Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : jigal (page 1 of 2)

MORT EN EAUX GRISES de Pierre Pouchairet / Jigal.

Au vu de notre actualité de la semaine, ce roman a, je dois l’avouer, une résonance particulière.

Nous retrouvons dans cette histoire, Johana Galji, chef de groupe de la police judiciaire de Versailles. Elle revient après avoir été grièvement blessée. Et elle n’est pas épargnée pour son retour : elle doit faire face à une enquête qui la mène sur les traces de terroristes qui fomentent un nouvel attentat en région parisienne.

Elle et son équipe retrouvent un homme assassiné dans la Seine. Après un travail minutieux, l’équipe se retrouve donc à suivre une cellule de quatre hommes, membres actifs du terrorisme islamiste.

Pierre Pouchairet nous offre ainsi une enquête policière très ancrée dans le réel, face à une menace que connaît particulièrement notre pays. Nous suivons parallèlement l’enquête des policiers mais aussi le groupe de terroristes. Nous découvrons l’histoire de ces hommes, prêts à mourir pour leur cause, ce qui les a conduits sur ce chemin, comment ils se cachent parmi la population, comment ils élaborent leur plan, trouvent leurs cibles, et passent à l’action. Pierre Pouchairet nous propose une description et une vision de la constitution de cette cellule, de leurs parcours, à chacun, de ce qui les a conduits à vouloir passer à l’acte.

C’est une course contre la montre pour Johana et ses hommes, comprendre, retrouver et arrêter ces hommes avant qu’ils ne commettent l’irréparable, tout en préservant le calme dans la population. Elle doit réfréner ses peurs, ses angoisses, et faire passer ses états d’âmes au second plan.

Tout sonne vrai, le roman nous plonge dans une réalité effrayante qui pourrait arriver demain. Nous vivons désormais dans un monde où la menace d’attentat est constante. Ce roman nous en rappelle l’affreuse réalité : elle peut survenir n’importe quand, sous plusieurs formes.

Le roman est très court et c’est le seul reproche que l’on puisse faire, on arrive rapidement à la conclusion, accentuant l’impression d’urgence dans l’enquête. Cette fiction, car ce livre en est bien une, ouf, est teintée d’un tel réalisme qu’elle en devient effrayante.

Marie-Laure.


RETOUR A DUNCAN’S CREEK de Nicolas Zeimet / Jigal.

Le retour aux sources est pavé de souvenirs, bons comme mauvais, et ils vous reviennent tel un boomerang acéré qui se moque du temps, qui ignore les sentiments enfouis. Raviver une flamme, qui tantôt vous brûlait, tantôt vous éclairait, conserve  le péril d’un passé ravageur.

« Après un appel de Sam Baldwin, son amie d’enfance, Jake Dickinson se voit contraint de retourner à Duncan’s Creek, le petit village de l’Utah où ils ont grandi. 
C’est là que vit Ben McCombs, leur vieux copain qu’ils n’ont pas revu depuis plus de vingt ans. Les trois adolescents, alors unis par une amitié indéfectible, se sont séparés dans des circonstances dramatiques au début des années quatre-vingt-dix. 
Depuis, ils ont enterré le passé et tenté de se reconstruire. Mais de Los Angeles aux montagnes de l’Utah, à travers les étendues brûlantes de l’Ouest américain, leurs retrouvailles risquent de faire basculer l’équilibre fragile de leurs vies. 
Ce voyage fera ressurgir les haines et les unions sacrées, et les amènera à jeter une lumière nouvelle sur le terrible secret qui les lie. Ils n’auront alors plus d’autre choix que de déterrer les vieux cadavres, quitte à renouer avec la part d’ombre qui les habite… et à se confronter à leurs propres démons. »

C’est à une soirée d’Halloween que se scellent les destinées. Des potes ados vivent l’abject, l’intolérable, l’horreur. Et la petite communauté de ce trou perdu ne fait pas preuve, c’est le moins que l’on puisse affirmer, d’empathie envers ce trio uni pour leur existence. Mais leur union, lestée par des chemins de vie traumatique, dérivera sur les surdités, les cécités qui feront que leurs chemins ne suivront plus le même tracé, les mêmes buts. Pourtant rien ne supprimera leur inénarrable lien et c’est le décès de l’un d’entre eux qui réveillera ce maudit passé.

Les blessures d’hier, les questions du présent sont consignées dans une alternance au tempo juste et retrace les évolutions de chacun à partir de la genèse d’Halloween. Les profils des personnalités modelés par un trait fort, déterminant à notre engagement sans frein pour cette tragédie croquant l’inéluctable. Zeimet utilise aussi le road-trip qui discerne ce passé contrasté et ce présent telle une chape de plomb. Pourtant pas, ou peu, de clichés et à l’instar  d’un Rural Noir de Benoit Minville ou Et tous les autres crèveront de Marcus Malte le poil se hérisse, notre pompe à émotions bat la chamade quand se précisent des bribes de souvenirs vécus dans notre adolescence restant gravés sur notre épiderme, dans nos ADN.

Amitié, mensonge, trahison, passé qui pétrifie le présent sont assurément les contours d’un polar adhésif.

Chouchou.

Entretien de Cloé Mehdi auteure de RIEN NE SE PERD aux éditions Jigal Polar par Chouchou.

Il est des auteurs qui présentent une maturité en irradiant de leurs écrits un réalisme cru et une faculté d’écriture subjuguante. L’année dernière est apparu un ouvrage s’affirmant, comme une évidence, être de cette trempe et démontrant que la qualité n’attend pas les années.

/Votre ouvrage présente une visibilité de plus en plus prégnante dans le monde de la littérature noire avec le corollaire des prix attribués entre autres, ce contexte vous permet-il de prendre du recul sur votre écrit et d’y voir ses forces ou ses faiblesses?

Pas vraiment : si les personnes qui ont chroniqué ce livre évoquent souvent les mêmes points forts, mes échanges avec des lecteur-ices me font aussi réaliser que chacun-e projette sa propre histoire et ses propres sentiments dans un récit. On n’y lit jamais la même chose, on n’y comprend jamais la même chose non plus. J’ai parfois été stupéfaite d’entendre certaines analyses. Et c’est bien, l’écriture est vivante, en mouvement, la lecture l’est aussi. Mais à partir de là c’est compliqué de déterminer des « forces » et des « faiblesses ». Elles varient tout le temps. Après s’il y a un point qui revient systématiquement dans les critiques c’est le fait qu’on s’attache aux personnages. Ça tombe bien, pour moi c’est l’essentiel d’un bon roman.

 

/Ce qui m’avait touché et remué était ce réalisme cru des difficultés rencontrées par ce trio. Peut on penser qu’il y a une part de votre histoire personnelle et/ou professionnelle dans ce récit?

 
J’ai pu constater, par moi-même ou à travers des proches, la violence du milieu médical. Dans Rien ne se perd ça transparaît avec l’hôpital psychiatrique. J’ai vécu et été témoin d’un grand nombre de violences policières mais je n’ai jamais connu quelqu’un qui ait été tué. Après il suffit de suivre les actualités pour pouvoir prévoir, à l’avance, le déroulé de chaque enquête et le dénouement de chaque procès…

 

/Derrière le rideau des affres du quotidien on sent poindre une lumière qui tend à l’optimisme. Pensez vous que dans ce type de situation négative il y ait toujours du positif à conserver?

On me dit souvent ça mais je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup d’optimisme à la fin de Rien ne se perd. Beaucoup des problèmes de Mattia sont résolus mais est-ce que ça veut dire que la suite de sa vie sera plus heureuse ? « Vous êtes sur terre, c’est sans remède », j’aime bien cette phrase de Beckett, elle veut tout dire. Pour répondre à la question je ne peux parler que pour moi, quand ce genre de chose arrive la seule solution de survie consiste à essayer de construire des solidarités autour de ce qui s’est produit pour qu’autre chose puisse en sortir. Mais je n’irai pas jusqu’à affirmer qu’il y a du bon dans chaque malheur, c’est complètement faux. Il y a autant de façons de vivre un problème que d’invividu-e-s, et même en s’étant relevé de dix coups durs on n’est pas à l’abri de s’effondrer au onzième.

 

/Votre ouvrage est-il une critique de nos politiques?

Ça dépend du sens qu’on donne au mot « politiques ». Souvent cette notion renvoie automatiquement aux politiques « professionnelles », aux élu-e-s etc. C’est un peu facile. Quand on questionne les gens au sujet d’une affaire médiatisée qui concerne une bavure policière beaucoup trouvent des tas d’excuses aux responsables quand ils ne retournent pas complètement le problème. Les médias jouent aussi là-dessus. Par exemple on entend toujours dire que la victime « était connue des services de police » comme si ça justifiait la mort. (Et en plus ça ne veut rien dire, si vous êtes entendu-e au poste en tant que victime ou témoin vous êtes considéré-e comme étant connu-e). Et les gens sont rarement « tués » par la police. Ils sont toujours « abattus »…

 

/On est justement dans une actualité brûlante concernant l’avenir de notre pays, la littérature a t-elle un rôle à jouer dans ces circonstances à vos yeux?

Tout le monde ne lit pas. Je pense qu’il faut toujours le garder à l’esprit quand on interroge le rôle de la littérature. En tant qu’auteur-e on doit savoir que, même si on veut s’adresser à tout le monde, dans les faits ce ne sera jamais le cas. Donc elle a peut-être un rôle mais il sera toujours très limité. Par rapport à son impact réel je suppose que ça dépend totalement de la sensibilité de la personne au moment où elle commence une lecture. Un livre qui m’aura laissée froide il y a trois ans peut changer ma façon de penser les choses si je retombe dessus au bon moment, mais il faut qu’il y ait déjà une sorte de terreau favorable. Je doute qu’une personne qui pense en terme d’ordre, de sécurité et de délinquance puisse être très touchée par Rien ne se perd (jusqu’à preuve du contraire).

 

/Diriez vous que la jeune génération, pour faire simple 18-35 ans, semble globalement désabusée, pessimiste?

Quand je discute avec des personnes plus âgées (la génération de mes parents, 50-60 ans), la principale différence qui ressort systématiquement c’est qu’à nos âges elles étaient dans l’idée que les choses ne pourraient que s’améliorer. Tandis que les gens de mon âge, s’ils sont parfois optimistes sur leurs chances personnelles de « s’en sortir », sont assez unanimes sur le fait que tout ira de pire en pire. Dans Rien ne se perd, les personnages de Mattia, Gina, Siham, et dans une moindre mesure Karim et Nadir me semblent assez représentatifs de ce fossé générationnel. Et en même temps ce découragement peut avoir valeur de force : à partir du moment où on n’attend plus rien des institution et des politiques on peut sortir d’une certaine passivité et essayer de créer autre chose sans attendre que d’autres le fassent à notre place. (Ce que ces personnages font dans le roman d’une certaine manière). 

 

 

/ Est-ce que Mattia c’est vous, dans un certain sens?

Pas du tout. Je n’ai pas eu une enfance dure comme la sienne et je n’ai pas été confrontée, à son âge, à autant de questions politiques et sociales. J’évite au maximum l’autofiction dans mes romans, je pense que c’est contre-productif. Dès qu’un personnage se met à trop me ressembler j’efface tout, ça me bloque.

 

/Que représente pour vous l’écriture?

La possibilité de se planquer quelque part, peu importe le degré de saloperie ambiant.

 

/Un livre qui vous a marqué, récemment ou pas.

Le dernier qui m’ait marquée : « Les évaporés » de Thomas B. Reverdy. Avec une courte citation en prime : « la misère est une énergie renouvelable. »

/C’est un peu la marque du site, un titre musical qui pourrait symboliser Rien ne se perd, ou un titre qui pourrait résumer votre état d’esprit actuel…

Il y en a un qui marche pour les deux ! Kery James, Lettre à la république.

Entretien mail effectué entre le 25 et le 27 Avril. Je remercie vivement Cloé Mehdi pour son avenant et  Jimmy Gallier pour son aide et  surtout pour nous avoir permis de découvrir cette littératrice.

Chouchou.

 

NU COUCHÉ SUR FOND VERT de Jacques Bablon / Jigal.

Vert comme la pousse d’un jeune rameau, vert comme une jeunesse perdue, vert comme l’espoir friable, vert telle la chlorophylle de vie, source d’oxygène florale…Deux collègues, deux flics que beaucoup opposent s’agrègent dans une double affaire indépendante. L’une touche de manière directe Romain et sa vie antérieure, l’autre consume son présent. La « danse » de ces missions capitales pour nos protagonistes évoluant entre passé et événements de l’immédiateté, dressera par ailleurs les portraits taillés à la serpe d’un homme et d’une femme en quête de repères d’épanouissement pour leur futur.

« Margot et Romain. Deux flics d’une même brigade. Ont en commun l’habitude de sortir du cadre autorisé pour régler à leur manière les affaires criminelles qui leur tiennent à cœur. Margot veut retrouver l’assassin du père de Romain, tué par balle, il y a vingt-cinq ans. Une famille au destin tragique… Romain ne lui a rien demandé. Mais Margot ne supporte pas que des tueurs cavalent librement dans la nature. Romain, lui, traque les auteurs du carambolage meurtrier qui a coûté la vie à l’inspecteur Ivo, son coéquipier. Leurs armes ? Acharnement et patience sans bornes pour Margot… Beretta et fusil à lunette pour Romain ! Une plongée dévastatrice où le hasard n’a pas sa place… » Continue reading

LA LETTRE ET LE PEIGNE de Nils Barellon / Jigal.

Genèse d’un retour vers les racines. Embarqué dans un voyage dans le temps sur la trace de reliques pour fanatiques extrêmes, on suit un homme à qui se révèle, outre son passé, des valeurs intrinsèques léguées par ses aïeux.

« Avril 1945. Anna Schmidt erre dans les rues dévastées de Berlin à la recherche d’un abri

Janvier 1953. Elle confie à son cousin Heinrich une mystérieuse lettre qu’elle lui demande de remettre à son fils Josef si un jour celui-ci se sentait en danger et venait la réclamer.

Septembre 2012. La capitaine Hoffer enquête sur l’assassinat d’un gardien du musée d’Histoire de Berlin. Le mobile du crime semble être le vol d’un peigne tristement célèbre… Quelques mois plus tard, Jacob Schmidt est sauvagement agressé en sortant d’un club. En déposant plainte, il croise la capitaine Hoffer, très intriguée par son histoire. Depuis, Jacob se sent traqué. Et le souvenir de cette lettre dont Josef, son père, lui avait parlé lui revient en mémoire… De Francfort à Paris en passant par Berlin, il décide alors de tenter l’impossible pour la retrouver… »

Quand les maux transmettent comme un type de bénédiction spirituelle mais surtout ouvrent un pan complet de son histoire et ce qui constitue un destin issu d’un fil d’existence mué, tatoué par les racines du mal.

Le style de Barrellon fortement ancré dans l’Histoire, en particulier celle de l’Allemagne et ses cicatrices du national-socialisme, fait preuve d’altruisme en occultant les règles manichéennes en pareilles circonstances. Face aux entreprises licencieuses de révisionnisme, l’affliction du passé perdu, l’auteur donne un sens concret à la quête constructive de Jacob. Par-delà l’influence prépondérante de l’Histoire, on découvre son histoire, cadencé par un destin familial érigé comme une fatalité mais qui s’en amende en prouvant que les vertus de renoncement et d’adaptation ne sont pas de vains mots.

Si la trame s’extraie des thèmes dualistes, Jacob reste bien un opposant dans ce duel d’entités et de motivations antagonistes. Sans toutefois faire montre d’un rythme « punchy » , on est irrémédiablement happé par la saveur, par le discours sous-jacent du récit nous immergeant dans cette salvatrice lecture.

Force des racines qui se rappellent un jour ou l’autre à notre conscience !

Chouchou.

LE PRINTEMPS DES CORBEAUX de Maurice Gouiran / Jigal.

21 Mai 1981, François Mitterrand remonte la rue Soufflot dans une foule dense et s’en extrait pour pénétrer dans la crypte du Panthéon pour y fleurir les tombes de Jaurès, Victor Schoelcher et celle de Jean Mouiin. C’est le jour de l’investiture, du sacre laïc du chef de la gauche, qu’a lieu le premier crime dans la cité phocéenne. Jeune étudiant, Luc Rio, va voir son existence basculer.

« Mai 81. La France se passionne pour les prochaines présidentielles. Louka, jeune étudiant marseillais, cherche plutôt une idée pour gagner un peu de fric. Une mère aux abonnés absents, un père abattu lors d’un braquage, Louka a un passé chargé, trimbalé entre foyers et familles d’accueil. Pour l’instant, il va à la Fac, vit de petits boulots et de combines en tout genre. Mais Louka est intelligent, il fonctionne à l’instinct, maîtrise déjà les codes des voyous et ceux qui permettent de mener les hommes. Et c’est en lisant un article du Canard sur Papon que l’idée va jaillir… Sans aucun état d’âme, il met alors en place une redoutable machine à cash… Mais le chemin qui mène à l’enfer n’est-il pavé que de bonnes intentions ? »

Initialement mué par une inextinguible avidité le jeune Luc, alias Louka, va être entraîné dans des événements qui feront date dans son existence. C’est le printemps, on est donc en 81, et il porte son passé en bandoulière mais pas comme un lest invalidant. En faisant preuve d’une « malice » futée pour se créer un pécule que son niveau social ne lui autorise pas, de fil en aiguille Louka devra évoluer, trouver des alternatives à ses impasses. Ses décisions, pas toujours à propos, sa maturité qui pointe le bout de son nez provoque la chance, provoque des affres périlleuses.

Germe dans son esprit une échappatoire, une solution à sa philosophie de vie. C’est alors qu’entre en scène le maître chanteur des corbeaux ! Il côtoie alors ronds de cuir, politiques, familles bourgeoises, petites pègres et nage dans le marigot avec une déconcertante aisance. Ses objectifs tendent à être atteints mais c’est alors que surgit l’Histoire et ses nuances en vert de gris, en noir, en gris,…

Son examen de conscience en croisement avec son histoire le contraindra à emprunter une route, une voie inattendue. Louka se révèle d’une implacable lucidité et d’un regard avisé sur la société. Le printemps les bourgeons surgissent, les destinés se concrétisent et le présent est rattrapé par le passé immuable.

Maurice Gouiran dans son attachement à sa cité des Bouches du Rhône nous délivre, de nouveau, un écrit fort paré d’un emballage engageant, attractif. En mettant en place des personnages à la croisée de leurs existences, il structure un récit tout à la fois frais, sombre en lien avec les agissements de chacun au décours du conflit de la seconde guerre mondiale, et nous replonge dans cette année 81, son printemps, où espoir symbolisait le maître mot d’une génération.

Noir est le Corbac, coloré est le printemps !

Chouchou.

 

QUAND LES ANGES TOMBENT de Jacques – Olivier Bosco / Jigal.

C’est le dernier roman en date de Jacques Olivier Bosco qui nous fait l’honneur et l’amitié d’écrire quelques chroniques chez Nyctalopes. Il a déjà de deux ans mais je crois savoir que nous allons bientôt pouvoir lire sa prose à nouveau.

Ne faites aucun rapprochement avec le court métrage de Polanski racontant les souvenirs d’une dame pipi dans le titre du nouveau roman de JOB. Les références cinématographiques sont les mêmes que d’habitude : Giovanni et les films noirs des années 70 interprétés par Delon et Belmondo.

Et même si Jacques Olivier commence par faire très fort dès le départ… mieux qu’un Concorde rempli de retraités allemands voulant s’envoyer en l’air et se gaufrant dans les abords d’un hôtel souvent utilisé pour des 5 à 7 peu glorieux, il nous offre le crash d’un Airbus A340 sur un centre pénitentiaire alsacien. Suite à ce coup d’éclat digne d’un adepte des films « testotéronés » passés de Bruce Willis, l’auteur revient vers un théâtre plus en rapport avec ces écrits antérieurs.

Moi, ce bouquin, je l’aurais bien appelé « la fête des pères » tant certains vont morfler dans leur rôle de géniteur pour des fautes qu’ils ont commises en temps qu’ hommes publics ou aussi, pourquoi pas, pour lui donner des lettres de noblesse « les péchés des pères » comme le premier roman de Lawrence Block .

« Cinq enfants kidnappés… Un truand impitoyable, Vigo, dit le Noir, condamné à perpét’ pour le meurtre de gamins qu’il nie farouchement avoir commis… Un avion en provenance de Russie qui par malheur s’écrase sur une prison… Un procès truqué, une vengeance… Un préfet assoiffé de pouvoir qui brouille les cartes, un flic déboussolé au fond du trou, un malfrat corse en rupture de ban, un cheminot alcoolo, un juge en fin de parcours, une avocate opiniâtre, des parents bouleversés mais combatifs… Et leurs cinq mômes bien décidés à survivre et prêts à tout pour s’en sortir tout seuls ! »

Alors, c’est un bon JOB même si, tant pis, cela sonne comme un pléonasme. Cent pour cent adrénaline, ce nouveau bouquin ravira les convaincus et drainera d’autres nouveaux adeptes tant la formule action, sentiments à fleur de peau, amitiés criminelles, flingues, bagnoles est une nouvelle fois bien mixée pour offrir un cocktail très addictif, très tassé provoquant une dépendance immédiate, heureusement pas trop longue, parce qu’elle implique un isolement et limite la vie sociale le temps qu’il faut pour lire les 321 pages.

Job est un passionné, un grand gosse qui veut et réussit à nous faire entrer dans son univers bizarre et obsolète si cinématographique. Et derrière cette apparence de thriller, se dressent toujours les thèmes qui lui sont chers comme l’amitié, la vraie, la paternité (il doit être un papa attentionné ou un papa qui craint de ne pas l’être assez) et une rage contre l’injustice qui font que les romans de JOB sont plus que des bons petits polars malgré l’apparence derrière laquelle ils se cachent. J’attends juste le jour où il va écrire le roman où l’action sera en retrait par rapport à une grande évocation de la paternité, par exemple.

Et puis il y a aussi les clins d’œil pour « happy few » que vous reconnaîtrez si vous traînez un peu sur les blogs de polar : les juges Maugendre, Le Nocher, Jégouzo et Lahérrère , l’hôtel de Faverolle et peut être aussi deux tueurs corses au destin tragique les frères Dominique et Christian Franzoni.

Du JOB explosif et plus cérébral malgré les apparences.

Wollanup.

A L’ OMBRE DES PATRIARCHES de Pierre Pouchairet/Jigal.

Aux confluences géographique des trois territoires que sont la Cisjordanie, la Palestine et l’état d’Israel et des confluences géopolitiques d’un conflit dictés par les jougs religieux, les tensions séculaires, l’inflexibilité d’intercommunication nous est révélé par une enquête menées par différentes entités issus de ce marigot.

« Alors que la région s’embrase à nouveau, que les affrontements intercommunautaires se multiplient et que les morts s’accumulent de part et d’autre, Dany et Guy, deux inspecteurs de la police judiciaire israélienne, enquêtent sur le meurtre d’une Européenne retrouvée assassinée en plein quartier arabe à Jérusalem-Est. Ils débutent leurs investigations sous haute tension d’autant que, pour les extrémistes, les coupables paraissent tout désignés et qu’une telle horreur appelle forcément vengeance… Parallèlement, Maïssa, flic palestinienne, se retrouve chargée d’enquêter sur l’enlèvement d’une de ses amies en poste dans une organisation internationale… Les deux affaires vont se croiser, s’imbriquer et obliger les policiers à travailler ensemble dans un climat de suspicion généralisée, où rien n’est simple et où il ne faut surtout jamais se fier aux apparences.”

Comme ces territoires, tels des châteaux de sables érodés par de l’eau de pluie, ces villes sequestrées, anoxiques, des troglodytes affublés d’une couleur signifiant leur appartenance à une communauté, un camp tentant, dans un fantasme, de co-exister. Pierre Pouchairet nous suggère que le manichéisme n’a pas lieu d’être dans ce contexte vérolé.

Le meurtre d’une ressortissante britannique cristallise l’enquête et comme muée par une force centripète elle lèvera le voile sur des ramifications et des victimes issues de visions politiques contraires, opposés, collatérales.

D’ un point central symbolisé par l’homicide initial se déclenche des événements en “étoile” qui semblent sans causes communes, mais les apparences peuvent fourbir des surprises idoines à une conception carrée basée sur un complexe tan gram à reconstituer.

L’épicentre des tombeaux des patriarches, symboles ultimes, hiérarchiques des religions monothéistes éclaire une nouvelle fois le conflit Israelo-Palestinien. Ce marasme politique, générationnel, socio-éducatif, lisiblement dessiné par l’auteur infléchit notre voyage manuscrit vers un moment fort.

Roman mais, qui en filigrane, l’on peut percevoir un document neutre de ce face à face théologique où deux nations s’affrontent dans leur Histoire par leurs histoires.

Pouchairet aura su mastiquer, assimiler, digérer, afin de retranscrire de son propre vécu des faits romances en prise directe, avec un réalisme, une sincérité, une neutralité assumés et bienveillants.

Ping Pong cynique sous une plume arrondissant les angles sans galvauder la, les vérités par son prisme factuel.Honnêteté tant littéraire qu’historique, l’écrit conquiert son lectorat par sa trame et son fond!

Il ne faut avoir aucun regret pour la passé, aucun remords pour le présent, et une foi inébranlable pour l’avenir” J. Jaurès

Chouchou.

 

MAUDITS SOIENT LES ARTISTES de Maurice Gouiran/Jigal

Immersion dans le monde multicolore, multiculture, aux us francs et identitaires de la cité phocéenne où se mêleront les investigations, les tranches de vie d’un homme complaisant dans sa solitude, de son mode de vie mais toujours ancré dans ses racines et son cercle nucléaire.

« La découverte de centaines d’œuvres d’art dans l’appartement d’un octogénaire munichois, 70 ans après la fin de la guerre, a fait resurgir de vieux fantômes : le vieil homme n’était-il pas le fils d’un célèbre marchand d’art ayant œuvré pour le Reich ? À Marseille, un modeste couple de retraités des quartiers Nord, Valentine et Ludovic Bertignac, entame une procédure judiciaire afin de récupérer une dizaine de tableaux retrouvés à Munich. Clovis Narigou, qui a un urgent besoin d’argent, effectue quelques piges pour un grand magazine national. On le retrouve en Ariège, sur les traces d’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle qui a fui le monde pour y mourir en ermite. De fil en aiguille, Clovis va s’intéresser au camp de Rieucros, en Lozère, où le matheux a séjourné avec sa mère. Un camp pour femmes et enfants, créé alors par Vichy. Clovis apprend que Valentine Bertignac y a également été incarcérée. Pour les besoins de son enquête, Clovis va se replonger dans ces années noires, la guerre que livra Goebbels à l’art dégénéré et le pillage des collections juives par Goering. Tout va s’accélérer lorsqu’il apprend l’assassinat sauvage des époux Bertignac au cours d’un bien curieux home-jacking. »

Journaliste à la pige qui de manière aléatoire va se trouver confronté à des meurtres pour qui les mobiles semblent en lien avec la spoliation d’œuvres d’art de familles juives.

Tel le papier carbone des long métrages « Monuments Men », « La femme en or » avec Helen Mirren et  « Le Train » de John Frankenheimmer (Burt Lancaster, Jeanne Moreau) on est sous l’emprise de ces animations de pellicule d’un triptyque que l’on ouvre et découvre…

Sous des atours dilettantes, l’ancien grand reporter retrouve des réflexes conditionnés forçant les portes récalcitrantes. Dans son mode de vie à la marge, il concilie l’accueil d’hôtes bardés de leurs « apaches » et sa relation contrastée bien qu’épisodique, charnelle, sporadique avec une jeune fliquette. Le « packaging » achève de rendre son personnage attachant bien qu’attaché à son indépendance de ton, de choix ! La pelote tissée par son chemin personnel et ses recherches semble bien touffue et emmêlée mais la vérité n’est pas toujours celle que l’on croit…

La lecture, vallonnée comme la garrigue du piémont Marseillais périphérique, escarpée comme les calanques, demandant une dose d’abnégation pour atteindre la beauté de la nature et ces mirifiques havre de quiétude, nous détournera de nos quotidiens mornes par la lumière méditérranéenne, l’alternance d’une sémantique chantante, voire gouailleuse parsemée du patois local, et d’une rigueur historique dans cette tragédie de la thématique traitée.

L’auteur allie, donc, couleurs chaudes et tons chromatiques plus nuancés pour notre plus grand plaisir.

Vivifiant et rappel historique !

Chouchou.

ROUGE ECARLATE de Jacques Bablon/Jigal

Ceux qui ont lu et apprécié « trait bleu » le magnifique premier polar de Jacques Bablon chez Jigal attendaient certainement comme moi, le retour de cet auteur qui dans un mélange de violence et de péripéties particulièrement déjantées nous avait offert l’an dernier,dans une Amérique fantasmée, un superbe roman noir, une joyau très court mais d’une grande intensité que beaucoup d’auteurs aimeraient savoir reproduire en si peu de belles pages folles. Alors, bien sûr, l’auteur était forcément attendu au tournant du deuxième roman et avant d’entrer plus dans les détails, les fans du premier opus peuvent foncer tête baissée pour rentrer à nouveau dans le grand bastringue créé par Jacques Bablon, talentueux, malin,espiègle, doué pour nous raconter des histoires à vous fendre le cœur en plus de vous choquer.

« Elle mange une fraise. Un délice ! N’aurait pas dû. Un piège tendu par une ordure. Salma, trentenaire canon et forte tête, s’en tire avec quelques côtes et le nez cassés. Un avertissement. Courir comme une dératée lui suffira-t-il à échapper au pire ? Joseph, son père, est assailli par une envie de flinguer le mec d’à côté et d’étrangler Rosy qui ne le fait plus bander. Pourrait être amené à changer de cible. Marcus, le fameux voisin, faux expert-comptable et vrai salaud, fait dans l’import-export de produits prohibés, un milieu difficile où l’on ne peut espérer vivre vieux. À ses côtés, la fameuse Rosy, maman dévouée, pas aimée comme elle devrait. Leur petit garçon s’appelle Angelo, mais personne n’a dit qu’avoir quelque chose d’un ange protégeait des balles. À chacun sa petite maison… Un matin, ça canarde à la chevrotine dans l’une, l’autre est ravagée par les flammes. Pour les rescapés, le début de la cavale… »

Le premier roman revêtait la couleur bleue, le second est rouge écarlate mais pas de sang, rouge comme les fraises que déguste Salma tels des fruits défendus au début de l’histoire et qui la mèneront à sa perte, ou au moins aux débuts d’un gros bordel rendu encore plus terrible par les agissements de son père à l’Ouest de l’Ouest.

« Rouge écarlate » continue d’explorer des pistes qui avaient rendu « trait bleu » irrésistible. Si dans le premier, nous pensions être aux States, dans celui-ci nous ne savons plus où nous sommes…dans le monde occidental, c’est certain, mais ce sera tout comme infos et amplement suffisant. Gommant de son texte ce qu’il juge inutile à la compréhension de l’histoire, Bablon y prend même un malin plaisir. Si au début certains prénoms tels que Suzy, Joyce Carol, un cheesecake peuvent évoquer l’Amérique, le reste du roman dément cette première impression. Bablon joue avec ce mystère en utilisant des noms de famille tantôt slaves, tantôt méditerranéens, tantôt tout simplement bizarres. Les habitués de Bablon verront que ce coup-ci, il en joue, au travers de certaines phrases comme par exemple: « un journal écrit dans une langue parlée ailleurs ». En moins de deux romans, Jacques Bablon a su créer une connivence avec son lectorat et ce parti-pris de ne pas situer géographiquement l’action allié à l’utilisation du présent donne beaucoup de vitalité à un texte qui ne laisse jamais respirer le lecteur. Mais si l’auteur fait fi du superflu, il peut, néanmoins, tel le grand James Sallis, s’arrêter sur de petits détails d’une tique qui agresse un gendarme, de souris qui se font massacrer par une buse, d’un arbre misérable, pathétique étendard dans une cité HLM.

Dans « trait bleu », nous suivions un homme, ici cinq ou six personnages illustrent la trame et on ne sait lesquels n’auront pas à subir les foudres de la plume de Jacques Bablon, rude, sans concessions et parfois très surprenante.

Et cette fraise, objet de désir coupable de Salma qui peut être vue comme le fruit défendu de la tentation est aussi le symbole de vie, d ‘envie de maternité d’une Salma, femme très combative, mais aussi habitée de tendres sentiments cachés, de compassion qui font que « Rouge écarlate » est un roman hors norme réjouissant et tout simplement un roman à lire si vous êtes usés par tant de romans formatés.

Auteur à suivre, roman à lire.

Wollanup.

PS:la couverture est magnifique Jimmy.

 

« Older posts

© 2019 Nyctalopes

Theme by Anders NorenUp ↑