Minnesota
Traduction: Alain Gnaedig

« 2016. À quelques jours de la convention annuelle de la NRA – l’association qui défend le droit à porter une arme -, un sniper sème la terreur à Minneapolis. Vite identifié, Tomas Gomez, dit Lobo, immigré mexicain diabétique et tatoué, se volatilise chaque fois que la police se rapproche. Une ombre. Voilà donc les services de sécurité sur le qui-vive : on craint que le maire, fervent soutien de la NRA, ne soit sa prochaine victime. L’inspecteur Bob Oz, bien que mis à pied pour violences en service, suit clandestinement la piste du tueur. »
Un loup dans la ville est donc notre Nesbø annuel, une des grosses machines de la SN, aux ventes mondiales impressionnantes et adapté à l’écran à plusieurs reprises. Même s’il nous garantit généralement de polars de qualité, vu le rythme fou de ses parutions, l’auteur norvégien n’est pas à l’abri de romans, disons moins réussis. Malgré l’assurance de trouver chez Nesbø tous les ingrédients qu’on aime retrouver dans un bon thriller parfois le cocktail n’est pas buvable. Nesbø est capable de passer de l’excellence dans Leur domaine à un bon foutage de gueule dans sa suite Les maîtres du domaine. Néanmoins, Jo Nesbø est un grand du polar et si ses héros sont parfois bien sales, ce n’est que le triste résultat d’une trop longue cohabitation avec les caniveaux de la civilisation occidentale. On présente à tort Jo Nesbø comme un auteur de polar nordique et même s’il dénonce souvent les USA (une grosse charge dans ce roman), il n’y a pas plus ricain que Nesbø sur la forme comme sur le fond.
Le loup dans la ville est le parfait exemple de relation amour/haine de Nesbø avec les USA. Le roman dans sa version originale se nomme Minnesota ce qui ne laisse aucun doute sur le théâtre du polar. Jo Nesbø nous invite plus exactement dans la ville natale d’un certain Prince Rogers Nelson « le kid de Minneapolis » qui chantait une pluie violette… une ville encore traumatisée par la tragédie de George Floyd assassiné par Derek Chauvin de la police de Minneapolis. Avec son genou sur la gorge de Floyd, il faudra neuf minutes à Chauvin pour ôter la vie d’un type suspecté d’avoir utilisé un faux billet de vingt dollars pour acheter des cigarettes. Dans sa version anglo-saxonne, le titre devient Wolf Hour, perdant ainsi sa singularité américaine dans l’œuvre du Norvégien. Peut-être que l’association Nesbø / Minnesota ne fonctionnait pour l’équipe commerciale…Et c’est dommage parce que ce roman porte un regard, pertinent ou pas (parfois à la manière du Guide du Routard.), sur une certaine Amérique moins sous les spots comme NY ou la Californie.
Il faudra un jour qu’on s’intéresse au côté malsain et macho des personnages masculins de Jo Nesbø, avec bien sûr en haut de la liste son enquêteur fétiche la grosse enclume de Harry Hole, con comme une valise, mais méchamment plus dangereux : alcoolo, toxico, suicidaire, enragé dont on nous épargne les derniers cauchemars ces dernières années.
Bob Oz porte les casseroles coutumières à ce genre de flic désespéré, apporte les réponses attendues par beaucoup de lecteurs de Nesbø : bas-fonds de la société, violence, vengeance, cruauté, rédemption, rédemption et rédemption… Nesbø a juste déplacé son théâtre de la violence de l’Europe vers l’Amérique profonde en y ajoutant une analyse politique que chacun appréciera à sa manière. Personnellement, je préfère toujours les originaux aux imitations. Il existe une certaine littérature de « combat » américaine de qualité que l’on vous vante depuis de nombreuses années et qui vous donne des instantanés valides, loin des considérations « mainstream » d’un touriste.
Pour autant, on aurait tort de sous-estimer « Un loup dans la ville » au suspense maîtrisé qui remplit parfaitement son office de thriller grand public.
Clete.
Du même auteur chez Nyctalopes:
Macbeth, La soif, Soleil de nuit, De la jalousie, Le couteau, Eclipse totale,









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