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Chroniques noires et partisanes

Étiquette : l’ouest le vrai

LES FURIES de Niven Busch / Actes sud / L’ ouest le vrai.

Traduction: José André Lacour et Gilles Dantin.

18e titre publié dans la collection « L’Ouest, le vrai », Les furies est, à l’origine, un roman paru en 1948. Son auteur, Niven Busch, est un écrivain et scénariste américain, à qui l’on doit les scénarios des westerns Le Cavalier du désert (Wyler, 1940), La Vallée de la peur (Walsh, 1947), Les aventures du capitaine Wyatt (Walsh encore, 1951) ainsi que le roman à l’origine de Duel au soleil (Vidor, 1946). L’adaptation cinématographique des Furies (1950) a été faite par un des rois du genre, Anthony Mann, de façon fidèle et magistrale, selon Bertrand Tavernier.

1889. Dans le Territoire du Nouveau-Mexique, Temple Caddy Jeffords est un riche propriétaire terrien régnant comme bon lui semble sur un immense domaine. Sa fille Vance, plus que ses deux fils qu’il juge moins aptes, est destinée à hériter de la propriété. Cruellement, le père écarte tout autre destin possible pour sa fille. Un jour, il revient d’un voyage à San Francisco accompagné de Flo Burnett, sa première idylle sérieuse depuis son long veuvage. Flo s’installe au ranch et Jeffords la demande en mariage.

La future Mme Jeffords a des projets pour le domaine, de manière intéressée. Vance comprend qu’elle ne gérera plus l’entreprise familiale auprès de son père. Au cours d’une dispute Vance essaie de tuer Flo avec une paire de ciseaux. Elle ne parvint qu’à la défigurer. Elle s’enfuit du domaine, puis essaie de se construire une vie en se mariant. La vengeance du père la rattrape, il fait pendre son mari après lui avoir tendu un piège. Vance jure alors de se venger et intrigue pour déposséder son père fortement endetté et le jeter à bas de son piédestal, avec l’aide de Curley Darragh, son ancien amant, évincé par TC Jeffords.

Dans une collection de textes qui nous avaient habitués à la description de paysages puissants, à la pertinence d’éléments historiques et à un souffle épique, Les furies se démarquent. En effet, Niven Busch s’attarde un minimum sur ces aspects. Ils sont brossés de façon rapide mais judicieuse. Le Territoire du Nouveau-Mexique est à la fin des années 1880 une jeune extension des Etats-Unis. Quelques décennies de présence américaine se sont surimposées à des siècles de présence indienne, espagnole, mexicaine et ont surtout marginalisé les représentants de ces populations, victimes d’un racisme bon teint. Est venu le temps de ces barons fonciers sans scrupules qui se sont taillés la part du lion dans la vie et l’économie locales. C’est dans ce cadre que l’affrontement shakespearien, plein de drame, de désir et de sang, raconté par Niven Busch se place. Les furies sont trois personnages de femmes, auxquelles ce western fait la part belle. La mère, décédée, mais dont planent l’amertume et le sentiment de trahison. La prétendante, Flo Burnett, intelligente et déterminée, alors que l’âge vient lui rappeler qu’elle est sur le déclin, à tirer le meilleur profit de sa relation avec TC Jeffords, en écartant toute rivale. Et enfin et surtout, Vance, la fille, belle, rusée, faite de silex, d’un caractère propre à mener sa barque à tout prix dans un monde impitoyablement individualiste et masculin. Auprès de son père, elle apprend tout ce qu’il faut savoir pour conduire ses affaires et doubler ou écraser ses adversaires. TC Jeffords semble miser tout sur elle d’ailleurs. Mais cela a un prix. En patriarche autoritaire et brutal, il étouffe toute velléité de sa fille de contracter ce qu’il considère être une mésalliance. Aussi, quand Vance comprend que cet adoubement ne lui rapportera pas l’héritage qu’elle en attend, elle s’échappe. Quand la vengeance de son père la frappe, elle sombre dans la haine la plus tenace et élabore un plan pour détruire son père, dont l’aboutissement ne la privera ni de déception ni d’un sentiment de perte.

Perceptible dans d’autres titres auparavant, l’avènement de personnages féminins centraux s’impose dans les dernières publications de la collection « L’Ouest, le vrai ». Et Les furies marque bien un palier dans cette tendance. Un western colérique, de sentiments et de passions, habité par des personnages féminins complexes et forts.

Paotrsaout

CIEL ROUGE de Luke Short /Actes Sud/ collection « l’ouest,le vrai ».

Traduction:Arthur Lochmann.

Chez Actes sud, « l’ouest, le vrai » est une collection qui  s’adresse tout particulièrement aux vieux cowboys. Elle est dirigée de main de maître par Bertrand Tavernier à qui on doit une adaptation cinématographique réussie d’un roman de James Lee Burke « Dans la brume électrique avec les soldats confédérés »  et dont il raconte avec minutie le tournage dans « pas à pas dans la brume électrique » aux éditions Flammarion en 2009.                                                                          Cette collection forte d’une douzaine de sorties propose des romans sortis des greniers et de l’oubli, écrits à une époque où les romans westerns étaient particulièrement à la mode aux USA tout comme les films créés à la gloire de l’homme blanc triomphant.Si vous aimez ce théâtre et ces représentations de l’histoire des USA, vous trouverez ici sûrement votre bonheur.

Il n’est pas exclu non plus d’y trouver aussi l’écho  de thèmes d’actualité, des thématiques assez novatrices pour ce genre littéraire et une écriture particulièrement efficace comme ici.

« La cupidité oppose deux hommes, et la fille de l’un d’eux aime celui qui s’apprête à escroquer son père. Sur fond d’élevage de bétail et de répression d’Indiens croupissant dans des réserves dépourvues de bonnes terres, Luke Short compose un western efficace et exemplaire qui a été adapté par Robert Wise sous le même titre. Robert Mitchum et Barbara Bel Geddes tiennent les rôles principaux dans ce film, considéré comme l’un des meilleurs westerns noirs. »

La quatrième de couverture déjà vous indique clairement, et vous pouvez la croire, qu’on n’a pas affaire à un nanard, c’est du costaud dans les relations psychologiques tout comme dans les comportements des différents acteurs.

« Luke Short fait bifurquer le western vers le roman et le film noirs en tournant le dos à certaines péripéties, en mettant l’accent sur des sentiments troubles, un climat que ronge une violence sous-jacente. »

Quand le directeur de la collection y va de de quelques paragraphes dans une postface brillante et éclairante, le blogueur néophyte ou presque n’a plus qu’à s’effacer tant ses commentaires ne seront que verbiage et paraphrase  du discours de Bertrand Tavernier.

Signalons néanmoins que malgré son positionnement évident vers un Noir réaliste, « Ciel rouge » est avant tout un western avec tout le décorum qui est familier aux amateurs du genre et on y retrouve bien le thème archi éculé de la littérature américaine, la rédemption, dans un suspense qui se lit avec plaisir.

Plaisant.

Wollanup.

PS: la couverture est magnifique.

 

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