Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : les arènes (page 1 of 2)

LA LIGNE DE SANG de DOA et Stéphane DOUAY / Les Arènes BD.

« Lyon, automne 2003. Banal accident de la route à la Croix-Rousse. Les officiers de police Marc Launay et Priscille Mer se rendent sur les lieux. Un motard, Paul Grieux, est dans le coma. Aussitôt, la victime les intrigue.
Aucune adresse à son nom. Aucun proche à avertir. Et surtout son ex-compagne, Madeleine Castinel, a disparu ce soir-là et reste introuvable.
Commence alors une enquête troublante sur fond d’ésotérisme et de magie noire, qui va plonger les policiers dans l’horreur. »

Premier roman graphique de DOA, l’auteur de Pukhtu.

Pas aisé de chroniquer un roman graphique quand on n’ y connait pas grand chose, pas facile non plus de donner une impression objective tant on a déjà créé soi-même son décor et ses personnages au moment de la lecture, déjà très ancienne, du roman. Et pour ces deux raisons, je me garderai bien d’émettre le moindre commentaire et préfère vous laisser entre les mains de l’auteur le temps d’un petit moment d’élucidation qu’il a bien voulu nous accorder. Merci donc à DOA pour ce petit entretien et aussi à Stéphane Douay dont la qualité du travail se voyait déjà dans l’adaptation BD de « Les années rouge et noir » de Gérard Delteil.

1 – On vous imaginait en période d’écriture et vous revenez en librairie avec une adaptation graphique de votre premier roman “la ligne rouge”, quelle est l’origine de ce projet et pourquoi le choix s’est-il porté sur ce roman?

Je suis en période d’écriture. Et pour longtemps encore. Et si je peux me permettre deux petites corrections de rien du tout, le livre dont est adapté la BD porte le même titre, « La ligne de sang », et ce n’est pas mon premier mais mon deuxième roman.

L’idée remonte à l’année 2010, si je me souviens bien. A l’époque, j’ai été contacté par une jeune maison d’édition de BD, 12bis, qui souhaitait que je planche sur une histoire pour eux. Pour diverses raisons – notamment pour travailler avec David Sala, un de mes amis, auteur des couvertures de mes deux premiers livres et originaire comme moi de Lyon – j’ai proposé d’adapter « La ligne de sang ». Nous avions alors tous les deux envie de plancher sur une intrigue se déroulant dans notre ville et celle de ce roman semblait adéquate. J’ai écrit le script de la BD au printemps 2012, pendant que David finissait un autre travail. Et puis rien ne s’est passé comme prévu : 12bis a fait faillite, il a fallu récupérer les droits auprès des repreneurs du fonds, David n’a pas pu attendre et a quitté le projet, et celui-ci a été remisé aux archives de mon Mac. En 2014, Laurent Muller, un des fondateurs de 12bis, passé aux Arènes, a repris contact avec moi pour racheter les droits du scénario. Je ne voyais pas de raison de refuser de les lui céder à l’époque. Il a fallu deux ans pour que le travail commence véritablement. A ce moment-là, j’étais occupé ailleurs et je n’ai suivi la production de la BD que de loin. Voire de très loin après janvier 2018.

2 – Passe t-on aisément d’auteur à scénariste de roman graphique? Des invariants ou des différences?

Non, ce n’est pas simple. Il y a du texte et de l’image dans une BD, mais ce n’est ni un livre ni un film. Le truc, autant que j’ai pu le comprendre, consiste à découper selon une suite d’images pertinentes, dont chacune est elle-même une synthèse de l’action à un moment précis de l’intrigue et permet l’ellipse vers la synthèse suivante ; la BD, du point de vue du scénariste, m’est ainsi apparue comme l’art du choix des vides et des non-dits. Je me souviens qu’à l’époque cette première tentative de scénario de BD m’avait posé pas mal de problèmes. Je ne suis d’ailleurs pas certain de les avoir tous bien résolus. J’ai beaucoup taillé dans le roman, réorganisé des séquences pour en changer la chronologie, et simplifié des passages. Reste qu’en BD comme ailleurs, sans une bonne histoire et de bons personnages, on ne va pas loin. Même si c’est le dessin qui appâte, c’est le fond qui laisse une impression durable. Le fond est-il à la hauteur dans le cas de « La ligne de sang » ? Nous verrons.

3 – Pourquoi Douay pour illustrer votre histoire? Y a-t-il adéquation convaincante entre votre histoire et les personnages que vous avez créés et l’adaptation croquée par Douay? Doit-il exister une réelle complicité avec le dessinateur ?

Stéphane Douay a été suggéré par l’éditeur de la BD et lorsque ce dernier m’a présenté les précédents travaux de Stéphane, j’ai trouvé qu’ils allaient plutôt bien avec l’ambiance noir/polar du roman d’origine. Je m’en suis donc remis à son choix.

4 – Est-ce un “one shot” ou a-t-on des chances de vous retrouver dans d’autres aventures similaires issues de votre bibliographie?

A ce stade, j’ai quelques idées mais qui ne sont pas très concrètes, je vais donc les garder pour moi.

5 – Quand retrouvera-t-on du DOA inédit en librairie?

Le jour où il sera prêt à y revenir et lui-même ne sait pas quand ce jour arrivera (et va par ailleurs immédiatement cesser de parler de lui à la troisième personne, c’est nul).

propos recueillis par Wollanup, le 16 mai 2019.


GLORY HOLE de Frédéric Jaccaud / EquinoX / Les Arènes.

Frédéric Jaccaud, romancier et nouvelliste suisse, n’est pas un inconnu chez Nyctalopes. Son précédent roman, Exil, a fait l’objet d’une chronique par Wollanup, qui saluait alors l’intransigeance de l’auteur, en le rapprochant d’un de ses contemporains, national celui-là : « tout comme Chainas, F. Jaccaud ne cherche pas à plaire, à être dans l’air du temps, d’écrire les romans qui plairont au plus grand nombre. Tout comme les romans de Chainas, ceux de Jaccaud se méritent et s’ils offrent un plaisir certain au fan, celui-ci s’obtient au prix d’une lecture qui peut parfois heurter, désarçonner, provoquer mais jamais ennuyer ou laisser indifférent. » En se plongeant dans ce cinquième roman, irrigué par un liquide organique glacial, on ne peut qu’approuver.

Début des années 1980, dans une petite ville portuaire française, peut-être baignée par les eaux grises de la Manche, Jean et Michel vivotent dans une petite délinquance, sans avenir. Leur amitié tortue est ancienne, elle remonte à l’orphelinat. Treize ans auparavant, ils se sont liés et se sont promis de ne jamais se quitter. Claire aussi était du serment. Mais elle a disparu. Ne reste d’elle que les photos qui maculent les revues et jaquettes de VHS porno arrivées d’outre-Atlantique. Ils n’ont pas oublié et veulent comprendre. Un braquage foireux les pousse à fuir, ils s’envolent pour Los Angeles, épicentre d’une nouvelle industrie qui part à la conquête du monde, le X. La ville brille et glace en même temps. Entre miséreux prêts à tout pour s’en sortir et riches anesthésiés par le cynisme et les drogues, Jean et Michel doivent avancer dans ce cloaque californien pour mener à bien une quête dont l’issue sera douloureuse pour tous.

Dès les premières lignes, on sait que l’auteur manie le scalpel, sous lumière crue et sans anesthésie. Il dissèque ce quelque chose qui ne marche pas droit et qui ne peut pas aller loin, coincé entre les falaises, pas loin de l’asphyxie, chez Jean et Michel, le beau et la brute, l’un qui tire et l’autre qui se laisse tracter. Jean a une fille sur le trottoir, deale, se crame la tête, se bagarre et se débat. Michel accompagne, suit et essaie en plus de vivre tant bien que mal une vie de couple. Ni l’un ni l’autre ne se satisfait vraiment de ce qu’il vit. Leur amitié a tout du poids mort, d’autant qu’elle a perdu une de ses roulettes, Claire. Dans leur tête à tous les deux, un obsédant jeu de tarot, illustré par des rêves de gosses, la nostalgie d’un élan physique, le mystère de la disparition de Claire et le vernis des photos porno.

Déjà peu enviable en France, la vie du duo, arrivé en Californie, ne sera pas reluisante. Au moins vont-ils pouvoir approcher pas à pas des milieux plus aisés, d’une terrifiante vacuité morale, pris dans un tourbillon hédoniste morbide, entre drogues et sexe. Des portes s’ouvrent vers l’univers du porno. Rien d’étonnant, ce qui fait exister la nouvelle industrie du X, c’est le fric. Elle n’est qu’un des derniers avatars en date d’un système économique qui use de cruauté et essore les humains contraints de s’y asservir. Frédéric Jaccaud ne manque ni de background  documentaire ou philosophique ni de références (JG Ballard, George Bataille…). C’est pourtant quand elles apparaissent de façon trop évidente pour contribuer à une analyse ou une contextualisation que nous avons moins envie de le suivre. L’immersion grandissante des deux comparses dans les tournages révèle assez de saloperie glaçante. Jean, pourtant leader au départ, va perdre pied et Michel, étonnamment, relever le défi avec plus d’accomplissement. Mais il y a un prix à payer pour une vérité qui lamine le désir, l’amour et l’amitié.

« Sur la pochette d’une VHS, on les compare au couple burlesque formé par Bud Spencer et Terence Hill. Le corps esthétique de Jean se fait malmener par la caricature de son compagnon. Le rôle ingrat de Michel, brut, balourd,  un peu idiot, se mue en catharsis pour une population masculine frustrée qui trouve une vengeance fictive dans les scènes où la disgrâce l’emporte sur l’élégance.

À présent Jean reproche à son ami d’avoir le beau rôle. Michel ne veut pas en parler. Il lui rappelle qu’ils ne sont pas véritablement acteurs. Il s’agit de retrouver Claire. Tout cela n’est qu’un moyen, pas une fin.

Jean ne l’entend pas.

En plus, tu y prends du plaisir.

Il faut avouer pour Michel, interdit, vexé, blessé, qui refuse d’admettre qu’il ne subit plus autant de déplaisir en jouant devant la caméra. Toutes les tensions accumulées de son enfance, jusqu’au crime irréparable, ce destin qui ne cesse de s’acharner, tout cela s’amenuise lorsqu’il entend la voix du réalisateur, cette voix qui lui ordonne chacun de ses mouvements, ordonne cette autre vie, futile et ridicule, qui tiendra sur une pellicule de quelques mètres. À cet instant, il n’est pas meilleur, pas pire que tous ces hommes nus et déchus, ahanant sur des corps inconnus, noyés dans les odeurs crues et les cris simulés, sous l’œil inquisiteur de l’objectif, sous le regard indifférent des techniciens. Lorsqu’il surprend le reflet de son anatomie dans l’un des miroirs installés autour de lui afin de faciliter le travail du caméraman, il éprouve enfin cette honte redoutée, retrouvant dans la souffrance morale la sensation d’exister. »

Une descente dans une vallée infernale, plus érosive qu’érogène.

Paotrsaout


CHERRY de Nico Walker / EquinoX / les Arènes.

Traduction: Nicolas Richard.

Cherry (la cerise) désigne dans l’argot des militaires américains d’aujourd’hui, la nouvelle recrue, le bleu-bite. L’expression est aussi à connotation sexuelle car, en américain, quand on perd sa virginité ou son pucelage on perd sa « cerise » (to lose one’s cherry). Bleu-bite, le personnage principal du premier roman de Nico Walker (inspiré par sa trajectoire personnelle) l’a été, pendant les premiers mois de son engagement sous l’uniforme, balancé en Irak. Branleur, jean-foutre, désespérant propre-à-rien sous opioïdes, il l’a été également, avant, pendant et après ce passage dans l’armée. Nico Walker purge une peine de prison depuis 2012 et devrait être libéré en 2020. On obtient un aperçu de l’état de l’Amérique quand les maisons d’édition en viennent à « tirer » du système carcéral des types avec autant de talent pour la plume (que pour autre chose de bien pire) : il y a quelques semaines à peine, Nyctalopes chroniquait L’Hôtel des barreaux gris de Curtis Dawkins, lui-même emprisonné à perpétuité.

Cleveland, Ohio, 2003. Le narrateur, issu de la middle-class, entame sa première année à la fac. Bien vite, sa vie se met à ressembler à une dérive : glander, se défoncer, baiser, tomber amoureux occupent la plupart de son temps. Quand il rencontre Emily, c’est le coup de foudre. Quand il croit l’avoir perdue, il s’engage dans l’armée par ennui et bravade. Assistant médical de terrain, il est envoyé en Irak et découvre pendant une année l’horreur et l’absurdité de la guerre : la routine, l’abrutissement, le sang, les flammes, les antidouleurs, les compresses, la trouille, la violence à l’état brut, de part et d’autre. A son retour, c’est un homme malade, il souffre de troubles post-traumatiques. Il retrouve Emily qui a elle aussi commencé à tâter de la seringue. Le jeune couple se laisse aspirer dans le siphon d’opiomanie qui tire vers le bas tout un pan de la société américaine. L’addiction s’aggrave, les finances s’évaporent. Pour continuer à dépenser les sommes faramineuses nécessaires aux toxicomanes, le dos au mur, il se met à braquer des banques.

Cherry réussit en premier lieu la gageure de rendre un véritable trou du cul attachant. Le narrateur, celui de la vie civile en tout cas, nous englue dans sa naïveté morose, son indolence, son sentimentalisme, son inclination à baigner dans la vacuité. Si on était un vieux con, on lui collerait les épaules contre les épaules, hurlerait quelque chose comme « non mais tu vas arrêter tes conneries ! » et peut-être le ferait-on saigner du nez. Si on était un vieux con avec du cœur, on le prendrait dans ses bras et se mettrait à chialer aussi « quand est-ce que tu vas arrêter tes conneries ? » Mais il y a quelque chose qui force le respect, c’est l’honnêteté brute, la vérité, du propos. Ce cœur brisé, cette âme pleine d’espoir malgré tout, nous parle et nous touche.

Son expérience sous les drapeaux et sur le théâtre d’opérations irakien constitue un indéniable temps fort du roman. On est là au plus proche de ce qu’a lui-même vécu Nico Walker. Il n’est pas le premier à relater ce genre d’histoires. En fiction ou non-fiction, d’autres anciens soldats ont publié des textes superbes, forts. Mais la lucidité de  Nico Walker sur l’armée et la guerre embroche l’amas de propagande qui les entoure. Ses anecdotes chaotiques (porno et drogues, actes de cruauté et de bienveillance, heures d’ennui transpercées de pics de terreur) ont une résonnance toute particulière et véhiculent le désordre de la mission américaine et ses effets délétères sur les jeunes gens chargés de la mener.

Le retour au pays est une spirale descendante. Les prises de drogue, les deals, l’infernale et stérile bavasserie des toxicos dominent et donnent l’impression d’une course sur place. Les anecdotes similaires s’accumulent, comme une leçon répétée encore et encore à quelqu’un qui la comprend mais ne peut rien changer. L’enfer personnel du narrateur est aussi celui de toute une société. Les opioïdes sont aujourd’hui un fléau national aux Etat-Unis. Démarrée avec la surprescription de médicaments anti-douleurs (comme l’Oxycontin), la crise s’est intensifiée avec l’afflux d’héroïne à bas prix et d’opioïdes synthétiques fournis par des cartels. Le roman de Nico Walker est un des premiers à éveiller la conscience sur cette catastrophe humaine et sociale.

Salué par la presse et des grands noms de la littérature américaine contemporaine (Donald Ray Pollock, Thomas McGuane, Dan Chaon…) Cherry est une fiction portée, transportée même, par une vérité brutale, sans une once d’apitoiement. Elle nous parle d’un carnage américain, celui d’une jeunesse amochée par la guerre, la morosité et l’anéantissement dans la drogue, avec une authenticité terrifiante.

« Après avoir reçu un e-mail qui me brisait le cœur,  ce que je faisais typiquement, c’était boire un café et fumer des cigarettes. S’il y avait une partie de cartes en cours, je jouais et perdais un peu d’argent. Dans l’ensemble, je n’avais pas de veine aux cartes. Mais tôt le matin, la plupart du temps, il n’y avait pas de partie de cartes. Souvent il n’y avait rien d’intéressant à lire. Tout le monde dormait.  Alors ce que je faisais, c’est que je regardais le catalogue Ikea. J’avais copié-collé plein de trucs sur le mobilier Ikea dans un document Word, et je regardais ça en pensant aux meubles qu’Emily et moi achèterions quand nous habiterions ensemble. Je me disais que si je revenais vivant de ce truc en Irak et que je mettais de l’argent de côté, ça nous suffirait pour que nous nous lancions ensemble dans la vie. Nous aurions des économies, elle serait diplômée,  je pourrais entreprendre des études et ça irait parce que ce ne serait pas juste un truc qui me serait tombé dans le bec. Il faudrait que je sois futé comme Emily. Et elle deviendrait quelqu’un et je deviendrais quelqu’un, bibliothécaire peut-être, et nous aurions assez d’argent, nous serions classe moyenne, nous ne manquerions de rien, nous ne dépendrions de personne., aucun vieux salopard ayant voté pour les guerres ne pourrait rien me dire parce que j’aurais fait ce qu’ils avaient voulu. Donc je fumais des Miami, je buvais du café, j’étais sur les nerfs après avoir été en mission toute la nuit, à me vautrer dans les champs autour de la base. En vrai, je ne regardais pas beaucoup de porno, vous savez. Bon d’accord, j’en regardais un peu, j’avais vu quelques épisodes de La camionnette de la baise et tout ça, mais dans l’ensemble je n’en matais pas tant que ça. Ça me donnait l’impression de tromper Emily. Et quand je me branlais dans les chiottes portables, je ne pensais pas à d’autres nanas. Je n’en ai pas honte. J’essayais d’être un mec bien. »

Paotrsaout


PARADIGMA de Pia Petersen / EquinoX / les arènes.

Pia Petersen est danoise, vit entre paris et L.A. et écrit en français rendant, par sa vraiment très belle plume, un grand hommage à la langue de Hugo. Elle fait ici son apparition dans le catalogue de la collection EquinoX et c’est tout sauf une surprise tant le propos développé dans cette très belle fable correspond à ce qu’ Aurélien Masson affectionne tant dans ses productions, la petite lueur dans l’obscurité, la fleur qui éclot dans la décharge, la littérature de lutte, des utopies nécessaires, salvatrices qui donnent peut-être bonne conscience diront certains mais qui permettent aussi à d’autres de tenir encore debout ou de se lever et de lever le poing. L’an dernier dans un court brulot, “un feu dans la plaine”, Thomas Sands avait montré la voie et Pia Petersen cette année la magnifie, la densifie, la rend accessible, identifiable dans ce beau roman très développé, étayé par les recherches, les théories et les écrits de Thomas Kuhn sur le paradigme scientifique, Joël de Rosnay, Malcolm Fereyabend, Malcolm X…tout en montrant de très beaux personnages, héros ordinaires et lanceurs d’alerte.

« Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement.
Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique.
Tout est parti de Luna.
Mais qui est Luna ?
Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main. »

Certains feront certainement le rapprochement avec le mouvement social qui secoue la France depuis quelques mois mettant à jour quelques décennies de foutage de gueule orchestrées par nos dirigeants et autres bouffons penseurs dominants et banquiers mais je m’en garderai bien, ne voulant pas comparer les difficultés d’une grande partie de la population française et le marasme et la déchéance vécus par les déchus de la cité des Anges sur leur bout de trottoir matant leur bout de caniveau comme seul avenir possible.

Une rumeur de marche vers Hollywood relayée par des blogs et quelques personnes “people who care” et “En marche” vers l’affrontement, le mur, l’apocalypse prévisible.”Paradigma » est un très beau roman, douloureux, une fable admirable qui, normalement, vous troublera, vous interrogera.

L’étoffe des romans qui comptent, bravo et merci.

“Il fut un temps où la pauvreté n’était pas considérée comme un crime. Réfléchissez, tous…”

Wollanup.


LA VAGUE d’Ingrid Astier / EquinoX / les Arènes.

“Sur la presqu’île de Tahiti, la fin de la route est le début de tous les possibles. Chacun vient y chercher l’aventure. Pour les plus téméraires, elle porte le nom de Teahupo’o, la plus belle vague du monde. La plus dangereuse aussi. Hiro est le surfeur légendaire de La Vague. Après sept ans d’absence, sa sœur Moea retrouve leur vallée luxuriante. Et Birdy, un ancien champion de surf brisé par le récif. Arrive Taj, un Hawaïen sous ice, qui pense que tout lui appartient. Mais on ne touche pas impunément au paradis. Bienvenue en enfer. Ici c’est Teahupo’o, le mur de crânes.”

Ingrid Astier a quitté les toits de Paris et l’hexagone de son précédent roman “Haute voltige” pour un autre sommet dans le Pacifique et un coin de l’île de Tahiti, au bout d’une route emmenant à l’ Everest des surfers de Polynésie et du monde entier, la vague Teahupo’o formée dans l’ Antarctique et qui finit sa vie sur le rivage tahitien.

Dans ce petit paradis naturel, à l’abri de la déliquescence de l’île, une petite communauté d’amis vit en tentant de rester proche de la nature. Ingrid Astier montre ce hâvre de paix et d’harmonie avec les éléments dans une île dont l’actualité et l’histoire contemporaine “colonisée” montrent le contraire du tableau enchanteur communément admis . Tous les romans d’Ingrid Astier sont très documentés et le fruit, à chaque fois, d’une observation , d’une étude fine de l’objet littéraire. Celui-ci ne fait pas exception et montre un combat entre le bien représenté par Hiro et le mal incarné par Taj un surfer, certes, mais surtout un trafiquant de came. L’ice drogue de synthèse qui fait des ravages dans toute la zone pacifique sévit aussi ici et s’ajoute aux malheurs que la civilisation a apportés à cette île, autrefois, paradisiaque.C’est d’ailleurs cette opposition entre nature et culture, modernisme et tradition qui est montré tout au long du livre en faisant un témoignage intéressant dans la découverte de ce territoire éloigné de la république.

L’intrigue est classique et l’issue est assez prévisible, on attend, on espère le duel final à “OK Corail”. Mais le roman va montrer sa vraie flamme au sein d’une autre intrigue plus cachée, intime, moins évidente, beaucoup plus étouffante et émouvante qui va rejoindre la principale, l’occulter même pour offrir la vraie lumière du roman.

Wollanup.


MAUVAIS OEIL de Marie Van Moere / EquinoX/ Les Arènes.

Antonia Mattéi a été la reine d’Ajaccio. Elle illuminait les nuits de la ville par sa beauté, son aura et bien sûr son pouvoir. Elle faisait partie du clan Mattéi-Galea qui régnait alors sur la ville et sur toute la Corse.  Mais évidemment, ce clan créait des jalousies. Une guerre est déclarée et son mari est tué, ainsi que leur avocat. Leur meilleur ami est forcé à l’exil en Afrique. Elle se retrouve seule, avec ses deux fils, et est obligée de repartir vivre dans la maison familiale avec son père, vieux nationaliste auréolé de gloire passée.

10 ans plus tard, Galea rentre d’exil, bien décidé à reprendre sa place. Il retrouve Antonia qui vient de perdre son fils aîné, et veut lui redonner le faste qu’elle a connu. Le retour du clan ouvre la porte à de nouveaux meurtres. Cécile Stephanopoli, commissaire de police à Ajaccio est chargée de l’enquête. Elle est aidée par xxx, vieux briscard, qui a travaillé avec son père à l’époque de la guerre des clans.

S’en suit une histoire de mafia corse avec son lot de corruption, de menace, de pouvoir, la police tourne autour, essayant tant bien que mal de démêler les filets et de voir qui tire les ficelles, à qui profitent ces crimes.

Mais ce roman est avant tout une tragédie, celle de ses personnages et principalement des personnages féminins.

Les femmes doivent vivre sous le joug de leurs maris ou si celui-ci n’est plus là pour les protéger, elles doivent s’occuper et vivre sous le pouvoir de leurs pères. Mais Antonia, qui a mis sa vie entre parenthèse pendant 10 ans, qui a accepté cet état de fait, qui a vécu sous la menace perpétuelle de son père, reprend sa vie en main. Avec l’aide de son ami Galea, elle ne se remet pas aux mains de son destin, elle le prend en main. Sa soif de vengeance lui donne la force de relever la tête. D’une certaine façon, Cécile fait de même. Elle souffre dans cette Corse patriarcale. Son père est une haute figure de l’île, et elle ne supporte pas la comparaison perpétuelle dont elle est victime. Elle est blessée, sa femme vient de la quitter. Elle est dans une période de faiblesse mais son travail ne lui laisse pas le temps de s’apitoyer. Elle doit, pour elle, pour sa réputation, pour sa chef, et pour son père, résoudre ces crimes commis à 10 ans d’intervalles.

Dans cette société hautement masculine, où les femmes n’ont que peu de pouvoir, elles se prennent en main, elles montrent leurs forces en relevant la tête, se servent de leurs douleurs pour  avancer tant bien que mal, aidées malgré tout par ces hommes qui les aiment, les craignent, et qui sont conscients que leur empire sur l’île ne sera que plus grand avec l’aide de ces femmes.

Ce roman vous offre des moments de tension, de douleur, vous ne pourrez que partager la violence, les larmes des personnages mais aussi les espoirs qui sont en chacun d’eux, et rêver de la beauté de cette île, de son mystère, de sa rugosité, et de sa fierté. Une belle réussite.

Marie-Laure

PRÉSUMÉE DISPARUE de Susie Steiner / EquinoX / Les Arènes

« Une nuit, après une énième rencontre Internet ratée, Manon Bradshaw est envoyée sur une scène de crime.Edith Hind, étudiante à Cambridge, belle, brillante et bien née, a disparu. Peu d’indices, des traces de sang…Chaque heure compte pour la retrouver vivante. Les secrets que l’inspectrice Bradshaw s’apprête à découvrir auront des conséquences irréversibles, non seulement pour la famille d’Edith mais pour Manon elle-même. »

Manon Bradshaw est une des voix de ce roman choral, certainement la plus importante pour ce qui concerne l’enquête. Les autres sont les voix de la douleur: de la mère d’abord ébranlée puis effondrée et d’ Helena la meilleure amie d’Edith au cœur de la tourmente, dernière personne à avoir vu Edith. La quatrième voix est celle de Davy, collègue de Manon et permettant d’avoir un éclairage différent sur la personnalité troublée de celle-ci proche de la quarantaine galérant de rencontre en rencontre avec des hommes étant dans le même vide existentiel que le sien, perdus dans la même solitude qui ronge.

Manon et son équipe d’enquêteurs du Cambridgeshire, comté au nord de Londres, vont fouiller, gratter et le parfait vernis de la famille Hind va salement s’effriter au fur et à mesure des révélations sur la vie et sur la sexualité d’Edith, pas l’oie blanche, pas la gentille bourgeoise en devenir que son père, intime d’un ministre et médecin de la couronne britannique,  envisage, espère. Avant tout un roman d’investigation policière “ Présumée disparue” se distingue néanmoins par son déroulement où interrogatoires musclés, interpellations, coups de feu, bastons sont totalement absents. Susie Steiner montre le caractère minutieux, ennuyeux, désespérant de la procédure. Les jours, les semaines passent…

Parallèlement à une enquête où elle distille des révélations plus ou moins explosives dans une intrigue bien agencée dans sa progression, Susie Steiner s’intéresse beaucoup à la vie de Manon, à ses rendez-vous câlins peut-être, coquins parfois et à ses échecs surtout… qu’elle arrive à surmonter, aidée par ses collègues. Tout ceci est raconté en détail et là, on manque de peu, à plusieurs reprises, de quitter le cadre du polar pour lire une nouvelle mouture de Bridget Jones, sans l’humour néanmoins.

Certains, et je ne leur donnerai pas forcément tort , trouveront que l’intrigue se noie dans des passages, dans des considérations qui n’apportent pas grand chose à l’intrigue criminelle. En fait, tout dépendra de l’empathie que Susie Steiner aura su créer chez vous, de la proximité affective que vous pourrez avoir de par votre parcours, votre sexe, votre âge, votre propre vie quoi, avec la tourmente vécue par Manon et les autres personnages féminins qui ont la part « belle », importante du roman. “Présumée disparue”  daté de 2016 est la première des enquêtes de Manon dont la suite “ Persons unknown” de 2017 paraîtra bientôt dans la collection.

Que penser vraiment de ce roman avec un peu de recul? Il est certain que l’enquête est bien maîtrisée, réserve un final réussi sans être à tomber non plus, mais l’ensemble est quand même très ralenti par les états d’âme finalement assez lisses des différents personnages délivrant ainsi un résultat somme tout un peu convenu et manquant des multiples aspérités, de la rugosité, qui distingue depuis ses débuts les productions EquinoX.

Tiède.

Wollanup.

REQUIEM POUR MIRANDA de Sylvain Kermici / EquinoX, Les Arènes

Il faut se délecter du nectar! Pas par soif vitale mais par unique plaisir, plaisir coupable, véniel, où l’on ressent au siège des émotions une emprise barbare et catalytique. De ces courtes pages, l’adhésion doit être totale afin de frissonner à l’insondable, de s’emplafonner dans l’innommable. La sécheresse du propos ne s’ampoule pas de détails superfétatoires. Et si l’on s’isole dans sa bulle, on fait face à une sombre fable, ouvrant la porte du royaume d’Hadès. On ose y entrer ou l’on refoule cet univers.

Pile ou face?

«Il essaie de se souvenir des jours précédents, des autres proies, de leurs visages vidés par l’imminence de la mort, de leur odeur, leur odeur de lait et de méthane, de leur tétanie. Rien n’émerge. Jamais. Et c’est bien pourquoi il va recommencer… »

Né en 1976, Sylvain Kermici vit à Paris et le présent roman est son deuxième suivant Hors la Nuit à la Série Noire.

Le huis clos, formé par la victime et ses bourreaux, entretient la tension. Il confère, dans ce face à face, aux questionnements envers autrui mais envers soi-même concomitamment.

En prenant le parti-pris de dégrader le récit par la vision simultanée des protagonistes, il nous offre des sentiments contradictoires, évidemment, or ceux-ci se parent, par la même, de points d’achoppements et, en regard, de coalescences paradoxales. La violence exprimée ou intériorisée atteint un paroxysme et se veut être la résultante d’un cheminement inéluctable morbide.

Et, c’est dans ce rythme saccadé, qui ne laisse pas la place à la reprise d’inspiration, que l’on reçoit les coups, que l’on perçoit les blessures, que l’on devine les cris intérieurs. C’est fébrile, parcouru de frissons et la cage thoracique enserrée dans une gangue passé la dernière page, on expire!…

Fable noire en huis clos morbide frappant le plexus solaire!

Chouchou

CECI EST MON CORPS de Patrick Michael Finn / EquinoX / Les Arènes.

Traduction: Yoko Lacour.

Troisième sortie de la collection EquinoX et je ne sais combien de temps va durer le phénomène mais que ce soit avec Manotti, Thomas Sands ou Patrick Michael Finn qui nous intéresse aujourd’hui, à chaque fois, dans un genre différent, nous sont offerts des bouquins déclenchant toutes sortes de sentiments ou de réactions, tout sauf l’indifférence.

Si on met à part, Dominique Manotti qui, une fois de plus et de manière magistrale, dézingue les Américains, les politiques et les puissants de ce monde, les deux autres romans, novellas, comme vous voulez, sont de purs moments de Rock n’ Roll, des romans à ne pas mettre entre toutes les mains et à réserver un public particulièrement averti. Si “un feu dans la plaine” semblait tout droit sorti de l’imagination d’un grand fan de thrash metal, “Ceci est mon corps” serait plutôt un grand hurlement punk originel et sans concession du style Sex Pistols, voire plus ancien comme the Stooges.

A Joliet dans l’Illinois, pour le Good Friday, le Vendredi Saint, les adultes qui s’arsouillent habituellement au bar du coin après leur journée de travail sont restés bosser à l’usine parce qu’ils sont payés double ce jour-là. Et ce sont leurs rejetons, des ados de la pire espèce qui vont les remplacer, profitant de l’invitation du patron du bar qui célèbre la mort de sa soeur décédée il y a trente ans, en se défonçant méthodiquement et très sérieusement ce jour-là. L’ado ne brille pas toujours par son discernement ni par son intelligence, c’est connu, reconnu et ceux-ci vont montrer à quel point, ils s’entraînent avec ardeur à devenir de belles racailles.

Commencé dans le malsain, l’histoire file rapidement vers le sordide, l’abject, le crade dans un grand crescendo dégueulasse. Alors, tout ceci serait néanmoins assez vain si l’auteur n’ intégrait dans le pandémonium deux naïfs, deux débutants ayant décidé de passer ce soir leur rite de passage. Besoin de reconnaissance pour Mickey, l’idiot de la bande et pour Suzy, petite môme qui se fait des films le soir et qui veut enfin les réaliser en séduisant Joey, le tombeur du coin.

No future, pas de rédemption dans “Ceci est mon corps”. L’alcool aidant, on sombre très vite dans le très mauvais et la crédulité de certains sera payée chèrement. Je n’ai pas vraiment lu de message dans le propos si ce n’est une représentation particulièrement éprouvante du malaise de jeunes en proie aux affres d’un avenir peu dégagé et engageant que leur penchant déjà prononcé pour la biture va totalement boucher. Je ne saurai dire si j’ai vraiment aimé ce roman, je sais par contre que je ne le conseillerai pas à n’importe qui. Ceux qui ont lu et apprécié Selby y  trouveront largement leur compte mais il est indéniable que tout le monde sera particulièrement secoué par ce cauchemar.

Rock on!

Wollanup.

https://www.youtube.com/watch?v=BJIqnXTqg8I

 

RACKET de Dominique Manotti / Les Arènes / Equinox.

Un roman de Dominique Manotti est toujours un évènement. Madame Manotti, la prof que j’aurais aimé avoir, depuis des décennies, et sans faiblir avec l’ âge continue à nous dévoiler la face cachée d’ affaires françaises connues ou moins connues, de pratiques tordues voire criminelles mais toujours avec un éclairage bien différent et particulièrement documenté que ceux donnés par l’Etat ou les médias à la botte.

Au fil des années Manotti a montré et démonté la gauche caviar, Tapie, les agissements des banquiers et des investisseurs, les magouilles des politiques, les ventes d’armes clandestines, les flics ripoux… et la French Connection dans les années 70 à Marseille. A cette occasion, elle avait ramené au tout début de sa carrière un de ses personnages fétiches le commissaire Daquin, une présence qui l’avait rassurée dans l’écriture de son roman.

Dans “Racket” Daquin fait aussi quelques apparitions en vieux sage, statut que son âge comme son expérience permettent, mais c’est Noria Ghozali, flic des RG, apparue dans “bien connu des services de police” qui va mener l’enquête. Nul doute que ces deux flics n’étaient pas de trop pour affronter l’ogre américain.

“Racket” se veut une version romancée de la vente d’ Alstom à un groupe américain en 2013. Nul besoin de vous rappeler l’affaire, Dominique Manotti s’en charge. Si le début du roman s’avère un peu ardu par la profusion de personnages et de situations, les qualités didactiques de l’auteure offrent rapidement une compréhension  de l’affaire, des tenants et des aboutissants, des enjeux.

Pour faire simple, un industriel américain veut acheter un fleuron de l’industrie française et a bien l’intention de mener son projet à terme. Et c’est la guerre: intimidations, meurtres, corruption, chantages, fake news, tout est mis en place, minutieusement, pour fragiliser la cible. Alors ce genre de procédés n’est sûrement pas l’apanage des seuls Américains. Néanmoins, ceux-ci ont un très gros avantage sur la concurrence puisque leurs attaques ciblées, leurs abordages, leurs hallalis sont appuyés par le ministère de la justice américaine, le FBI, la CIA, la NSA, bref, toute la puissance du pays le plus puissant du monde.

Face au déferlement, Noria et son équipe du Renseignement intérieur vont suivre adroitement des pistes peu balisées et tenteront de bousculer le bel ordonnancement orchestré par des pourris outre-atlantique. Sans leurs noms, apparaissent un ministre dupé vantant des marinières pendant qu’on pille le pays, un secrétaire général adjoint de l’ Elysée qui a fait beaucoup de chemin depuis 2013, les révélations de Snowden, l’énorme usine à gaz de Bercy, un sinistre ministre du budget qui nous demandait de nous serrer la ceinture… un monde effrayant, flippant, déshumanisé, pourri jusqu’à la moelle raconté de manière passionnante une fois de plus par une grande Dominique Manotti.

Manottien!

Wollanup.

PS: Dominique Manotti nous a parlé de son rapport à l ‘Amérique dans un entretien en décembre 2016, ici.

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