Chroniques noires et partisanes

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L’AFFAIRE LEON SADORSKI de Romain Slocombe / Robert Laffont La Bête Noire.

Si vous ne connaissez pas encore le talentueux Romain Slocombe, une des grandes plumes du Noir français, ce nouveau roman profond vous permettra avec bonheur de remédier à cette regrettable carence.

Avril 1942. Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation. Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les « terroristes ».
Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, ou on le jette en prison. Le but des Allemands est d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police… De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi.

Après « Monsieur le commandant » en 2011, Romain Slocombe retourne dans cette période noire et trouble de l’Occupation pour mettre en avant le rôle de la police française de l’époque sous les traits  de l’inspecteur des RG Léon Sadorski. L’homme est un grand patriote, engagé volontaire à 17 ans pendant la première guerre mondiale, fonctionnaire zélé, flic efficace, se pensant au-dessus du lot, intellectuellement parlant, de la flicaille qui l’entoure y compris ses chefs. Mais Sadorski est aussi un homme malhonnête n’hésitant pas à accepter des « pots de vin », un être qui a très peu d’états d’âme et un personnage qui sous des dessous d’homme marié amoureux de son épouse cache des perversions assez terribles et des fascinations glauques, un beau salaud comme vous pourrez le découvrir à de multiples reprises. Alors, l’éternel couplet et c’est vrai par ailleurs, les policiers en temps que fonctionnaires finalement assujettis à une autorité nazie, étaient aux ordres et se devaient bien d’exécuter les tâches qui leur étaient assignées. Disons que certains y mettaient plus d’entrain que d’autres et Sadorski en faisait partie.

Avec ce personnage hautement haïssable ne déclenchant pas une once d’empathie mais qu’on suit avec passion comme certains pourris du quatuor de Los Angeles de James Ellroy qu’on retrouve avec délice parce qu’on attend ardemment leur chute, Romain Slocombe nous raconte le Paris de la collaboration où politiques, industriels, banquiers, artistes fricotent à qui mieux mieux avec l’occupant. La bibliographie de fin d’ouvrage montre le travail de recherche colossal de Slocombe pour produire un roman historique crédible, précis et vivant jusque dans les moindres détails (l’heure allemande pendant l’Occupation par exemple !), une véritable richesse pour les personnes désirant en savoir un peu plus sur l’époque ou tout simplement la découvrir pour les plus jeunes éblouis par des tentations politiques dont l’Histoire a déjà montré ce qu’elles pouvaient occasionner de très fâcheux.

Mais « l’affaire Léon Sadorski »  est avant tout un roman noir, un polar parce que Sadorski, après avoir été emprisonné à Berlin et questionné par la Gestapo revient avec des ordres qu’il entend bien exécuter avec empressement et montrer l’étendue de son talent en se découvrant de plus des talents de justicier dans une affaire où il comprendra très vite qu’il n’aurait pas dû y mettre les pieds.

Source d’enrichissement sur une période historique sombre et polar diablement efficace, « L’affaire Léon Sadorski » est un très bon roman propice à la réflexion, éclairé par la plume d’un Romain Slocombe grand conteur comme à son habitude.

Sombre.

Wollanup.

BAAD de Cédric Bannel /Robert Laffont / La Bête noire.

L’été, les vacances pour les chanceux, c’est l’occasion de rompre avec la monotonie, de voyager un peu même si au train où va le monde, l’espace qui dépasse notre coin de pelouse ou notre palier deviendra une aventure. Bref, si vous n’avez pas la chance, l’envie ou les moyens, ce thriller de Cédric Bannel va vous faire voyager à moindres frais. Sans le conseil précieux et avisé de Glenn Tavennec le directeur de la collection « la bête noire », il n’est pas certain que j’aurais entrepris ce voyage périlleux vers l’Afghanistan tant il me semblait impossible de m’attacher dorénavant à une histoire se situant dans ce pays depuis ma lecture de « Pukhtu Primo » de DOA. Et j’avais tort…

« BAAD » : Homme mauvais, violent, cruel avec les femmes.
BARBARIE Des jolies petites filles, vêtues de tenues d’apparat, apprêtées pour des noces de sang.
ABOMINATION Deux femmes, deux mères. À Kaboul, Nahid se bat pour empêcher le mariage de sa fille, dix ans, avec un riche Occidental. À Paris, les enfants de Nicole, ex-agent des services secrets, ont été enlevés. Pour les récupérer, elle doit retrouver un chimiste en fuite, inventeur d’une nouvelle drogue de synthèse.
AFFRONTEMENT Il se croit protégé par ses réseaux et sa fortune, par l’impunité qui règne en Afghanistan. Mais il reste encore dans ce pays des policiers déterminés à rendre la justice, comme l’incorruptible chef de la brigade criminelle, le qomaandaan Kandar.
DÉFLAGRATION Nicole et Nahid aiguisent leurs armes. Pour triompher, elles mentiront, tortureront et tueront. Car une mère aimante est une lionne qui peut se faire bourreau. »

BAAD, cette définition pourrait, devrait s’appliquer à 90% de la population masculine du pays tant le pays est dirigé, commandé par des hommes et pire, vous le savez, par des religieux, et comme toutes les religions ont été créées par des hommes pour asseoir le pouvoir des hommes, les pires d’entre elles sont aussi les pires pour les femmes. Et ici, on va très loin dans l’abomination dans un pays aux comportements moyenâgeux où la corruption est le sport national. Classé antépénultième du classement mondial annuel de 2015 de « Transparency International », l’Afghanistan ne devance que la Corée du Nord et la Somalie. Bref, dans ce pays où tout s’achète et tout se vend, les femmes sont des produits qu’on peut acheter et remplacer quand et comme bon vous semble. On le sait tout cela mais Cédric Bannel, par l’intermédiaire de son intrigue sur des meurtres de fillettes à Kaboul, va nous montrer des exemples concrets dans la vie des femmes de Kaboul qui ne semblent être finalement que les seules vraies victimes de la religion.

L’ Afghanistan est en guerre depuis de très nombreuses années. « La guerre avait été trop longue,trop violente. Guerre contre l’envahisseur russe, mais aussi guerre civile: traditionalistes contre modernistes, croyants contre communistes, djihadistes contre modérés, Tadjiks contre Pachtouns. Il y avait eu trop de combats, trop de clans, trop de camps. »Le pays est de loin le premier producteur mondial de pavot à opium avec tous les trafics que cela implique et personne n’ignore que Daesh y est fortement implanté tout comme Al-Qaïda et vous comprendrez à quel point le pays est gangrené.

Alors forcément une intrigue criminelle située dans le cloaque qu’est Kaboul prend tout de suite une dimension impressionnante et crée une intrigue renversante, très loin de nos critères et décors habituels et de nos modes de pensée occidentaux. Mais le cadre ne suffit pas et l’auteur a su faire revenir ce personnage chevaleresque Oussama Kandar, flic intègre et chef de la brigade criminelle de Kaboul, déjà héros de « l’homme de Kaboul » paru également chez Robert Laffont en 2011 et qui a connu un grand succès en France et dans plusieurs pays européens. A cette belle intrigue est greffée une seconde que j’ai trouvée plus dispensable car nous faisant quitter le cadre afghan pourtant bien prenant pour suivre Nicole Laguna menacée par la Mafia, obligée de retrouver un mystérieux chimiste virtuose.

Bien sûr, les deux intrigues se rejoindront, bien sûr les deux héros se rencontreront dans des épisodes très cinématographiques dans des contrées très reculées du pays, créant un roman très addictif, au climat très dépaysant, dépeignant une société afghane accablée par les traditions, la religion et permettant d’entrapercevoir la réalité du pays avec ses ethnies, ses cultures et ses souffrances.

BAAD? GOOOD!

Wollanup.

 

DAWA de Julien Suaudeau chez Robert Laffont

Chouchou est un peu partout sur le net dès que ça cause polar ou zik. On lui donne l’occasion de s’exprimer à propos d’un roman brûlant d’actualité.

D’une myriade de cercles entrecroisés se fonde un récit épais, manichéen mais sensible. Dans cette composition florale parsemée de pétales létales, l’auteur nous livre une passionnante étude sociologique romancée, certes, mais empreint d’une vision objective et précurseur des événements que l’on connait. La gangrène des êtres et le sadisme anonyme des institutions, les fureurs et les emportements, les soubresauts et les fièvres de ce monde voué à la fin au grand vide n’est que le songe falot dans la tête d’un infortuné, qui ne portait plus les hommes dans son coeur après les avoir trop aimés. Un livre à lire mais surtout une matière à réflexion…

Chouchou.

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