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Chroniques noires et partisanes

Étiquette : rouergue noir

SUR LE CIEL EFFONDRÉ de Colin Niel/ Rouergue Noir.

Colin Niel continue sa série policière en Guyane. Il s’agit d’une série mais chaque volume est indépendant, vous pouvez donc sans aucune difficulté vous plonger dans ce livre même si vous ne connaissez pas les précédents.

On suit Angélique Blakaman, jeune noir marron, qui après un grave accident en métropole a obtenu un poste dans la brigade du Capitaine Anato, dans le Haut-Maroni.

Tipoy, jeune amérindien et fils de Tapwili Maloko, haute figure de la lutte contre l’oppression et la préservation des traditions, disparaît lors d’une fête de village. Angélique qui est assez proche de Tapwili, s’empare de l’enquête.

Parallèlement, le capitaine Anato est en charge de chercher une équipe de braqueur qui s’en prend à des familles aisées de Maripasoula.

Ce livre, sous couvert d’une identité policière est une ode à la Guyane et à ses cultures. Et pour faire ressortir sa beauté menacée, Colin Niel nous montre sa nature hostile, celle des orpailleurs clandestins et des compagnies minières, qui rêvent d’étendre leurs territoires au détriment des peuples autochtones, celle des braconniers et des clandestins, des évangélistes et des prêcheurs.

Les déplacements dans ses contrées reculées se font en pirogue, lentement, sous une chaleur humide. La vie est très dure, différentes identités se côtoient mais, ayant du mal à se comprendre, elles  se mélangent peu. Les amérindiens, peuple natif de ce territoire, sont mal compris, laissés pour compte :

« Abandonnés, c’est le sentiment que beaucoup d’Amérindiens partageaient sur le Haut Maroni »

Ils luttent entre leurs traditions ancestrales, entre croyances et vaudou, et la volonté de contribuer au développement de ce territoire, de se sortir de cette image d’arriéré accentuée par les évangélistes qui surfent sur le mal-être de ces nouvelles générations laissées pour compte.

Colin Niel nous offre une histoire policière qui tient en haleine, qui nous fait découvrir un département français plus connu pour son historique bagne ou pour ses lancements de fusées dirigées par des blancs. 500 pages d’une poésie époustouflante, entre géopolitique et ethnologie, qui donne envie de se plonger dans l’histoire de ce département, afin de mieux le comprendre.

Immense, comme ce territoire, ce livre vous offre un grand moment de dépaysement et d’émotions.

Marie-Laure.

PARFOIS C’ EST LE DIABLE QUI VOUS SAUVE DE L’ENFER de Jean-Paul Chaumeil / Rouergue noir.

Boris a perdu sa femme Bérénice dans l’effondrement des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001. C’était une militante engagée des droits des travailleurs et de l’égalité entre tous. Elle laisse une petite fille Julia et son père profondément dévastés. Il a perdu la femme de sa vie et ne peut regarder sa fille sans penser à elle et sombrer un peu plus dans le chaos et la haine. Alors, sa seule solution est la fuite, il abandonne sa fille et part en Afghanistan lutter contre ceux qui ont tué sa femme.

« Quand on ne se sent bien nulle part on peut aller se faire voir partout(…) la vie teste avec vous votre aptitude à ne pas pouvoir survivre et ça marche ».

Julia, grandit auprès de sa tante, mais sans père et sans mère, l’une tuée par des fanatiques, le second absent pour lutter contre ces mêmes fous qui l’ont privé d’une vie de famille.

A son retour à la vie civile, à Bordeaux, il ne renoue pas avec Julia, il se contente de vivre en marge, comme détective privé afin d’avoir de quoi vivre.

Lors d’une rixe un soir en rentrant chez lui, il se retrouve confronté à des militants d’extrême droite, un meurtre a lieu. Et stupeur, sa fille se trouve mêlée au meurtre, elle gravite dans ces mouvements de néo-nazis.
Pour Boris, une seule alternative, sauver Julia, la sortir des griffes de cette radicalisation et qu’elle retrouve un avenir.
Ce roman est une plongée dans la montée des extrêmes dans notre pays. Julia, qui a dû grandir sans repère, confrontée dès son plus jeune âge au terrorisme qui lui a pris sa mère, est aspirée dans ce tourbillon violent. Elle pense que tout est de la faute de ces étrangers qui cherchent à ramener la guerre en France et à imposer leur vision de la société et le repli sur soi.

Jean-Pierre Chaumeil se sert de cette atmosphère pour nous offrir un roman très noir, avec des personnages très marqués, qui ont tous connu la violence, la peur, et le manque. Le manque de repères mais aussi d’amour qu’ils ont pu perdre du fait de la guerre, de leur conviction. Boris doit évidemment sauver sa fille, mais il doit également apprendre à faire face, à surmonter sa peur, à faire confiance aux gens qui l’entourent et à accepter les décisions de Julia. Quant à elle, elle doit essayer de comprendre son père, le monde tel qu’il est, elle doit accepter de s’ouvrir aux autres, à les respecter. C’est un roman d’amour, d’amitié, de respect de l’être humain qui nous est offert sous un angle très sombre avec comme pendant la montée du fanatisme de tout ordre.

Un très beau roman dans un contexte de tension très forte qui secoue tous les protagonistes.

Marie-Laure.

PAR LES RAFALES de Valentine Imhof / Rouergue Noir.

Par les rafales est un roman de Valentine Imhof auteure d’une biographie de Henry Miller.

Par les rafales, un titre qui prend tout son sens à la fin du roman. Ces rafales vous emporteront dans les ténèbres. Ces rafales – poétiques – secoueront votre être – vous ressentirez de la haine, de la colère, de l’empathie, vous comprendrez ce que veut dire Lutter, et pourtant quelque part au loin, dans la brume vous apercevrez un point lumineux. Par les Rafales, accompagnons Alex pour gravir les obstacles que cette putain de vie a mis devant et derrière elle, accompagnons là vers cette lueur  -l’espoir – dans l’horizon brumeuse du néant nordique.

« Ils avaient réussi à la retrouver. Alex l’avait compris. Le type inventait des souvenirs bidon, il a proposé de s’arrêter dans un café de campagne pour boire un pot. Pour le plaisir d’être en France, parce que c’est si différent des États-Unis… Ça, elle le savait. Quand il a enserré ses jambes entre les siennes, elle n’a rien fait pour se dégager. Au contraire. Elle a envoyé tous les signaux pour lui faire entendre qu’elle n’attendait que ça depuis le début… Elle le tenait… Elle saurait disparaître ensuite. C’est du moins ce qu’elle pensait. Mais on laisse toujours quelque chose derrière soi. Et au moment où Alex s’apprête à tuer un homme, pour la troisième fois, Kelly MacLeish, jeune sergent juste sortie de l’école de police et mutée aux Shetland, décide de changer complètement d’angle dans l’enquête sur le meurtre de Richard MacGowan le soir du Up Helly Aa, la fête des Vikings, lorsque tout le monde se rassemble pour la crémation du drakkar. Le seul indice retrouvé sur le cadavre, c’est un long cheveu noir. Alors sans le savoir, Kelly rejoint le camp des poursuivants. Ceux qui courent après Alex, ceux qu’elle fuit, toujours plus vite, toujours plus au nord. »

Jamais le roman noir n’a été aussi ancré dans le présent et l’actualité. C’est le cas de l’ouvrage de Valentine Imhof qui s’attaque à un sujet fort dont on entend beaucoup parler ces temps. Dans le roman le personnage principal vivra de terribles instants en Louisiane. Des événements qui impliqueront par la suite: une blessure qui ne peut jamais cicatriser et surtout une vie détruite. Et dans ce roman que dire des agresseurs ? Le trait un peu grossi, sûrement pour les rendre détestables, nous mène à les haïr et à vouloir les détruire – faire de la charpie de leurs sales gueules !

Le personnage d’Alex, héroïne, nous possède !

Alex, une jeune femme dont on apprend l’âge étonnant à la fin de l’intrigue nous donne l’impression que sa vie défile à grande vitesse. C’est une personne forte, blessée pour ne pas dire détruite en proie à des sentiments d’être suivie, harcelée, que quelqu’un en veut à sa vie. Alex, est une jeune femme auquel on s’attache malgré les actes terribles qu’elle commet. J’ai été heureux de l’accompagner. La plume habile de l’auteure nous donne l’impression que nous, lecteurs, réussissons à l’aider. Ou tout du moins Alex, aussi dure soit-elle, accepte de nous tendre la main pour que nous puissions l’aider. Alex est un magnifique personnage.

Par les rafales est un roman étonnement écrit. Il est empreint de poésie et de musique, omniprésente (la playlist en fin de roman est d’ailleurs impressionnante !). La géographie des lieux nous permet de nous les imaginer, souvent noirs, brumeux et pluvieux, sans oublier nappés de fumée de cigarettes et d’alcool. Tout est fait pour nous plonger au plus près des personnages. Si près que chaque chapitre est précédé d’un extrait de romans, de poèmes dont la police est calligraphiée. Certes la lecture est difficile mais parvenir à les déchiffrer nous rend victorieux ou peut-être est ce une manière d’entrer dans le cœur d’Alex, soit en ami ou en intrus, peut-être….

Par les rafales, un grand roman !

Merci Alex. Merci Valentine Imhof.

Bison d’Or.

SEULES LES BÊTES de Colin Niel / Rouergue noir.

Après trois romans situés en Guyane,  Colin Niel quitte l’Amérique du Sud pour le Massif Central. « Obia » publié en 2015 a d’ailleurs obtenu le prix des lecteurs à QDP l’an dernier. Si ce prix ne brille pas par l’originalité de sa sélection, il a néanmoins récompensé des auteurs hautement recommandables de DOA à Malte en passant par Varenne pour n’en citer que quelques-uns. Nul doute que cette auréole a dû finalement peser lourd pour l’auteur au moment où il changeait complètement d’horizon, d’univers. Continue reading

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