The Hill in the Dark Grove
Traduction: Morgane Saysana.

Liam Higginson est né et a grandi dans les confins les plus reculés du nord du Pays de Galles. C’est cette nature indomptée, fouettée par les vents qui est le cadre de son premier roman Au cœur des Ombres, superbe carton d’invitation pour les hauteurs du Pays de Galles et ses dragons millénaires.
“Dans les montagnes galloises, Carwyn et Rhian vivent depuis toujours au rythme de leurs troupeaux et des saisons. Mais ce qui fait leur quotidien semble s’effriter, vaincu par les dettes, l’isolement et une modernité qui leur échappe. Lorsque Carwyn trouve, enfouie dans un coin abandonné de la propriété, une étrange tête sculptée dans la pierre, il se passionne pour sa découverte, persuadé qu’elle pourrait tout sauver. Tandis qu’il creuse et que son obsession grandit, la ferme se délite peu à peu. Certaines choses ne devraient jamais être déterrées…”
Alors, évidemment la quatrième de couverture reflète bien l’aspect gothique du roman mais certainement pas le plus important, le plus stupéfiant mais par manque de place ne peut signaler (moins vendeur ?) que ce roman est surtout une formidable histoire d’amour à l’épreuve du temps bravant les années, l’amour n’étant pas plus fort que tout ?
Pliant sous les dettes malgré une vie de labeur, Carwyn et Rhian, en se rapprochant de l’hiver de leur existence, s’aperçoivent que le fruit de leur travail ne suffit plus pour leur assurer une fin de vie décente. Cinquante années dans une masure dans les collines avec le troupeau, les joies, les peines, les efforts, les drames… pour arriver à cette époque où cette étrange statuette qui semble un élément d’un monument ancien bien plus important semble vouloir briser leur belle routine, leur jolie harmonie.
“La terreur pesante, oppressante d’une calamité à venir flottait dans l’air.”
Bien que toujours présent aux côtés de son épouse, Carwyn semble de plus en plus absent, creusant, non pas sa tombe, mais vers ses racines et les messages laissés par ceux qui l’ont précédé. La solution à leurs malheurs est juste à leurs pieds. Alors que des évènements étranges se succèdent, que Carwyn semble partir vers de contrées imaginaires pour régler leurs problèmes tout banalement humains, Rhian reste seule aux commandes, vigilante :
“Et elle était Carwyn – son Carwyn, le vrai Carwyn – auprès d’elle ces fois-là et toutes les autres, une présence inébranlable, deux êtres inséparables. A tel point que même maintenant, elle n’aurait pu concevoir sa vie sans lui. Elle était Carwyn, à présent, pour tous les deux.”
Mais l’aveuglement devant l’être aimé et ses agissements a ses limites et peu à peu viennent le temps du doute, des interrogations, de la crainte, de la peur, de l’horreur…
Une ambiance gothique est délicatement installée dans des pages virtuoses montrant l’amour de l’auteur pour ses terres natales. Les figures de la mythologie galloise, inquiétantes, donnent la mesure des cauchemars et séduiront le lecteur en quête de pages fantasmagoriques aux décors de fééries funèbres.
Rivages évoque Olga Tokarczuk et Stephen King mais je doute que les fans du grand maître du Maine y trouveront leur compte. En revanche, la parenté avec un autre premier roman racontant le combat de bergers britanniques en faillite Le sang des collines de Scott Preston, lauréat du prix « Le Point » du Polar européen 2026 est évidente, une belle gémellité. Même âpreté, même amour pour la terre, même colère mais des réponses différentes aux agressions de la vie.
Néanmoins, Au coeur des ombres est essentiellement le témoin d’une vie à deux, du Temps d’une vie: le temps passé et le temps, incertain, qui reste à passer. Si vous avez quitté depuis très longtemps les rives de la jeunesse, ce roman par sa justesse, par ce qu’il renvoie de nos espoirs, nos certitudes nos désillusions, nos regrets, notre déclin, notre fin… va horriblement vous chambouler et flinguer durablement votre moral.
Clete.









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