Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : gallimard (page 3 of 4)

LE BON PERE de Noah Hawley / Série Noire.

« Le bon père » est le quatrième roman de l’auteur américain Noah Hawley paru en 2012 aux USA et édité chez nous en 2013 par la SN. Son nouveau roman « After the fall » est sorti au printemps outre atlantique et espérons sans en doûter une seule seconde qu’Aurélien Masson en fera bientôt profiter les lecteurs de sa collection.

Noah Hawley, depuis  un ou deux ans, a atteint une grande renommée aux USA en temps que scénariste car après avoir travaillé sur des séries comme « Bones », il est devenu en 2014, le créateur et réalisateur de la somptueuse série  « FARGO » que tous les amateurs de Noir se doivent d’avoir vu et dont la troisième saison est prévue pour 2017,tout comme son autre projet très attendu des fans de super-héros, « Légion ».

Paul Allen, la cinquantaine fringante, est un rhumatologue de premier plan à New York. Il s’est remarié avec Fran avec qui il a eu des jumeaux aujourd’hui âgés de 10 ans. Réussite sociale et réussite familiale font de Paul un homme heureux. Le jeudi, tradition familiale, c’est la soirée pizzas maison et toute la famille réunie s’affaire dans la bonne humeur dans la cuisine. On imagine un drapeau américain qui claque quelque part dans le jardin, du Springsteen qui flotte dans la pièce, le labrador couché la tête posée sur ses pattes.

La télé qui bourdonne, dans un coin, va briser ces instants de bonheur simple. A l’écran, apparaissent les images d’un meeting à L.A. de l’idole de l’Amérique, le futur président des USA, l’espoir de toute la nation, le démocrate Jay Seagram. Le futur homme fort du pays est assassiné en direct par un jeune homme blanc vite appréhendé par les services de sécurité au moment où il voulait s’enfuir en profitant de la panique qu’il avait déclenchée.

Et là, tout bascule dans l’horreur quand, quelques minutes après, les services secrets sonnent à la porte pour emmener le Dr Allen à fin d’interrogatoire puisque le tueur identifié, c’est son fils issu d’un premier mariage. Daniel, âgé de 20 ans, qui a surtout vécu avec sa mère et qui a lâché l’université un an plus tôt pour traverser le pays à bord d’une vieille Honda, est un jeune homme discret, un peu rêveur, un peu paumé et parfaitement inoffensif.

A partir de cet instant tous les valeurs du docteur Allen, toutes ses certitudes disparaissent. Tout son univers s’écroule. Dans ces premières heures vont se succéder la surprise, l’étonnement, l’abattement, la colère et l’incrédulité. Mais, dès la première heure, ce qui va dominer et pour de nombreux mois, c’est la détermination et la volonté de sauver son fils.

C’est le combat d’un père qui est décrit ici. La culpabilité qui s’empare de Paul Allen, ses recherches minutieuses et parfois futiles, ses théories de complot, ses espoirs souvent déçus, sa détresse extrême quand il pense qu’il va échouer, ce lien ténu qu’il entretient avec son fils pour connaître la vérité, tout cela est si brillamment décrit qu’au bout d’un moment, on fait corps avec lui et on espère qu’il réussisse. Hawley va nous faire revivre avec tendresse les moments sympas entre l’enfant et son père, des heures complices, tous ces moments somme toute très anodins mais qui avaient finalement maintenant le goût des jours heureux.

Tous les pères seront troublés à la lecture de ce roman qui ne cesse de vous interroger et de vous troubler bien longtemps après en avoir terminé la lecture. On peut  le comparer au très intelligent « feuilles mortes » de Thomas H. Cook où un père essaye d’innocenter son fils accusé d’avoir tué une petite fille durant un baby-baby-sitting. Mais, le roman de Hawley est plus universel, car ici, ce n’est pas la communauté locale qui le juge en tant que père d’assassin mais c’est toute l’Amérique qui le traîne dans la boue. Et il continue malgré l’adversité, malgré les évidences. Tenter à tout prix de comprendre l’inconcevable, ce qui veut dire finalement l’accepter, voilà l’enfer infligé à Paul Allen.

Il est surprenant de voir ce roman catalogué de thriller sur la quatrième de couverture. C’est vraiment autre chose  s’il se lit comme un thriller, d’une traite car il est bien difficile de s’arrêter : peu d’action mais tellement d’attentes, d’espoirs.

Pour moi, un très grand roman, talentueux, éprouvant et… tellement d’autres choses mais qu’il faut taire…

Une lecture la gorge serrée, un nœud au ventre avec une fin bouleversante aussi réussie que le dernier chapitre de « lunar park » de Brett Easton Ellis, c’est dire !

Paternel.

Wollanup.

 

 

LA MORT AURA TES YEUX de James Sallis / Gallimard La Noire et Folio Policier.

« La mort viendra et elle aura tes yeux –
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence. »

Cesare Pavese

Traduction : Elisabeth Guinsbourg.

Comme Woodrell et Burke, Sallis fait partie des auteurs dont j’adore tout ce qu’ils font et donc on peut très bien relativiser mes emportements à chaque chronique que je consacre à ces quatre grands auteurs de polars américains contemporains. Et celui-ci ne fera pas exception  car c’ est un putain de chef d’œuvre. Egal de « le condor  » de Stig Holmås chroniqué il y a peu, il regorge des mêmes qualités tant dans la forme poétique que sur le fond. Alors, comme « le condor », ce roman s’adresse à un certain lectorat, sans faire d’élitisme. On peut être obtus à ce genre de romans où l’introspection est privilégiée à une action qui existe néanmoins, une tension bien réelle à qui veut rentrer dans la prose. Si vous n’avez pas aimé « le condor », vous ne serez pas plus convaincu. Si vous n’avez pas vu l’intrigue dans « le condor » comme certains neuneus qui feraient bien de lire autre chose plutôt que de vouloir faire comme les autres et ensuite faire beaucoup de mal à des joyaux en écrivant des propos bien tristes, vous pouvez laisser tomber. Mais si William Malcolm Openshaw le héros de Stig Holmås vous a surpris, secoué, l’histoire de David va vous envoûter, vous ébranler au moins autant.

« Aujourd’hui, il se fait appeler David et commence à connaître un certain succès comme sculpteur. Autrefois, au temps de la guerre froide, sous un autre nom, il était l’un des meilleurs espions américains… Une nuit, il reçoit un coup de téléphone : l’un de ses anciens collègues aurait perdu les pédales, il doit le neutraliser. David quitte tout, sa petite amie, son identité, son atelier, et se met en chasse à travers les États-Unis… »

Tout de suite avant que certains ne s’égarent, ce n’est pas un roman d’espionnage, enfin pas un classique, le sujet est bien l’espionnage et les agents secrets mais on est très loin d’une chasse à l’homme classique comme semble le suggérer bien à tort la quatrième de couverture. Ceux qui ont déjà lu Sallis savent très bien qu’il peut prendre un genre et le remodeler à sa manière de façon à ce que l’on soit à des années-lumière de ce à quoi l’on s’attendait. Sans refaire toute sa carrière, je ne suis pas expert, Sallis s’attache à des histoires de genre policier ou noir mais en y mettant énormément les pensées intimes, puissantes ou dérisoires du personnage principal, invitant à la réflexion voire à la philosophie de la vie d’une manière si belle, triste, désabusée, originale à tel point qu’elles finissent par dominer l’intrigue principale. J’ai l’énorme chance d’échanger par mails avec l’auteur et je sens que l’homme n’est pas très loin des personnages qu’il dépeint si admirablement dans leurs craintes, leurs incertitudes, leurs regrets et désillusions marqués par le poids des absences et l’usure provoquée par la vie.

Point de roman d’espionnage donc ici mais néanmoins un polar génial avec une atmosphère bien étrange dans ce bouquin qui est aussi un hommage aux gens rencontrés par David lors de son voyage de Boston à la Nouvelle Orleans. Les motels déserts avec la pluie contre les carreaux, la bouffe américaine, les paumés dans les bars, les filles qui attendent leur prince dans un « diner » aux lumières blafardes, les voyous locaux, la solitude de tous ces gens ordinaires…Tous ces égarés de la vie, tous ces petits tableaux créés par Sallis montrent une Amérique moins flashy, une Amérique loin du rêve, plus intime, moins belle certes mais plus vraie et plus attachante aussi parfois.

Intimiste, c’est le terme qui pourrait résumer l’œuvre de James Sallis mais c’est un polar quand même et il y a des poursuites en voiture, des bagarres, de la violence fulgurante (prélude à ce que seront « Drive » puis « Driven » ), des moments touchants voire poignants, de la bonne zik, un héros très attachant dans sa dure quête d’humanité.

Pléthore de thèmes évoqués invitant à la réflexion, un mélange de genre noir et blanc éblouissant, un talent de conteur inégalable, un roman qui se lit d’une traite et qui laisse une trace indélébile. Et puis avec un titre magnifique de la sorte, extrait d’un poème de Pavese écrit peu de temps avant son suicide, on ne peut attendre qu’excellence et intelligence et de fait, on a les deux.

Unique!

Wollanup.

 

 

 

 

INTERIEUR NUIT de Marisha Pessl chez Gallimard

Traduction de Clément Baude

Marisha Pessl est une jeune auteure américaine, « Intérieur nuit » est son deuxième roman.

Avant même de l’ouvrir, on est attiré par ce livre. D’abord on le voit, avec ses tranches zébrées par les illustrations, ensuite on le prend, on le soupèse et c’est du lourd, au sens propre, du dense avec un papier super fin, on le sent, il sent bon ! Un beau livre, sensuel… Enfin intrigué, on le lit…

« Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si l’enquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott McGrath ne voit pas les choses du même œil.
Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, McGrath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. Même si l’on a beaucoup commenté l’œuvre angoissante et hypnotique de Cordova, on en sait très peu sur l’homme lui-même. La dernière fois qu’il avait failli démasquer le réalisateur, McGrath y avait laissé son mariage et sa carrière. Cette fois, en cherchant à découvrir la vérité sur la vie et la mort d’Ashley, il risque de perdre bien plus encore… »

On est vite happé par cette traque étrange où le chasseur se retrouve proie, où on ne sait plus à quel saint (ou diable) se vouer. Les illustrations complètent parfaitement l’histoire, nous montrant la vie de Cordova par une revue de presse plus vraie que nature, celle de sa fille disparue par toutes les traces qu’elle a pu laisser au cours de sa courte vie, la force de l’adoration de ses fans par leur site internet… Et tout s’intègre sans lourdeur au récit, le lecteur découvre les indices en même temps que Scott McGrath, le narrateur.

Le journaliste, déjà broyé dans le passé par la puissance du maître de l’horreur s’engage une nouvelle fois sur sa piste, bien décidé à se réhabiliter et à prouver au monde qu’il avait raison lors de sa première enquête sur Cordova. Il est aidé dans cette quête par deux jeunes gens : un ancien ami d’Ashley, dur au cœur tendre et une actrice en devenir, un peu paumée. Les personnages sont assez stéréotypés mais ils sont attachants et le suspense fonctionne, on a vraiment envie de percer les secrets de cet homme qui a gagné la célébrité par l’horreur et dont la vie recluse sème bien des interrogations…  on est tenu en haleine jusqu’à la fin.

Chez McGrath, comme chez tout le monde, l’œuvre de Cordova ranime des fantasmes, floute la frontière entre réalité et folie et flirte avec la magie noire. On comprend la puissance de cet homme très riche, adulé, protégé par des fans dévoués et on s’inquiète de savoir si le journaliste pourra se sortir des manipulations en cascades dont il est victime. Puis on glisse, tout comme le héros, qui y perd quelque peu la raison, vers la magie … il y a alors quelques longueurs et pour moi une légère déception de trouver par ce biais les explications et… je ne peux rien dire de plus sans spoiler…

Le talent de Marisha Pessl est d’entraîner le lecteur aux côtés du héros dans le monde terrible de Cordova, un univers sombre oscillant entre réalité et cauchemar. On perd nos repères, on ne sait plus que penser… Très habile !

Raccoon

AU PLUS PRES de Joy Castro à la Série Noire Gallimard

Traduction de Thomas Bauduret.

Joy Castro est une auteure américaine. Professeure à l’université du Nebraska, elle a beaucoup écrit  de « non-fictionnel » : ses mémoires d’enfant adoptée puis maltraitée, des essais, de la poésie. Elle a fait sa première incursion dans le polar avec « Après le déluge » paru à la SN en 2015, la première aventure de Nola Céspedes journaliste au Times Picayune. Ici, c’est le deuxième roman où on retrouve ce personnage et ceux qui, comme moi, n’ont pas lu le premier vont tout de même tout comprendre : l’auteure donne rapidement les clés du premier opus et on s’embarque sans peine dans son histoire, dans l’ambiance de la Nouvelle Orléans, théâtre une fois de plus d’événements sanglants. Et sans doute, l’envie de lire le premier sera alors très forte, non par nécessité de compréhension, mais pour le plaisir de retrouver Nola et ses premiers pas d’enquêtrice.

« Alors que la Nouvelle-Orléans s’éveille et qu’elle fait son jogging dans un parc, la journaliste du Times-Picayune Nola Céspedes se retrouve au beau milieu d’une scène de crime. Et elle connaît la victime de ce meurtre : il s’agit de Judith Taffner, son ancienne professeure de journalisme. Nola décide de mener sa propre enquête.

« Taffner s’intéressait de près à des affaires sensibles, dont celle d’un vieil homme noir abattu par la police dans des circonstances douteuses : est-ce là ce qui a provoqué sa perte? Et quel rapport avec les actes de vente de chevaux pur-sang trouvés en sa possession? Alors que les meurtres se multiplient, l’enquête de la jeune journaliste la fera remonter jusqu’à la plus haute société de Louisiane, où la notion de classe sociale est omniprésente. Dans une ville marquée par les stigmates de Katrina, la vie humaine ne vaut pas cher… »

La Nouvelle Orléans est une nouvelle fois le théâtre d’un polar avec une nouvelle voix pour décrire cette ville : Joy Castro. Une voix féminine rauque, rageuse, révoltée contre tous les préjugés, de classes, de races qui règnent sur la ville et perpétuent des inégalités criantes. On retrouve l’ambiance oppressante de violence, de corruption, de racisme, de misère et de pauvreté dans un décor somptueux, une chaleur étouffante qu’on connaît bien depuis Burke, Sallis, Gran…

Nola Céspedes, la narratrice, est issue de la minorité hispanique. Elle revient de très loin avec une enfance plus que compliquée, élevée par une mère seule, parlant peu anglais, dans une cité sordide. Violée à huit ans, elle s’en est relativement bien tirée, au moins au niveau social : boursière après le lycée elle a pu obtenir ce diplôme de journalisme. Sur le plan personnel, c’est une autre histoire : une enfance massacrée laisse des traces. Autodestructrice, instable, elle s’insère parfaitement dans la lignée des enquêteurs de polar qu’on aime tant : désespérés, tortueux sans trop d’illusions et qui n’ont pas froid aux yeux. Nola essaye pourtant d’aller bien par tous les moyens : de la vengeance à la psychothérapie…

Le personnage de Nola nous accroche rapidement tant il sonne juste et on retrouve son énergie, son refus de s’avouer vaincue, son envie de crier la vérité dans sa manière d’enquêter où elle va souvent se mettre en danger. Il faut dire qu’à la Nouvelle Orléans, ce n’est pas trop difficile de se mettre en danger : quatre ans après Katrina, les ravages de l’ouragan et le chaos qui s’en est suivi ont réveillé de vieux démons, c’est une ville hautement dangereuse et corrompue où on n’hésite pas à tuer pour étouffer des scandales. Les journalistes ne sont pas à l’abri tant que leur papier n’est pas sorti. Certains se sont relevés très vite de ce désastre, ils en ont profité même et la police n’est pas toujours très motivée pour mener des enquêtes sérieuses d’autant plus qu’elle est parfois mise en cause.

Souvent dans les polars il y a des victimes secondaires, celles qui font avancer l’enquête mais concernent des personnages peu connus ou inconnus et la plupart du temps, on retrouve leur cadavre dans une impasse ou au fond d’un bois et basta ! L’enquête continue…  Ici, Joy Castro réussit, sans s’appesantir, en quelques phrases, à évoquer l’horreur de chaque meurtre, la souffrance des proches, le vide, les vies brisées avec une empathie telle qu’elle nous étourdit un peu. La violence devient plus qu’un climat ou une ambiance, elle est bien plus réelle quand on entrevoit l’abîme de souffrance qu’elle provoque.

Joy Castro construit son roman en mêlant habilement l’histoire de son personnage, celle de la ville à une enquête palpitante et intelligente, où sans surprise, les puissants sont prêts à tout pour le rester et le font sans vergogne et sans états d’âme.

Un roman noir passionnant et intelligent, singulièrement humain.

Raccoon

CONDOR de Caryl Férey / Série Noire

Dans cet opus, l’auteur nous convie et nous transporte dans  la Valle de Chile. Au-delà de ses différents périples et de l’immersion dans une culture, une Histoire, un mode de vie, Caryl Férey s’ingénie au partage de tranches d’existences passionnantes, passionnées dessinant les contours de l’héritage d’une dimension de temps, d’espace, de racines. On ploie devant l’empathie de l’écrivain face aux estampes personnifiées qui évoluent dans leur univers conquis par le maître d’œuvre.

« Condor, c’est l’histoire d’une enquête menée à tombeau ouvert dans les vastes étendues chiliennes. Une investigation qui commence dans les bas-fonds de Santiago submergés par la pauvreté et la drogue pour s’achever dans le désert minéral de l’Atacama, avec comme arrière-plan l’exploitation illégale de sites protégés… 
Condor, c’est une plongée dans l’histoire du Chili. De la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet. Les démons chiliens ne semblent pas près de quitter la scène…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par la mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, qui porte comme une croix d’être le fils d’une grande famille à la fortune controversée… »

Cet ouvrage nous permettra de côtoyer différents protagonistes plantant les fondations du récit:

Une jeune étudiante d’origine Mapuche désincarnée par son appétence chronique à filmer les événements de son quotidien, éprise de justice et dotée d’une conscience politique mature. (Gabriella)

Un avocat, issu de la haute bourgeoisie chilienne, investi d’une mission rédemptrice inconsciente, ou pas, et salvatrice de sa “culpabilité” en lien avec ses origines sociales. (Esteban)

Son associé perdu dans un couple adultérin et souffrant d’un complexe de personnalité face à son ami. (Edwards)

Un ancien révolutionnaire du régime dictatorial, projectionniste où ses démons, son ADN restent chevillés indéfectiblement et viscéralemnt. (Stefano)

“La vérité est une illusion dont on a oublié que c’était une illusion” Nietzsche

Au milieu du guet, de la lecture et en filigrane une césure symbolisée par un manuscrit, un moleskine, sorte de parabole de l’existence d’Esteban au cœur de le vie de sa nation, se révèlent les affres de l’histoire, de la politique, des affrontements de courants divergents d’idéaux… Ce pays scarifié par les tourments du passé, les exactions du régime de Pinochet. Ce vecteur psychanalytique révèle les stigmates, les lésions d’un traumatisme d’une population sous le joug de la dictature.

L’ensemble de la trame n’a pas l’ardeur, le flux d’une violence prononcée aperçue dans les chapitres des récits du pays du long nuage blanc ou de la nation Zulu. Caryl Férey conserve pourtant son identité propre d’auteur estampillée par sa volonté de s’approprier une zone géographique, ses repères historiques, ses rites culturels et éducatifs, les interactions sociales et sociétales. Est-ce mué par une maturité assumée ou une volonté assumée contextuelle que le contenu s’est modérément “assagi”.  Attention l’ouvrage ne fait pas preuve d’un angélisme, bien au contraire mais j’ai cette sensation qu’il s’est attaché à mettre en avant les êtres, les relations dans leurs conséquences,  leurs implications et renforce le parti pris humaniste qui sied à l’ensemble et au pays!

Ballotté par les tirs de flèches soustraites du carquois d’un Cupidon avide de souder des couples improbables et brinquebalé dans les méandres d’un delta marécageux et furieux d’une histoire marquée au fer rouge par un totem malfaisant, inique, peuplant les cauchemars de chaque Chilien en la personne d’un Pinochet immortel pour des générations multiples.

Condor possède ces vertus de dépaysement, de rappel politique et de plaisir de lecture évident. On prend son envol dès les premières lignes, on assiste en altitude aux souffrances des uns et aux paradoxes de résilience des autres lestés de la parenthèse sombre, aveuglante du renversement d’Allende.

Chouchou

RURAL NOIR de Benoît Minville/SN by JOB

HIGHWAY TO NIÈVRE!

 

Une Série Noire dans le Morvan au son du rock, des décharges de fusil de chasse et des histoires de mômes qui ne rigolent pas.

Deux potes, un frangin, une fille, une même famille ; le clan de Tamnay en Bezois. C’est l’été, on traine, on zone au bord de la rivière, première cigarette, premier flirt amoureux, premières bières, et première déchirure entre deux amis pour la vie, mais pas à cause d’une poule, non, plutôt d’un troisième larron, une ombre, un méchant petit gars « avec une tête à caler une moissonneuse batteuse. », qui va mettre le rififi entre les deux potes. Le côté obscur d’une famille trouble qui vient d’arriver dans le coin. Déjà, le minot traine un pecolt, (un flingue à plombs) dans les poches de sa salopette. Plus tard, le flingue restera, mais les balles remplaceront les plombs.

Du coup on se guette, on se surveille, on se regarde de biais (normal), ça tire sur les vaches, ça se castagne, mais le vieux simplet du village rode, je confirme, chaque village a son simplet, d’habitude le gars pépère, pour le coup, c’est le pervers, pépère ! Les filles sont rares, les petites, plus accessibles, et ça va mal tourner. Le clan a morflé, les deux potes vont avoir besoin de leur ombre pour régler ça. Coups de couteau, de chaînes de vélo en travers de la tronche, et déchaînements de violence, les gamins des campagnes n’ont rien à envier à ceux des cités.

Quinze ans plus tard, le gars n’est pas mort, par contre, un des potes n’en est pas loin, c’est devenu, avec l’ombre, un des plus gros dealers du coin. Il va y avoir des comptes à régler, pour de bon, cette fois, les racailles de la ville vont descendre, les kalachnikovs remplacent les lance-pierres, les courses dans la forêt, la nuit dans un hiver noir comme la mort, ne sont plus pour jouer, mais pour échapper au double canon du fusil de chasse d’un taré du coin. Ça ne rigole pas chez nous, enfin, je veux dire, chez eux !

Il ne manque plus que les alambics, mais les pick-up et le Marshall, pardon le gendarme, sont bien là, même les Porches Cayenne ont les phares jaunes. 😉

C’est chaud, c’est saignant, ça gueule et ça s’envoie des répliques sans retour, mais il y a une pelletée, une brouettée, un vrai fourrage de profondeur là-dedans, de l’amitié entre potes malmenés, de la vraie, qui m’a ramenée aux bouquins de Le breton, comme les Hauts Murs, et ces histoires de gosses devenus adultes, et inversement, redevenus gosses devant l’avenir glauque et le besoin de rêver, encore, un peu, comme dans la Trilogie Noire de Léo Mallet, et quand aux odeurs de purin, au petit bar au papier peint jaunâtre qui sent la vinasse, et aux dialogues au couteau et au « chasse » à canon long, des gars qui parlent peu, mais… qui parlent peu. C’est du ADG tout craché, on y est, pas de doute, dans la Loire, pardon, la Noire, dans la Série.

Cette adolescence maudite, ici entourée de brume, d’herbe boueuse et de granges aux toits délabrées.

Mais attendez vous à une truc totalement nouveau, du jamais lu, en somme, quelques chose de frais, de vivifiant, comme un morceau de Métal ( la musique, hein, l’un des personnages parle d’appeler son futur neveu ; Lemmy), l’auteur vient de la littérature jeunesse, cela se voit, j’ai retrouvé mes années Signes de piste et Six compagnons, L’Ile au Trésor, ces lectures qui me chauffaient le cœur, mais aussi, plus tard, une course folle dans la garrigue, en serrant la main d’un frère de la campagne, le petit Marcel et le petit Lili, dans La gloire de mon père.

Du Pagnol Noir, et  Rock’n roll !

Va-ton croire qu’il n’y a que des histoires de viol, de bagarre de gosses aux genoux usés et de parents alcoolique dans la cambrousse profonde de notre belle France ? Non, il y a aussi des hommes qui se battent, qui fondent des familles, malgré le chômage, le désespoir et la solitude, malgré la misère, existentielle et sexuelle, et comme partout, cette violence liée à l’argent, à l’envie de s’en sortir, et de faire s’en sortir les siens ; chez nous !

Un premier polar, et il y un truc là aussi, l’auteur en a sous le pied, on le sent, il n’a pas tout dit, loin de là. C’est peut-être pour ça qu’il commence, et en finit, avec cette histoire de gosses et d’adolescents, pour nous préparer, à quoi ? À la suite, l’âge adulte sans réminiscences, mais toujours, sombre dans le cœur, et à voir son style, Rock’n roll et sauvage, on s’attend au pire. Ce qui veut dire, dans le Noir ; au meilleur !

Une phrase de lui, je crois ; un auteur à suivre.

Merci Minville.

JOB.

 

RURAL NOIR de Benoît Minville/SN.

Chroniquer le roman d’un pote n’est vraiment pas chose aisée et j’ai déjà revu ma copie plusieurs fois et je ne suis pas plus sûr de mon fait dans cette nouvelle tentative. Benoît Minville n’est plus un débutant. Après avoir écrit deux romans pour ados de qualité chez Sarbacane, le voilà à la Série Noire et putain, c’est quand même la Série Noire, le temple du polar et du roman noir  social qui accueille un mec en or, un passionné certes mais la marche est haute quand même. A Nyctalopes, on a revendiqué un côté partisan et nul doute que je vais le prouver ici parfois bien involontairement mais souvent sciemment car quand on apprécie l’homme, on a tendance à devenir aveugle devant le travail de l’artiste, enfin c’est mon cas.

 

« Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un «gang » insouciant.
Puis un été, tout bascule. Un drame, la fin de l »innocence.
Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis. »

A propos de « Rural Noir », l’éditeur parle très justement de « country noir », terme créé par Daniel Woodrell (un hiver de glace) mais on peut citer aussi Larry Brown pour certains descriptions bienveillantes de personnages pittoresques de la campagne de la Nièvre voire le McCarthy de « Un enfant de Dieu » et bien sûr Lansdale pour cette grande amitié entre quatre ados. Très ricain comme inspiration, sans nul doute, si on y ajoute les thèmes du retour, de l’auto-justice et de la quête de rédemption grands classiques de la littérature US. En mêlant adroitement deux histoires situées à quinze ans d’intervalle, il a aussi réussi à créer et orchestrer un suspense dont la construction plairait sûrement à Thomas H.Cook.

Mais « Rural Noir » est avant tout un roman français, ancré dans la boue de la Nièvre, dans la campagne de Tamnay -en -Bazois (180 hbts). Et cette ruralité est magnifiquement décrite comme le petit paradis d’une bande de gamins qui vit son petit coin de campagne comme un beau terrain de jeux le temps d’un été. Et que certaines pages décrivant la vie à la campagne sont belles et sentent le vécu, les jours heureux. Le texte est parsemé de petites remarques, de détails, d’anecdotes qui font l’authenticité du roman, lui donnent le goût de la cambrousse, d’une époque qui semblait belle avant le drame.  « L’innocence serait fauchée durant cet été là. ».

Alors cette période dorée n’est pas niaiseuse mais bien une belle évocation des liens du sang, des liens amicaux, de la fraternité, de l’appartenance à une famille, à un clan et c’est un thème récurrent chez Benoît qui, livre après livre, comme dans la vie, célèbre et entretient l’amitié tout en nous faisant partager ses combats et ses passions … même les pires quand ce sagouin nous balance du AC/DC dès la première ligne du roman avant tout le kit de survie du metalleux en goguette par la suite.

La seconde histoire du roman, de ces gamins devenus adultes est beaucoup plus tragique, désenchantée et devient en même temps le témoin d’une réalité économique et sociale vécue dans ce coin de France, la désertification de l’espace rural avec toutes les conséquences connues sur la vie de ces populations campagnardes laissées pour compte maintenant de la même manière que les marginaux des campagnes autrefois.

Les acteurs, Romain,Vlad, Julie et Chris, sont à nouveau réunis mais quinze ans sont passés par là; la vie, les erreurs, les mauvais choix, les rendez-vous ratés, les trahisons, les fuites et la bande se retrouve pour éprouver la qualité des liens qui les unissaient au moment d’une nouvelle crise majeure. Cette partie du roman est plus brute, bien plus adulte aussi dans son traitement et dans l’analyse de la réalité du terrain, une vraie SN. Du noir mais aussi de nombreux signaux, des balises montrant la misère de la campagne en 2016, partie très juste, à l’instar des écrits de son ami Nicolas Mathieu (« Aux animaux la guerre »).

Beaucoup d’émotion, de douleur, de colère…

Benoît Minville montre bien la difficulté de devenir adulte et il me semble aussi que ce roman restera comme son passage à la maturité en tant qu’auteur et il y est parvenu à sa manière qui séduit tant, avec sincérité, humanité, et un cœur énorme.

Minville rules!

Wollanup.

PERSONNE NE LE SAURA de Brigitte Gauthier à la Série Noire

Un livre sorti en 2015 dont on n’a pas assez parlé à mon goût…

Le sujet est pourtant d’une actualité brûlante. Une étude de l’Observatoire national de la délinquance sur les viols déclarés à Paris tord le cou à beaucoup d’idées reçues : 74% des viols se déroulent dans des lieux privés, la violence physique n’est pas le moyen le plus utilisé… Et « Osez le féminisme » rappelle que moins de 10% des femmes portent plainte après un viol ! libé 22/01/16 N’en déplaise aux fachos qui tentent de récupérer les évènements de Cologne pour alimenter leur discours raciste ou discréditer les féministes…

Et ce livre tout en traitant ce thème, tel un lanceur d’alerte, est bien plus que cela de par son style et la qualité de l’histoire! Re-focus donc sur « Personne ne le saura »!

 

Brigitte Gauthier est une universitaire, spécialiste de danse, cinéma et théâtre. Elle a écrit plusieurs livres spécialisés dans ces domaines. Elle signe ici son deuxième roman, le premier à la Série Noire, et c’est une grande réussite !

 
« La drogue du viol est un thème à la mode, un sujet de société. Sauf quand le pantin qui tend ses seins et agite son cul, c’est vous, et que soudain, aveugle dans la nuit, vous êtes livrée à bien plus dangereux que des hommes, à votre imagination sans limites. Ils vous droguent. Ils vous violent. Personne ne le saura. Pas même vous d’ailleurs. Aucune preuve. Rien. Presque rien. Mais la vie ne sera plus jamais comme avant. Dans la nuit du Carmin, le club échangiste où l’a emmenée son ami Jules, Anna meurt. Trois heures de l’autre côté des miroirs. En s’éveillant de son coma, elle a tout perdu. Sa mémoire. Amar. L’homme qu’elle aime. L’obscurité demeure mais elle devra mener une enquête pour survivre à ce qu’il y a de pire. Pas ce que l’on vous a fait, ce que l’on vous a peut-être fait. »

 
Le roman commence à l’hôpital où se retrouve Anna, la narratrice de « personne ne le saura ». Anna, paniquée, hagarde, est dans le noir, au sens propre et au sens figuré, elle a perdu la vue, ne sait pas où elle est… Et dès les premières lignes, on est précipité dans sa tête. L’écriture de Brigitte Gauthier nous fait partager cette panique : phrases courtes, écriture syncopée, pensées qui s’éparpillent et se heurtent au noir… La lecture est éprouvante, mais elle se fait d’une traite, comme en apnée. Le style s’apaise au fur et à mesure qu’Anna reprend ses esprits mais Brigitte Gauthier nous a emportés, on est avec Anna, on ressent sa détresse, son désespoir.
Car Anna ne sait rien. Amenée à l’hôpital dans le coma, délirante, complètement saoûle… par l’ami avec qui elle était allée boire un verre dans le club échangiste d’une petite ville, elle est bien obligée de croire à sa version des faits puisque pour elle c’est le trou noir. Puis elle se rend compte que certaines choses ne collent pas, qu’elle a été droguée, violée… Son seul témoin lui ment : il est au moins complice mais n’en reste pas moins la seule piste qu’elle ait pour savoir… Anna est morte, complètement dépossédée d’elle-même, détruite à jamais, elle ne veut pas que ce crime reste impuni, elle veut porter plainte, mais que témoigner quand on ne se souvient de rien ? Sa parole d’alcoolique (c’est ainsi qu’elle a été enregistrée aux urgences lors de son passage à l’hôpital de la petite ville) contre celle d’un des notables de la ville… Elle doit même se battre pour être soumise à des tests gynéco… Elle est coincée, piégée, c’était prémédité ? Les violeurs vont-ils revenir pour achever le travail ?
On vit tout avec elle : son désarroi, son angoisse, sa rage, son impuissance. Elle revit toute son histoire remontant de plus en plus loin comme si elle prenait son élan pour fracasser ce mur noir qui enserre ses souvenirs. Anna se débat, mais c’est une femme forte, elle a de la ressource et elle va en user. Il faut qu’elle sache alors elle va enquêter elle-même. Mais pour une femme comme elle, qui se révolte, combien se sont tues ? Combien sont restées à jamais dans les ténèbres où on les a pécipitées ?
Tout au long de ce livre, on voit bien tout ce qui peut pousser une femme à passer son viol sous silence : le regard suspicieux des autres, la honte, la terreur des représailles… de quoi devenir folle ! Et les bourreaux sont tranquilles ! Tant qu’ils ne laissent pas de marques de cet acte barbare, ils restent incognito. Les victimes ne peuvent rien raconter, même à elles-mêmes : elles restent hantées par le peut-être, se noient dans l’incertitude… Eux, impunis, intouchables peuvent recommencer…
Anna est journaliste, elle n’est pas prude, elle sait s’exprimer, se défendre. On assiste à sa bataille pour revivre, pour émerger de ce cauchemar et c’est dur mais sans apitoiement ! On assiste à ses efforts pour s’en dépêtrer, on la suit dans son enquête, car c’est bien une véritable enquête qu’elle va mener, jusqu’au dénouement… noir, très noir on s’en doute !

On est dans un polar, un vrai, qui se passe dans une petite ville de province à l’atmosphère étouffante.
Un livre coup de poing ! Il a toute sa place dans la Série Noire qui nous en a offert en 2015 une bien belle série pour ses 70 ans !
Un coup de poing utile, car encore maintenant le viol est un crime à part. Il entraîne bien souvent des soupçons à l’égard de la victime (homme ou femme)… Certains ne peuvent s’empêcher de juger entre celles qui l’ont bien cherché (sic ! sic ! et re-sic ! au XXIème siècle !!!) et les autres, de glisser une morale au relent fétide dans les commentaires, comme si le viol d’une femme assumant sa sexualité était moins grave que celui d’une jeune pucelle. Comme si la sexualité des femmes faisait d’elles des êtres un peu méprisables et que finalement leur consentement n’était qu’optionnel. On trouve encore ce genre de pensées en filigrane un peu partout. Une fille qui a des plans culs est une salope… j’en passe et des meilleures !
Merci à Brigitte Gauthier pour ce livre âpre, fort et magnifique !
Raccoon

SI TOUS LES DIEUX NOUS ABANDONNENT de Patrick Delperdange/Série Noire

Et il semblerait donc que la campagne devienne le nouveau territoire à la mode du roman noir si l’on voit les sorties des maisons d’édition ces derniers mois.

Après les bouseux ricains des dernières années défoncés à la meth et auteurs des pire outrances, sont arrivés les ruraux français avec un ton moins destroy et un petit côté poétique et philosophe, le fameux bons sens des gens du terroir ce qui me fait parfois bien sourire, pour rester poli, en notant les  élans d’ admiration de certains citadins s’extasiant devant la vie à la campagne et voyant en ces rustres solitaires, loin de tout et abandonnés de tous, les nouveaux héros romantiques modernes avec leur bon sens et leur vie en harmonie avec la nature et ses cycles.

Je vais me faire encore des amis mais tous ceux (les lecteurs) qui vantent ces nouveaux « Indiens » devraient venir vivre un peu dans nos campagnes au milieu de l’hiver plutôt que pendant la belle saison. La campagne, et je sais de quoi je parle, ce n’est pas l’Eden que s’imaginent certains bobos après la lecture de certains romans ou un bref passage en ciré jaune et bottes Aigle, pour mon coin. La campagne,  comme la ville, c’est aussi parfois très déprimant, c’est souvent dur de par cette désertification voulue par un pouvoir bien trop centralisateur depuis des décennies et si peu sentimental pour des raisons économiques avec la fermeture des écoles ( la pire des calamités), le départ des services publics, l’absence de services de santé de proximité, le match de foot du dimanche comme seul rendez-vous dominical en dehors de la messe. Et puis les mentalités parfois… les urnes bourrées de votes fachos dans des villages où on n’a pourtant jamais vu un émigré… Certains romans puent la contrefaçon comme le pitoyable film « les petits mouchoirs » et d’autres sonnent authentiques, vous racontent des vraies vies sans la rosée dans l’herbe du matin, la brise sur la lande tourmentée, sans cette imagerie déplacée qui donne à penser qu’à la campagne, tout le monde serait un peu poète.

Et ce roman de Patrick Delperdange, qui est loin d’être un débutant, sonne vrai, on y décrit la campagne belge mais ça pourrait être aussi la France ni belle ni moche ni accueillante ni hostile, une terre qui est le théâtre des peines et des joies de ses habitants et qui n’a finalement de charme que pour les touristes, un sanctuaire qui rassure mais emprisonne aussi. Et dans ce coin de Belgique, une fille qui fuit, un vieux qui s’ennuie à mourir et un pauvre gars qui se prend pour un cador. Leurs routes déjà bien accidentées vont se croiser pour le meilleur pensent-ils et pour le pire évidemment.

Pas de descriptions léchées, pas de couchers de soleil bucoliques, des existences bousillées par l’usure, les mauvais choix, les mauvais gestes qui n’en font pas des crapules mais… Tout banalement, la réalité monotone, le poids des ans pour l’un, de la bêtise pour l’autre et la fuite pour la dernière et ces trois-là vont tenter de s’en sortir, égoïstement, révélant leur piètre côté sombre.

Alors, ce n’est pas un bouquin qui va vous rendre euphorique mais c’est un vrai bon roman avec des gens que vous pourriez connaître dans des galères ordinaires avec des réactions parfois  stupides et finalement bien humaines… dans un coin où tous les dieux se sont barrés, et grand bien leur fasse d’ailleurs, depuis des lustres.

Humain!

Wollanup.

PS1: Superbe couverture!

PS2: La Belgique, j’aime bien: la zik, les polars mais pas touche à notre Euro en juin!

« I don’t know, oh I don’t know
Where you’ve gone now
I belong, I still belong
To this here and now. »

PUKHTU PRIMO de DOA/Série noire

« Le terme pukhtu renvoie aux valeurs fondamentales du peuple pachtoune, l’honneur personnel – ghairat – et celui des siens, de sa tribu – izzat. Dire d’un homme qu’il n’a pas de pukhtu est une injure mortelle. Pukhtu est l’histoire d’un père qui, comme tous les pères, craint de se voir privé de ses enfants par la folie de son époque. Non, plutôt d’une jeune femme que le remords et la culpabilité abîment. Ou peut-être d’un fils, éloigné de sa famille par la force du destin. À moins qu’il ne s’agisse de celle d’un homme cherchant à redonner un sens à sa vie. Elle se passe en Asie centrale, en Afrique, en Amérique du Nord, en Europe et raconte des guerres ouvertes et sanglantes, des conflits plus secrets, contre la terreur, le trafic de drogue, et des combats intimes, avec soi-même, pour rester debout et survivre. C’est une histoire de maintenant, à l’ombre du monde et pourtant terriblement dans le monde. Elle met en scène des citoyens clandestins. »

Quasi inclassable, cet écrit pourrait avoir des affiliations avec « Je suis Pilgrim » mais, car il y a un mais, l’auteur a enfanté un docu-fiction d’une rigueur, de détails techniques et narratifs exacerbés. Le résultat présente et exploite des thématiques lourdes et complexes que sont la géopolitique, les conflits armés modernes, les arcanes des politiques dévoyés sans se départir d’une peinture réaliste et impressionniste des personnages prépondérants au récit. L’entrée, l’immersion dans cette brique n’est pas initialement chose aisée mais en appui de glossaires, de cartes, de listes détaillées des personnages, le lecteur se fondera dans l’univers voulu de DOA. Un écrit magistral de part sa singularité et l’exigence qualitative de son géniteur. Un pari osé réussi!

Chouchou.

 

 

 

 

 

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