Chroniques noires et partisanes

Étiquette : dror mishani

UNE DEUX TROIS de Dror Mishani / Série noire / Gallimard.

Shalosh

Traduction: Laurence Sendrowich.

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

“Une : Orna. Deux : Emilia. Trois : Ella. La première vit très mal son récent divorce. Elle s’apitoye sur elle-même, fréquente sans vrai désir Guil, un avocat rencontré sur un site web qui lui ment avec aplomb. Elle connaît brutalement un destin tragique. La deuxième, une réfugiée lettone, auxiliaire de vie, est une pauvre fille solitaire, paumée, mystique. Le fils de son précédent employeur – qui vient de mourir – veut l’aider à trouver du travail. Il s’appelle Guil. Ça ne se termine pas bien non plus. Apparemment, Guil sévit en toute impunité… C’est alors que survient la troisième, l’inquiétante Ella…”

Dror Mishani est un écrivain israélien de Tel Aviv où il situe ses intrigues. Auteur au Seuil de trois polars recommandables mettant en scène le flic Avraham Avraham, il débarque à la Série Noire mais sans son enquêteur fétiche pour une histoire qui devrait ravir les amateurs d’Indridason à qui il fait irrésistiblement penser.

Comme le grand maître islandais, Mishani crée des polars particulièrement réussis mettant en valeur des personnages ordinaires, communs, qui connaissent des destins tragiques que personne n’aurait pu présager. “Une deux trois” dresse le portrait de trois femmes banales qui se font abuser par un salopard bien quelconque, une sorte de dragueur des parvis d’église s’il en existe…

Et c’est à travers la description de la relation que ces femmes sans grand intérêt ont avec leur bourreau qu’avance minutieusement une intrigue qui, sans donner dans le gore ou le glam, fait la part belle à des femmes et à un homme, si ordinaires, si proches de nous qu’on pense les connaître, ou tout au moins les reconnaître. Dans le dernier tiers du roman l’étude psychologique cédera la place à une partie polar bien menée, engageant le roman vers un tempo plus proche du thriller.

Tout comme chez Indridason, rien d’explosif, pas de bastons, de flingues, juste du malheur et une empathie certaine pour ces malchanceux de la vie, les mauvais choix ou l’absence de choix… Assurément un bon moyen d’entrer dans l’univers noir de Dror Mishani.

Du bon polar.

Clete.


LES DOUTES D’AVRAHAM de Dror Mishani au Seuil Policiers

Traduction : Laurence Sendrowicz.

Dror Mishani, né à Holon, banlieue de Tel-Aviv où vit son héros Avraham Avraham enseigne la littérature et l’histoire du roman policier à l’université de Tel-Aviv. Il est entré dans l’univers du polar avec Simenon et son intérêt pour tous les personnages, victimes comme assassins donne à ses romans une atmosphère particulière. « Les doutes d’Avraham » est le troisième volet de cette série.

« Une veuve sexagénaire est retrouvée étranglée dans son appartement de Tel-Aviv. Peu après l’heure probable du décès, un voisin a vu un policier descendre l’escalier de l’immeuble. Avraham, promu chef de la section des homicides, est confronté à sa première enquête de meurtre. Il doute plus que jamais de lui-même, sur le plan personnel autant que professionnel. Pendant que la police s’active, une jeune mère de famille, Maly, s’inquiète du comportement insolite de son mari : ayant renoncé à trouver un emploi, il la délaisse depuis quelques jours, fréquentant trop assidûment la salle de boxe et refusant de répondre aux questions pressantes qu’elle lui pose. »

Comme l’indique le titre, Avraham est en plein doute : nouvellement promu chef de la section des homicides, c’est la première enquête pour meurtre qu’il doit diriger. Chef de ses anciens collègues, il a du mal à trouver les bons rapports, à accepter de n’être plus en première ligne sur le terrain, à subir les pressions de sa hiérarchie, la malveillance de celui qui voulait être chef…

On retrouve Holon, banlieue de Tel-Aviv où vit et travaille Avraham. Dror Mishani plonge la ville dans une atmosphère hivernale surprenante pour Israël : tempête, pluie, froid, autant d’éléments qui évoquent Maigret à Avraham et qui le réjouissent un peu car Marianka, sa compagne belge installée depuis peu avec lui cesse de parler de l’hiver bruxellois avec nostalgie quand l’atmosphère fraîchit. Encore des doutes, bien plus personnels pour Avraham…

Dror Mishani construit son roman en suivant deux histoires : celle d’Avraham, qui mène l’enquête en remontant la piste de la vie de la victime et celle d’une famille, d’un couple qui se débat dans des difficultés économiques et se défait suite à un drame. On sait bien sûr que ces deux histoires vont se mêler. En fait, le lecteur en sait bien plus qu’Avraham et l’intérêt ici n’est pas la recherche du coupable, mais le pourquoi, Dror Mishani réussit à créer le suspense sur ce simple élément.

L’empathie qu’il exprime pour tous les personnages fonctionne, ils sont tous humains. Des êtres blessés, meurtris qu’on va suivre en sachant qu’il n’y aura pas de gagnant. L’univers de Dror Mishani est loin d’être manichéen : pas de méchants haïssables, mais des êtres ordinaires qui pètent les plombs face au malheur et basculent par faiblesse, par bêtise, par accident. Le meurtre est toujours une tragédie dont les dégâts ne s’arrêtent pas avec la résolution de l’affaire, l’enquêteur lui non plus ne peut pas en sortir indemne. Un univers bien sombre mais si humain.

Un très bon polar où le noir se détache d’une palette de gris.

Raccoon

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