Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

NOS VIES EN FLAMMES de David Joy / Sonatine

When The Mountains Burn

Traduction: FabricePointeau

« Veuf et retraité, Ray Mathis mène une vie solitaire dans sa ferme des Appalaches. Dans cette région frappée par la drogue, la misère sociale et les incendies ravageurs, il contemple les ruines d’une Amérique en train de sombrer. Le jour où un dealer menace la vie de son fils, Ray se dit qu’il est temps de se lever. C’est le début d’un combat contre tout ce qui le révolte. Avec peut-être, au bout du chemin, un nouvel espoir. »

Chaque sortie de livre de David Joy devient en soit un petit événement. En quatre romans il est devenu un nom qu’il est difficile d’ignorer, pour les amateurs de noir au minimum. Les critiques sont toujours étonnamment dithyrambiques. Il fait globalement l’unanimité. Ajoutez à cela, pour « Nos vies en flammes », son nouveau roman, une très belle couverture qui ferait regretter une carrière de pyromane, et vous ne pouvez qu’avoir envie de vous y plonger. Ce que j’ai bien évidemment fait.

De ses trois premiers romans, j’en ai lu deux, mais je n’ai pas vécu l’illumination littéraire espérée et suggérée par les critiques. Est-ce enfin le cas avec son quatrième livre ? Non, mais attendez avant de me conspuer ! Ça n’est pas tout à fait ce que vous imaginez. Mon cas n’est pas complètement désespéré, celui de David Joy non plus. Je n’ai pas encore lu de mauvais livres de David Joy, si cela peut vous rassurer. Respirez un bon coup ! Je vous sens déjà tendu. Tout va bien se passer.

Il y a trois défauts que je pourrais être tenté de reprocher à David Joy mais qui ne sont pas nécessairement des défauts. Cela dépend des attentes de chacun. Premièrement, il a tendance à avoir la main un peu trop lourde sur le noir. Deuxièmement, il suit de façon assez scolaires les codes du genre sans jamais vraiment chercher à s’en écarter. Enfin, troisièmement, ses intrigues sont très prévisibles et il suffit de quelques pages pour comprendre la direction choisie. Ces « défauts » sont en fait la recette parfaite pour en faire un romancier à succès et combler les amateurs du genre mais restent ce qui, à mon sens, l’empêche de sortir vraiment du lot. C’est aussi ce qui rend ses livres accessibles et très simples d’approche. Si je suis tenté de lui reprocher un peu cette apparente simplicité, un petit quelque chose dans son nouveau roman me ferait plutôt dire que c’est sans doute là sa force.

Avec Nos vies en flammes, « David Joy » nous embarque à nouveau chez lui, en Caroline du Nord, où il ne fait toujours pas très bon vivre, à moins d’être proprement équipé pour pelleter la merde qui s’amoncèle facilement sur le pas de votre porte. Comme dirait si bien Ray, au coeur du roman : « Tout dans ce monde a des conséquences. » C’est ce qu’affrontent, tant bien que mal, les personnages créés par David Joy. Les conséquences d’une vie qui peut prendre des allures de piège. Alors qu’en toile de fond, des incendies aussi destructeurs que purificateurs, consument le monde alentour, on assiste à la descente en enfer de pauvres hères. La drogue, poison ravageur, plus encore dans les communautés pauvres et isolées, se répand plus insidieusement même que les flammes. Elle ronge l’âme et le corps de celles et ceux qui y cèdent. Des familles se défont, souffrent, des fils deviennent des junkies ou des dealers, d’autres des victimes, puis des parents finissent fatalement par affronter le deuil. Blancs ou Amérindiens, c’est un mal partagé qui dépasse les frontières, tout comme ces grand feux étouffant qui embrasent les forêt et sèment la mort. Les flics peinent à endiguer le fléau de la drogue, à prévenir la violence et la misère qui en résulte. Que peut faire un homme, en prise à la douleur immédiate d’une perte brutale, face au temps beaucoup trop long de la justice ? Il peut décider d’attendre ou d’agir en son nom. Ray Mathis fait le choix d’agir. Un choix discutable qui s’impose comme une conséquence obligée, entraînant de nouvelles conséquences. Un cercle vicieux qui peut paraître sans fin. Le cercle de la vie.

La simplicité est une nouvelle fois ce qui caractérise le roman de David Joy. C’est simple à lire, simple à comprendre et simplement écrit. D’emblée, j’ai trouvé ça trop simple, trop évident. Puis je me suis laissé porter une fois le décor bien planté et les images ont fait leur chemin dans mon cerveau. Les bouquins de David Joy c’est du pain béni pour le cinéma. C’est du drame à l’américaine. C’est un instantané d’un ailleurs qui dit beaucoup de l’état du monde. Dans toute cette noirceur David Joy essaye de faire percer une pâle lueur de vie, il tente de nous dire qu’on peut voir un junkie comme un suicidaire mais qu’il peut aussi être un homme qui essaye de vivre, plutôt que mourir.

J’évoquais précédemment qu’un petit quelque chose dans « Nos vies en flammes » me fait dire que la simplicité de David Joy est certainement sa force. Ce petit quelque chose n’est pas précisément dans le roman, c’est la postface de celui-ci, un article intitulé Génération opioïdes et écrit par David pour la revue America. Il écrit sur les ravages de la drogue autour de lui, sur les scènes de misère du quotidien, sur les contrastes d’où il vit, et on réalise que ce qui peut sembler trop évident, que les ficelles qui peuvent paraître trop grosses à mon gout, sont au final une réalité et qu’il suffit, pour faire sens, de relater simplement cette réalité qui peut vous frapper assez fort pour vous laisser chaos. C’est bien là ce que tente de faire David Joy.

Je reste donc sur mes dires. Pour ma part, point de chef d’oeuvre encore chez Joy mais un nouveau bon roman noir, dans le style simple qui est le sien, dur et fatalement humain. On a là un auteur qui fait son chemin de façon cohérente et sincère. Je n’attends qu’une chose, qu’il me surprenne. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il n’est définitivement pas là pour nous apporter de la joie. Joy nous confronte à ce que la vie peut avoir de cruel et inexorable, de quoi satisfaire les lectrices et lecteurs un peu masochistes que nous sommes parfois.

Brother Jo.

VALLÉE FURIEUSE de Brian Panowich / Actes Sud

Hard Cash Valley

Traduction: Laure Manceau

On avait découvert Brian Panowich avec ses deux premiers romans “Bull Mountain” et “Comme les lions” qui racontaient l’histoire des Burrough, famille installée depuis plusieurs années dans le trafic d’alcool de contrebande, cannabis, méthamphétamine et autres saloperies jusque dans six États depuis Bull Mountain dans le nord de la Géorgie.

Pour “Vallée furieuse” on reste dans cette région dont est originaire l’auteur, pompier de son état, mais exit le clan Burrough dont la présence nous est rappelée parfois néanmoins. Alors, un “one shot” mais peut-être aussi une nouvelle saga en gestation.

“Dane Kirby, agent du Georgia Bureau of Investigation, s’offre une partie de pêche. Il a reçu des résultats médicaux pour le moins inquiétants et se trouve en pleine conversation avec sa femme – morte vingt ans plus tôt – lorsqu’il reçoit un appel du shérif. Ned Lemon, le meilleur ami de Dane, perdu de vue depuis des années, est soupçonné de meurtre.

Mais l’agent Kirby n’aura pas le temps d’aider son vieux compagnon d’armes : il est convoqué par le FBI sur une scène de crime à Jacksonville, en Floride. Dans sa chambre de motel, un homme a été réduit en charpie à l’aide d’un bâton de Kali – une tige de bambou aiguisée. Il s’avère que la victime est originaire de Géorgie et que les fédéraux comptent sur Kirby pour leur servir de guide chez ces dégénérés géorgiens, connus pour leurs labos de méth, leur passion pour les combats de coqs, leur addiction à l’alcool et aux drogues de tout acabit. S’ils sont à la poursuite du tueur, ils cherchent surtout à retrouver celui qui est au cœur de la tourmente sans même le savoir : un jeune garçon, un enfant différent, qui tient la promesse faite à son grand frère : il se cache…”

Pas de came dans ce nouvel opus, juste un peu de weed rendant très crétins des types pourtant pas très aidés par la nature au départ. Un nouveau héros par contre, Dane Kirby, un ancien pompier devenu flic un peu dilettante, qui connaît la région et les gens, gros atout. Alors Dave n’échappe pas au cliché du flic tourmenté qui n’arrive pas à oublier un drame qui le poursuit nuit et jour pour le tourmenter et le conforter dans sa responsabilité, sa culpabilité dans la tragédie. Bon, c’est un stéréotype, un invariant, vous avez déjà connu un flic heureux vous en littérature? Et comme dab, vous allez attendre pour connaître les détails de la tragédie, les raisons des errances d’un type cabossé qui commence à peine à remonter la pente.

Autrefois, Brian Panowich ne faisait pas dans la dentelle et le premier chapitre vous confirmera que ça va rester chaud, brutal, malsain parfois. A la violence de locaux bien cramés du cerveau va s’ajouter la cruauté de Philippins bien malades. Cette internationalisation du mal contribue à penser, dès le départ, qu’on est plus dans un thriller parfaitement maîtrisé, bien habillé pour plaire à un public plus large que dans le roman noir rural. Terminé le drame familial, l’autarcie, “Vallée furieuse” brasse large avec l’adjonction d’agents du FBI peu à leur aise dans le paysage. 

Alors, tout cela serait d’un classique très ennuyeux sans compter le talent de Panowich  qui sait dresser des portraits tout à fait recevables et on suit rapidement Dane, flic sympathique et guide très avisé, dans cette faune dangereuse. Deux coups de théâtre bien amenés pour bien vous retourner, un peu d’émotion lâchée pour ce gosse “Rain Man” des Appalaches, de l’humanité salvatrice et le tour est joué, on accroche.

Panowich n’en mettant pas des tonnes sur la misère environnante, ne faisant pas la morale, n’attaquant pas la société, ne nous prenant pas la tête mais partant juste d’une réalité avec laquelle il faut bien faire, le roman pourrait être une vraie réussite… si la fin ne venait pas ternir un peu l’ensemble. Le dénouement apocalyptique permet certainement à l’auteur de résoudre tous les problèmes d’un coup dans une énorme scène où on fait beaucoup parler la poudre mais paraît aussi facile que peu crédible, tout en laissant pas mal de zones d’ombre qui seront peut-être dévoilées dans une suite.

Néanmoins, l’ensemble est solide, au-dessus de la production moyenne, bien au-dessus d’autres auteurs américains beaucoup plus dans la “hype” et puis, il n’y a pas à dire, on est dans le Deep South sauvage qu’on aime.

Clete.

LES COW-BOYS SONT FATIGUÉS de Julien Gravelle / Editions Seuil / Cadre noir

Je me souviens. Il y a 12 mois et des bananes, je proposais une chronique admirative de l’édition poche de Nitassinan, premier roman de Julien Gravelle, Français exilé dans le bois québécois. Là-bas, il se trace désormais une piste sur son traîneau littéraire, tracté par le talent qui est le sien. Fruit d’une collaboration avec l’éditeur de la Belle Province, Léméac, (traduisons par :  un deal), Les cowboys sont fatigués est la première escapade sur le terrain du roman noir de Julien Gravelle, d’abord publiée à destination de son lectorat américain mais avancée jusqu’à la gueule des Maudits Français par le Seuil en ce mois de janvier. 

Aux confins du Québec, dans la forêt boréale, Rozie vit seul dans son laboratoire clandestin entouré du froid et de ses chiens. Son job : assurer la fabrication d’amphétamines pour des trafiquants du cru. Seulement Rozie est las, et voudrait bien passer à autre chose, se ranger. Mais les dieux semblent en avoir décidé autrement, l’assassinat d’un gros bonnet va chambouler sa petite vie tranquille de chimiste. Son passé le rattrape, lui et sa véritable identité.


« Fond-du-Lac, 178 âmes aujourd’hui, avec pas un plan d’eau à moins d’un mille de là. Pour le lac, on cherchait toujours, mais le fond, on l’avait bel et bien touché».

Il semblerait que janvier devienne un mois consacré pour qu’un francophone nous balance un astie de bon roman, pétri d’inspiration nord-américaine. 2019, Le Cherokee de Richard Morgiève. 2022, Les cowboys sont fatigués de Julien Gravelle.  Je les rapproche, non pour les comparer (cela n’a aucun sens), mais bien pour exprimer la même jubilation. Julien Gravelle réussit indéniablement à rebondir sur l’autre rive d’une crique de genre. Le nature writing habité de Nitassinan laisse place à un roman noir dont le moteur nerveux continue à tourner et répondre malgré le grand froid. Ancré dans un territoire, peuplé de personnages incarnés et servi par un français créole dont le verjus ravira les amateurs d’explorations littéraires, géographiques et culturelles non moins que les rieurs à humour qui fait crisser les crocs. Ça coche des cases, beaucoup, et beaucoup de bonnes. Ils nous en feraient pas un film, à la fin, dites ?

On reconnaît sans trop de peine le territoire décrit par Julien Gravelle ainsi que les communautés qui le peuplent comme installés sur à proximité du Lac Saint-Jean, où l’auteur a son nouveau foyer. Entre citoyens ancrés au village et autochtones sur la drop, entre hommes rudes et voyous historiques, qui doivent s’ouvrir à un nouveau monde de violence et de trafic, c’est sur de truculents arpents de country noir que Julien Gravelle nous invite, arpents travaillés avec l’admiration non dissimulée de l’auteur pour Daniel Woodrell. Et pourquoi ne pas songer en effet à Faites-nous la bise à la lecture de ses Cowboys ?

Solide, vraiment pas de la pinotte. Enfin, y en a un peu quand même dedans. Va falloir te le cogner pour comprendre et tu seras pas déçu.

Paotrsaout

BLOND COMME LES BLÉS de Sjón / Métailié

Korngult hár, grá augu

traduction: Eric Boury

Reykjavik, après la Seconde Guerre mondiale.

Gunnar Kampen est un « un jeune homme travailleur et attentif qui se passionne pour l’histoire de l’humanité et de sa nation ». Il a une mère et deux sœurs qui l’aiment depuis l’enfance et lui-même est un frère et un fils attentionné. Au printemps 1958, il fondera le parti politique antisémite des nationalistes et se dévouera pour contribuer à l’organisation internationale du mouvement néonazi, en pleine croissance.

Parfois, la longueur d’un roman – 128 pages dans le cas de Blond comme les blés – laisse dubitatif de prime abord, quand on sait que le sujet abordé à tout pour nécessiter un livre dense et complet. On se dit que le pari est risqué tant il est facile de passer à côté de son sujet en si peu de pages. N’étant personnellement pas du tout familier de l’œuvre de son auteur Sjón, je ne savais rien de l’indéniable talent du bonhomme pour l’écriture. Une lacune désormais comblée.

La genèse et l’évolution du mouvement néonazi à laquelle Sjón nous confronte dans son roman se fait par le prisme d’un homme, un Islandais, Gunnar Kampen. Cet homme nous est dévoilé à travers son parcours de vie, de son enfance et jusqu’à ses derniers jours. C’est par des petites tranches de vie de notre personnage principal, des moments clés, des échanges révélateurs, que l’on prend toute la mesure de l’engrenage politique néonazi et de ses rouages, notamment dans sa fibre la plus romantique. Sans trop en dire, mais avec intelligence et justesse, Sjón nous offre ici un récit presque intemporel. L’humain étant au cœur de son histoire, on peut aisément lire Blond comme les blés avec l’actualité du moment en tête, j’entends la montée des extrémismes aux quatre coins de l’Europe, et se dire que le passé n’appartient malheureusement pas encore au passé. Rien que cela suffit, en soit, à faire de Blond comme les blés un roman concret et pertinent.

La grande force du livre de Sjón ne réside pas uniquement dans ce qu’il raconte mais peut être plus encore dans sa forme. La langue est superbe. Elle est riche. Elle est vivante. Son style est fin, subtil et sans fioritures. La fluidité et la beauté de sa plume sont évidentes. L’enchaînement de chapitres relativement courts, l’alternance de techniques entre récit classique et échanges épistolaires, confèrent à Blond comme les blés une véritable dimension littéraire et poétique. On le souhaiterait presque plus expansif, tant il écrit bien, mais tel quel c’en est certainement que plus percutant. Je tire également mon chapeau au traducteur, Eric Boury, qui nous permet d’apprécier pleinement le travail de Sjón.

Vous l’aurez compris, Blond comme les blés a de multiples qualités, tant sur la forme que sur le fond. De ce fait, on est définitivement frustré d’arriver au bout si rapidement, sans pour autant qu’il y manque quoi que ce soit. Il est comme il devait être. On a là un excellent roman, brillamment porté par la plume d’un écrivain habile et confirmé. Accessibles à toutes et tous, lectrices et lecteurs assidus ou occasionnels, vous avez donc toutes les raisons de le lire. 

Brother Jo.

DECAMPER-Treize nouvelles sur la fuite / recueil collectif / Antidata

 Pour rester, c’est très simple : il suffit de ne pas ouvrir de portes. La vie n’est qu’une longue succession de portes à ouvrir, dont on ne sait jamais laquelle nous cache le malheur, laquelle sera la dernière. (Maxime Herbaut)


Prenons un thème et tournons autour avec treize auteurs : voici « Décamper-13 nouvelles sur la fuite ». Certains ont déjà des livres à leur actif, d’autres ont publié en revues, et pour plusieurs c’est visiblement une première.


Laurent Dagord ouvre talentueusement ce recueil. Un peintre anglais du XIXème siècle, une petite baraque de campagne et Tolstoï : le décor d’« Astapovo » est planté. Voilà un écart rustique qui paraît simple, et qui, pourtant, provoque le malaise chez les autres qui ne laissent pas tranquille bien longtemps Jean de Conty.


Le plaisir de lire des premiers textes est rafraîchissant, d’une nouvelle sur l’autre c’est la surprise. Quand les uns fuient en courant avec Théo Castagné dans l’effrayant « Cimetière aux fleurs » parce qu’il y a surnombre et qu’ils veulent vivre, certaines, grâce à l’épistolaire, écrivent sur la fuite des autres en rêvant de les rejoindre pour « La randonnée », de Pascale Pujol.
Guillaume Couty lui, vit dans un futur proche du nôtre, covidé, masqué, etc. Avec brio et humour, il pousse les potentiomètres un peu plus fort : délit de promenade en forêt, infraction pour application inutilisée et fantasme autour du masque. « En avant » est douce-amère.
L’écriture est véloce chez Claudie Gris pour qui la fuite prend la forme d’une fenêtre ; le rêve musical de Nicolas Fert nous emmène à coups de guitares et de téléphone de la pas très rock Montrouge à Seattle, véritable eldorado musical des 90’s.

 Depuis, chaque année, à la veille de novembre, il m’adresse ce même signe. Parfois, de Londres ou de New York, une fois de Kyoto et depuis deux ans de Vancouver.

 Oui Vancouver.

 Vous semblez surpris ? (Jean-Yves Robichon)


Les personnages de Jean-Yves Robichon sont ceux qui restent après le départ de Fire, ils sont « Les Témoins » pendant une douzaine de pages. Leurs récits croisés racontent une des pépites de ce recueil.

Il y a également des auteurs confirmés, qu’il est bien plaisant de retrouver. J’ai surtout lu Stan Cuesta et Jean-Luc Manet dans leurs vies précédentes de chroniqueurs rock’n roll. Ce dernier, grâce à « Nigel », nous ouvre un phare, un refuge pour les égarés de la brume nocturne d’une ville endormie. Quant au premier, il gagne allègrement le prix du meilleur incipit du recueil : J’ai été en fin de carrière assez jeune. Vers 27 ans.

« Décamper », avec son ravissant bouquet de nouvellistes, se présente élégamment, la taille d’une petite main, idéal pour mettre dans la poche arrière du jean et prendre le large en restant léger. 

NicoTag


Il est aisé de décamper avec la musique. Encore plus avec le formidable album BKO de Dirtmusic, ou comment réunir Bamako, Seattle, New York et Melbourne en passant par Ljubljana.

LE BLUES DES PHALÈNES de Valentine Imhof / Rouergue Noir

Après “Par les rafales” en 2018 et “Zippo”, l’année suivante Valentine Imhof quitte l’univers du polar pour s’aventurer avec bonheur dans la littérature noire au cœur d’un roman hautement ambitieux. Même si “Zippo” se situait déjà aux USA, on peut néanmoins dire que “Le blues des phalènes” est son grand roman ‘américain’. Puisant dans l’histoire et la culture américaines, elle nous raconte avec talent et passion la destinée de quatre personnages traversant l’histoire des États-Unis au XXème siècle, au moment où le pays entame son hégémonie mondiale sur les ruines de l’Europe.

“Milton, le rejeton prodigue qui a rompu les ponts avec sa richissime famille ; Arthur, le vétéran de la guerre des Boers et des tranchées de la Somme, qui porte le poids de crimes impardonnables ; Pekka, née le jour où sa mère posait le pied sur le sol de New York et qui change de nom à chaque fois qu’elle veut changer de vie ; Nathan, enfin, le fils de l’Explosion, qui fuit le mal et le retrouve où qu’il aille.”

Ces quatre-là n’auront comme histoire commune que leur présence à Halifax lors de la terrible catastrophe qui détruisit la ville en 1917. Le roman, formidable récit d’aventures magnifiquement renseigné et détaillé, raconte la vie de ces quatre personnages confrontés à la très dure réalité du monde moderne. Tous ont commis le pire, tous ont tué…tous affronteront leur destin.

La fuite était le moteur des deux premiers polars de Valentine Imhof. Ici, le thème est proche même si les personnages n’ont pas obligation de se cacher. Un jour, ils décident de partir, de disparaître, mais les causes sont diverses et non dictées par l’urgence. Ils fuguent par nécessité mais aussi par envie, pour croire encore à des lendemains radieux.

Sur deux décennies, l’auteure les confronte aux grands événements des USA. La première guerre mondiale, la grippe espagnole, la crise de 29, le chômage, l’alcoolisme, les totalitarismes émergents, les hobos, les syndicats, les luttes sociales, la psychiatrie… 

Valentine Imhof rédige des récits poignants, très noirs mais avec une belle plume et une manière très habile de désamorcer parfois l’indicible. La lecture des cinq cents pages est un vrai bonheur. Quatre histoires s’entrecroisent montrant l’envers du décor du rêve américain, les épreuves subies par le peuple. Traitant l’Histoire américaine par le prisme des gens ordinaires qui luttent pour s’en sortir, elle offre une version romanesque réussie du précieux ouvrage de Howard Zinn “une histoire populaire des États-Unis”, véritable bible, citée dans ses références.

La narration de la catastrophe de Halifax, l’exposition universelle de Chicago et la vie des hobos sont des sommets du roman. L’écriture est souvent virtuose. On retrouve “La route” de Jack London. L’émotion et la dureté de Flannery O’Connor est présente. Harry Crews et James Agee sont parfois conviés. En fait, c’est réussi et envoûtant comme les grands romans d’Antonin Varenne.

Très proche de ses personnages dont elle nous confie toutes les pensées intimes, les rêves, les plaies et les zones d’ombre, Valentine Imhof laisse au lecteur le soin de juger leurs actes. 

Immanquable pour les amateurs d’Histoire américaine “le blues des phalènes” séduira de manière plus générale tous les amateurs de bonne littérature noire, sociale et politique. 

Un grand et beau roman, et si parfois son propos peut heurter, « Rien n’est beau que le vrai… ».

Clete

PS: A venir, un entretien « Mon Amérique à moi » avec Valentine Imhof.

LA MEDIUM DE J.P. Smith / Série Noire/ Gallimard.

The Summoning

Traduction: Karine Lalechère

 Elle était en train de se rendormir, quand ça recommença : une note de piano.

 Avait-elle rêvé ? Elle s’assit, écouta. Une troisième note retentit.

 C’était ce qu’elle redoutait. Les monstres dans son esprit s’étaient échappés et maintenant ils pouvaient se promener, la narguer et la ridiculiser. Ce qui était à l’intérieur était à l’extérieur. Comme la voix de la femme en pleurs. La voix qui la mettait en garde.

 ― Qui est là ? 

Kit vit entourée de fantômes, certains plus réels que d’autres.
Son mari Peter est mort le 11 septembre 2001, dans la tour nord. Zoey, sa fille de 17 ans, née orpheline de père au printemps 2002, se trouve dans un semi-coma depuis trois ans après une crise de convulsions face à un accident dans le métro.
Kit voit Peter parfois, ils se parlent.
C’est une actrice sans trop de succès, qui court après les castings et les cachets. Pour boucler les fins de mois, rembouser son prêt et régler les notes d’hôpital de Zoey, elle parcourt les annonces nécrologiques puis contacte les survivants. Elle dit communiquer avec les morts, contre une éventuelle rétribution.
Elle se situe entre la personne de bonne volonté qui apporte un peu de réconfort et l’escroc de bas étages. Tout se joue dans cette ambiguïté.

On nage dans un surnaturel du quotidien, qui n’a jamais entrevu un proche disparu dans une foule ? Elle pousse le curseur plus loin, c’est tout.

 Il semblait que la membrane entre la vie et la mort était devenue légère, diaphane, avec des trous et des déchirures partout. Et que Kit passait maintenant librement d’un monde à l’autre.


La mort rôde en permanence, des morts qui parlent, des malades donnés pour morts qui ne meurent pas, des vivants qui simulent un dialogue avec des morts, des morts sans corps, etc.
C’est la rencontre entre l’art de persuader et l’envie de croire. On navigue entre l’arnaque et l’étrange, sans trop savoir où pencher. Le doute est extrêmement bien entretenu par l’auteur.

C’est aussi une chasse aux charlatans par les flics new yorkais de la répression des fraudes. Une véritable pantomime se met en place quand l’inspecteur David Brier en vient à rencontrer Kit. Là se met en place un formidable jeu de dupes qui tiendra jusqu’à la toute fin du livre.

 ― David ?

 Elle répéta son nom plusieurs fois, avant de se rendre compte qu’il avait raccroché. Elle avait l’impression d’être coincée dans le cauchemar de quelqu’un d’autre, une histoire pleine d’ambiguïtés et d’impasses. D’être enfermée dans une pièce dont elle n’avait pas la clé.

L’écriture est très classique, et le récit plutôt linéaire, rien de révolutionnaire dans tout ça, mais ça se lit presque magnétiquement tant il est difficile de refermer « La médium » pour reprendre le lendemain. On sent bien la patte du scénariste qu’est aussi J.P. Smith.

La toile de fond, qui se déploie dès le début, est réussie. Que reste-t-il de nos morts ? Encore plus, quand comme pour beaucoup de victimes des attentats du 11 septembre 2001, il n’y a pas de corps à inhumer. Ce qui peut arriver dans la vie courante aussi, malheureusement.

Je ne suis pas amateur de surnaturel, l’écueil de la fumisterie est ici facilement écarté en maintenant une tension permanente, toujours sur le fil entre réalité et folie. On ne sait jamais dans quelle dimension on se trouve, comme si plusieurs versions du roman se superposaient, s’imbriquaient.

Il y a bien une enquête policière, mais elle passe presque au second plan. L’histoire, ou plutôt les histoires, ne cessent d’aller et venir, de s’entremêler sans jamais nous perdre. L’auteur renfloue même un personnage de son roman précédent, comme un caméo, une auto-citation. Brouiller les pistes à un tel niveau, sans jamais embrouiller la lecture est une prouesse.

NicoTag

Mogwai ou l’art de perfectionner des ambiances troubles, le groupe joue avec nos émotions et crée le malaise.

LA MORT SUR SES ÉPAULES de Jordan Farmer / Rivages.

The Pallbearer

Traduction: Simon Baril

Jordan Farmer entame sa carrière littéraire par un rural noir, sous genre du polar, apprécié en France et racontant de sales histoires souvent à base de trafic de dope situées principalement dans le Midwest, les régions appalachiennnes et toutes les coins perdus des USA. Du white trash avec moult fusillades et actes barbares orchestrés par des rednecks au cerveau plus ou moins cramé mais aussi des histoires poignantes sur les paumés, les déshérités, les marginaux racontées avec talent par des auteurs comme Woodrell, Larry Brown ou Chris Offut.

Mais le talent est rare et si beaucoup s’y essayent, peu arrivent à sortir leur œuvre d’un médiocre décor en carton où la misère et la dope justifient tous les ignominies. Et donc, “La mort sur ses épaules” est-il un plus pour le genre ou finalement rien qu’un de plus?

“A Lynch, en Virginie occidentale, les gens qui n’ont pas déserté la petite ville vivent dans la pauvreté, voire le dénuement. Il y a peu d’emplois et toute la communauté est sous la coupe de Ferris Gilbert, le cruel patriarche d’une famille de criminels, qui fait régner la terreur.

Lorsque Jason Felts, travailleur social qui a la particularité d’être nain, est chargé d’assister l’un des frères Gilbert, détenu à la maison de redressement pour possession de stupéfiants, Ferris y voit l’occasion de faire passer en fraude un dangereux colis à son jeune frère. Ferris Gilbert menace aussi Terry Blankenship, un jeune homme pauvre qui a fui la maison familiale pour vivre dans les bois avec le garçon dont il est amoureux.”

Les Appalaches, un méchant dealer, des gosses abandonnés qui tombent dans la délinquance, de la dope, un gentil qui se met dans la merde pour une histoire de cul. Dès le départ, beaucoup des invariants des histoires sous ces horizons maudits. La bande son ne variera pas de la country triste.

Alors, ensuite, l’histoire n’est ni meilleure ni pire qu’une autre mais ne se distingue pas non plus par une réelle originalité et un rythme intéressant. On souffre rapidement d’une méconnaissance des sentiments et des pensées des personnages mis à part Jason mieux éclairé. Du coup, on lit cette histoire franchement de l’extérieur et les événements tragiques qui se succèdent n’émeuvent pas outre mesure. Les décisions, les choix sont parfois surprenants, tous les personnages semblant trop dans la résignation, l’abdication.

On peut s’interroger aussi sur la nécessité d’amener les thèmes non essentiels à l’histoire de l’homosexualité et du handicap pour ne pas les exploiter ensuite si ce n’est pour ajouter du pathos et de la marginalité pourtant déjà très soulignés. 

L’éditeur cite Woodrell et Offutt. C’est de bonne guerre mais ne vous laissez pas abuser. Évoquons peut-être les univers de David Joy mais sans encore la belle maîtrise de l’auteur de la Caroline du Nord voisine. J’aurais donc tendance à dire un rural noir de plus mais aussi néanmoins un nom à retenir.

Clete.

CELUI QUI VEILLE de Louise Erdrich / Albin Michel

The Night Watchman

Traduction: Sarah Gurcel

“Alors on en est là, se dit Thomas en fixant la froide succession de phrases de la proposition de loi. On a survécu à la variole, à la carabine à répétition, à la mitrailleuse Hotchkiss et à la tuberculose. À la grippe de 1918 et à quatre ou cinq guerres meurtrières sur le sol américain. Et c’est à une série de mots ternes que l’on va finalement succomber. Réallocation, intensification, termination, assurer et cetera.”

Sous couvert de fiction, avec Celui qui veille, Louise Erdrich nous raconte un épisode de la politique américaine à l’encontre des Nations Indiennes. Sous l’administration Eisenhower, en 1953, une résolution conduite par un sénateur mormon veut mettre fin à tous les traités signés précédemment. Résumé rapidement, c’est la fin des réserves et des tribus, la fin de la cohésion, l’ensemble des membres est transformé en citoyens américains à part entière, pauvres et seuls, les terres vendues à l’encan. C’est ce qu’on a appelé la termination. Ces mots ont des sens bien précis : la note de Sarah Gurcel, traductrice, est bien utile.
Cette arme plus juridique, cette arme de papier, toute aussi dévastatrice que les fusils, traverse tout le roman, parfois frontalement, d’autres fois en sourdine. 

Louise Erdrich adopte le mode de la fiction pour nous raconter cet épisode peu spectaculaire de l’histoire, mais ô combien destructeur, et déjà entrevu chez David Treuer. 

C’est par Thomas Wazhashk que cette histoire de lutte contre la résolution du sénateur Watkins avance. Il est veilleur de nuit dans une usine, et président du conseil tribal Chippewa. Il est la conscience de la réserve, celui qui mène la résistance, tente de fédérer les membres de sa tribu. Il est calqué sur le grand-père de l’autrice, Patrick Garneau.

Les chapitres sont nombreux, souvent très courts, trois ou quatre pages, quelquefois plus longs quand c’est nécessaire. Louise Erdrich essaime une myriade de personnages, qui pour certains s’évaporent très rapidement. Il faut veiller à ne pas se perdre parmi cette nombreuse galerie, même si très vite les rôles principaux sont distribués.

Patrice Paranteau, une jeune ouvrière, première de sa famille à l’usine, est là d’un bout à l’autre. Ambitieuse et indépendante, elle cherche à s’extirper de la pauvreté dans laquelle elle est née, sans pour autant mettre de côté les nombreux problèmes familiaux. Les chapitres passés à rechercher sa sœur à Minneapolis sont tragiques, mais surtout, ils permettent d’entrevoir le futur qui attend les indiens si la résolution est adoptée.

Le chemin est long et coûteux jusqu’au Capitole de Washington où Thomas et Patrice se rendent, avec quelques autres, défendre leurs causes. Les combats de boxe organisés pour payer une partie du voyage sont l’occasion de rencontrer Wood Mountain, un jeune boxeur à la fois ancré dans la tradition, et curieux de ce qui se passe à l’extérieur. C’est un personnage secondaire, mais admirablement bien portraituré, on l’observe passer en quelques semaines de jeune gars à la fois candide et trop sûr de lui à père adoptif responsable.

Celui qui veille décrit le quotidien de Patrice, Thomas, Pokey, Zhaanat, et de bien d’autres protagonistes. À chaque chapitre c’est un peu du monde indien qui nous est dévoilé, des choses banales ou d’autres plus spirituelles, de la lutte pour simplement survivre. Le roman avance par petites touches, comme un tableau. Chaque touche est un instant passé à la loupe, ciselé. Comme si Louise Erdrich cherchait à nous rendre une image la plus précise possible des quelques semaines dans lesquelles s’écoule le roman, par certains aspects c’est aussi un livre d’ethnographie.

NicoTag

C’est la musique qu’a choisie Samantha Crain pour raconter la vie des siens, les Choctaws. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle le fait vraiment bien.

L’APPARENCE DU VIVANT de Charlotte Bourlard / Editions Inculte

Une jeune photographe fascinée par la mort est engagée pour prendre soin d’un couple de vieillards, les Martin, propriétaires d’un ancien funérarium. Une maison figée dans le temps, dans un quartier fantôme de Liège, soustraite aux regards par une rangée de tilleuls. Captivée par ce décor, la jeune femme s’installe à demeure. Entre elle et madame Martin naît une complicité tendre, sous la surveillance placide de monsieur Martin. Lors de leurs promenades au bord du canal, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Ce serait bien mal les connaître. 

Le malaise, ce sentiment d’intensité variable selon la sensibilité des un(e)s et des autres face à ce qui perturbe, dérange, peut ici saisir le lecteur rien qu’à la vue de la couverture du livre et à la lecture du résumé. Le malaise est un sentiment inconfortable et ambigu. Dire que l’on apprécie le malaise c’est risquer de passer pour un psychopathe, dire que l’on y est insensible, aussi. Une fois que vous débutez L’apparence du vivant, ce court premier roman de Charlotte Bourlard, vous comprenez que le malaise sera votre compagnon durant toute cette lecture.

Le monde, l’univers, dans lequel Charlotte Bourlard nous embarque est noir, avec quelques nuances de gris. Il est aussi désespéré et cruel. Il est au bord du gouffre. Agonisant. On n’a pas franchement envie d’y vivre. Mais il est aussi curieux, bizarre et étrange. Ses personnages sont tous gentiment déglingués ou carrément malsains. Ils vivent et meurent dans la marge. Ils se partagent, presque sur un pied d’égalité, toute la misère et la violence du monde. Comme le dit notre protagoniste principale : « Les hommes sont parfois cruels, mais ils ne sont pas les seuls. »

Chez les Martin, notre photographe va pouvoir laisser libre cours à son esprit tordu. Son goût prononcé pour le morbide, elle le partage avec madame Martin, la maîtresse de maison. Elles vont s’entraider pour réaliser toutes sortes de fantasmes malsains. Notre maîtresse de maison à un talent particulier, elle maîtrise l’art de la taxidermie. Un art dont elle enseigne tous les rudiments à notre photographe. Il n’est bien entendu pas question de se limiter aux animaux. Pour ce qui est des photos, tout commence avec l’envie de photographier des vieux, marqués par la vie, à poil. Là aussi, l’idée est poussée bien plus loin. Et la mort, dans tout ça ? Elle est partout et n’est en rien une limite, ni un tabou. De l’amour aussi, il y en a. Enfin, une vision assez particulière de l’amour. Une belle brochette de cinglés qui restent néanmoins des êtres humains.

Charlotte Bourlard aurait facilement pu tomber dans le romantico-gothique… et j’en passe. Mais il n’en est rien. La plume est sobre, sans envolées lyriques, et le propos est cru et froid. Elle n’est pas là pour nous vendre du rêve. Rien n’est enrobé. Pour un premier roman, c’est un bon départ. L’apparence du vivant est singulier et maîtrisé. Ça se lit aisément et son univers laisse des traces. Mais une question demeure à la lecture de ces pages : ce livre est-il l’œuvre d’un esprit franchement dérangé ou d’une personne tout à fait saine d’esprit ? On ne veut peut-être pas savoir, mais la question se pose.

Brother Jo.

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