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Chroniques noires et partisanes

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BARBÈS TRILOGIE de Marc Villard / Série Noire / Gallimard.

Paris est une défaite et Barbès ses fourches caudines. Certes. Haut lieu du commerce parallèle et des trafics en tout genre, ce n’est rien de dire que ce nord fiévreux de Paris se traîne une réputation à fuir, souvent boursouflée, parfois justifiée. Sans en rajouter ni dans l’angélisme béat ni dans le misérabilisme nocif, l’endroit est un monde à part, avec ses arrangements et ses codes flous. Un terrain de jeu en or, comme la Goutte du même nom, pour un exégète de talent, pour charpenter d’habiles trames noires à la sauce Paname plus aigre que douce. Et le plus fort sur ce terrain chaotique est sans le moindre doute Marc Villard.

On ne compte plus le nombre de romans et nouvelles dont il a puisé la sève entre Rochechouart et la porte de Clignancourt (en poussant jusqu’aux Puces de Saint-Ouen, comme l’an passé avec Les Biffins, publié chez Joëlle Losfeld). Mais, loin des miroirs déformants pour touristes en mal de sensations fortes ou bonimenteurs d’extrême droite, Marc Villard dresse d’autres constats, sombres bien sûr, mais surtout poétiques et visuels. L’homme est une plume d’exception, mais c’est aussi un œil, tout aussi acéré. Aussi proche de David Goodis que de Robert Doisneau, il dépave à la barre à mine des ruelles lugubres pour y cultiver sa poésie du trottoir et ses tranches de vie alternatives. Comme des galeries de portraits à vif, ses livres cumulent les plans serrés sur des seconds rôles en déshérence et sur des personnages principaux guère mieux lotis. Parmi ceux-ci, Jacques Tramson, éducateur de rue de son (piteux) état, endossa le treillis du héros en charpie à trois reprises, pour les romans Rebelles de la nuit (Le Mascaret, 1987), La Porte de derrière (Série Noire, 1993) et Quand la ville mord (La Branche/Suite noire, 2006, porté à l’écran en 2009 par Dominique Cabrera pour Arte). C’est la réédition de ces trois ouvrages en un seul volume qui cristallise cette Barbès Trilogie parfaitement homogène et cohérente. Entre destins qui dérapent et systèmes D qui chavirent, le soleil a bien du mal à percer, mais l’écriture de Marc Villard illumine mieux qu’un réverbère de la rue Myrha ces pages où la drogue est sanglante et le sang rarement lavé de toute trace suspecte.

On s’inquiète pour Fred, Sophie, Melissa, Lomshi, Farida, Sara et tous les autres, ces gosses dont Tramson, tel un joueur de curling, aimerait balayer le chemin et adoucir le parcours. Rien n’y fait. Tout le monde finit dans le mur et les mots élancés de l’auteur ne peuvent pas grand-chose pour eux. Marc Villard n’est d’ailleurs pas un donneur de leçons ou un redresseur de tort. C’est un conteur, spectateur d’un monde dont les rouages coincent, et capable comme personne de se porter au chevet des victimes collatérales pour faire d’elles les étoiles filantes d’une autre Comédie humaine

JLM


LES BIFFINS de Marc Villard / Editions Joëlle Losfeld.

Marc Villard écrit à l’oreille. Bien que catalogué auteur issu du néo polar, communiquer une idée est moins important pour lui que produire la musique qu’il attend. Mais ne dites pas à Marc Villard qu’il n’y a pas d’intrigue dans ses récits.

Dans les Biffins, on retrouve la fille de Bird, Cécile, qui travaille toujours au samu social. Un incendie d’un hôtel type marchand de sommeil et un crime d’un SDF la pousse à changer d’air et à travailler pour les biffins au nord de Paris. Mais ce crime la rattrapera. Dans cette novella, on traversera le tout Paris des déshérités. On retrouvera même un clochard qui se nomme Bernard. Je ne sais où Marc Villard va chercher cela. Mais surtout et c’est le plus important pour moi, on prendra le temps de lire la poésie beatnik du maître de la nouvelle noire. On la repassera en boucle sur le tourne disque comme un morceau de jazz dont on cherche à connaître le secret.

« Boulevard du Montparnasse traînées rouges sur l’asphalte, premiers coursiers en dérapages contrôlés, putes asiatiques aux chaussettes fines grimpant au-dessus du genou et ça n’est pas érotique, pisseur de parking beuglant la Marseillaise. »

Chez Marc Villard, il n’y pas de longue exposition, pas de faux thriller avec des rebondissements sans fin. Juste de la littérature urbaine sans cadeau mais avec une certaine humanité néanmoins.

BST.

 

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