Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

L’AFFAIRE N’GUSTRO de Jean-Patrick Manchette / Série Noire.

Jean-Patrick Manchette est mort il y a vingt-cinq ans le 3 juin et la Série Noire célèbre sa mémoire cette année en ressortant son premier roman édité dans la collection “L’affaire n’Gustro”. L’auteur a été, dans les années 70 et 80, le symbole d’un mouvement néo polar en France animé d’une forte coloration politique rouge.

Issu des mouvements d’extrême gauche, Manchette a beaucoup écrit sur la politique, sur ses remous, sur les zones d’ombre de la cinquième république dans des polars bien troussés, violents et assez minimalistes comme motivés par une certaine urgence.

Dans un petit texte en début du roman Nicolas le Flahec explique sa fascination pour ce roman, son périple pour arriver dans la collection de Marcel Duhamel. C’est un épisode de l’histoire post coloniale qui a inspiré Manchette, l’enlèvement et l’assassinat de Ben Barka, un dissident marocain gênant pour le pouvoir.

« Qui est Henri Butron, petit malfrat et grand salaud, sympathisant d’extrême droite par défaut, en mal d’argent et de gloire? Comment cet homme, aujourd’hui traîné dans la boue et conspué par ceux qui ont eu le malheur de croiser sa route, s’est retrouvé en affaire avec le dissident N’Gustro, leader tiers-mondiste enlevé puis exécuté à Paris? À se frotter de trop près aux complots des autres, on se met en danger. Butron l’aura payé de sa vie. Il a cependant le bon goût de laisser derrière lui un enregistrement racontant son parcours, ses méfaits et de quelle manière il se retrouva lié à «l’affaire N’Gustro». »

L’intrigue est vue dans le prisme de Henri Butron, petit branleur et grand facho à une époque où ce genre d’engeance n’avait pas vraiment pignon sur rue et lucarne à la tv. On est dans la France de De Gaulle devenu un héros récemment pour toute la classe politique française, à court d’idées. Lu, il y a de nombreuses années, “L’affaire n’Gustro” semble, à sa relecture comme une photographie d’une France si proche et finalement si éloignée. Il est certain que les lecteurs les plus jeunes n’entreront pas sans effort dans ce monde de barbouzes et de l’OAS.

Parallèlement les éditions de la Table ronde éditent “Manchette Lettres du mauvais temps, correspondance 1977-1980 regroupant les courriers adressés par Manchette à des auteurs connus et à d’autres déjà oubliés. Signalons Ellroy, Bilal, Paco Ignacio Taibo II, Robin Cook, Westlake, Ross Thomas. C’est intéressant et en même temps cela s’adresse à des spécialistes de l’auteur comme à de lecteurs chevronnés de polars déjà très datés. Ceci dit, c’est un passage obligé pour tout amateur de Manchette comme de Noir.

Enfin, signalons, toujours à La Table Ronde”, “Play it again Dupont” qui regroupe les chroniques de Manchette portant sur les jeux sortis entre 77 et 80 pour le mensuel Métal Hurlant. Là, seuls les fans absolus de l’auteur trouveront leur compte dans ce petit ouvrage sympa mais sacrément obsolète.

Dans tous les cas, lire Manchette est et restera un passage obligatoire pour qui s’intéresse au polar en général et au polar français en particulier.

Clete.

NEW IBERIA BLUES de James Lee Burke/ Rivages.

The New Iberia Blues.

Traduction : Christophe Mercier.

« La mort choquante d’une jeune femme retrouvée nue et crucifiée amène Dave Robicheaux dans les coulisses d’Hollywood, au coeur des forêts louisianaises et dans les repaires de la Mafia. Elle avait disparu à proximité de la propriété du réalisateur Desmond Cormier, que Dave avait connu gamin dans les rues de La Nouvelle Orléans, quand il rêvait de cinéma… »

Mince alors, on a changé Dave… Dave Robicheaux, le personnage le plus célèbre de Burke, le héros d’une série dont nous découvrons ici la vingt deuxième aventure est devenu, au fil des années, une bonne vingtaine, un ami. C’est un pote que j’ai aimé retrouver une fois par an, parfois en mai et parfois en décembre. Souvent, il m’a permis une pause dans le train train quotidien, dans les soucis de la vie, permettant une évasion vers le Sud en sa compagnie, de celle de son “frère” Clete Purcel et de sa fille adoptive Alafair. 

Alors, on pardonne, on s’amuse, on ignore les petits travers de nos amis qui le sont d’ailleurs parfois parce qu’ils sont assez éloignés des gens que nous côtoyons. Dave Robicheaux n’est pas parfait, loin de là: j’ai passé sur ses bondieuseries, son paternalisme parfois pesant, son addiction à l’alcool et aux A.A., son tempérament de vieux cowboy un peu macho, un peu réac parce qu’il compense par une volonté inébranlable de protéger la veuve et l’orphelin, les humbles et les bafoués, quelle que soit leur couleur de peau et montre une rage contre les salopards qui œuvrent dans ce coin du bayou de Louisiane.

Sur deux décennies, on vieillit comme son héros de papier en restant à peu près en harmonie avec la pensée de l’auteur, généralement… Mais là, James Lee Burke a trahi son personnage, a sali l’image du vieux justicier taiseux. Les fans de la série connaissent le chemin de croix de “Belle mèche” avec les femmes de sa vie. Sa première épouse, Martiniquaise, l’a quitté pour un mafieux à l’époque où il buvait sa vie au sein du NOPD de la Nouvelle-Orléans. La seconde est morte assassinée à sa place, la troisième a été vaincue par un lupus et la dernière a été victime d’un chauffard. Après un tel bilan calamiteux, on pourrait imaginer Robicheaux résigné à finir sa vie en guerrier solitaire, mais non, l’amour est aveugle… et c’est cet aveuglement qui est insupportable. 

Le grand maître Burke doit être hors-sol actuellement, ne doit plus comprendre la réalité de la vie ou alors couche sur le papier ses propres fantasmes et ce n’est pas jojo. Voilà, si vous n’avez jamais lu la saga de Robicheaux, pas de problème pour vous. Un flic de New Iberia tombe amoureux de sa nouvelle partenaire de patrouille. Pas de quoi fouetter un chat, commun, banal…Par contre, si vous suivez le vieux cowboy depuis longtemps, ça se gâte. D’abord, la jeune collègue, Bailey Ribbons a quitté son boulot d’instit à NOLA pour devenir flic au milieu d’un nulle part louisianais. Au ministère de l’Education nationale à Paris, ils pourront certainement vous garantir qu’ils n’ont jamais connu pareille anomalie dans un parcours de carrière mais, soit, on est en Amérique…Cette dame créant un désir incendiaire chez Robicheaux est âgée de vingt six ans et c’est là que le bât blesse méchamment. Sans être totalement momifié pour l’heure, loin de là, comme on le verra dans le roman, le bonhomme a quand même fait la guerre du Vietnam et, à la louche, doit avoir aisément dépassé les 70 ans. Qu’il tombe amoureux d’une fille qui a l’âge de sa fille et qui pourrait très bien être sa petite-fille est embêtant mais l’humaniste qui est en lui va réagir, se défendre de pareille liaison hors norme. Mais non, Burke enfonce le clou et donne à Robicheaux un bien vilain rôle. Oh, Robicheaux va lutter contre ce penchant, contre la belle Bailey qui lui explique (lol !) que la différence d’âge n’a aucune importance pour elle… Il ne succombe pas la première fois, fuit se réfugier entre les draps d’une autre femme dans la quarantaine qu’il vient de rencontrer. Ça chiffonne un peu ce nouveau rôle de plante verte, de trophée donné aux femmes dans les écrits de Burke… mais le pire est à venir avec des pages bien navrantes racontant le début de la liaison et les sentiments d’ado du vieux Dave. C’est bien réac tout ça, digne de films noirs et de westerns d’autrefois et amplifié par les humeurs de Robicheaux quand la belle ose fumer une taf d’un joint lors d’une fête à L.A. Heureusement, tout revient dans l’ordre quand Bailey vient s’excuser de son attitude idiote le lendemain. Les fans de la série doivent être très surpris de la réaction de l’homme  en se rappelant que Robicheaux a patrouillé  avec la police de la Nouvelle Orléans pendant de nombreuse années, bourré du matin au soir avec à ses côtés un Clete Purcel saoul comme un Polonais.

Alors, par contre, pour sauver un roman qui le mérite, cette histoire d’amour n’a aucun impact sur une enquête une nouvelle fois captivante mais qui incite aussi à mieux déceler des petits trucs qui chiffonnent, des petites facilités d’écriture que l’on préférait ignorer par le passé quand Robicheaux était un homme d’âge mûr avec des des désirs et des besoins en accord avec l’âge de ses artères. Il y a quand même pas mal de recyclage dans ce “New Iberia Blues”, beaucoup de déjà lu : une intrigue dans le milieu du cinéma, le retour fortuné d’un banni d’autrefois, une théâtralisation gothique des meurtres, des tueurs qu’on croyait morts qui reviennent, une énigme héraldique sur les Croisés, des petites ficelles qui ne bernent que les néophytes… Les romans de Burke sont toujours aussi passionnants, toujours aussi addictifs et il est toujours très difficile de s’en extraire. Burke est un grand maître du premier chapitre qui emporte tout, de l’incipit qui vous chope par le colbac. Difficile d’y résister si on aime le genre polar du Sud et ses imitateurs avec ou sans stetson ont quand même encore pas mal de taf pour approcher son talent. Ne cachons néanmoins pas que Burke use de plus en plus de salopards en grand nombre, il y a pas mal de pourris au mètre carré à New Iberia. 

Ce roman pêche un peu par un léger manque de distance par rapport à la situation, il y a moins de beaux tableaux de l’environnement, moins de considérations et de réflexions sur le monde, sur la vie, la mort, la souffrance… largement reconnues par le commun de mortels mais joliment magnifiées par la plume divine du vieux Jim. La priorité est quand même donnée à l’action, on est manifestement dans le thriller galopant avec un côté western moderne revendiqué où chacun administre la justice à sa manière, Robicheaux y compris. Il y a même parfois un gros décalage entre le discours de l’auteur et la réalité du roman… Burke, très en phase avec l’actualité ricaine du moment, dénonce les dérives policières et  dix pages plus loin envoie Robicheaux rencontrer un suspect avec un canon scié dont il utilise allègrement la crosse pour engager le dialogue.

Une déception certainement pour le traitement réservé au brave Robicheaux mais un roman totalement percutant malgré son manque d’originalité. Allez, on pardonne pour cette fois en s’inquiétant néanmoins pour la suite.Y verra-t-on Robicheaux en déambulateur faire la sortie des écoles pour trouver une compagne?

Mince alors !

Clete.

LA CHANCE VOUS SOURIT / Terres d’Amérique/ Albin Michel

Fortune Smiles

Traduction : Antoine Cazé.

La collection Terres d’Amérique nous gratifie régulièrement de la publication de nouveaux auteurs américains qui bien souvent se font remarquer dans leur pays d’origine par des nouvelles, format qui, comme chacun sait conserve tout son aura là-bas. Au cas où la mémoire vous ferait défaut, citons par exemple les ouvrages (pour les plus récents) Le cœur sauvage de Robin McArthur, Courir au clair de lune avec un chien volé de Callan Wink, Allegheny River de Matthew Neil Null, Lucky Man de Jamel Brinkley, Viens voir dans l’Ouest de Maxim Loskutoff. Et il n’est pas nécessaire d’être perspicace pour dire que la publication de tels recueils pave souvent la voie aux traductions des longs formats de ces auteurs.

Originaire du Dakota du Sud, Adam Johnson (Prix Pulitzer de la Fiction 2013 et National Book Award 2015 pour la version originale de ce recueil) compte déjà à son actif dans l’édition française deux romans (Des parasites comme nous et La vie volée de Jun Do) et un recueil de nouvelles (Emporium). Il nous livre ici six novellas rassemblées, tour à tour grinçantes, bouleversantes, drôles et déchirantes, chacune comme un bijou de subtilité et d’intelligence. On y croise notamment un ancien gardien de la Stasi, qui reçoit devant sa porte d’étranges colis anonymes tout droits venus de son passé ; deux déserteurs ayant fui la Corée du Nord et son régime totalitaire pour tenter de reconstruire leur vie à Séoul (remarquons que son roman Des parasites comme nous se déroule déjà dans ce pays) ; un homme en plein désarroi face à la grave maladie de sa femme, qui ressuscite sous forme d’avatar le président américain récemment assassiné pour profiter de ses conseils ; ou encore un livreur UPS à la recherche de la mère de son fils de deux ans après que celle-ci a disparu en Louisiane lors du passage de l’ouragan Katrina…

La justesse ne fait pas défaut à Adam Johnson pour décrire le monde dans lequel ses personnages évoluent, ni la documentation. Que le registre particulièrement concerné par le récit soit médical ou informatique ou historique, Alan Johnson dispose du talent nécessaire, d’une puissance d’écriture, pour nous plonger au plus profond de la psychologie de ses personnages, pour nous confronter à leurs contradictions et à leurs dilemmes, à leurs peurs, leurs douleurs, leurs espoirs. Adam Johnson nous propose ainsi, au travers de destinées singulières, ciselées par son écriture, d’enrichir notre âme et notre cœur d’autres expériences humaines. 

Ce sera tout à fait arbitraire que de choisir dans le lot des histoires supposées « meilleures » que les autres. Pourtant, deux d’entre elles m’ont particulièrement séduit. Ouragans anonymes, tout d’abord, raconte, dans le grand dérangement de la Louisiane tapée par l’ouragan Katrina, l’émouvante naissance de la conscience et de l’attachement d’un jeune père pour son fils, qui doit choisir entre retrouver son ex, mère de l’enfant, égarée dans le paysage et ses propres turpitudes, et entamer un autre chapitre de sa vie avec sa nouvelle compagne audacieuse. Prairie obscure ensuite nous confronte de façon dérangeante autant que touchante à un homme victime d’abus sexuels dans son enfance, qui lutte quotidiennement contre ses propres penchants à commettre des actes pédophiles pour rester dans la part de l’humanité ensoleillée par la bonté. Il faut savoir louer les personnes de l’écrit comme Adam Johnson pour oser et réussir à nous mettre quelques instants dans la peau d’un autre, fût-il quelqu’un que nous détesterions ou détesterions être. C’est là l’immense pouvoir de la littérature, capable d’agrandir et d’approfondir notre connaissance de l’autre, de ralentir les préjugés et de nous rendre peut-être un peu plus humbles. Adam Johnson, manifestement, connaît ce pouvoir et sait le manier. Vous auriez tort de ne pas essayer au moins de le découvrir.

Paotrsaout.

THE CRY de Helen Fitzgerald / EquinoX/Les Arènes.

Traduction: Alexandre Civico.

Alistair et Joanna sont un jeune couple vivant en Angleterre. Ils viennent d’avoir un bébé Noah, et partent pour l’Australie, retrouver la famille d’Alistair. Ce voyage doit aussi servir à ce jeune père afin qu’il récupère la garde de sa fille ainée Chloé.

Le voyage en avion est long, Joanna est malade et Noah est un jeune bébé qui dort peu et pleure beaucoup. Joanna est épuisée et n’a pas beaucoup d’aide pour s’occuper d’un jeune enfant. On sent dès le vol une grande fragilité dans cette jeune mère, l’arrivée de cet enfant l’a profondément déstabilisé et elle lutte pour s’en sortir et être une bonne mère qui fait peu d’erreur, est à l’écoute, calme et épanouie comme la bonne société l’exige.

Noah finit tant bien que mal par s’endormir, mais, malheureusement, il ne se réveillera jamais. 

Nous nous retrouvons donc face à un jeune couple, qui perd son nourrisson. La perte d’un enfant est probablement une des pires choses qu’il puisse arriver. La mère est jeune et inexpérimentée, elle est maladroite, naïve et influençable et fait entièrement confiance en son conjoint pour prendre les décisions et diriger leur vie. Alistair, lui, est un jeune homme influent. Il est chargé des relations entre le parti travailliste et la presse, et il a toutes les qualités requises pour cela : il est sûr de lui, souriant, séducteur, arrogant, égocentrique menteur et manipulateur. Le portrait n’est pas très flatteur mais ce sont des aspects de sa personnalité qui trouvent toutes sa place dans son travail. Dans sa vie privée, elles peuvent, par contre, être à double tranchant.

Nous sommes sous le soleil écrasant d’Australie, des feux de brousse menacent, tout est fait pour créer une atmosphère écrasante et stressante. Ce contexte sert l’histoire, donne encore plus de puissance à la pression ressentie par chaque protagoniste. C’est un véritable thriller psychologique où chaque personnage est à la fois « Victime, Sauveur et Persécuteur ».

Nous sommes entraînés avec Alistair et Joanna dans une sorte de spirale infernale, où tout se déroule dans une suite logique qui mène à une conclusion à laquelle on peut s’attendre dès le départ.

Donc pas de grande surprise mais une écriture facile à lire qui permet ainsi de tourner les pages sans vraiment s’en apercevoir. En un mot, pas LE grand Roman de 2020, mais qui permet sans aucun doute de passer un bon moment pour les amateurs de thriller psychologique.

Marie-Laure.

PEPE CARVALHO ; TOUT FOUT LE CAMP de Carlos Zanon/Seuil.

Traduction: Georges Tyras.

Carlos ZANON, qui a déjà fait ses preuves en matière de roman noir et récompensé notamment pour « J’ai été Johnny Thunders », a été choisi pour ressusciter le célèbre Pepe CARVALHO près de 15 ans après la mort de Vazquez Montalban (L’auteur original).

Grosse pression et gros pari pour l’auteur mais pari réussi. On retrouve l’atmosphère, les codes, certains personnages comme Biscuter et surtout Pepe Carvalho. Bien entendu, le contexte est contemporain, dans une ville de Barcelone touristique, bouillonnante, partagée entre indépendantisme et cosmopolitisme. De retour au pays, l’homme a vieilli, tourmenté entre un passé sulfureux et un présent qui ne l’attend plus, qui va trop vite, trop 2.0.

Pepe Carvalho semble assagi, affaibli, dépassé mais la donne va changer lorsqu’il est chargé par une amie de reprendre du service et d’enquêter sur un crime familial, sans compter qu’un tueur en série sévit dans le secteur. Il retrouve alors toute son acuité, ses réflexes et l’envie de survivre à sa propre déchéance, l’envie de croire que tout va bien finir.

Le rythme est soutenu au travers de nombreux chapitres courts pour un roman de plus 500 pages. La lecture est parfois exigeante et renvoie à de nombreuses références, ponctuée de passages très durs comme poétiques, le tout sur fond de toile sociale très noire. Bref un cocktail surprenant, piquant, exaltant et doux amer qui se boit jusqu’à la dernière goutte.

Quant à l’histoire en tant que telle, elle est partagée par différents petites enquêtes, qui se lient ou pas à l’enquête de fond qui est bien plus complexe qu’elle n’y parait au premier abord. Alcool, abus, cocaïne, prostitution discount, violence, sexe sale, enfance perdue, innocence envolée…Difficile à résumer tant c’est dense. Pour savoir si on aime, faut goûter et Pepe Carvalho reste par ailleurs toujours un excellent cordon bleu tandis que Biscuter passe à Master Chef…bref, tout fout le camp !

Nikoma

MAUVAISE GRAINE de Nicolas Jaillet / La Manufacture de livres.

Dans Mauvaise graine, Nicolas Jaillet nous conte l’histoire de Julie, trentenaire, institutrice, en apparence bien dans sa peau et dans son époque. C’est une maîtresse moderne, qui une fois la porte de sa classe fermée, retrouve ses copines, fait la fête, boit jusqu’à ne plus se souvenir de sa soirée, bref, qui n’a de compte à rendre à personne et le vit très bien. Jusqu’au jour où …

Où elle se retrouve enceinte. Mais de qui ? C’est LA question, car elle a beau être libre, et passer des soirées arrosées, dans son souvenir, il y a bien longtemps qu’elle n’a pas fini sa nuit avec un homme. Et de là, on attaque un second roman, complètement barré où tout part en cacahouète ! Le bandeau de couverture fait référence à Kill Bill, héroïne féminine qui se bat par vengeance. S’il faut une référence à Tarantino, je partirai davantage sur Une nuit en enfer dont il est co-scénariste, et pour lequel, à un instant du film, tout bascule. 

De la même façon, on se retrouve dans un univers parallèle où notre héroïne se découvre de supers pouvoirs et va s’en servir pour comprendre ce qui lui arrive et donner une nouvelle orientation à sa vie.

C’est l’histoire d’une jeune femme de notre époque, qui doit répondre à certaines contraintes, à certains diktats de notre société envers les femmes. Sa jeunesse lui permettait jusque-là de s’en affranchir et de laisser libre court à sa fantaisie et sa liberté. Pour autant, l’histoire la rattrape et elle doit faire des choix : rentrer dans le cadre défini pour elle ou s’assumer et reprendre en main sa vie et ses opportunités.

L’écriture va tout à fait avec l’histoire. Ce sont des phrases courtes qui construisent des chapitres brefs, ce qui permet de donner un certain rythme à l‘histoire. Le tempo est là, agrémenté d’un humour féroce mais présent tout du long. Tout comme au cinéma, nous sommes plongés dans la bataille. Julie nous communique son énergie, des bagarres aux scènes de sexe, rien ne nous est épargné, tout est minutieusement détaillé pour nous jeter au cœur de l’action.

Grinçant, et ça fait du bien !

Marie-Laure !

MARSEILLE 73 de Dominique Manotti / EquinoX / Les Arènes.

“La France connaît une série d’assassinats ciblés sur des Arabes, surtout des Algériens. On les tire à vue, on leur fracasse le crâne. En six mois, plus de cinquante d’entre eux sont abattus, dont une vingtaine à Marseille, épicentre du terrorisme raciste. C’est l’histoire vraie.

Onze ans après la fin de la guerre d’Algérie, les nervis de l’OAS ont été amnistiés, beaucoup sont intégrés dans l’appareil d’État et dans la police, le Front national vient à peine d’éclore. Des revanchards appellent à plastiquer les mosquées, les bistrots, les commerces arabes. C’est le décor.

Le jeune commissaire Daquin, vingt-sept ans, a été fraîchement nommé à l’Évêché, l’hôtel de police de Marseille, lieu de toutes les compromissions, où tout se sait et rien ne sort. C’est notre héros.”

Et une nouvelle fois, la grande dame du polar politique frappe fort, cogne sur Marseille, la police en 73. Époque glauque des ratonnades où aigris et racistes décidaient de dézinguer des Maghrébins dans l’indifférence des médias et des politiques ne voulant pas faire les liens dans les morts criminelles d’une cinquantaine d’Arabes. Mais l’incorruptible inspecteur Daquin va remonter la pelote, démêler les noeuds… celui qui sera le commissaire parisien Daquin, des romans de madame Manotti des années 90 quand elle était la première (la seule?) à flinguer la gauche caviar, Tapie, tout en ne relâchant pas son effort sur la droite. Revenu à ses débuts, en 73, pour aider l’auteure à retrouver l’inspiration pendant l’écriture du magnifique “Or noir”, Daquin enchaîne avec cette deuxième affaire phocéenne.

De son passé de professeure d’Histoire, Dominique Manotti a gardé la méthode et le talent pour l’investigation, pour l’étayage des dires, des affirmations, des preuves. A chaque fois, c’est clair et précis, passionnant, sans jamais être ennuyeux. On lui reproche parfois ce côté clinique, froid mais la dame fait oeuvre d’enseignement, fait partager ses connaissances, offre la vérité à qui veut l’entendre, la lire. C’est donc du très sérieux, le sujet n’incite pas au romantisme, à la fantaisie et encore moins aux envolées lyriques. Pas utile d’enjoliver les salauds…

Grande prêtresse de la contre-histoire française, Dominique Manotti est indispensable, le témoin essentiel des dérives politiques françaises. Plongez avec elle dans le marigot phocéen que les très récentes magouilles de la droite locale pour les municipales remet en lumière.

Béton !

Clete.

ALTA ROCCA de Philippe Pujol / Seuil.

Ce mois de juin nous offre finalement de grands moments de lecture. Manotti, Bonidan, Alex Taylor et maintenant Philippe Pujol, journaliste marseillais, prix Albert Londres en 2014 pour sa série d’articles « Quartiers shit » sur les quartiers nord de Marseille. De sang corse par sa mère, il a pris ces montagnes maternelles comme décor de son premier roman situé au au milieu du XIXème siècle.

“Corse, 1850. Deux frères de l’Alta Rocca – région montagneuse du sud de l’île – se voient forcés de fuir leur village. Derniers hommes de la lignée des Manghjà Orso, ils sont traqués pour cela. Orso prend le maquis, et n’aura de cesse de restaurer son nom, mais il lui faudra d’abord pactiser avec le diable, en la personne de Santo, bandit sanguinaire et avide de pouvoir. De son côté, Giovanni, l’aîné, las de la spirale infernale des vendettas, quitte l’île et part sur les traces de leur père, vers les Etats-Unis d’Amérique. Il faudra attendre quarante ans pour que leurs destins se rejoignent à nouveau.”

L’auteur qualifie son roman de “western corse” plus par modestie que pour la réalité d’un roman beaucoup plus profond. Il est vrai qu’il y aura beaucoup de sang et de fusillades, des meurtres et des viols, jusqu’à un duel final dans un coin de maquis particulièrement hostile… très loin des villes et de l’image côtière paradisiaque de l’île. On y fera même parler deux carabines Winchester. Le style est superbe, les scènes très cinématographiques, les décors bien peints, les personnages aussi troublants et intrigants que passionnants. On est dans les mêmes veine et réussite que le monumental “Le sang ne suffit pas” d’Alex Taylor, chroniqué il y a peu. Alors que bien souvent, les journalistes qui s’essayent à la fiction sont ennuyeux malgré la qualité de l’intrigue, ici, on sent qu’un effort particulier d’écriture a vraiment été effectué. Après, certains trouveront encore que la langue est trop riche comme chez Alex Taylor mais, franchement, on est très vite emporté par le souffle de l’histoire et la beauté de la plume.

L’éditeur parle, lui, de “roman corse” et même si cela ne veut rien dire au départ, ce n’est quand même pas un événement, un roman corse… on peut l’entendre néanmoins comme un  bout de l’histoire de la Corse racontée par celle des vendettas entre clans et qui régissent violemment la société corse de l’époque et font loi. Et même si l’ombre de Pasquale Paoli, homme des Lumières et fondateur de la république corse au milieu du XVIIIème siècle est toujours présente un siècle après, on s’aperçoit que sa philosophie qui aurait inspiré les créateurs de la constitution américaine n’est plus qu’une fierté, un symbole. Les Corses passent leur temps à se massacrer entre eux et donc ne dirigent pas leur combat contre les Français qui occupent leur île. La vendetta, les relations sociales, les rapports hommes femmes sont éclairés, un discours politique apparaît dévoilant un monde, une réalité bien plus surprenante qu’un western en Arizona.

Aux hommes la politique, aux femmes la famille”.

On pourrait aussi parler de la complexité de certains personnages entre bien et mal, de la  fin qui justifie tous les moyens, de certains combats, de la valeur d’une vie humaine, de ce désir de liberté qui justifie toutes les abominations… Une très belle surprise noire doublée d’un éclairage intéressant sur la pensée et la mentalité corses.

Clete.

Entretien avec Cathy Bonidan / « VICTOR KESSLER N’A PAS TOUT DIT »

Le troisième roman de Cathy Bonidan est très fort. Aussi, il nous a paru bon de nous entretenir avec elle sur son parcours atypique d’auteure, ses sources d’inspiration, sa méthode d’écriture. Elle a répondu très rapidement à nos interrogations avec sa modestie et sa gentillesse coutumières.

A propos de l’auteure:

  1. Cathy Bonidan, votre nom commence à être familier dans les librairies et sur le net, on connaît un peu l’auteur mais qui est la personne ?

La personne est simple, sans mystère et mène une existence très banale. Je suis institutrice depuis l’âge de 17 ans, une appellation qui correspond mieux à ce que je vis que le terme de professeur des écoles qu’on emploie aujourd’hui. J’ai longtemps exercé dans la banlieue nord de Paris avant de venir enseigner dans le Morbihan. 

En fait, il n’y a pas grand-chose à dire de la personne… 😊

  1. Vous allez publier votre troisième roman. Le premier, Le Parfum de l’Hellébore a remporté 11 prix littéraires, les droits du second, Chambre 128, ont été achetés par 7 pays (États-Unis, Allemagne, Italie, Corée, Chine, Israël, République tchèque). Comment vivez-vous ce statut d’auteur ? Qu’éprouvez-vous ?

Il faut des gens comme vous, excusez-moi, pour me rappeler que je suis considérée comme un auteur. Ça ne me vient pas naturellement 😊. Au fond de moi, je suis toujours l’enfant, puis l’adolescente, qui écrit des histoires en secret. C’est lors des rencontres avec les lecteurs que je réalise que mes romans ont été partagés et que des personnes les ont peut-être en ce moment même sur leur table de nuit. 

À chaque fois, c’est alors le même choc, un mélange de fierté, de peur, d’émerveillement et puis… tout au fond, de la sérénité. L’impression d’être arrivée là où je devais être, l’impression de faire enfin ce que je rêvais de faire depuis l’enfance.

  1. Votre parcours est un peu particulier, pouvez-vous nous dire comment vous êtes arrivée à l’édition ?

Par hasard. Parce qu’un jour d’août, à court de lecture, je me suis inscrite sur le site monBestSeller.com et que j’y ai découvert des anonymes qui partageaient leurs écrits. J’ai eu envie de faire la même chose. Je n’avais jamais pensé à l’édition, je n’avais jamais fait lire à quiconque ce que j’écrivais… Pire, dans mon entourage personne ne savait que j’écrivais des romans. Mais ce jour-là, je venais de rédiger l’épilogue du livre qui ne se nommait pas encore « Le Parfum de l’Hellébore » et je l’ai livré aux lecteurs du site, juste pour avoir un avis de lecteur. Ensuite, tout s’est enchaîné très vite, les réactions ont été positives et, trois mois après mon inscription, je gagnais le prix qui m’a permis de rencontrer Marie Leroy, directrice des éditions de La Martinière littérature, et d’accéder ainsi à l’édition. 

  1. Depuis quand écrivez-vous ? Y a-t-il eu un acte déclencheur ?

J’écris depuis que j’ai appris à lire. Je me souviens d’une salle de classe, d’une odeur de craie, de la première page d’un livre, d’un texte illustré. La maîtresse lit tout doucement : « Poucet et son ami l’écureuil ». Puis elle nous demande de les dessiner. J’en suis incapable.  Heureusement, il y a la légende que l’on peut recopier à la plume sous le dessin raté :  é – c – u – r – e – u – i – l. Huit lettres. Un peu juste, aurait dit Maître Capello, mais la magie opère. C’est tout simple, il suffit d’attacher ces petits signes ridicules et notre imaginaire compose tout ce qu’on ne saura jamais dessiner. Un écureuil, une forêt, mais aussi des paysages par centaines et des amis par milliers pour le petit Poucet. 26 lettres pour créer le monde, avouez qu’on n’est pas loin du miracle…

Alors, à partir de là, les histoires s’empilent tranquillement sur un cahier d’écolier. Il est rouge, à spirale et je le cache sous la moquette, tout au fond du placard… En ne dévoilant à personne son existence, je crée déjà un monde à moi. Un lieu où je peux déverser mes joies et mes colères à travers des personnages imaginaires. Rien n’a changé aujourd’hui. Si ce n’est que les cahiers ont disparu au profit des clés USB.

  1. Comment choisissez-vous le thème de vos romans ? Sont-ils en lien avec votre histoire ou vos préoccupations personnelles ?

Je ne choisis jamais le thème de mes romans. Je ne choisis que les personnages. Eux sont façonnés très en amont de l’histoire. Je peux les garder en tête des mois, voire des années. Et puis un jour, ils sont prêts à prendre vie. Au départ, je me demande juste où et comment ils pourraient se croiser. Un seul impératif : que je connaisse déjà leurs vies, leurs peurs, leurs forces et leurs faiblesses avant de les lancer dans le roman. Une fois la rencontre établie, je les laisse avancer et je ne fais que suivre le mouvement.

Alors bien sûr, mes préoccupations personnelles peuvent s’échapper et rejoindre l’intrigue, ça arrive, et souvent, je ne m’en aperçois qu’à la relecture. C’est à ce moment que je me souviens des événements de l’actualité ou de ma vie qui ont motivé les sentiments que je décris. Je sais alors que j’ai vidé mon sac sur le papier, même si j’ai adapté mon humeur à ce que vivent mes personnages.

Version américaine de Chambre 128
  1. Comment construisez-vous vos romans ? Élaborez-vous un plan avant de vous lancer dans l’écriture ?

Il n’y a aucun plan en amont de mes romans. Pas de notes, pas de rebondissements anticipés et surtout pas de chute. Écrire, c’est avant tout s’amuser et si je connais la fin de l’histoire ou si elle est trop prévisible, je risque de m’ennuyer. Tant que j’ignore ce qui va arriver à la page suivante, c’est un vrai bonheur de rejoindre l’ordinateur. Je l’allume, j’ouvre le fichier et je relis les dernières lignes… Après c’est l’imagination qui se lâche… Aucune contrainte, aucune barrière, juste un plaisir de chaque instant et un autre rapport au temps.

  1. Avez-vous des maîtres en littérature ? 

Bien sûr, j’ai des maîtres en littérature. Tellement grands, tellement inaccessibles… C’est au lycée que j’ai découvert trois d’entre eux : Baudelaire, Camus, Sartre. Lorsque j’ai lu Les chemins de la liberté, Les fleurs du mal ou La chute, je me suis arrêtée d’écrire. C’est le problème avec les maîtres, ils vous écrasent. Et puis au fil de mes lectures, j’ai compris qu’il y avait les écrivains, ceux dont le talent nous plonge dans un état second, et les raconteurs d’histoires qui nous permettent de fuir le quotidien. Le fait de comprendre que je n’accèderais jamais à la première catégorie ne devait pas m’empêcher d’inventer des mondes imaginaires…

***

A propos de « Victor Kessler n’a pas tout dit ».

  1. Pourquoi avoir choisi d’implanter votre histoire dans les Vosges ? Avez-vous été inspirée par l’affaire Grégory que vous citez d’ailleurs dans le roman ?

Non. Les lieux sont comme les thèmes, je ne les choisis pas, ils s’invitent. Pour Victor Kessler, je venais de commencer le roman lorsque j’ai appris par hasard que le Prix de la Nacre avait été décerné à mon premier livre par les médiathèques de Saint-Dié et des environs. Cette récompense datait de plusieurs mois et comme je n’en avais pas eu connaissance, je n’avais pas pu remercier les organisateurs. En m’en excusant auprès de la librairie et de la médiathèque, j’ai réalisé que c’était exactement le lieu que j’attendais. Quelques recherches sur Google et c’était parti : le village de Saintes-Fosses était né. Ce n’est que plus tard que j’ai vu le lien avec l’affaire Grégory et que j’ai glissé une allusion dans l’histoire.

  1. Le personnage principal est un instituteur, votre vécu professionnel a-t-il influencé ce choix ?

Mon vécu professionnel a influencé la création du personnage principal de façon détournée. En effet, celui-ci est né alors que je rentrais de l’école. Un vieux monsieur avec un cabas a traversé devant moi, à un feu, c’est lui qui a inspiré l’idée d’un instituteur qui aurait fait trente ans de prison pour meurtre et pédophilie… Je pense que la journée avait été difficile 😊. Ensuite, il est vrai que je me suis plongée avec délice dans ce milieu enseignant des années soixante-dix, et puis je l’avoue, Victor s’autorise quelques vérités sur le métier… 😉 

  1. Dans Le Parfum de l’Hellébore, la première partie était épistolaire, votre deuxième roman, lui, n’était constitué que de missives, dans celui-ci, vous quittez les lettres mais vous introduisez une confession, qu’est-ce qui vous attire dans ces formes d’écrits ?

La variété justement. L’important, en écrivant, c’est de ne jamais s’ennuyer. En quittant la narration pour le style plus intimiste des lettres, du journal intime ou de la confession, je change complètement d’écriture et ces pirouettes sont motivantes. Et puis, utiliser le « je » me permet d’entrer totalement dans le personnage. Trop parfois 😊. Certains passages peuvent me bouleverser au moment de la rédaction. Alors, en pleine écriture, je peux avoir besoin de faire un break : du ménage, ou du travail pour la classe, juste pour me souvenir qui je suis avant de repartir dans le roman.

  1. Ce livre, plus sombre que les deux premiers, aborde plusieurs thèmes : l’enfance meurtrie, la valeur de la vérité, l’enfermement, « les risques du métier » d’enseignant face à la rumeur, l’amour fou… Quel est pour vous le moteur de ce roman ?

Sur le coup, je n’ai pas eu l’impression d’écrire un roman plus noir que les autres. Même aujourd’hui, je ne le trouve pas si sombre. Tous mes romans mettent en scène des personnages un peu malmenés par la vie parce que c’est le moteur qui va les faire avancer. C’est ce qui les rend intéressants. Et puis, il y a un vrai suspense pendant ce laps de temps où je ne sais pas encore s’ils vont utiliser leurs blessures comme une force ou comme une faiblesse.

 L’enfance meurtrie et les risques du métier, c’était logique, c’est un peu mon quotidien. Je ne me suis pas inspirée directement de situations réelles. Par contre, l’émotion ressort. Celle qui nous touche lorsque l’on croise la route d’un enfant abimé parce que les adultes n’ont pas su le protéger…

Quant à l’enfermement, c’est sans doute un révélateur, je crois que nous l’avons tous vécu il n’y a pas si longtemps… Quand on se retrouve face à soi-même, on ne peut plus tergiverser, les questions arrivent et il faut des réponses pour continuer à avancer. C’est à ce moment que l’on doit choisir entre le mensonge et la vérité… à condition bien sûr de savoir où se trouvent l’un et l’autre… 

C’est sans doute ça, le premier thème de ce livre. Ça et l’amour fou, bien sûr ! Mais peut-on écrire une histoire sans amour ?

  1. Quelle serait la BO de ce roman ?

Je ne travaille pas en musique, donc l’influence est diffuse. Lorsque j’écris, ma musique est dans la tête et il n’y a que le silence autour de moi. Mais lorsque je pars marcher sur les sentiers, ou lorsque je circule en voiture, la musique est toujours là et elle m’aide à peaufiner mes personnages, ou à les comprendre. Pendant l’écriture de Victor Kessler, l’album le plus écouté devait être « Songs of innocence » de U2. Le fait de ne pas parler anglais me permet d’être uniquement pénétrée par la voix de Bono et par la mélodie. Du coup, je ne me sens pas sous l’influence du texte comme ce serait le cas avec un groupe français.

  1. Comment vivez-vous la sortie de votre roman, retardée pour cause de confinement ?

Plutôt bien… pour l’instant. Le moment de stress arrivera la veille de la sortie car le jour J, je serai en classe. Tant mieux, aucun moyen d’aller regarder sur les blogs des avis plus ou moins assassins rédigés par les blogueurs… Je plaisante. 

Quoique…

  1. Quelle est la question que j’ai oubliée et que j’aurais dû vous poser ?

Vous êtes le premier à ne pas me demander si j’écris actuellement un nouveau roman… Je ne sais pas comment je dois le prendre… 😊 

Entretien réalisé les 8 et 9 juin 2020 par échange de mails.

Un grand merci à Cathy.

Clete.

Entretien France3 Bretagne et article Franceinfo.

REPRÉSAILLES de Florian Eglin / Editions de la Baconnière.

 « L’homme a besoin de ce qu’il a de pire en lui s’il veut parvenir à ce qu’il a de meilleur ».

Une famille suisse, Tom, le père, Adèle la mère et leurs deux filles April et Lucie, sont en vacances en Corse. Ils rejoignent leur premier lieu de villégiature dans l’île en pleine nuit. Et la nuit, les routes corses sont loin d’être tranquilles. Le hasard leur fait croiser la route de véritables monstres, des tueurs sanguinaires. Que faire ? La décision prise par Tom modifiera à jamais le cours de leur vie. Sous fond de mafia corse, de vendetta,  nous voilà plongés dans une histoire de représailles, une histoire de famille, où l’amour que se portent les protagonistes n’a d’égal que la haine entre les autres et la violence inouïe dont va faire preuve chaque personnage.

Que sommes-nous prêts à faire pour protéger ceux que l’on aime ?

Les femmes occupent une place importante dans ce roman, elles sont la force qui permet aux hommes d’avancer et de donner un sens à leurs actes. Elles sont tout aussi violentes, mais leur but est souvent différent. Chaque action est justifiée par le souhait de sauvegarder sa famille, ses enfants, elles reprennent la main pour rattraper les erreurs commises par les hommes. L’instinct de protection les guide et génère une brutalité tout aussi exacerbée que celle produite par les hommes. Nous sommes dans une guerre. Qui sera vainqueur ? Les assaillants qui s’attaquent à ce que toute femme protège, son cadre, ses amours, sa sécurité, ou bien justement, ces mères, ces amantes, ces coéquipières, qui sont prêtes à tout pour réduire en poussière ces monstres barbares.

Vous l’aurez compris, ce livre est extrêmement violent, avec un langage très cru, à ne pas mettre entre toutes les mains. L’histoire va en fait très vite dès le départ. La confrontation initiale entre Tom et ses poursuivants met la petite famille sur une sorte de rail qui les conduit inexorablement vers le dénouement. Aucune sortie de route possible, aucune option b. Le choix a été fait, il faut l’assumer et continuer d’avancer comme on le peut, avec les quelques atouts que l’on a entre nos mains.

Pas de demi-mesure possible en ouvrant ce livre. Ayez l’estomac bien accroché et plongez dans ce thriller très noir, implacable et brutal, il ne vous laissera pas indifférent.

Marie-Laure.

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