Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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COBB TOURNE MAL de Mike McCrary / Gallmeister.

Traduction:Christophe Cuq.

 

« Remo Cobb est l’avocat de ceux qui ont commis le casse du siècle : 3,2 millions disparus en 2 minutes 11 secondes. Et seize morts. Sans trop de scrupules, Remo décide de perdre son procès pour envoyer ses clients derrière les barreaux et garder le magot. Il comptait bien sur les talents de la partie adverse pour que les types restent en taule, mais les voilà lâchés en pleine nature quelques années plus tard avec une seule envie : se venger et récupérer leur fric. Remo sait qu’il va mourir. Sauf si… »

« Cobb tourne mal » est le premier d’une série de quatre romans déjà publiés aux USA. Nul doute que Gallmeister nous fera profiter de la totalité des aventures survitaminées de Remo Cobb, avocat un peu à l’ouest  se mettant dans une mouise pas croyable quand les membres du gang dont il a volé le magot pour le donner à une association de victimes de braquages dans les banques sortent de prison de manière légale ou par la force et la violence quelques années plus tard.

« Dans un champ agricole juste au nord de Trou-du-cul-du-monde-ville, États-Unis d’Amérique, les participants du braquage creusent un large trou pour planquer le cash. Entassent de gros sacs de liasses. La terre retombe par-dessus. Dutch se fait une autre réflexion – peut-être bien la règle numéro 5. Ne pas se faire choper avec le fric. La bande en question n’est pas une clique criminelle internationale de sex-symbols sortis d’un studio des Warner Brothers. « 

Remo Cobb se considère comme un connard et, dès les premières pages on est tenté de l’approuver tant son comportement suffisant avec les femmes, entre autres, est insupportable. C’est un côté gênant de l’histoire au départ car, comme dans les romans de Jason Starr qui affectionne de raconter la chute de personnages vils, on est prêt à vivre l’hallali à venir mais pas forcément à s’inquiéter pour ce pauvre Remo. L’auteur jouera ensuite sur la corde sensible en distillant une inquiétude quant à la vie de Sean, jeune fils de Remo mais, l’affection pour les personnages n’est pas vraiment la volonté première de l’auteur ou alors je ne l’ai pas vraiment saisie.

« Cobb tourne mal » est un pulp, un vrai, racontant une histoire bien sanglante, agrémentée d’un humour noir assez réjouissant. L’auteur fait souvent fi de la vraisemblance du propos en laissant imaginer qu’on peut déclencher des fusillades dans la rue ou dans un diner à New York sans être inquiété par la police ou en délocalisant dans la campagne la prison fédérale de Sing Sing située en réalité en plein centre de la ville d’ Ossining. Tout est mis au service de l’action et le roman est tonitruant pendant ses 170 pages vite avalées.

Le plaisir de lecture est brut, sans fioritures, particulièrement explosif, un « one shot » sanglant. Vite lu, vite apprécié mais aussi vite oublié.

Tarantinesque.

Wollanup.

L’OBSCURE CLARTÉ DE L’AIR de David Vann chez Gallmeister

Traduction : Laura Derajinski.

David Vann raconte dans ce roman l’histoire de Médée, héroïne tragique et meurtrière de la mythologie grecque. Pas étonnant qu’il choisisse ce mythe quand on connaît ses autres romans qui explorent profondément les dysfonctionnements familiaux et ont des allures de tragédies.

« “Née pour détruire les rois, née pour remodeler le monde, née pour horrifier et briser et recréer, née pour endurer et n’être jamais effacée. Hécate-Médée, plus qu’une déesse et plus qu’une femme, désormais vivante, aux temps des origines”. Ainsi est Médée, femme libre et enchanteresse, qui bravera tous les interdits pour maîtriser son destin. Magicienne impitoyable assoiffée de pouvoir ou princesse amoureuse trahie par son mari Jason ? Animée par un insatiable désir de vengeance, Médée est l’incarnation même, dans la littérature occidentale, de la prise de conscience de soi, de ses actes et de sa responsabilité. »

Le roman commence à bord de l’Argo : Jason et Médée sont poursuivis par son père après le vol de la Toison d’or et le meurtre de son frère. David Vann est un marin et avec des archéologues, il a participé à la construction d’une reconstitution de navire égyptien d’il y a 3500 ans et l’a fait naviguer. Il utilise cette expérience pour décrire l’Argo : les grincements dans les cordages, les calmes plats où le navire n’avance qu’à la force des rames, les courants à affronter… on y est vraiment.

Le style est singulier avec une bonne moitié de phrases sans verbes et je dois avouer qu’il m’a fallu une bonne cinquantaine de pages pour m’y faire. L’action s’enlise et c’est d’abord de l’ennui que j’ai ressenti, mais j’ai persévéré parce ce que c’est David Vann et que j’ai adoré tout ce que j’ai lu de lui qui me touche avec une profondeur rare. Et j’ai bien fait ! L’ennui se mue peu à peu en pesanteur, c’est celle qui règne à bord de l’Argo où tous ont conscience de jouer leur vie et qui pèse encore davantage sur les épaules de Médée car c’est grâce à elle qu’ils ont pu voler la toison d’or et fuir. J’ai embarqué alors sur l’Argo dans une torpeur mêlée d’angoisse, comme dans le calme avant la tempête et j’ai été passionnée par Médée, par sa révolte et sa rage.

Médée mène une bataille désespérée pour être libre, elle refuse d’être l’esclave d’un homme ou d’un roi. Ce désir, monstrueux pour une femme, est la première transgression de Médée, féministe des temps anciens… Pour ne pas être soumise, elle se doit d’être reine ou déesse et pour cela d’inspirer la frayeur. Elle assume tout, toutes les transgressions de tous les interdits. Elle a choisi Jason pour échapper à son père mais sans illusion, il est faible, lâche, opportuniste et j’en passe, il n’a rien d’un héros. Médée est d’une lucidité rare : elle doute des dieux, refuse les tyrans et connaît les faiblesses des hommes.

« Voilà ce que Médée croit : qu’il n’y a pas de dieux. Il n’y a que le pouvoir, et afin de détenir le pouvoir, il faut être issu d’un dieu. En fin de compte, c’est la même chose. Quand on détient le pouvoir, on devient véritablement un dieu. Comme Hatshepsout et tous les pharaons avant elle. Massacrer son frère, détruire son père. Ce sont les actes d’un dieu, des actes qui inspirent la peur et qui forgent le mythe. Les dieux accomplissent ce qui ne peut être accompli. Et une femme peut aisément devenir un dieu puisqu’elle n’a rien le droit de faire. Elle peut devenir une source de terreur. »

David Vann profite de l’histoire pour nous interroger sur le pouvoir, la culpabilité, la religion… C’est une histoire pleine de rage, de trahison, de souffrance, de vengeance, une histoire qui dérange car on comprend Médée, monstrueuse et pourtant terriblement humaine.

Un roman brillant et passionnant.

Raccoon

TOUT EST BRISÉ de William Boyle / Gallmeister.

Traduction: Simon Baril.

« Tout est brisé « est le second roman de l’auteur américain William Boyle. Merci de ne pas le confondre avec William Boyd « Un Anglais sous les tropiques » ni avec T.C. Boyle « Water music ». Après « Gravesend », chronique d’un quartier de Brooklyn paru l’an dernier chez Rivages, revoici Boyle chez Gallmeister où il a suivi François Guerif qui nous l’avait fait découvrir.

« Tout semble brisé dans la vie d’Erica. Seule avec son vieux père tyrannique tout juste sorti de l’hôpital, elle n’a plus de nouvelles de son fils Jimmy, un jeune homme fragile parti errer à travers le pays sans avoir terminé ses études. Mais voilà qu’après un long silence, Jimmy revient à l’improviste, en piteux état. Erica fera tout pour l’aider, décidée à mieux le comprendre et à rattraper le temps perdu. Mais Jimmy se sent trop mal à l’aise face à sa mère, dans ce quartier de Brooklyn hanté par ses souvenirs ; un profond mal de vivre que ni l’alcool ni les rencontres nocturnes ne parviennent à soulager. Erica, elle, ne veut pas baisser les bras… »

Erica, quinqua est épuisée par la vie et les infortunes successives qu’elle a connues. Après avoir perdu sa mère et son mari récemment, elle se retrouve seule à s’occuper de son vieux père au bout du rouleau. Il lui reste une sœur occupée à autre chose et son fils Jimmy parti au Texas avec des amis et qui va revenir, ayant épuisé tous les canapés qui pouvaient l’accueillir dans le Sud. C’est un retour forcé, non prévu, non désiré…le roman va raconter ce retour à New York et cette confrontation entre la mère et son fils, entre deux générations épuisées par les mauvais coups de la vie, entre deux modes de pensée différents, entre deux mondes séparés par un océan d’incompréhension et surtout de maladresses.

Alors, ce n’est pas un polar, pas un roman noir même si le ton et l’ambiance sont sombres,très moroses. Il ne plaira pas à ceux qui recherchent un polar mais séduira tous ceux qui seront dans la bonne ambiance pour apprécier cette histoire bien malheureuse de gens bien ordinaires. Selon son âge, son histoire, le lecteur pourra très bien s’identifier à Jimmy ou à Erica tant le propos sonne juste, tant la prose de William Boyle bien posée, sans artifices, respire l’authenticité, l’humanité et l’affection de l’auteur pour ses personnages qui vous entraînent aisément dans une lecture « one shot ». Et puis il y a Frank…

Animé par une bande son futée qui accompagne impeccablement l’histoire, Sonic Youth pour l’asphalte newyorkais, Jeff Buckey et Eliott Smith, pour évoquer les destins brisés d’hommes jeunes tourmentés, « Tout est brisé », qui fait évidemment immédiatement penser au « Everything is broken » de Dylan, n’est pas un bon  mais un très beau roman qui honore vraiment son auteur.

Touchant et touché.

Wollanup.

PS: le morceau de David Bazan colle parfaitement à l’ambiance du bouquin.

LE DIABLE EN PERSONNE de Peter Farris chez Gallmeister

Traduction : Anatole Pons.

Peter Farris vit en Georgie, où se déroulent ses romans. Après ses études à Yale, il est devenu chanteur dans un groupe de rock plutôt bruyant et a travaillé comme guichetier dans une banque où un braquage lui a inspiré son premier roman  Dernier appel pour les vivants. Chose étrange, son deuxième roman « Le diable en personne » n’est pas paru encore aux Etats-Unis, il n’a peut-être pas trouvé d’éditeur. C’est donc en France, chez Gallmeister que le livre commence sa vie.

« En pleine forêt de Géorgie du Sud, au milieu de nulle part, Maya échappe in extremis à une sauvage tentative d’assassinat. Dix-huit ans à peine, victime d’un vaste trafic de prostituées régi par le redoutable Mexico, elle avait eu le malheur de devenir la favorite du maire et de découvrir ainsi les sombres projets des hauts responsables de la ville. Son destin semblait scellé mais c’était sans compter sur Leonard Moye, un type solitaire et quelque peu excentrique, qui ne tolère personne sur ses terres et prend la jeune femme sous sa protection. Une troublante amitié naît alors entre ces deux êtres rongés par la colère. »

Peter Farris nous entraîne dans une histoire noire et violente et pas de doute, c’est un conteur hors pair. Son écriture est simple et puissante avec un grand sens du rythme et il alterne des scènes d’action qui dépotent, des situations cocasses et des moments de grâce avec un égal talent.

Il nous plonge dans les bas-fonds d’une Amérique glauque où de très jeunes filles sont transformées en esclaves sexuelles sans aucun scrupule. Mexico choisit sa marchandise, achetant des gamines, les enlevant au besoin pour répondre aux commandes de ses clients, riches et puissants. La description de ce réseau de prostitution, affaire florissante gérée sans aucun état d’âme fait froid dans le dos car elle sonne juste. Peter Farris nous offre une belle palette de méchants, pervers ou abrutis et le maire de la ville, meilleur client de Mexico est un spécimen particulièrement réussi de pourri puant et corrompu. Il lui facilite le travail et les affaires prospèrent au point qu’ils investissent jusque dans le comté de Trickum.

C’est là que Maya doit disparaître et c’est là que vit Leonard Moye, avec un mannequin de couture pour toute compagnie, volontairement isolé des hommes qu’il ne porte pas dans son cœur. Maya et Leonard sont deux écorchés vifs et leur rencontre va donner lieu à de beaux moments, parfois drôles. Maya qui pour la première fois de sa vie n’est pas un simple objet sexuel, Leonard peu à peu tiré de sa solitude, ramené vers l’humanité. Peter Farris peint deux beaux personnages, humains et attachants.

Il décrit également le comté rural de Trickum et la petite communauté qui y vit : tout le monde se connaît, les ragots vont bon train et les rancœurs sont tenaces. Comme partout ailleurs il y a des braves gens et des pourris, des paumés et des profiteurs mais il y a aussi la nature sauvage de Georgie, dont Peter Farris parle de belle manière. Les animaux, la forêt, les grottes… qui peuvent apaiser et protéger mais servent parfois la folie et la furie des hommes.

Un très bon roman noir qu’on lit d’une traite.

Raccoon.

MONTANA 1948 de Larry Watson / Gallmeister / Totem.

Traduction: Bertrand Péguillan.

Chez Gallmeister, il y a les collections grand format mais il y a aussi cette collection Totem qui n’est pas à négliger ou oublier. Totem réédite certaines des publications  maison au format de poche et offre aussi une nouvelle vie à des romans et à des auteurs tombés un peu dans l’oubli ou moins médiatisés à un prix particulièrement intéressant et avec le label de qualité de la maison. Perso, celui-ci, je lui aurais bien vu une plus grande couverture tant ce roman, sans être parfait, cumule des qualités qui devraient plaire à beaucoup.

Etiqueté « nature writing » de manière bien exagérée, peut-être parce qu’il se déroule dans le Montana, le roman n’a pas à souffrir d’une multitude de pages vantant la nature et le lecteur excédé par les multiples démonstrations de la puissance et de la beauté de la nature habituelles de ce genre de littérature ne connaîtra pas ce genre de parasitages. Proclamé classique de la littérature américaine dès sa sortie en 1993, le roman montre avant tout un drame familial sous relents de racisme.

« De l’été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n’a pu chasser ni même estomper. » Ainsi s’ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, une jeune femme sioux porte de lourdes accusations à l’encontre de l’oncle du garçon, charismatique héros de guerre et médecin respecté. Le père de David, shérif d’une petite ville du Montana, doit alors affronter son frère aîné. Impuissant, David assistera au déchirement des deux frères et découvrira la difficulté d’avoir à choisir entre la loyauté à sa famille et la justice. »

En choisissant un narrateur enfant, Larry Watson crée un personnage qui rappelle parfois Harriet Cleve, l’héroïne de Dona Tartt dans « le petit copain » âgée, elle aussi, de douze ans. De la même manière que chez Tartt, David observe, épie, interprète le monde des adultes autour de lui. Il serait dangereux de raconter plus, d’une part parce que le roman étant très court, vous prendrez plus de plaisir en découvrant par vous-même les tenants et les aboutissants et, d’autre part, je ne veux pas en aucun cas spoiler un suspense digne d’un bon polar et vous gâcher le plaisir de la découverte d’un bon roman tout simplement, car ce n’est pas un polar. Bon, il y a des regrets aussi, j’aurais bien aimé connaître le contenu des querelles entre les deux frères, les colères du grand père ancien sheriff mais le choix du narrateur enfant écarte forcément le lecteur de certaines conversations adultes secrètes mais cela ne gâche rien à la puissance de l’histoire et du propos.

En cet été 1948, dans le Montana, David Hayden réalisera que les valeurs familiales et les valeurs de justice de la société ne sont pas toujours compatibles et cette découverte le sortira brutalement du cocon de l’enfance, on ne choisit pas le moment où on devient adulte. « Montana 1948 », sans être le roman culte souvent vendu, est prenant et très intelligent, emblématique de la qualité des productions Gallmeister.

Recommandable et recommandé.

Wollanup.

LUNE COMANCHE de Larry McMurtry chez Gallmeister

Traduction : Laura Derajinski.

Gallmeister nous offre enfin ce livre du grand Larry McMurtry inédit en France depuis 1997 ! Dernier tome dans l’ordre de l’écriture, mais deuxième dans l’ordre chronologique des aventures de Gus McCrae et Woodrow Call qu’on retrouve avec un immense plaisir, ainsi que l’écriture magnifique de Larry McMurtry.

« À la frontière du Mexique, au cœur d’un Texas désertique où quelques colons tentent d’importer la civilisation, de grands guerriers se font face. Le puissant chef comanche Buffalo Hump prouve que son peuple est loin d’être asservi tandis que plus au sud, le mystérieux Ahumado sème la terreur. Face à eux, Gus McCrae et Woodrow Call, Texas Rangers mal équipés et sous-payés, officient sous les ordres du fantasque capitaine Inish Scull. Dans cette partie des États-Unis, l’Histoire est en marche, laissant ces combattants blancs et indiens vivre les ultimes aventures d’un Ouest encore sauvage. »

N’ayant pas lu Lonesome Dove, j’avais décidé de lire la série dans l’ordre chronologique, et c’est double plaisir pour moi vu que je vais maintenant pouvoir attaquer Lonesome Dove qui me faisait de l’œil depuis un moment ! Avec cet ordre de lecture, on voit évoluer les personnages, Gus et Call ne sont plus des jeunots, ils grandissent et évoluent tout en restant eux-mêmes : Call toujours sérieux, Gus toujours bavard et irrévérencieux, poursuivant chacun à sa manière leur vie amoureuse… Et ça fonctionne, Larry McMurtry réussit avec un grand talent à créer des personnages humains, vivants, vraiment attachants. Le plaisir de lecture doit être différent si on lit dans l’ordre de parution car on découvre alors progressivement l’histoire de personnages dont on connaît un peu le destin, mais il ne doit pas être moindre tellement ces personnages sont profonds,  sonnent juste et fort : Larry McMurtry n’est pas un débutant !

Lune Comanche commence une dizaine d’années  après « la marche des morts », et couvre une grande période : avant, pendant et après la guerre de sécession,  élément essentiel de l’histoire des Etats-Unis. Cette guerre civile va déchirer le Texas et diviser les habitants d’Austin, ville nouvelle où tous viennent d’arriver. Fidèles à leurs origines, certains se battront pour le Sud d’autres pour le Nord, même chez les Texas Rangers. Gus et Call évitent le dilemme en restant au Texas car les forts sont dépeuplés, la frontière est dégarnie les Indiens en profitent mais il n’y a pas qu’eux et les bandits de tout poil prolifèrent : il y a du boulot pour les Texas rangers.

C’est un grand western : poursuites, attaques, traques… l’action ne manque pas dans des paysages magnifiques et dangereux du Texas où les éléments peuvent se déchainer où l’on peut aussi bien mourir de soif que mourir gelé. Larry McMurtry suit beaucoup de personnages : Buffalo Hamp grand chef comanche, Kicking Wolf Comanche voleur de chevaux génial, Ahumado dit Black Vaquero, le bandit le plus terrible des contrées sud, Inish Scull capitaine cherchant l’aventure… Il les rend si vivants qu’on les comprend tous même les plus cruels, même les plus fêlés. Ils sont magnifiques, sauvages, épris de liberté. Leurs histoires se coupent, se rencontrent et Larry McMurtry crée ainsi une grande fresque de cette époque violente, époque de guerre où la torture et l’esclavage étaient monnaie courante.

Dans ce monde de brutes, les femmes n’ont pas un sort très enviable : butin de guerres, monnaie d’échange, elles sont enlevées, vendues, violées, répudiées si elles sont récupérées. Il y a néanmoins quelques beaux personnages de femmes : Clara et Maggie dont les histoires mouvementées avec Gus et Call continuent et Ines la femme du capitaine Scull, flamboyante rebelle.

Ceux qui partaient à la conquête de l’ouest n’étaient pas tous très évolués, beaucoup de rustres, de miséreux, de maudits : les rejetés de l’ancien monde. Ils sont là eux aussi avec leurs superstitions, leurs croyances archaïques (forcément c’est pas les élites qui débroussaillaient le terrain !). D’une plume dure teintée de tendresse, Larry McMurtry nous offre toute une galerie de personnages drôles ou tragiques, ridicules mais toujours humains.

On traverse une grande période de l’histoire au cours de cette épopée. La fin des Indiens se profile, il n’y a plus de bisons, les colons sont de plus en plus nombreux et propagent des maladies. C’est la fin d’un monde sauvage. Larry McMurtry raconte un monde au crépuscule.

Un western sublime.

Raccoon

 

LITTLE AMERICA de Henry Bromell / Gallmeister.

Traduction: Janique Jouin- de Laurens.

Mack Hopper, agent de la CIA, arrive au Korach en 1957 avec sa femme et leur fils Terry. Sa mission est de tisser des liens  avec le jeune roi de ce pays sans ressources, mais déterminant pour l’influence américaine au Moyen-Orient. Il se rapproche peu à peu du souverain plein de charme jusqu’à ce que ce dernier soit mystérieusement assassiné. Quarante ans plus tard, Terry, devenu historien, entreprend des recherches sur ce qui s’est passé au Korach. Petit à petit, il explore souvenirs et archives de cette petite Amérique du bout du monde pour trouver la clé du mystère qui entoure la  mort du roi et, surtout, découvrir quel fut le rôle de son père dans cette affaire.

Alors les petits bandeaux pour vendre les petits bouquins comme les citations d’auteurs, il faut souvent s’en méfier mais peut-être que les éditeurs pourraient faire gaffe parce que mettre comme argument de vente, que Bromell avant de mourir en 2013, était l’auteur de la série Homeland pour inciter à l’achat de ce magistral Little America désorientera certainement les fans de la série comme il pourra servir de repoussoir à d’autres éventuels lecteurs comme ce fut mon cas au départ avant de lire des recensions particulièrement enthousiastes.

Situé dans une optique, une époque, un cadre, un lieu complètement différents de la série, le roman pourra séduire tout lecteur exigent qui réalisera rapidement que hormis l’espionnage, les deux œuvres ne semblent pas avoir une paternité.

Sur 410 pages de très, très haut niveau avec parfois des envolées lyriques magnifiques, de beaux moments d’enchantement : une prière solitaire du roi, un rendez-vous nocturne dans les orangeraies … c’est un intense plaisir de lecture tant la plume est maîtrisée et est experte à montrer les sentiments, les émotions, les relations entre les personnages, montrant leur nature tout en laissant un part d’obscurité puis en provoquant doutes et interrogations, une lecture forte, éminemment triste et injuste bien sûr mais belle, émouvante comme la « Pastorale américaine » de Philipp Roth.

Variant avec brio les modes de narration pouvant désarçonner au départ pour ensuite séduire tant ils permettent de multiples angles d’appréciation des scènes racontées : des plus intimes à celles plus terribles de cette guerre froide qui se joue sur un bout de désert sans pétrole ni richesses. La situation du Moyen- Orient de l’époque est montrée, expliquée : le parti baas, les « frères musulmans », la CIA, le KGB, l’Egypte de Nasser, la Syrie, le pétrole… tout est déjà en place et fonctionne ici à l’échelle d’une antenne de la CIA que l’on découvre d’une manière beaucoup moins spectaculaire que l’on s’imagine, plus ordinaire mais limite attachante. Hopper et ses collègues ont quitté le doux confort des bords de l’Hudson du magnifique Westchester pour recréer une petite Amérique, « la Pax Americana » à des milliers de kilomètres de là avec des Chevy, du Coca, des Chesterfield, Frank Sinatra, Cole Porter, les barbecues… C’est ainsi que fonctionne, à découvert, la CIA à l’époque. Les enfants grandissent ainsi dans des zones de fortes turbulences sans grande compréhension du petit monde dans lequel ils vivent ni comment celui-ci fonctionne réellement.

L’intrigue, toute en finesse, explore intelligemment les relations entre les personnages, les liens dans la famille, peint de belles personnalités prises entre les affres des choix personnels et ceux imposés par la position, la culture, les intérêts financiers… du grand art.

On appréciera aussi ce roman pour son intrigue que l’on sait dramatique et que la connaissance de la belle âme du roi rendra encore plus cruelle, mais et de manière brillante, « Little America » propose, à l’évidence, une géniale et splendide introspection d’un auteur, un long et bel hommage à un père dans les non-dits, les souvenirs, les interrogations, sous couverts fictionnels d’une histoire qui ressemble sûrement à celle de Henry Bromell, lui-même fils d’un agent de la CIA.

Great America !

Wollanup.

Wollanup.

UN MOINDRE MAL de Joe Flanagan / Gallmeister Noire.

Traduction: Janique Jouin – de Laurens.

 

Après plus de dix ans d’existence, ce n’est plus de la découverte ni une surprise, Gallmeister, même s’ils ne sont pas les seuls sur la place à le faire, proposent de la bonne littérature américaine à celles et ceux qui aiment vraiment cela. Bon, si je reste plus réservé sur certains romans qui paraissent dans la collection « néonoir », je reconnais la qualité générale des sorties de l’éditeur qui peut aussi nous offrir de très belles découvertes noires comme ce très, très,très bon premier polar situé à Cape Cod en 1957 et  signé Joe Flanagan.

Bien sûr  les bandeaux accompagnant les romans sont faits pour vous attirer mais ils sont aussi parfois très trompeurs. Sur « Un moindre mal », une citation d’un journaliste de Publishers weekly dit « ce premier roman transpose le monde corrompu du L.A. Confidential à Cape Cod ». Alors, oui, le sujet est un peu similaire, la corruption des flics, mais il est très difficile de comparer Hyannis et sa petite communauté de 20 000 habitants sur la côte Est et la mégapole de Los Angeles versant Pacifique. De même, il n’y a pas grande similitude entre le style des deux auteurs et pas plus dans le traitement de l’intrigue. Bref, ce n’est pas du Ellroy, c’est tout simplement du Flanagan et les amateurs de polars costauds, étoffés devraient y trouver néanmoins très largement leur compte. En fait, c’est juste en visionnant le film adapté du roman de James Ellroy que Flanagan a choisi de situer son intrigue à la même époque. Par ailleurs, Cape Cod et le village de Hyannis sont très chers à l’auteur qui y est né, y a vécu et y a suivi la carrière de flic local de son père qui correspond en gros, aux dires de l’auteur, au personnage de Warren, flic local, qui mène l’enquête.

« Cape Cod, 1957. Dans cette petite communauté tranquille, une série de meurtres d’enfants paralyse la population, une famille disparaît dans d’étranges circonstances, un homme se fait violemment tabasser et refuse de dénoncer ses agresseurs. Le lieutenant Warren, de la police locale, découvre la difficulté de mener à bien son enquête dans un service corrompu. Sa position devient intenable quand arrive dans la région Stasiak, officier légendaire de la Police d’État aux méthodes douteuses. Dépossédé de ses dossiers, Warren comprend vite qu’élucider ces affaires n’est pas le but premier de ce flic brutal et manipulateur. Pourtant il ne peut pas lui laisser le champ libre, au risque d’y perdre sa place, sa réputation et peut-être beaucoup plus. »

« Un moindre mal », c’est tout simplement un bon polar, un vrai roman d’investigation qui prend bien en compte la diversité des multiples personnages tout en se focalisant  sur le duel, au départ, bien disproportionné entre un flic local Warren et Stasiak une légende de la police d’ Etat qui, chacun à sa manière, vont tenter de résoudre les énigmes créées par les meurtres sauvages de petits garçons et par la disparition d’une famille.

Parfois, on ignore pourquoi on est tout de suite attiré par une intrigue, par un bouquin… et « un moindre mal » a réussi cette  alchimie qui a rendu ma lecture particulièrement  furieuse. L’intrigue tient parfaitement la route, les personnages sont soignés, creusés, les dialogues sont percutants et le final d’une centaine de pages transpire l’adrénaline. C’est addictif, parfait, inducteur de multiples théories et se lit d’une traite en attendant le deuxième roman du monsieur.

Addictif !

Wollanup.

LES MARCHES DE L’ AMÉRIQUE de LANCE WELLER / Gallmeister.

Traduit par François Happe(American Marchlands, 2017), Gallmeister, 2017.

 

Tu les avais vu venir à des kilomètres de distance. Le ciel brûlant que l’après-midi avait blanchi semblait aspirer la chaleur de la terre pour la rejeter sous forme d’un voile liquide entre eux et votre petite caravane de trois chariots. La promesse du Territoire de l’Oregon paraissait encore si lointaine derrière le ciel atroce de ce soir-là. Ils s’approchaient en chatoyant ; ils s’amalgamaient, puis éclataient avant de fusionner à nouveau comme du mercure, comme s’ils n’étaient qu’une seule entité, ne devant plus jamais se séparer. Au début tu n’aurais pas pu dire si c’étaient vraiment des êtres humains. Tu n’aurais pas pu dire ce qu’ils étaient. Tu te souviens que ton père avait demandé qu’on lui apporte son fusil mais Dizzy avait dit :

Nan, j’crois que c’est juste des gens avec un chariot.

 

(…)

Et enfin, tu te souviens d’eux, repartis, disparus dans le lointain, un lointain liquide où la chaleur du monde suintait comme le pus d’une blessure. L’énergie fiévreuse de leur voyage en direction du sud, associée à votre propre marche incessante vers l’ouest, produisant une autre sorte de chaleur qui se joignit à celle du monde, celle du ciel, ainsi que celle des étoiles, pour hâter l’extinction finale de tout ce qui existait.

Il est des fois quand une quatrième de couverture dit la vérité. C’est une impression confirmée très vite (les lignes ci-dessus appartiennent au premier chapitre du roman de Lance Weller) : ce texte est un voyage, une errance en charriot. Je veux dire physiquement. Un chariot qui se dirige lentement et inexorablement vers son destin. Il branle, gémit, couine, ses roues épousent la boue, luttent pour se dégager, éclatent la surface de la terre craquelée, s’y enfoncent. Vous reniflez la sueur des chevaux, votre propre sueur, miel de mouches méchantes et bourdonnantes. Vous sentez votre propre angoisse. Elle a un parfum. Car le pays terrible et immense qui s’ouvre devant vous vous impressionne et vous fait peur. Même si il signifie s’éloigner un peu plus d’un passé de honte et de douleur. Elles aussi ont leur odeur entêtante dont on ne peut se débarrasser.

Ils sont trois, réunis par le désir de vengeance et de revanche. Tom Browning, visage d’ange et conscience termite dans le vieux bois du monde. Trop lucide. Ses crises de migraine le rendent dingue, à intervalles réguliers. Il tue pour survivre. Il tue pour avancer encore même si la mort est au bout du chemin. Il doit faire ce chemin. Pisgmeat, son ami d’enfance. Une âme presque innocente mais remodelée à jamais par la brutalité des guerres indiennes et la perte de sa femme chérie. Eux deux se pardonnent leur condition. Ils sont amis. Et puis il y a Flora, l’esclave à la beauté inquiétante, qui trouve son oxygène dans la haine. Elle a été avilie et ne peut pas l’oublier*. Ils iront jusqu’au bout, au Mexique, et présenter à l’ancien maître de Flora le corps de son fils unique conservé dans un cercueil rempli de sel.

Tous trois sont des victimes aussi, d’un monde en construction. Il est violent. Il s’appelle l’Amérique. Et si en cette première moitié du XIXe siècle, il n’occupe géographiquement que la partie orientale du continent, jusqu’au fleuve Mississippi, il avance, grignote l’ouest et le sud, vers l’autre côte et le Mexique. Ceux qui rêvent d’un avenir meilleur, ceux qui fuient un passé lourd ou raté se sont mis en route. Si leur chariot semble chargé du strict minimum, ils portent déjà en eux, avec eux, ils poussent devant eux, les tares et les péchés de la société qu’ils veulent fuir. Les essieux de leur chariot grincent, ils sont grippés par une intrinsèque rouille.

C’est peut-être un talent de Lance Weller. Vous faire subir physiquement un pays et des scènes. Vous n’y échapperez pas. Ses phrases vous garrottent. Lumières, sons, odeurs s’imposent à vos sens. Par petits gestes précis, répétés, on pourrait croire qu’il charge le tableau, écrasant même ses personnages sous des coups de marteau. Lance Weller ciselle. En défonce et relief, vous retrouverez quelque chose de saisissant. De même qu’il faudra un tour de roue complet pour avancer, il faudra attendre la fin de ce travail pour saisir l’importance du moment écrit. Rien n’est gratuit.

Mais ce roman peut aller bien plus loin. Il a des ramifications philosophiques. Il affronte l’Histoire et le Mythe, les désigne du doigt, l’index. Oui, l’Amérique s’est construit avec un esprit d’aventure, terriblement humain mais aussi dans la violence et le sang, et sans doute qu’elle s’en nourrit encore. D’innombrables vies ont été broyées ou abîmées sur le chemin, ce que la fresque vive omet d’évoquer. Elle ne veut en conserver que quelques figures choisies. Avec trois personnages, à taille humaine, Lance Weller nous invite à envisager la force mais aussi le caractère destructeur de l’Amérique. Un pays mais aussi un concept.

Les Marches de l’Amérique est le deuxième roman de Lance Weller, après Wilderness, publié en 2013 chez Gallmeister. Beau et abouti, déjà. Lance Weller était attendu. Il revient avec tout ce souffle historique et humain.

– Ecoute. Tu n’en es qu’au début de ton voyage. Et de l’autre côté de cette rivière, il y a des choses à voir que tu ne trouveras nulle part ailleurs que là où elles sont. Des paysages et des ciels si beaux que tu en auras des douleurs dans les dents. Mais tu rencontreras le mal aussi. Le mal en abondance.  Alors il va falloir que tu sois équipé. (Il haletait dans l’obscurité. Sa respiration était sifflante.) Ces beaux petits bijoux que je t’ai montrés. Vas-y, prend-les. **

*magnifiques lignes quand nous découvrons le regard sur le monde de Flora, femme, belle, esclave, objet donc. Terrible et juste, me semble-t-il.

** Le locuteur, Gaspar, parle d’un sabre et d’un pistolet.

Paotrsaout.

UNE AFFAIRE D’HOMMES de Todd Robinson chez Gallmeister

Traduction : Laurent Bury.

Avant de devenir écrivain, Todd Robinson a créé une revue spécialisée dans la littérature noire et policière. Il a exercé plusieurs métiers dont barman et videur, à Boston et à New York. Il connaît bien ce milieu des bars et des clubs qui l’a inspiré. Dans ce deuxième roman, on retrouve Boo et Junior, les deux héros de « Cassandra ». Je ne l’avais pas lu à l’époque et ça ne m’a pas empêché d’apprécier « Une affaire d’hommes », mais j’ai désormais une furieuse envie de découvrir les débuts de ces enquêteurs attachants, percutants et drôles.

« Boo et Junior sont amis depuis l’orphelinat et videurs dans un club depuis que leurs muscles et tatouages en imposent suffisamment. Ils cultivent depuis toujours leur talent pour se mettre dans les pires situations et s’en sortir avec de manière surprenante. Quand une de leurs collègues leur demande d’avoir une conversation avec un petit ami trop violent, nos deux compères sont trop heureux de jouer les chevaliers servants. Lorsque le type en question est retrouvé mort, Boo et Junior font des coupables parfaits. »

Boo a grandi dans un orphelinat après le meurtre de sa mère, un lieu où les ados vivaient dans un climat de tension permanente et de violence où seuls les plus forts pouvaient avoir la paix. Leur seule protection, une bande : d’autres pauvres mômes livrés à eux-mêmes, paumés, terrorisés qui sont devenus des adultes complètement déglingués. Ils se débrouillent tous avec leurs blessures, leurs cicatrices plus ou moins secrètes, plus ou moins à vif mais ne se sont pas perdus de vue depuis cette époque et se soutiennent toujours même si les noms d’oiseaux fusent. Il y a Boo et Junior, videurs dans le même club miteux, mais aussi Ollie et Twitch.

Todd Robinson nous offre une galerie de personnages fracassés, susceptibles, violents, paranos et pourtant touchants. Quelques flash-backs seulement, souvent dans le feu de l’action, et Todd Robinson les rend attachants, l’empathie fonctionne. C’est Boo le narrateur, il parle dans un langage cru, drôle, car s’il est lucide sur lui-même, sur les autres, sur sa vie, ça ne l’empêche pas de voir rouge assez souvent, de péter les plombs et de se fourrer dans le pétrin même quand il le sent venir. La violence, il connaît, donner et prendre des coups, ça fait partie de son univers. Il a également le sens de la répartie et de la provoc, si ça lui cause des ennuis, ça donne des dialogues plutôt savoureux. Les autres personnages ne sont pas en reste et sont également hauts en couleur. On est dans un univers qui fait penser à celui d’Hap et Leonard de Lansdale sauf qu’ici on est en ville, à Boston.

Junior est accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis et toute la bande va devoir enquêter pour le disculper car la police se satisfait de ce suspect, un coupable idéal et ne cherche pas plus loin. Todd Robinson nous entraîne sur un rythme d’enfer dans une enquête où les scènes d’action s’enchaînent sans temps mort. Il sait brouiller les pistes, entretenir le suspense : on se retrouve aussi perdus que les personnages (sauf que nous on rit, on ne prend pas de baffes !) jusqu’au dénouement.

Tout en réussissant un roman d’action où le lecteur n’a pas le temps de souffler, Todd Robinson creuse la psychologie des personnages. De leur adolescence en cage, sombre, dangereuse où ils se sont éduqués seuls, nos héros ont acquis une notion de la virilité spéciale sur laquelle ils sont extrêmement chatouilleux et qui se rapproche dangereusement de l’homophobie. Cela leur fait commettre des erreurs graves et si Boo en prend conscience, c’est plus difficile pour Junior. Todd Robinson s’attaque mine de rien à ces préjugés tenaces qui gangrènent la société américaine des bas-fonds, loin de la tolérance des bobos cultivés.

Un roman où testostérone, adrénaline, humour et intelligence font bon ménage.

Un très bon buddy roman noir.

Raccoon

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