Our Last Wild Days.
Traduction: Eloïse Esquié.

Jacknife, une petite ville oubliée au fin fond des bayous. Sous la chaleur moite de la Louisiane, les habitants vivent au rythme de la nature – et de ses menaces. Marécages dangereux, reptiles venimeux, cyclones dévastateurs… Mais aussi sauvage soit ce monde, le pire des dangers, ici comme ailleurs, vient souvent des hommes. Loyal le sait trop bien. À dix-sept ans, elle a fui Jacknife après un drame qu’elle porte encore en elle. La voilà contrainte d’y revenir, pour s’occuper de sa mère malade. Plus que tout, elle appréhende ses retrouvailles avec les Labasque, une famille de parias qui gagne sa vie en chassant les alligators des marais. Elle a en effet longuement fréquenté Cutter Labasque, sa meilleure amie de l’époque, et de ses deux frères, avant de les trahir puis de s’enfuir. Lorsqu’un des Labasque est retrouvé mort dans des circonstances troubles, Loyal va se jeter à corps perdu dans une quête de vérité. Pour comprendre. Pour réparer. Pour, peut-être, se libérer. Mais à Jacknife, les secrets sont nombreux et rien ne se passe jamais comme prévu.
J’étais passé à côté d’Une pluie de septembre, premier roman de l’autrice britannique Anna Bailey, publié en 2021 chez Sonatine. Tentative de rattrapage de ma part en lisant son second roman, Nos derniers jours sauvages, à nouveau publié chez Sonatine. C’est en voyant l’alligator en couverture que j’ai, comme qui dirait, mordu à l’hameçon…
Ne cherchez pas la ville de Jacknife, aux Etats-Unis, sur une carte car cette ville n’existe pas. Inventée de toutes pièces par Anna Bailey, je présume que c’est plus confortable pour quelqu’un qui n’est pas du pays de créer une ville et de tenter de la rendre la plus crédible possible, plutôt que de situer l’action dans une ville que l’on ne connaît pas assez pour ne pas risquer de se rater. Bienvenue à Jacknife, donc. Une petite ville de Louisiane, en plein Bayou, où une usine pollue allègrement le territoire et empoisonne ses ouvriers, et où les marais et leurs vieilles légendes sont peuplés d’alligators et de serpents. Jacknife est de ces endroits immuables où le temps semble s’écouler plus lentement qu’ailleurs et où les mœurs évoluent peu. Ses habitants, pour certain(e)s ambigus, ne sont pas tous très fréquentables. On y est notamment confronté à la pauvreté, la violence et les ravages de la drogue. Un climat endémique dont les responsables sont à chercher jusqu’à dans les forces de l’ordre où la corruption demeure. C’est dans ce cadre qu’évoluent nos personnages, bien souvent abîmés, où une mort et une disparition font l’actualité.
Là où excelle Anna Bailey avec Nos derniers jours sauvages, c’est dans la mise en place d’une atmosphère où règne une chaleur lourde et humide. Le décor est parfaitement planté. L’immersion est plus convaincante encore quand elle nous emmène à la chasse à l’alligator, qui constitue l’une des forces du livre, et certainement sa principale originalité. Un autre atout de l’autrice est de véritablement prendre le temps de développer ses personnages, même si certains sont peut-être un poil trop stéréotypés. Le récit est très fluide et nous tient sans mal en haleine et ce sans jamais s’enliser, une tension demeurant au fil des pages et l’histoire ne manquant pas de rebondissements. Elle aborde également des sujets pertinents tels que les liens familiaux, l’homosexualité, l’addiction ou la démence, mais surtout les questions du deuil et de comment réparer nos torts.
Si vous aimez le Southern Gothic, il y a peu de chance que vous soyez déçu par Nos derniers jours sauvages, second livre d’Anna Bailey. Un roman noir totalement ancré dans son territoire, hanté par de vieux fantômes et dans lequel les secrets sont parfois lourds de conséquences. Une convaincante plongée dans le Bayou où les hommes sont parfois plus dangereux encore que les reptiles carnivores que l’on y trouve.
Brother Jo.









Commentaires récents