Chroniques noires et partisanes

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DÉLICIEUSE de Marie Neuser / Fleuve.

Un couple, Martha et Raph,  avec un enfant, ils se connaissent et construisent leur vie  depuis 20 ans, une vie de famille harmonieuse et tranquille. Soudain, tout bascule, un dimanche soir. Le mari, annonce à sa femme qu’il a rencontré quelqu’un d’autre, qu’il est amoureux, qu’il veut quitter le cocon familial pour vivre sa nouvelle vie avec sa nouvelle compagne. Pour Martha Delombre, c’est le choc, comment est-ce possible, comment a-t-il pu la tromper, comment peut-il l’abandonner ?

Après plusieurs nuits sans dormir, et à devoir reprendre sa vie, elle choisit de tout raconter dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux. De l’annonce de ce cataclysme pour elle, à la fin de sa vengeance. Car il s’agit bien d’une vengeance, celle d’une femme bafouée, malheureuse, qui est confrontée à la chute de tout ce en quoi elle croyait : sa vie, son couple, son amour.

Elle travaille comme psychologue criminelle, ainsi, elle a l’habitude d’entendre les pires confessions dont la nature humaine est capable. Mais ces monstres qu’elle interroge sont-ils vraiment des monstres ? Comment basculent-ils vers ces horreurs ? Il ne s’agit en fait que d’hommes et de femmes qui se sont laissés emporter par leur souffrance, qui ont craqué. Cela peut-il lui arriver à elle ? Peut-elle  tout envoyer balader pour essayer de faire ressentir à Raph cette même douleur, ce désespoir, celui du rejet et de l’abandon. Le temps n’arrange rien, la blessure ne fait que grandir en elle, jusqu’à prendre toute la place.

Marie Neuser a choisi de nous raconter cette histoire à la première personne : nous assistons, nous aussi, à la confession de Martha, comme des milliers de gens ont pu la voir sur les réseaux sociaux. C’est bien la force du roman, cela permet de rendre les actes de Martha plus humain, plus compréhensifs.

L’écriture est fluide, belle, on tourne les pages, on avance dans la confession, sans vraiment s’en apercevoir. Malheureusement, je n’ai pas réussi à véritablement rentrer dans le livre, je me suis essoufflée. Dès les premières pages, on imagine assez facilement le cheminement du livre jusqu’à sa fin qui ne m’a pas surprise. La confession de Martha s’apparente à la complainte d’une femme, et cela dure 450 pages, je dois avouer que j’ai trouvé cela assez long. Mais peut-être est-ce dû à mon manque d’empathie, de compassion pour une histoire somme toute assez courante : un homme qui quitte sa femme et son foyer pour une autre, plus jeune.

Marie-Laure.

 

PRENDRE GLORIA de Marie Neuser chez Fleuve noir

 

Marie Neuser revient avec un deuxième opus consacré au tueur coupeur de cheveux, roman inspiré de l’histoire vraie d’un psychopathe qui a sévi en Italie et en Angleterre et dont la traque a duré de 1993 à 2011 avant d’aboutir. « Prendre Gloria » complète « Prendre Lily », partie anglaise de la chasse de cet homme abject, tellement gluant qu’il glissait entre les mailles des filets tendus par la police, pourtant convaincue de sa culpabilité. Dans ce deuxième tome, qui chronologiquement commence avant, on a le récit de la partie italienne de la vie de ce tueur bien né, malheureusement pour ses futures victimes, et la genèse de sa monstruosité et de son impunité.

 
« Dans la commune italienne de P., on sauve les apparences. Et surtout le dimanche. Le 12 septembre 1993 a dérogé à la règle.
Ce jour-là, Gloria Prats quitte son amie Elena pour honorer un rendez-vous. Elle franchit le perron de l’église de la Miséricorde. Un rendez-vous furtif, pas plus de quelques minutes.
Le 12 septembre 1993, les minutes deviennent des heures. Gloria ne ressort pas.
Une fugue, à coup sûr. Ou un coup de ce petit Albanais trop discret pour être honnête. Tout, mais pas le principal suspect, protagoniste numéro 2 du rendez-vous : Damiano Solivo. »

 
L’épigraphe du livre est claire « Io so. Ma non ho le prove » : Je sais tout. Mais je n’ai aucune preuve. Ici, la recherche du coupable n’est pas le propos, on sait qui est le coupable et pire : tout le monde le sait ! Pourtant, Marie Neuser parvient à nous tenir en haleine pendant tout le bouquin.
Par une construction habile, tantôt narratrice, tantôt faisant s’exprimer les personnages, elle démonte et nous donne à voir les mécanismes qui se sont mis en branle dès le soir de la disparition de Gloria pour sauver ce monstre né dans une « bonne famille », une famille qu’il ne faut pas contrarier. Contrarier certaines personnes peut s’avérer dangereux sur ces terres de mafia…

 
Les Solivo ont le bras long, tentaculaire même et c’est hallucinant de voir jusqu’où peuvent aller des puissants pour protéger leur rejeton et surtout leur nom car même le père Solivo considère son fils comme un raté, un bon à rien, un idiot pourri gâté par sa mère (ben oui, il faut bien un coupable et Solivo père, bourgeois imbu de lui-même et de sa réussite n’envisage même pas la moindre responsabilité de sa part). Peu importe que des innocents soient broyés dans cette machination.

 
Ca fait froid dans le dos ! Cette histoire de seigneurs tout puissants ne date pas du moyen-âge…

 
Les menaces, les intimidations remontent très haut et très rapidement, les flics se heurtent à un mur infranchissable de silence, de mensonge et de corruption… L’enquête est sciemment dirigée vers des innocents qui auront des ennuis puisqu’il faut bien enquêter !

 
Le suspense est là, dans l’assemblage de ce puzzle : corruption, arrangements entre amis, intimidation, accidents providentiels… Les pièces s’emboîtent parfaitement et on comprend comment de braves gens en viennent à se taire et à protéger d’ignobles pourris : les menaces sont réelles, concrètes et on n’a qu’une vie… La vérité peut s’avérer mortelle en Italie. Si la famille de Gloria n’avait pas été aussi têtue, acharnée puis soutenue par une journaliste intrépide…

 
Marie Neuser nous dresse un tableau très noir de la société italienne : corruption à tous les niveaux plus… l’église ! L’église, omniprésente dans ces terres catholiques par excellence, impliquée sans remise en question dans toutes les étapes de la vie des gens (du baptême à l’extrême onction en passant par les activités extra-scolaires) est totalement pourrie elle aussi ! Et complètement impliquée dans cette affaire bien entendu ! En collusion totale et active avec la mafia car elle aussi a de lourds et sombres secrets à cacher. Les petits arrangements avec la morale et l’honnêteté satisfont tout le monde ou presque pourvu qu’il n’y ait pas de vagues ! Un portrait vraiment glaçant de l’Italie !

 
Un livre passionnant mais effrayant !

 
Raccoon

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