Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : les arènes

PARADIGMA de Pia Petersen / EquinoX / les arènes.

Pia Petersen est danoise, vit entre paris et L.A. et écrit en français rendant, par sa vraiment très belle plume, un grand hommage à la langue de Hugo. Elle fait ici son apparition dans le catalogue de la collection EquinoX et c’est tout sauf une surprise tant le propos développé dans cette très belle fable correspond à ce qu’ Aurélien Masson affectionne tant dans ses productions, la petite lueur dans l’obscurité, la fleur qui éclot dans la décharge, la littérature de lutte, des utopies nécessaires, salvatrices qui donnent peut-être bonne conscience diront certains mais qui permettent aussi à d’autres de tenir encore debout ou de se lever et de lever le poing. L’an dernier dans un court brulot, “un feu dans la plaine”, Thomas Sands avait montré la voie et Pia Petersen cette année la magnifie, la densifie, la rend accessible, identifiable dans ce beau roman très développé, étayé par les recherches, les théories et les écrits de Thomas Kuhn sur le paradigme scientifique, Joël de Rosnay, Malcolm Fereyabend, Malcolm X…tout en montrant de très beaux personnages, héros ordinaires et lanceurs d’alerte.

« Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement.
Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique.
Tout est parti de Luna.
Mais qui est Luna ?
Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main. »

Certains feront certainement le rapprochement avec le mouvement social qui secoue la France depuis quelques mois mettant à jour quelques décennies de foutage de gueule orchestrées par nos dirigeants et autres bouffons penseurs dominants et banquiers mais je m’en garderai bien, ne voulant pas comparer les difficultés d’une grande partie de la population française et le marasme et la déchéance vécus par les déchus de la cité des Anges sur leur bout de trottoir matant leur bout de caniveau comme seul avenir possible.

Une rumeur de marche vers Hollywood relayée par des blogs et quelques personnes “people who care” et “En marche” vers l’affrontement, le mur, l’apocalypse prévisible.”Paradigma » est un très beau roman, douloureux, une fable admirable qui, normalement, vous troublera, vous interrogera.

L’étoffe des romans qui comptent, bravo et merci.

“Il fut un temps où la pauvreté n’était pas considérée comme un crime. Réfléchissez, tous…”

Wollanup.


LA VAGUE d’Ingrid Astier / EquinoX / les Arènes.

“Sur la presqu’île de Tahiti, la fin de la route est le début de tous les possibles. Chacun vient y chercher l’aventure. Pour les plus téméraires, elle porte le nom de Teahupo’o, la plus belle vague du monde. La plus dangereuse aussi. Hiro est le surfeur légendaire de La Vague. Après sept ans d’absence, sa sœur Moea retrouve leur vallée luxuriante. Et Birdy, un ancien champion de surf brisé par le récif. Arrive Taj, un Hawaïen sous ice, qui pense que tout lui appartient. Mais on ne touche pas impunément au paradis. Bienvenue en enfer. Ici c’est Teahupo’o, le mur de crânes.”

Ingrid Astier a quitté les toits de Paris et l’hexagone de son précédent roman “Haute voltige” pour un autre sommet dans le Pacifique et un coin de l’île de Tahiti, au bout d’une route emmenant à l’ Everest des surfers de Polynésie et du monde entier, la vague Teahupo’o formée dans l’ Antarctique et qui finit sa vie sur le rivage tahitien.

Dans ce petit paradis naturel, à l’abri de la déliquescence de l’île, une petite communauté d’amis vit en tentant de rester proche de la nature. Ingrid Astier montre ce hâvre de paix et d’harmonie avec les éléments dans une île dont l’actualité et l’histoire contemporaine “colonisée” montrent le contraire du tableau enchanteur communément admis . Tous les romans d’Ingrid Astier sont très documentés et le fruit, à chaque fois, d’une observation , d’une étude fine de l’objet littéraire. Celui-ci ne fait pas exception et montre un combat entre le bien représenté par Hiro et le mal incarné par Taj un surfer, certes, mais surtout un trafiquant de came. L’ice drogue de synthèse qui fait des ravages dans toute la zone pacifique sévit aussi ici et s’ajoute aux malheurs que la civilisation a apportés à cette île, autrefois, paradisiaque.C’est d’ailleurs cette opposition entre nature et culture, modernisme et tradition qui est montré tout au long du livre en faisant un témoignage intéressant dans la découverte de ce territoire éloigné de la république.

L’intrigue est classique et l’issue est assez prévisible, on attend, on espère le duel final à “OK Corail”. Mais le roman va montrer sa vraie flamme au sein d’une autre intrigue plus cachée, intime, moins évidente, beaucoup plus étouffante et émouvante qui va rejoindre la principale, l’occulter même pour offrir la vraie lumière du roman.

Wollanup.


MAUVAIS OEIL de Marie Van Moere / EquinoX/ Les Arènes.

Antonia Mattéi a été la reine d’Ajaccio. Elle illuminait les nuits de la ville par sa beauté, son aura et bien sûr son pouvoir. Elle faisait partie du clan Mattéi-Galea qui régnait alors sur la ville et sur toute la Corse.  Mais évidemment, ce clan créait des jalousies. Une guerre est déclarée et son mari est tué, ainsi que leur avocat. Leur meilleur ami est forcé à l’exil en Afrique. Elle se retrouve seule, avec ses deux fils, et est obligée de repartir vivre dans la maison familiale avec son père, vieux nationaliste auréolé de gloire passée.

10 ans plus tard, Galea rentre d’exil, bien décidé à reprendre sa place. Il retrouve Antonia qui vient de perdre son fils aîné, et veut lui redonner le faste qu’elle a connu. Le retour du clan ouvre la porte à de nouveaux meurtres. Cécile Stephanopoli, commissaire de police à Ajaccio est chargée de l’enquête. Elle est aidée par xxx, vieux briscard, qui a travaillé avec son père à l’époque de la guerre des clans.

S’en suit une histoire de mafia corse avec son lot de corruption, de menace, de pouvoir, la police tourne autour, essayant tant bien que mal de démêler les filets et de voir qui tire les ficelles, à qui profitent ces crimes.

Mais ce roman est avant tout une tragédie, celle de ses personnages et principalement des personnages féminins.

Les femmes doivent vivre sous le joug de leurs maris ou si celui-ci n’est plus là pour les protéger, elles doivent s’occuper et vivre sous le pouvoir de leurs pères. Mais Antonia, qui a mis sa vie entre parenthèse pendant 10 ans, qui a accepté cet état de fait, qui a vécu sous la menace perpétuelle de son père, reprend sa vie en main. Avec l’aide de son ami Galea, elle ne se remet pas aux mains de son destin, elle le prend en main. Sa soif de vengeance lui donne la force de relever la tête. D’une certaine façon, Cécile fait de même. Elle souffre dans cette Corse patriarcale. Son père est une haute figure de l’île, et elle ne supporte pas la comparaison perpétuelle dont elle est victime. Elle est blessée, sa femme vient de la quitter. Elle est dans une période de faiblesse mais son travail ne lui laisse pas le temps de s’apitoyer. Elle doit, pour elle, pour sa réputation, pour sa chef, et pour son père, résoudre ces crimes commis à 10 ans d’intervalles.

Dans cette société hautement masculine, où les femmes n’ont que peu de pouvoir, elles se prennent en main, elles montrent leurs forces en relevant la tête, se servent de leurs douleurs pour  avancer tant bien que mal, aidées malgré tout par ces hommes qui les aiment, les craignent, et qui sont conscients que leur empire sur l’île ne sera que plus grand avec l’aide de ces femmes.

Ce roman vous offre des moments de tension, de douleur, vous ne pourrez que partager la violence, les larmes des personnages mais aussi les espoirs qui sont en chacun d’eux, et rêver de la beauté de cette île, de son mystère, de sa rugosité, et de sa fierté. Une belle réussite.

Marie-Laure

PRÉSUMÉE DISPARUE de Susie Steiner / EquinoX / Les Arènes

« Une nuit, après une énième rencontre Internet ratée, Manon Bradshaw est envoyée sur une scène de crime.Edith Hind, étudiante à Cambridge, belle, brillante et bien née, a disparu. Peu d’indices, des traces de sang…Chaque heure compte pour la retrouver vivante. Les secrets que l’inspectrice Bradshaw s’apprête à découvrir auront des conséquences irréversibles, non seulement pour la famille d’Edith mais pour Manon elle-même. »

Manon Bradshaw est une des voix de ce roman choral, certainement la plus importante pour ce qui concerne l’enquête. Les autres sont les voix de la douleur: de la mère d’abord ébranlée puis effondrée et d’ Helena la meilleure amie d’Edith au cœur de la tourmente, dernière personne à avoir vu Edith. La quatrième voix est celle de Davy, collègue de Manon et permettant d’avoir un éclairage différent sur la personnalité troublée de celle-ci proche de la quarantaine galérant de rencontre en rencontre avec des hommes étant dans le même vide existentiel que le sien, perdus dans la même solitude qui ronge.

Manon et son équipe d’enquêteurs du Cambridgeshire, comté au nord de Londres, vont fouiller, gratter et le parfait vernis de la famille Hind va salement s’effriter au fur et à mesure des révélations sur la vie et sur la sexualité d’Edith, pas l’oie blanche, pas la gentille bourgeoise en devenir que son père, intime d’un ministre et médecin de la couronne britannique,  envisage, espère. Avant tout un roman d’investigation policière “ Présumée disparue” se distingue néanmoins par son déroulement où interrogatoires musclés, interpellations, coups de feu, bastons sont totalement absents. Susie Steiner montre le caractère minutieux, ennuyeux, désespérant de la procédure. Les jours, les semaines passent…

Parallèlement à une enquête où elle distille des révélations plus ou moins explosives dans une intrigue bien agencée dans sa progression, Susie Steiner s’intéresse beaucoup à la vie de Manon, à ses rendez-vous câlins peut-être, coquins parfois et à ses échecs surtout… qu’elle arrive à surmonter, aidée par ses collègues. Tout ceci est raconté en détail et là, on manque de peu, à plusieurs reprises, de quitter le cadre du polar pour lire une nouvelle mouture de Bridget Jones, sans l’humour néanmoins.

Certains, et je ne leur donnerai pas forcément tort , trouveront que l’intrigue se noie dans des passages, dans des considérations qui n’apportent pas grand chose à l’intrigue criminelle. En fait, tout dépendra de l’empathie que Susie Steiner aura su créer chez vous, de la proximité affective que vous pourrez avoir de par votre parcours, votre sexe, votre âge, votre propre vie quoi, avec la tourmente vécue par Manon et les autres personnages féminins qui ont la part « belle », importante du roman. “Présumée disparue”  daté de 2016 est la première des enquêtes de Manon dont la suite “ Persons unknown” de 2017 paraîtra bientôt dans la collection.

Que penser vraiment de ce roman avec un peu de recul? Il est certain que l’enquête est bien maîtrisée, réserve un final réussi sans être à tomber non plus, mais l’ensemble est quand même très ralenti par les états d’âme finalement assez lisses des différents personnages délivrant ainsi un résultat somme tout un peu convenu et manquant des multiples aspérités, de la rugosité, qui distingue depuis ses débuts les productions EquinoX.

Tiède.

Wollanup.

REQUIEM POUR MIRANDA de Sylvain Kermici / EquinoX, Les Arènes

Il faut se délecter du nectar! Pas par soif vitale mais par unique plaisir, plaisir coupable, véniel, où l’on ressent au siège des émotions une emprise barbare et catalytique. De ces courtes pages, l’adhésion doit être totale afin de frissonner à l’insondable, de s’emplafonner dans l’innommable. La sécheresse du propos ne s’ampoule pas de détails superfétatoires. Et si l’on s’isole dans sa bulle, on fait face à une sombre fable, ouvrant la porte du royaume d’Hadès. On ose y entrer ou l’on refoule cet univers.

Pile ou face?

«Il essaie de se souvenir des jours précédents, des autres proies, de leurs visages vidés par l’imminence de la mort, de leur odeur, leur odeur de lait et de méthane, de leur tétanie. Rien n’émerge. Jamais. Et c’est bien pourquoi il va recommencer… »

Né en 1976, Sylvain Kermici vit à Paris et le présent roman est son deuxième suivant Hors la Nuit à la Série Noire.

Le huis clos, formé par la victime et ses bourreaux, entretient la tension. Il confère, dans ce face à face, aux questionnements envers autrui mais envers soi-même concomitamment.

En prenant le parti-pris de dégrader le récit par la vision simultanée des protagonistes, il nous offre des sentiments contradictoires, évidemment, or ceux-ci se parent, par la même, de points d’achoppements et, en regard, de coalescences paradoxales. La violence exprimée ou intériorisée atteint un paroxysme et se veut être la résultante d’un cheminement inéluctable morbide.

Et, c’est dans ce rythme saccadé, qui ne laisse pas la place à la reprise d’inspiration, que l’on reçoit les coups, que l’on perçoit les blessures, que l’on devine les cris intérieurs. C’est fébrile, parcouru de frissons et la cage thoracique enserrée dans une gangue passé la dernière page, on expire!…

Fable noire en huis clos morbide frappant le plexus solaire!

Chouchou

CECI EST MON CORPS de Patrick Michael Finn / EquinoX / Les Arènes.

Traduction: Yoko Lacour.

Troisième sortie de la collection EquinoX et je ne sais combien de temps va durer le phénomène mais que ce soit avec Manotti, Thomas Sands ou Patrick Michael Finn qui nous intéresse aujourd’hui, à chaque fois, dans un genre différent, nous sont offerts des bouquins déclenchant toutes sortes de sentiments ou de réactions, tout sauf l’indifférence.

Si on met à part, Dominique Manotti qui, une fois de plus et de manière magistrale, dézingue les Américains, les politiques et les puissants de ce monde, les deux autres romans, novellas, comme vous voulez, sont de purs moments de Rock n’ Roll, des romans à ne pas mettre entre toutes les mains et à réserver un public particulièrement averti. Si “un feu dans la plaine” semblait tout droit sorti de l’imagination d’un grand fan de thrash metal, “Ceci est mon corps” serait plutôt un grand hurlement punk originel et sans concession du style Sex Pistols, voire plus ancien comme the Stooges.

A Joliet dans l’Illinois, pour le Good Friday, le Vendredi Saint, les adultes qui s’arsouillent habituellement au bar du coin après leur journée de travail sont restés bosser à l’usine parce qu’ils sont payés double ce jour-là. Et ce sont leurs rejetons, des ados de la pire espèce qui vont les remplacer, profitant de l’invitation du patron du bar qui célèbre la mort de sa soeur décédée il y a trente ans, en se défonçant méthodiquement et très sérieusement ce jour-là. L’ado ne brille pas toujours par son discernement ni par son intelligence, c’est connu, reconnu et ceux-ci vont montrer à quel point, ils s’entraînent avec ardeur à devenir de belles racailles.

Commencé dans le malsain, l’histoire file rapidement vers le sordide, l’abject, le crade dans un grand crescendo dégueulasse. Alors, tout ceci serait néanmoins assez vain si l’auteur n’ intégrait dans le pandémonium deux naïfs, deux débutants ayant décidé de passer ce soir leur rite de passage. Besoin de reconnaissance pour Mickey, l’idiot de la bande et pour Suzy, petite môme qui se fait des films le soir et qui veut enfin les réaliser en séduisant Joey, le tombeur du coin.

No future, pas de rédemption dans “Ceci est mon corps”. L’alcool aidant, on sombre très vite dans le très mauvais et la crédulité de certains sera payée chèrement. Je n’ai pas vraiment lu de message dans le propos si ce n’est une représentation particulièrement éprouvante du malaise de jeunes en proie aux affres d’un avenir peu dégagé et engageant que leur penchant déjà prononcé pour la biture va totalement boucher. Je ne saurai dire si j’ai vraiment aimé ce roman, je sais par contre que je ne le conseillerai pas à n’importe qui. Ceux qui ont lu et apprécié Selby y  trouveront largement leur compte mais il est indéniable que tout le monde sera particulièrement secoué par ce cauchemar.

Rock on!

Wollanup.

https://www.youtube.com/watch?v=BJIqnXTqg8I

 

RACKET de Dominique Manotti / Les Arènes / Equinox.

Un roman de Dominique Manotti est toujours un évènement. Madame Manotti, la prof que j’aurais aimé avoir, depuis des décennies, et sans faiblir avec l’ âge continue à nous dévoiler la face cachée d’ affaires françaises connues ou moins connues, de pratiques tordues voire criminelles mais toujours avec un éclairage bien différent et particulièrement documenté que ceux donnés par l’Etat ou les médias à la botte.

Au fil des années Manotti a montré et démonté la gauche caviar, Tapie, les agissements des banquiers et des investisseurs, les magouilles des politiques, les ventes d’armes clandestines, les flics ripoux… et la French Connection dans les années 70 à Marseille. A cette occasion, elle avait ramené au tout début de sa carrière un de ses personnages fétiches le commissaire Daquin, une présence qui l’avait rassurée dans l’écriture de son roman.

Dans “Racket” Daquin fait aussi quelques apparitions en vieux sage, statut que son âge comme son expérience permettent, mais c’est Noria Ghozali, flic des RG, apparue dans “bien connu des services de police” qui va mener l’enquête. Nul doute que ces deux flics n’étaient pas de trop pour affronter l’ogre américain.

“Racket” se veut une version romancée de la vente d’ Alstom à un groupe américain en 2013. Nul besoin de vous rappeler l’affaire, Dominique Manotti s’en charge. Si le début du roman s’avère un peu ardu par la profusion de personnages et de situations, les qualités didactiques de l’auteure offrent rapidement une compréhension  de l’affaire, des tenants et des aboutissants, des enjeux.

Pour faire simple, un industriel américain veut acheter un fleuron de l’industrie française et a bien l’intention de mener son projet à terme. Et c’est la guerre: intimidations, meurtres, corruption, chantages, fake news, tout est mis en place, minutieusement, pour fragiliser la cible. Alors ce genre de procédés n’est sûrement pas l’apanage des seuls Américains. Néanmoins, ceux-ci ont un très gros avantage sur la concurrence puisque leurs attaques ciblées, leurs abordages, leurs hallalis sont appuyés par le ministère de la justice américaine, le FBI, la CIA, la NSA, bref, toute la puissance du pays le plus puissant du monde.

Face au déferlement, Noria et son équipe du Renseignement intérieur vont suivre adroitement des pistes peu balisées et tenteront de bousculer le bel ordonnancement orchestré par des pourris outre-atlantique. Sans leurs noms, apparaissent un ministre dupé vantant des marinières pendant qu’on pille le pays, un secrétaire général adjoint de l’ Elysée qui a fait beaucoup de chemin depuis 2013, les révélations de Snowden, l’énorme usine à gaz de Bercy, un sinistre ministre du budget qui nous demandait de nous serrer la ceinture… un monde effrayant, flippant, déshumanisé, pourri jusqu’à la moelle raconté de manière passionnante une fois de plus par une grande Dominique Manotti.

Manottien!

Wollanup.

PS: Dominique Manotti nous a parlé de son rapport à l ‘Amérique dans un entretien en décembre 2016, ici.

UN FEU DANS LA PLAINE de Thomas Sands / Equinox / Les Arènes.

 

21 mars donc, débuts de la nouvelle collection Equinox des éditions les Arènes dont on vous a déjà parlé lors d’ un petit entretien avec son éditeur Aurélien Masson. Mais ce n’était que des mots, place au verbe maintenant. La page blanche que rêve d’enluminer l’éditeur pourrait être écrite par une Dominique Manotti dont on connaît déjà tous l’immense talent et dont le douzième roman “Racket” sort aussi aujourd’hui dans la même collection. Nous y reviendrons sous peu mais il semblait plus judicieux de s’intéresser, dans un premier temps, au premier roman d’un inconnu, Thomas Sands, une découverte maison et qui ne laissera pas indifférent, clivera peut-être.

“C’est un pays perdu… Un pays agenouillé, humilié, sous le joug d’une poignée de dirigeants de start-up. Soudain, il surgit de nulle part. Il n’a pas vingt-trois ans. Maigre comme sont les chiens de combat, le visage marqué parfois, arcades fraîchement refermées, pommettes étoilées de sang séché, phalanges éclatées. Il possède ce mélange de douleur, de mémoire et de fragilité qui mène certains hommes à la violence. Il se porte aux côtés de ceux qui ne sont rien. Il allume un feu dans la plaine…”

Et quel feu parce que si le roman ne comporte que 138 pages, l’incendie déclenché sera dévastateur. Ce premier roman de Sands entre, et c’est une évidence, dans la catégorie des bouquins coup de poing, grosse baffe, claque dans la gueule…pas forcément des coups de coeur mais toujours des garde-fous essentiels… si vous entrez dans l’histoire, si vous adhérez au propos. Dans le cas contraire, si le propos vous semble très éloigné du monde que vous vivez, que vous sentez, cet immense coup de gueule, particulièrement violent dans son issue, vous semblera vain.

Doit-on ici dissocier l’auteur de son personnage tant le propos semble écrit, jeté, avec les tripes, douloureusement, révélateur d’une colère froide qui engendrera bien vite la révolte, la lutte auprès de ceux qui n’ont plus grand chose et qui veulent exister malgré la félonie des politiques, les forces coercitives, les mensonges des médias valets d’un pouvoir parfaitement identifié ici comme macronien. Le style, urgent, colle parfaitement à l’intrigue, à la fièvre qui s’empare du héros et sied parfaitement à une histoire qui ira  très loin dans l’outrance. L’urgence est prégnante, envahissante mais souffrirait certainement d’une certaine usure, d’une lassitude sur un format plus long.

Sans vouloir rappeler que beaucoup d’avancées sociales, de victoires populaires ont été gagnées dans le sang et non le cul posé sur une place parisienne à discuter ou en s’imaginant en marche alors qu’on est, au mieux, à l’arrêt, “Un feu dans la plaine” se veut le témoin impitoyable des dérives actuelles, des privilèges dégueulasses, de la paupérisation de classes “déclassées”, sans intérêt ni utilité, dans le monde magique que l’on nous concocte. La trajectoire douloureuse, mortifère, du personnage principal indique aussi très clairement que là-haut, tout en haut de la gabegie étatique, dans les salons des ministères comme dans les salles de rédaction inféodées, nul est à l’ abri d’un kamikaze désespéré, d’un sniper déterminé.

« On cesse d’être humain, d’être rattaché au monde, aux autres, à ceux que l’on aime à la seconde où l’on ne peut plus dissocier les événements de ses émotions.A la seconde où les mots vous manquent.C’est toujours la honte qui engendre le crime. »

Brûlot salutaire.

Wollanup.

 

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