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Chroniques noires et partisanes

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LA DÉBÂCLE de Romain Slocombe / Robert Laffont.

10 juin 1940, les rats quittent le navire, le gouvernement a fui Paris abandonnant à leur triste pauvre sort les populations civiles qui se lancent dans un exode désorganisé sur les routes de France afin de passer la Loire par tous les moyens, voitures, vélos, trains, cars, charrettes et à pied. Le spectacle effroyable et douloureux d’un peuple livré à lui-même et d’une armée abandonnée, sacrifiée par des généraux incompétents partis se mettre à l’abri. Huit jours, jusqu’à la prise de pouvoir par Pétain, tel est le projet somptueux de Romain Slocombe qui, après avoir montré la France collabo dans l’impeccable trilogie Sadorski, raconte ces huit jours de terreur, de douleur et de honte.

Une famille bourgeoise, un avocat fasciste, un soldat, une femme seule et toute une multitude de visages, de destins, de personnalités qui font la France de 1940 sur les routes de l’enfer, toutes classes sociales confondues dans un énorme pandémonium d’où n’émergent  que la mort, la trahison, la corruption, l’égoïsme le plus bas, le quant à soi, nourris par les fausses bonnes nouvelles et les vraies mauvaises nouvelles.

Dans une grande fresque particulièrement stupéfiante et édifiante, Slocombe couvre les drames humains mais aussi les aspects politiques, militaires, diplomatiques, stratégiques, économiques et financiers de l’époque et tout cela dans une intrigue très pointue superbement documentée au rythme limpide et hautement addictif.

Bien sûr, les conséquences de la  Blitzkrieg imposée par l’armée nazie sur les populations civiles occupent le premier plan mais l’ennemi intérieur est au moins aussi nuisible, aussi destructeur et cet aspect est particulièrement honteux, provoquant souvent la colère et l’incompréhension chez le lecteur. Les gouvernants, les généraux, les collabos, les salauds anonymes montrent leur vrai visage. Sans faire de parallèle avec notre époque, Slocombe le fait-il lui-même ? on apprend toujours de l’Histoire et nul doute que les trahisons, les “fake news », les beaux discours, les flatteries sur la grandeur de la France résonneront de manière très familière à certains lecteurs… cette terrible impression d’être bernés, d’être trahis et abandonnés.

L’histoire, forcément, est douloureuse et les pages racontant les combats sont d’une grande puissance salement évocatrice. Le sang des soldats comme celui des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards piégés sur les routes de France coule en abondance uniquement accompagné des larmes des damnés. Romain Slocombe,  une nouvelle fois, atteint un niveau d’écriture qu’on rencontre peu que ce soit dans la couverture d’une époque comme dans la narration d’une histoire qu’il conclut par une allusion à peine voilée au Dormeur du Val de Rimbaud.

“Jacqueline aperçoit, par la fenêtre de la cabine, et cette image-là également se grave dans son cerveau, le visage blême et figé d’une jeune fille en robe d’été, étendue dans l’herbe éclairée de boutons-d’or. Le minuscule point noir d’une mouche se promène sur la peu blafarde d’une joue sans vie… Un père, une mère, un frère se tiennent immobiles au bord du fossé, ravagés par la douleur.”

Puissant, terrible.

Wollanup.


SADORSKI ET L’ANGE DU PÉCHÉ de Romain Slocombe / La Bête Noire.

On retrouve dans ce nouvel opus l’inspecteur Léon Sadorski de l’Affaire Léon Sadorski (2016) et de l’Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski (1917).

Nous sommes désormais au printemps 1943, et suite à une dénonciation, Sadorsky arrête une jeune femme soupçonnée d’être une juive munie de faux papiers, et qui ferait du trafic de métaux précieux.

Paris vit toujours sous occupation allemande, les restrictions sont de plus en plus nombreuses, l’hiver a été long et dur pour la population. Malgré tout, Sadorski continue son travail sans aucun scrupule : « Le devoir, c’est ce qu’on doit faire, un point c’est tout ».

Et des scrupules il en a peu, il continue de traquer les juifs et les cocos, de faire du marché noir, des vols en abusant de son pouvoir de policier des RG, ou chez les personnes arrêtées.

Notre inspecteur est toujours un beau et parfait salaud. Il ment, triche, abuse des femmes, est pervers, colérique et franchement odieux. C’est le personnage que l’on ne peut que détester.

Lors d’une enquête dans son propre immeuble, il fait la connaissance de l’officier nazi Pick. Celui-ci va lui conter le cheminement des hommes, des femmes, des enfants de tous âges, des vieillards, déportés dans les wagons à bestiaux. Nous sommes en 2018, et certes nous connaissons les horreurs produites pendant la guerre, mais ces descriptions, sans états d’âmes glacent le sang.

On parcourt les couloirs de Drancy lors d’une sélection à la déportation, le quartier général de la police où a lieu les interrogatoires. On entend pleurer, crier, supplier derrière les portes, on assiste à la mise à tabac d’un homme soupçonné d’être un « coco ».

Sadorski prend part à tout cela. Parfois comme observateur approuvant, parfois comme acteur très zélé. Mais Sadorski, qui n’a aucune morale, est quand même secoué par les révélations de Pick, « Sadorski voit des éléments qui lui plaisent dans la France de la Révolution Nationale, et d’autres qui ne lui plaisent pas ». Au fil des pages, il est pris entre sa haine des « youpins », son égocentrisme, et son besoin de protéger ses femmes,  il glisse ainsi de plus en plus dans le crime grave, s’ engluant dans les affaires pour « sauver » quelques personnes. C’est une façon pour lui d’assouvir ses fantasmes avec les femmes qu’il rencontre mais aussi de se donner bonne conscience : nous sommes en 1943, des rumeurs de débarquement se font de plus en plus entendre, et les Français « collabos » commencent à craindre la fin de la guerre.

Une fois encore, Romain Slocombe a fait un travail de recherche approfondi pour nous livrer ce livre relatant la France de 1943. La bibliographie de fin prouve l’impressionnante documentation utilisée afin de nous offrir un roman très détaillé et réaliste de la vie sous l’occupation allemande, vous êtes plongé au cœur de Paris en 1943, et c’est poignant.

« Nous avons tous à choisir, par rapport à la loi mais aussi la morale »

Au vue de l’époque actuelle, il est bon de se souvenir des périodes de notre histoire dont nous ne sommes pas fiers mais qui nous rappellent jusqu’où peut aller l’homme dans sa haine contre autrui.

Marie-Laure.

L’AFFAIRE LEON SADORSKI de Romain Slocombe / Robert Laffont La Bête Noire.

Si vous ne connaissez pas encore le talentueux Romain Slocombe, une des grandes plumes du Noir français, ce nouveau roman profond vous permettra avec bonheur de remédier à cette regrettable carence.

Avril 1942. Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation. Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les « terroristes ».
Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, ou on le jette en prison. Le but des Allemands est d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police… De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi.

Après « Monsieur le commandant » en 2011, Romain Slocombe retourne dans cette période noire et trouble de l’Occupation pour mettre en avant le rôle de la police française de l’époque sous les traits  de l’inspecteur des RG Léon Sadorski. L’homme est un grand patriote, engagé volontaire à 17 ans pendant la première guerre mondiale, fonctionnaire zélé, flic efficace, se pensant au-dessus du lot, intellectuellement parlant, de la flicaille qui l’entoure y compris ses chefs. Mais Sadorski est aussi un homme malhonnête n’hésitant pas à accepter des « pots de vin », un être qui a très peu d’états d’âme et un personnage qui sous des dessous d’homme marié amoureux de son épouse cache des perversions assez terribles et des fascinations glauques, un beau salaud comme vous pourrez le découvrir à de multiples reprises. Alors, l’éternel couplet et c’est vrai par ailleurs, les policiers en temps que fonctionnaires finalement assujettis à une autorité nazie, étaient aux ordres et se devaient bien d’exécuter les tâches qui leur étaient assignées. Disons que certains y mettaient plus d’entrain que d’autres et Sadorski en faisait partie.

Avec ce personnage hautement haïssable ne déclenchant pas une once d’empathie mais qu’on suit avec passion comme certains pourris du quatuor de Los Angeles de James Ellroy qu’on retrouve avec délice parce qu’on attend ardemment leur chute, Romain Slocombe nous raconte le Paris de la collaboration où politiques, industriels, banquiers, artistes fricotent à qui mieux mieux avec l’occupant. La bibliographie de fin d’ouvrage montre le travail de recherche colossal de Slocombe pour produire un roman historique crédible, précis et vivant jusque dans les moindres détails (l’heure allemande pendant l’Occupation par exemple !), une véritable richesse pour les personnes désirant en savoir un peu plus sur l’époque ou tout simplement la découvrir pour les plus jeunes éblouis par des tentations politiques dont l’Histoire a déjà montré ce qu’elles pouvaient occasionner de très fâcheux.

Mais « l’affaire Léon Sadorski »  est avant tout un roman noir, un polar parce que Sadorski, après avoir été emprisonné à Berlin et questionné par la Gestapo revient avec des ordres qu’il entend bien exécuter avec empressement et montrer l’étendue de son talent en se découvrant de plus des talents de justicier dans une affaire où il comprendra très vite qu’il n’aurait pas dû y mettre les pieds.

Source d’enrichissement sur une période historique sombre et polar diablement efficace, « L’affaire Léon Sadorski » est un très bon roman propice à la réflexion, éclairé par la plume d’un Romain Slocombe grand conteur comme à son habitude.

Sombre.

Wollanup.

LE SECRET D’ IGOR KOLIAZINE de Romain Slocombe / Seuil policiers.

Romain Slocombe, on ne présente plus et si vous ne connaissez pas, épargnez-vous ces quelques lignes et lisez ce roman qui représente un petit aspect de son oeuvre, la passion du moment de ce grand auteur à l’immense talent protéiforme.

« Écrivain, photographe, cinéaste, peintre, illustrateur et traducteur, Romain Slocombe réconcilie depuis plus de trente-cinq ans le roman noir, l’avant-garde artistique et l’univers underground de la contre-culture américaine ou japonaise. Armé de son humour british, il aborde des sujets graves au fil d’intrigues minutieusement documentées. »Cette fine et fidèle présentation est extraite d’une interview de l’auteur par Bernard Strainchamps, pionnier du noir sur le polar à qui nous devons actuellement l’indispensable site de veille littéraire Bibliosurf II( http://www.bibliosurf.com/). Ce riche entretien daté de 2014 (lien en fin d’article) , au moment de la sortie de « Avis à mon exécuteur » autre joyau de Romain Slocombe, explique les raisons de ces écrits romanesques tournant autour de l’espionnage russe pendant l’entre deux guerres.

Le héros Ralph Exeter découvert dans « dernière station avant l’abattoir » et qui revient dans de nouvelles aventures dans « le secret d’ Igor Koliazine » n’ est autre que George Slocombe, grand père de l’auteur, journaliste anglais pendant les années 20 et qui aurait été en relation avec les services secrets bolchéviques à cette époque et dont les mémoires ont servi dans des scènes stupéfiantes, des descriptions magnifiques de Constantinople porte de l’Orient où Russes et puissances européennes intriguent.

« Londres, février 1925 : recruté malgré lui par l’Intelligence Service, le journaliste Ralph Exeter, qui renseigne déjà le Guépéou, a beaucoup de mal à concilier ces loyautés contradictoires. Le voici sommé d’approcher Igor Koliazine, gigantesque jeune cosaque qui prétend avoir enterré en Bulgarie le trésor fabuleux de l’Armée blanche du général Wrangel. Ensuite, charge à lui de l’entraîner à Constantinople, d’où ils embarqueront à bord du yacht affrété par la jolie Zhenya Krasnova, déléguée des Soviétiques. Destination Bourgas, objectif les précieuses caisses enfouies dans la forêt. Seulement, outre les bolcheviks et le MI6 britannique, d’autres sont sur l’affaire : la Sécurité d’État turque, des espions allemands à la solde d’Adolf Hitler… Le correspondant du Daily World comprendra vite qu’il a mis les pieds dans un sacré guêpier. »

Il arrive parfois que l’on soit subjugué par un roman et que vainement on tentera de mettre sur papier ou l’écran les raisons qui nous ont fait chavirer. Alors, ici, il y a, bien sûr, le charme d’Istanbul, le mystère d’une culture et d’une civilisation à la fois proche et lointaine à une époque où elle est encore plus énigmatique, hermétique pour l’Européen qui débarque et qui est racontée d’une manière docte, précieuse et magnifique par un auteur au sommet de son art. C’est grandiose, y compris dans les moments dits faibles.

Bien sûr, tout ce monde d’espions doubles, triples, traîtres, mêlé aux Turcs, aux Russes Blancs en exil, aux femmes fatales que rencontre Ralph Exeter crée une symphonie, une comédie humaine fastueuse et furieuse où dès les premières pages, on se passionne pour ces destins tourmentés par le vent martial de l’Histoire du début du XXème siècle.

Evidemment, le dandy anti-héros est passionnant par son ordinaire humanité, par sa légitime volonté de sauver sa peau, par son ahurissement devant les événements se passant autour de lui mettant sa vie en péril lors de cette recherche du trésor. L’ atmosphère des grands romans d’espionnage vintage d’Eric Ambler…

Et puis, en fait, tout simplement, il y a le talent, l’immense talent de Romain Slocombe, admirable conteur.

Talentueux.

Wollanup.

entretien avec Romain Slocombe

ROUTE 40 de Romain Slocombe chez Belfond

Romain Slocombe, auteur de romans noirs, réalisateur, illustrateur, photographe…  réunit dans « route 40 » cinq nouvelles qu’il a écrites entre 1980 et 2005. Deux d’entre elles n’étaient pas des nouvelles  à l’origine : « fantôme du passé » était une pièce radiophonique et « weekend à Tokyo », un scénario. Romain Slocombe les a toutes révisées et retravaillées avant cette édition.

 « Quel est le point commun entre un shérif posté dans le désert de Mojave, une hippie qui sillonne les routes californiennes en stop, une musicienne suicidaire égarée dans une petite station des Alpes, et une vieille touriste à Paris désireuse de renouer avec son passé ?

Le Japon, leur pays de naissance ou d’origine et inspiration éternelle de Romain Slocombe, qui ajoute à la liste de ses talents celui d’auteur incomparable de nouvelles.»

Le Japon comme fil conducteur, donc, ce pays qui fascine Romain Slocombe et qu’il connaît bien, il y a situé plusieurs de ses romans. Ce fil est parfois évident comme dans «fantôme du passé » qui évoque un pan de l’histoire d’après-guerre au Japon, parfois ténu, juste dans l’origine des personnages, en particulier pour celles qui se passent aux Etats-Unis, « June’s highway » et « route 40 ». On retrouve également dans ces nouvelles notre lot de femmes blessées, bandées ou non, autre obsession de Slocombe.

L’univers de ces histoires est un univers noir et trouble où les apparences sont trompeuses, les victimes, les coupables, les gentils, les méchants ne sont pas forcément ceux qu’on  croit. Romain Slocombe, nous entraîne rapidement dans l’ambiance de chaque nouvelle, toujours noire mais avec parfois une note d’humour, une certaine ironie.

Dans un style épuré, il dévoile en même temps l’action et les personnages et avec un grand talent nous captive et nous surprend. On s’attache vite à ses personnages souvent désespérés, seuls, en quête d’amour qui affrontent la vie et ses cruautés d’une manière différente allant de la résignation à la violence.

Cinq très belles nouvelles qui se dévorent en un rien de temps, on en aurait voulu plus !

Raccoon

DES PETITES FILLES MODELES… de Romain Slocombe chez Belfond

Belfond dans sa collection remake propose aux auteurs de puiser dans le patrimoine littéraire une œuvre qui les a marqués et d’en faire le remake. Tout est permis, pourvu que le souvenir de l’original ne soit jamais perdu. Ici c’est Romain Slocombe qui s’y colle. Auteur de romans noirs, réalisateur, illustrateur, photographe… il revisite ici « Les petites filles modèles » de la Comtesse de Ségur, classique s’il en est de la littérature enfantine et le fait basculer dans son univers.

 
« En 1858, la Comtesse de Ségur présente Les Petites Filles modèles comme la suite des Malheurs de Sophie, et ces deux livres figurent depuis lors au coeur du répertoire classique de la littérature française pour la jeunesse. Portraits d’enfants bien nés saisis au moment où ils s’interrogent sur le bien et le mal, tableaux d’un milieu social où ne cesse de se poser la question des normes et des limites, les petites filles doivent y être « modèles » en vertu d’un idéal de comportement. Mais l’atteindre n’est pas si simple ! Et l’on a amplement pointé, au-delà des récits en apparence innocents et inoffensifs de la Comtesse de Ségur, les bourgeons de l’ambigüité.»

 
Slocombe réussit à merveille à redonner le ton de la comtesse de Ségur qui s’adresse à ses jeunes lecteurs pour les édifier et leur inculquer les notions de bien, de mal, de convenances.
On retrouve Mme de Rosbourg, jeune veuve très comme il faut qui éduque sa fille selon des principes hautement chrétiens et très stricts, agrémentés d’un sentiment de supériorité de classe, inculqués pour garder cette société très bourgeoise en eau calme. Dès le début, ça gite un peu : Mme de Rosbourg, si distinguée est kleptomane et fait même un petit séjour à l’asile pour cela.
Marguerite, la douce et sage petite fille s’approche de la puberté dans l’ignorance totale des changements qui vont survenir. Éduquée par les curés dans le mépris de tout ce qui touche au corps et surtout au corps féminin, évidemment ses premières règles la rendent malade et voilà la mère et la fille parties prendre les eaux dans les Pyrénées. Arrivées en pays cathare, elles ont un accident de voiture non loin du château de Mme de Fleurville, veuve elle aussi qui vit avec ses deux filles Madeleine et Camille… Marguerite et sa mère, blessée, sont recueillies chez les Fleurville le temps que la maman guérisse…
L’accident !!! Il permet à Slocombe de rejoindre l’univers  du « medical art » de ses photos, il s’en donne à cœur joie et on retrouve Mme de Rosbourg dans les positions de ses modèles qui nuisent certes à sa pudeur mais réjouissent le lecteur tout en amenant le récit vers des eaux un peu plus troubles et sensuelles.

 

 

Yoko on hospital bed with multiple fractures, Romain Slocombe, 1993.

 

Nous voilà avec les personnages réunis ! Manque Sophie, morte depuis quelques temps, petit écart qu’on comprendra par la suite. Le scénario est fidèle : on joue aux poupées (elles sont blessées, bandées bien entendu), on va vivre ensemble, on se perd dans la forêt, il y a bien le boucher Hurel, un chien enragé…
Romain Slocombe nous plonge dans l’état d’esprit de l’époque, on ressent le poids de la chape morale avec les pensées de Marguerite, pieuse jeune fille. Puis par petites touches, le récit bascule un peu plus : Madeleine et Camille sont un peu plus délurées qu’il n’y paraît, un peu plus libres, la façade de principes se craquelle et Marguerite se laisse aller à quelques plaisirs, quelques émois dont elle se punit bien. On est encore dans le réel, comprenant comment tous ces principes ont pu mortifier les femmes et les dégâts qu’ils ont pu provoquer dans les psychismes.
Et le roman bascule encore. Tout en gardant ce ton bien élevé qui sied aux gens de bonne compagnie, on garde les particules, mais c’est le marquis de Sade qui est évoqué, et le récit dérive vers la perversion, les abus, le crime… et ce n’est pas fini ! Une autre invitée de marque, la comtesse sanglante, Elisabeth Bathory s’invite dans l’histoire apportant la touche finale d’horreur fantastique…
Marguerite et sa mère, puisque le récit est centré sur elles, vont affronter de fortes tempêtes!!!
Un excellent roman en exercice de style, c’est jouissif de voir ce récit si sage sombrer lentement dans le noir, l’horreur et le sang !
Raccoon

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