Chroniques noires et partisanes

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L’ AGENT DU CHAOS de Giancarlo De Cataldo / Métailié Noir.

Traduction: Serge Quadruppani.

Giancarlo De Cataldo, magistrat à la cour de Rome et auteur entre autres de “Romanzo Criminale”, de “Suburra “avec son compère Carlo Bonini est une pointure du polar et ses romans ont franchi les limites de l’Italie et contribuent à montrer un peu plus la qualité générale des polars venus d’ Italie. Ce nouvel opus sortant au moment du quarantième anniversaire de Métailié montre par ailleurs la grande place accordée par l’éditeur aux productions italiennes traduites par le grand spécialiste de la “botte” littéraire: Serge Quadruppani.

“Jay Dark a-t-il vraiment existé ? Deux hommes, un romancier et un avocat, se retrouvent dans des lieux insolites de la capitale romaine. Maître Flint prétend raconter la véritable histoire de Jay Dark, agent de la CIA chargé de répandre les nouvelles drogues des années 70 dans les mouvements de contestation étudiants…”

Pas de doute, la qualité est toujours là, seul le cadre change. Ce roman est avant tout une histoire américaine débutant dans le quartier new-yorkais de Williamsburg où sévit, en 1960, un jeune cambrioleur à la petite semaine nommé Jaroslav Darenski qui deviendra, au service de la Firme, le fameux agent du chaos nommé Jay Dark. Faisant siennes les multiples allégations des implications de la CIA dans la propagation et le trafic mondial de la drogue, De Cataldo va bien en deçà des années 80 et du financement des “contras” en Amérique centrale pour créer une genèse au début des années 60 pendant la grande vague du LSD.

L’auteur nous propose ainsi un impeccable voyage dans les milieux étudiants, musicaux, littéraires ricains adeptes de cette drogue du “bonheur”, nous faisant côtoyer certains mouvements sociaux: Harvard, les émeutes de Watts, les rassemblement, le mouvement hippie, le Vietnam dans un premier temps pour ensuite mondialiser son propos jusqu’ au Paris de mai 68. Après le LSD, viendra le temps de la drogue de la “mort”, l’héroïne, poison injecté originellement et principalement dans les ghettos noirs. Viendront les Blacks Panthers, les Weathermen… Jay Dark sait manœuvrer, s’enrichit, mène grand train, librement, côtoyant certaines élites intellectuelle avides de vertige, de paradis artificiels. De Cataldo se fait visiblement plaisir à décrire cette époque, rend hommage en passant à Leonard Cohen le musicien mais aussi le poète. Le ton, surprise, dans les deux premiers tiers du roman est souvent très proche de la comédie. Mais ne nous leurrons, De Cataldo a déjà décrit souvent et talentueusement la noirceur humaine et l’histoire sombre, dans son dernier tiers, dans la tragédie et le masque de Jay Dark tombe.

“L’agent du chaos” est un roman particulièrement prenant mais en aucune façon une enquête, une recherche d’une quelconque vérité. S’appuyant sur des théories du chaos tout à fait crédibles quand on connaît un peu les pratiques tordues de la CIA, De Cataldo tisse une histoire addictive et vive, ponctuée par de courts chapitres accrocheurs et magnifiée par un bien beau talent de conteur et une réflexion aboutie sur l’univers des drogues.

Wollanup.


ROME BRÛLE de Giancarlo De Cataldo et Carlo Bonini/ Métailié Noir

Traduction: Serge Quadruppani.

Samourai derrière les barreaux lègue ou plutôt délègue son empire à Sebastiano et la représentation n’est pas chose aisée. Entre questionnements politiques, économiques, mafieux sécantes et sensibilités individuelles la ville de la Louve ressasse son passé et son histoire.

« Rome.

Sebastiano, représentant du Samouraï, leader incarcéré des mafias locales, tente de pérenniser son empire.

Le prochain jubilé relance les travaux publics et aiguise l’appétit de Fabio, étoile montante du trafic de drogue.

Martin, le nouveau maire, Polimeni, sénateur intègre et Malgradi, représentant des constructeurs, veulent leur barrer la route.

Bientôt, c’est l’escalade de la violence. »

 

Les déliquescences de systèmes politiques à l’orée des systèmes mafieux marque une jauge dans nos mondes contemporains. Rome dans son  incandescence, sa proximité avec les édiles religieux du Vatican lui confère une place névralgique de trois pouvoirs. Le trident se jauge, s’évalue, se tourne autour. Malgré une évidente volonté vertueuse d’offrir à la cité un équilibre, un souci de la communauté, la gangrène est là et bien là mais elle ne présente plus macroscopiquement la même devanture.

On prend alors conscience que la pieuvre reste immarcescible. Les atours contemporains de celle-ci faits de charme, de « respectabilité », d’intelligence ne masquent pas sa substance visqueuse, imputrescible. Face à un maire volontaire mais crédule, les tentacules se déploient, s ‘enroulent et étouffent sa proie. Ce personnage à la Lucien de Rubempré des Illusions Perdues de Balzac tente, force, se défend, manœuvre, propose son énergie pour le bien collectif mais le pouvoir derrière les tentures est implacable.

Les barbares et les Papes, Rome, Hier, Aujourd’hui. Pour l’éternité.  La suite de Suburra semble sans fin, semble éternelle. Nous, lecteurs, sommes happés par les plumes acérées du duo d’écrivains et amateurs de roman noir nous rendons les armes en nous laissant guider dans ce dédale sans issue.

Quant en sera t-il du futur, serons nous les tristes spectateurs d’une ville divine au prise avec des entités telles que l’épigone d’une race typiquement italienne…

« Ce poignard s’appelle « Miséricorde ». C’était l’arme avec laquelle, au Moyen Age, on finissait sur le champ de bataille les blessés intransportables. Les hommes pour lesquels il n’y avait rien d’autre à faire que de les confier au jugement de Dieu. Normalement, au terme d’une bataille, l’évêque s’inclinait sur les malheureux, leur administrait l’extrême-onction et puis, d’un signe de tête, ordonnait de procéder. La lame s’enfonçait à la hauteur du sternum et perçait le cœur. Un seul coup. Une « Miséricorde », donc. »

Comme le proclamait le tristement célèbre révolutionnaire Saint just aux racines bourbonnaises : « Ce n’est pas avec l’innocence qu’on gouverne ! »

Noir cendré…

Chouchou.

 

 

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