et la fatalité non préméditée nous tournent vers un récit direct qui ne cherche pas les ellipses ni les probables. L’auteur fustige les actes derrière les paravents. Elle décrit, avec distanciation, les actes et les pensées sans artifices ni déviations. Néanmoins elle conserve une place et un espace aux questionnements afférents à des existences qui auraient pu choisir des alternatives. Sans aucun doute, au fil des pages, on ressent que les murs, les grilles d’une geôle se dessinent autour de cette femme marquée par le fatalisme.

De cette sécheresse stylistique, de cette sécheresse spirituelle l’ouvrage retranscrit une époque, des façons d’être, les problématiques sociétales et sociales par le prisme du couple. L’inéluctable conclusion ne paraissant pas de prime abord comme une évidence mais plutôt comme une hypothèse, on se surprend à penser que celle-ci avait bien d’autres issues.

L’auteur de son temps évoque son monde avec une certaine désespérance et fatalité. En bridant son écriture elle surajoute à la morosité ambiante, une rugosité des relations, affirmant la relation homme-femme tel un carcan rigidifié.

Tout en dénonçant une candeur ancrée dans une éducation rongée par la naïveté, Natalia Ginzburg avait une lucidité sur ce qui l’entourait.

Tragique dans plusieurs dimensions. Roman témoin d’une époque en extrayant les racines de tels expédients.

Chouchou

 

4 Comments

  1. Ngo

    Très belle critique je partage tout ce que tu as dit !
    Céline

    • clete

      Merci Céline. Chouchou appréciera sûrement.

  2. Chouchou

    Comment ne pas apprécier ce retour. Trois années révolues, déjà….
    Merci, le catalogue Denoël est à creuser sans nul doute.

    • clete

      Au taquet le Chouchou, au taquet !

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