Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : megan abbott

PRENDS MA MAIN de Megan Abbott / Le masque.

Traduction: Jean Esch.

La force d’un roman noir se situe en général dans la force de ses personnages. Dans “Prends ma main”, Megan Abbott choisit de nous raconter l’histoire de Kit et Diane.

Ce sont deux jeunes femmes qui se sont connues, adolescentes, au lycée. Deux bonnes élèves, très bonnes même, que l’amour du travail et de la chimie a rapprochées. Chacune puise dans l’autre la force nécessaire pour se surpasser, être la meilleure, la plus aimée.

Kit est une jeune fille qui vit seule avec sa mère, son père ayant fui le domicile conjugal. Elle aime profondément sa mère mais elle n’a qu’un seul but, quitter cette petite ville provinciale, découvrir de nouveaux horizons, vivre.

Diane, elle, est une jeune fille de bonne famille. Son père est décédé, sa mère a refait sa vie et elle s’est installée  de l’autre côté du pays. Elle vit donc avec son grand-père, dans une immense demeure. Mais elle est seule, mystérieuse, ne se lie pas facilement aux autres. Elle cache un lourd secret qu’elle décide de révéler un soir à sa seule amie Kit.

Ce secret est l’ombre du roman, nous savons qu’il existe mais nous n’en connaissons  pas la teneur jusqu’à la moitié du roman. La révélation de ce secret signe la fin de cette amitié pour les deux jeunes filles.

Des années plus tard, elles se retrouvent pour travailler ensemble dans le même laboratoire de recherches. Et ce secret enfoui refait surface. Elles postulent toute les deux au même poste dans une unité de recherche. Kit va-t-elle se servir de ce secret pour gagner la partie ?

C’est l’histoire, d’une amitié, de la vie des femmes et de ce qu’elles doivent sacrifier pour réussir, de l’ambition et de ce que celle-ci demande comme sacrifice pour être atteinte. Malheureusement, je n’ai pas réussi à aimer ces personnages. Kit est fatigante, éternelle insatisfaite, qui se plaint beaucoup, mais ne fait pas grand-chose, au fond, pour sortir de son état semi-dépressif.

Diane, quant à elle, est froide, austère, sinistre. Elle n’a pas d’amie mais ne fait pas grand-chose pour que les gens l’apprécient. Rien ne doit l’arrêter ou la freiner pour arriver à atteindre ses objectifs.

Megan Abbott a voulu donner une place particulière aux femmes dans ce roman, ce sont elles qui sont combatives, fortes, qui doivent se surpasser pour réussir, et non les hommes. Mais j’ai trouvé que pour appuyer sa démonstration, elles manquent chacune de charisme, de profondeur.

Les personnages sont assez lisses et stéréotypés, trop, pour montrer que la place des femmes est plus difficile que celle des hommes dans notre société. Je n’ai malheureusement pas réussi à passer ce cap, et suis restée sur ma faim.

Décevant

Marie-Laure.

AVANT QUE TOUT SE BRISE de Megan Abbott aux éditions du Masque

Traduction : Jean Esch.

Megan Abbott est une auteure américaine reconnue, elle a déjà écrit huit romans et a reçu le prix Edgar Allan Poe pour « Adieu Gloria » en 2008. « Avant que tout se brise » se situe dans l’univers peu connu des gymnastes.

« Elle a les épaules élancées, les hanches étroites et des yeux sombres qui transpirent une détermination presque glaçante. À quinze ans, Devon est le jeune espoir du club de gymnastique Belstars, l’étoile montante sur qui se posent tous les regards, celle qui suscite tour à tour l’admiration et l’envie. Quand on est les parents d’une enfant hors norme, impossible de glisser sur les rails d’une vie ordinaire. C’est du moins ce que pense Katie, la mère de Devon, qui se dévoue corps et âme à la réussite de sa fille, même si cela demande des sacrifices.

Lorsqu’un incident tragique au sein de leur communauté réveille les pires rumeurs et jalousies, Katie flaire le danger s’approcher de sa fille et sort les griffes. Rien ni personne ne doit déconcentrer sa fille ou entraver la route toute tracée pour elle. Mais les rumeurs ne sont pas toujours infondées… et les enfants rarement conscients des montagnes qu’on déplace pour eux. Reste à déterminer quel prix Katie est  prête à payer pour voir Devon atteindre le sommet. »

Megan Abbott s’attache à Katie, la mère de Devon, et c’est en la suivant qu’on va découvrir la vie de cette famille rythmée par la carrière de Devon : entraînements, compétitions, blessures… Devon ne comble pas des désirs frustrés de ses parents comme c’est le cas pour d’autres filles du club, aucun des deux ne s’intéressait à la gym dans leur enfance, mais il y a une grande part de culpabilité dans leur dévouement après un accident survenu dans la prime enfance de Devon. Puis la fierté, la joie d’avoir engendré un génie, un être exceptionnel dont les désirs et les besoins doivent être assouvis et sont si puissants qu’ils jugent les leurs ordinaires et banals. « C’étaient eux qui l’avaient faite. Et, d’une certaine façon, elle les avait faits. » Et focaliser sur cette enfant, se battre ensemble pour elle est aussi un moyen d’être toujours en phase pour le couple.

Devon est le moteur de sa famille mais aussi celui de son club et du groupe de supporters car sa réussite fait une pub énorme à Belstars. La gloire mais aussi des intérêts financiers sont en jeu. Megan Abbott décrit parfaitement ce monde étrange qui fait froid dans le dos : l’ascèse permanente, la puberté vécue comme une catastrophe par ces filles car leurs nouvelles formes les déstabilisent, les font régresser, les corps difformes à force d’être musclés… elles sacrifient tout à leur passion. Mais ce monde en vase clos leur suffit et tout leur semble naturel, personne n’a l’impression de dysfonctionner. Le haut niveau demande des sacrifices, engendre cette population de parents obnubilés, d’enfants conditionnés, tournés uniquement vers leur réussite peu vers les autres qui constituent potentiellement de dangereux adversaires : l’empathie ne les étouffent pas, l’ambition, oui.

La mort tragique d’un employé du club va tout faire voler en éclat. Les rancœurs et les jalousies vont éclater au grand jour au club, univers pourtant extrêmement policé et dans la famille, des failles énormes vont apparaître. Megan Abbott maîtrise son récit et réussit à nous entraîner dans cette histoire par la justesse psychologique de ses personnages, surtout Katie, la mère, qu’on voit assister à l’écroulement de son monde, se battre et se débattre contre des doutes atroces et se lancer dans une quête de vérité qui laissera le lecteur pantois.

Un roman noir au suspense haletant dans un monde glaçant.

Raccoon

LES OMBRES DE CANYON ARMS de Megan Abbott / Ombres Noires.

les ombres

Ombres Noires, en plus d’éditer de bons romans policiers a pris l’initiative de sortir des novellas d’auteurs anglo-saxons connus et reconnus pour leur talent comme Thomas H. Cook, Jeffery Deaver, John Connolly…

Les novellas s’avèrent parfois frustrantes par leur brièveté, par contre, elles sont idéales pour découvrir à moindre frais et par soi-même l’écriture et l’univers d’un auteur et c’est ce que réussit parfaitement « les ombres de canyon Arms » de la talentueuse Megan Abbott qui d’ailleurs explicite son propos d’écrivain dans un entretien en fin d’ouvrage.

« 1953. Penny Smith débarque à Hollywood, des rêves de gloire plein la tête. Entre promesses de contrats et premiers rôles bidons, elle déchante rapidement et devient maquilleuse pour un studio. À Canyon Arms elle découvre le bungalow de ses rêves, s’y installe malgré les étranges rumeurs dont lui parlent ses voisins. Mais la mémoire du lieu refait surface lorsqu’elle découvre un étrange message laissé sur le mur de la cuisine par l’ancien locataire. »

Une partie de l’univers de Megan Abbott est bien présent dans ces lignes et entre-elles. Une héroïne en tailleur et hauts talons, des rêves de stars déchus, une existence que la triste réalité ronge, l’âge qui fait faiblir la beauté ou tout du moins la rend moins visible sous les néons cruels du Hollywood d’un certain âge d’or où tant de jeunes filles se sont brisées, exploitées par des producteurs ou agents animés par un désir de sexe facile, les pourris éternels décrits dans tant de romans sur ce monde bien pervers et dégueulasse;

On découvre Betty au moment où débute pour elle la fin du rêve et le début de la glissade vers l’anonymat et l’échec si cuisant, le moment où elle comprend que ces amants qui pouvaient aider sa carrière, dont elle pensait bien abuser pour grimper, ont gagné contre elle comme avec tant d’autres, qu’elle n’ est une oie blanche de plus.

Et pour son plus grand malheur, elle occupe un logement où s’est déroulée une tragédie du monde faux et puant de l’industrie hollywoodienne, la mort tragique d’un libraire épris des stars qui s’est brûlé les ailes à trop s’approcher de ce miroir aux alouettes. Petit à petit, elle cogite, découvre des indices, s’imagine, voit, soupçonne…

Touchant et désabusé.

Wollanup.

 

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