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Chroniques noires et partisanes

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NEW YORK SERA TOUJOURS LÀ EN JANVIER de Richard Price / Presses de la Cité.

The Breaks.

Traduction: Jacques Martinache.

Richard Price est un grand de la littérature noire américaine. On lui doit “Ville noire ville blanche”, “Clockers”, “Souvenez-vous de moi” et “The whites” entre autres, que des grands polars. Plus discret que certains de ses collègues, il ne fait pas parler beaucoup de lui et pourtant ce monsieur a bien d’autres compétences. A son actif, une carrière d’une dizaine de films comme acteur, quatre comme producteur dont le “Clockers” de Spike Lee, plus d’une dizaine en tant que scénariste dont “La couleur de l’argent” de Scorsese et on le retrouve aussi à l’élaboration de séries comme l’immense “The Wire” aux côtés de Simon, Pelecanos et Lehane ainsi que “The Deuce” qui raconte Times Square à la fin des années 70 pendant l’explosion de l’industrie du porno. Une belle carte de visite et quand Richard Price sort un bouquin, c’est fête ! Mais, mais, mais…

“Diplôme de lettres en poche, promotion 1971, Peter Keller apprend qu’il n’est pas admis à la fac de droit de Columbia. Issu d’une famille modeste de Yonkers, petite ville de l’État de New-York, le jeune homme, jusque-là la fierté de son père, pensait à tort que la vie allait lui dérouler le tapis rouge.

Sur liste d’attente, le voilà contraint d’enchaîner les petits boulots – préposé au tri à la poste de Grand Central, démarcheur téléphonique… Autant d’épisodes qu’il envisage avec autodérision, jusqu’à se lancer dans une série de canulars téléphoniques qui lui vaudront d’avoir affaire à la police. Et ni son nouveau poste d’assistant à l’université, ni sa relation avec l’épouse instable d’un ancien professeur ne l’aideront à y voir plus clair. Peter est-il bien sûr de vouloir devenir avocat, ou ne devrait-il pas plutôt tenter sa chance à New York dans le stand-up ?”

A la lecture de la quatrième de couverture, vous aurez aisément compris que “New York sera toujours là en janvier”, “The breaks” en version originale n’est pas un polar, pas plus un un roman noir mais un roman d’initiation contant les débuts dans le monde du travail et des adultes du jeune Peter Keller, jeune juif originaire du Bronx dans le New York du début des années 70. Sorti en 1983 et jusqu’ici inédit en France, l’histoire emprunte certainement beaucoup au parcours personnel de l’auteur qui a enseigné l’écriture aux universités Yale, de New York et Columbia et à ses souvenirs de l’époque.

Les fans plongeront avec plaisir dans le roman car retrouver la plume intelligente et très humaine de Price est chose assez rare et précieuse. Les dialogues sont souvent très bons et le roman réserve de nombreuses scènes humoristiques ce qui est plus rare chez l’auteur. Bon, si vous ne jurez que par les polars, vous passerez votre chemin. Enfin, si vous voulez découvrir l’univers noir de Richard Price, “Ville noire, ville blanche” ou “Souvenez-vous de moi”, seront de bien meilleures entrées. Néanmoins, le parcours de Peter Keller et la description de NY du début des années 70 par un enfant de la ville méritent l’attention.

Wollanup.


THE WHITES de Richard Price aux Presses de la cité.

Richard Price est un seigneur, un des derniers grands romanciers de Noir urbain se distinguant par une grande empathie pour ses personnages. Produisant beaucoup moins que Pelecanos, il ne connait pas cet essoufflement que l’on sent avec les années chez ce dernier. Richard Price, c’est aussi le scénariste de « la couleur de l’argent » de Scorcese et quelques épisodes de « the Wire ». Vous voyez déjà certainement mieux le niveau de l’auteur si vous n’avez jamais lu ses romans. J’avoue une énorme admiration pour Price et le retrouver à Manhattan après les six ans de disette qui ont suivi le phénoménal « souvenez-vous de moi » est un pur bonheur.

« Milieu des années quatre-vingt-dix. Le jeune Billy Graves est flic au sein d’une brigade anticriminalité de l’un des pires districts du Bronx. Il fait partie d’un groupe de policiers prometteurs, les Wild Geese, et une carrière brillante lui semble assurée. Jusqu’au jour où il tire accidentellement sur un gamin. L’affaire, fortement médiatisée, lui vaut d’être mis au placard quelque temps.
Aujourd’hui, Billy est devenu chef d’une équipe de nuit du NYPD. Son quotidien : sillonner les rues de New York, de Wall Street à Harlem, pour en assurer la sécurité, même s’il sait que certains criminels passeront toujours au travers des mailles du filet. Ces derniers, il les surnomme les « whites », ceux qui s’en sortent blancs comme neige. Chaque policier en a un qui l’obsède.
Puis vient un appel qui change tout : un meurtre a eu lieu à Penn Station. Et la victime n’est autre que le white d’un de ses anciens coéquipiers. Lorsqu’un autre white est assassiné, Billy commence à s’interroger : quelqu’un serait-il en train de régler ses comptes ? Et qui est cet homme qui, soudainement, paraît s’intéresser à sa femme et à ses enfants, au point de les suivre en filature ? »

The Whites est avant tout un polar, un roman de flics de Manhattan et d’ailleurs beaucoup de passages semblent issus de la mémoire de « cops » qui évoluent sur l’asphalte new-yorkais à l’instar des anecdotes de Wambaugh dans ses chroniques d’un commissariat à Hollywood et qui paraissent tellement authentiques. Ces fameux « wild geese » ont fait leurs débuts ensemble puis ont connu des fortunes diverses, tous sauf Billy quittant la police, tout en gardant les liens de fraternité qui étaient les leurs deux décennies plus tôt. Pareillement de nombreuses scènes nous rappellent l’univers apocalyptique de « 911 » de Shannon Burke.

The Whites dénonce de façon flagrante les failles du système judiciaire américain et le manque de moyens offert à la police permettant ainsi à des assassins de couler des jours tranquilles entre Hudson et East river et rendant amers ou fous les proches des victimes.

Alors, si c’est un fait que le roman traite du vigilantisme, on ne peut résumer « the Whites » à cela car, comme à chacun de ses romans Price nous pousse à la réflexion par l’étude psychologique de ses principaux personnages et ici, tout spécialement des flics. Dans tous les romans de Price, il y a des passages, des situations, des actes que vous ne pouvez agréer mais qu’il vous est aussi bien difficile de condamner. Par la qualité de son écriture, Price nous décrit des peines bien ordinaires, toutes banales mais écrites avec amour, compassion pour les victimes de ces drames, de ces peines qu’il nous fait partager pour nous interroger sur ce que nous ferions dans la même situation, le même marasme, le même désespoir.

Alors rien de spectaculaire dans les péripéties du roman, non, juste une plume magnifiquement humaine et très talentueuse au service d’une enquête de haut vol. Un maître!

Wollanup.

 

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