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Chroniques noires et partisanes

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ROUGE ECARLATE de Jacques Bablon/Jigal

Ceux qui ont lu et apprécié « trait bleu » le magnifique premier polar de Jacques Bablon chez Jigal attendaient certainement comme moi, le retour de cet auteur qui dans un mélange de violence et de péripéties particulièrement déjantées nous avait offert l’an dernier,dans une Amérique fantasmée, un superbe roman noir, une joyau très court mais d’une grande intensité que beaucoup d’auteurs aimeraient savoir reproduire en si peu de belles pages folles. Alors, bien sûr, l’auteur était forcément attendu au tournant du deuxième roman et avant d’entrer plus dans les détails, les fans du premier opus peuvent foncer tête baissée pour rentrer à nouveau dans le grand bastringue créé par Jacques Bablon, talentueux, malin,espiègle, doué pour nous raconter des histoires à vous fendre le cœur en plus de vous choquer.

« Elle mange une fraise. Un délice ! N’aurait pas dû. Un piège tendu par une ordure. Salma, trentenaire canon et forte tête, s’en tire avec quelques côtes et le nez cassés. Un avertissement. Courir comme une dératée lui suffira-t-il à échapper au pire ? Joseph, son père, est assailli par une envie de flinguer le mec d’à côté et d’étrangler Rosy qui ne le fait plus bander. Pourrait être amené à changer de cible. Marcus, le fameux voisin, faux expert-comptable et vrai salaud, fait dans l’import-export de produits prohibés, un milieu difficile où l’on ne peut espérer vivre vieux. À ses côtés, la fameuse Rosy, maman dévouée, pas aimée comme elle devrait. Leur petit garçon s’appelle Angelo, mais personne n’a dit qu’avoir quelque chose d’un ange protégeait des balles. À chacun sa petite maison… Un matin, ça canarde à la chevrotine dans l’une, l’autre est ravagée par les flammes. Pour les rescapés, le début de la cavale… »

Le premier roman revêtait la couleur bleue, le second est rouge écarlate mais pas de sang, rouge comme les fraises que déguste Salma tels des fruits défendus au début de l’histoire et qui la mèneront à sa perte, ou au moins aux débuts d’un gros bordel rendu encore plus terrible par les agissements de son père à l’Ouest de l’Ouest.

« Rouge écarlate » continue d’explorer des pistes qui avaient rendu « trait bleu » irrésistible. Si dans le premier, nous pensions être aux States, dans celui-ci nous ne savons plus où nous sommes…dans le monde occidental, c’est certain, mais ce sera tout comme infos et amplement suffisant. Gommant de son texte ce qu’il juge inutile à la compréhension de l’histoire, Bablon y prend même un malin plaisir. Si au début certains prénoms tels que Suzy, Joyce Carol, un cheesecake peuvent évoquer l’Amérique, le reste du roman dément cette première impression. Bablon joue avec ce mystère en utilisant des noms de famille tantôt slaves, tantôt méditerranéens, tantôt tout simplement bizarres. Les habitués de Bablon verront que ce coup-ci, il en joue, au travers de certaines phrases comme par exemple: « un journal écrit dans une langue parlée ailleurs ». En moins de deux romans, Jacques Bablon a su créer une connivence avec son lectorat et ce parti-pris de ne pas situer géographiquement l’action allié à l’utilisation du présent donne beaucoup de vitalité à un texte qui ne laisse jamais respirer le lecteur. Mais si l’auteur fait fi du superflu, il peut, néanmoins, tel le grand James Sallis, s’arrêter sur de petits détails d’une tique qui agresse un gendarme, de souris qui se font massacrer par une buse, d’un arbre misérable, pathétique étendard dans une cité HLM.

Dans « trait bleu », nous suivions un homme, ici cinq ou six personnages illustrent la trame et on ne sait lesquels n’auront pas à subir les foudres de la plume de Jacques Bablon, rude, sans concessions et parfois très surprenante.

Et cette fraise, objet de désir coupable de Salma qui peut être vue comme le fruit défendu de la tentation est aussi le symbole de vie, d ‘envie de maternité d’une Salma, femme très combative, mais aussi habitée de tendres sentiments cachés, de compassion qui font que « Rouge écarlate » est un roman hors norme réjouissant et tout simplement un roman à lire si vous êtes usés par tant de romans formatés.

Auteur à suivre, roman à lire.

Wollanup.

PS:la couverture est magnifique Jimmy.

 

MEFAITS D’HIVER de Philippe Georget chez Jigal

Véritable étude de mœurs sur la thématique ardue et abrasive de l’adultère. L’auteur sous couvert d’un contexte policier déplie ses compas, ses outils de géomètres pour nous faire pénétrer dans les consciences, les inconscients d’êtres humains à la rupture.

« L’hiver sera rude pour Gilles Sebag, lieutenant de police à Perpignan. Après de longs mois de doute, il découvre la terrible vérité : Claire le trompe, le monde s’écroule ! Alors qu’entre déprime, whiskies et insomnies, il tente de surmonter cette douloureuse épreuve, ses enquêtes le mènent inexorablement vers d’autres tragédies : une femme abattue dans un hôtel, un dépressif qui se jette du haut de son immeuble, un homme qui menace de faire exploser le quartier… Hasard ou loi des séries, une véritable épidémie d’adultères tournant à chaque fois au drame semble en effet s’être abattue sur la ville…”

Quand le sort s’acharne sur un homme tant dans sa vie privée que professionnelle et que celles-ci s’entremêlent, s’enmêlent on est en droit de penser que le destin est un gigolo amoral. Descente inexorable de Gilles face à un traumatisme attaquant les fondements mêmes de son ideal de vie, de famille, de couple, son exutoire naturel dans le travail se voit mué en un labyrinthe de Pan propice à une deliquescence honteuse et dépravante. Des expedients, des évitements largement employés entrainent sa derive sans pitié. Mais voilà dans un accord juxtaposé les vies de Gilles s’infléchiront…

Auteur dont la maitrise littéraire est indéniable, conservant la mainmise sur l’esprit de son lecteur en lui assénant les rhétoriques imagées, chaudes et magnétiques attendues…

Coeurs fragiles et couards, on s’entourait d’une famille croyant bâtir un continent. On s’en créait que l’illusion. Nous restions des icebergs frileusement collés les uns aux autres et, à la moindre tempête, la moindre tentative, reprenions dans l’océan glacé une perpétuelle dérive.”

On est sans conteste dans la jouissance de lecture bien qu’autour des mots se dressent le chaos des êtres, des couples, des amours perdus… Georget se sert du polar pour nous montrer une vision réaliste de notre société en mettant les mains dans le cambouis existentiel et s’affranchit des dérivatifs romanesques ampoulés… Il réussit en parralléle à édifier une équipe hétéroclite et complémentaire de flics appelant à la satiété de tourments livresques futurs !

Chouchou.

 

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