Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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LA FILLE-HÉRISSON de Jonas T. Bengtsson / Denoël.

Traduction:  Alex Fouillet.

Suz a dix- neuf ans mais en paraît douze, petite gamine informe vivant dans un cité HLM délabrée de Copenhague. Suz n’a pas d’ amis, pas de vie hors de son triste univers solitaire, malbouffe, shit médiocre, horizon bouché sans éclaircie à prévoir. Un jour, deux flics, plutôt paternalistes dans leur intentions, l’ avertissent que son père, détenu modèle, va sortir de prison plus tôt que prévu. Elle doit donc se préparer à affronter à nouveau le cauchemar. Elle commence à se bouger, se crée des épreuves, des tests, pour forger son caractère, fuir sa peur, pour se préparer à affronter un monstre dont le sang coule dans ses veines et à le tuer.

Il y a eu un drame familial mais on en ignore la teneur. Sont évoqués une mère inconsciente dans son lit, un frère parti se battre en Afghanistan et ce père donc qu’elle veut supprimer. On n’en saura pas plus dans la première partie, on suivra juste Suz dans ses rapports difficiles avec les gens de son quartier, se méfiant des petites frappes tout en refusant les quelques mains tendues. Suz vit la pire des solitudes mais ses tests lui permettent de tenir puis quelques activités de deal d’herbe et de shit la feront rêver de pouvoir acheter une arme et de buter l’ordure le moment venu.

Malgré le calvaire vécu par Suz, le ton n’est pas toujours morbide et ces relations de petite sauvageonne avec son entourage des enceintes bétonnées oubliées déclenchent parfois le sourire malgré le drame vécu, malgré la misère, malgré la merditude de son existence…

Sans l’envoi de la bonne fée Joséphine de chez Denoël, je serais passé à côté de ce roman, aucun doute. Les histoires de jeunes paumés dans des zones urbaines, sortes de prisons à ciel ouvert sans réel échappatoire, sont légions mais “la fille-hérisson” se distingue vraiment du lot par l’empathie pour Suz que sait créer, sans compassion putassière, sans misérabilisme larmoyant Jonas T. Bengtsson. A chaque fois que Suz sort de son appart, on tremble pour elle. On s’inquiète  de ses rencontres avec la racaille locale, des tests qu’elle s’impose, de ses envies d’en finir. Suz est aussi touchante que Eva l’héroïne de l’effroyable “Débâcle” de Lize Spit. Pareille enfance flinguée par les parents, même drame, même dégoût de la vie, même horreur vécue jour après jour même si les projets des filles sont différents et ne situent ni à la même latitude ni dans un tissu social comparable.

Suz, un personnage qu’on n’oublie pas, Petite Sirène du chaos…

Wollanup.

 

 

 

 

LE DIABLE DANS LA PEAU de Paul Howarth / Denoël.

Traduction: Héloïse Esquié.

Paul Howarth primo romancier anglais a vécu plusieurs années à Melbourne avant de regagner son île d’origine et évidemment l’outback lui a fourni le décor du western australien qui arrive chez les libraires cet automne précédé de nombreuses critiques positives outre Manche.

Australie, Queensland, 1885. Une vague de sécheresse conduit la famille McBride au bord de la ruine. Leur terre est stérile, leur bétail affamé. Lorsque la pluie revient enfin, la famille pense être tirée d’affaire. Mais le destin en a décidé autrement. Un soir en rentrant chez eux, Billy et Tommy, les jeunes fils McBride, découvrent leur famille massacrée. Billy soupçonne immédiatement leur ancien vacher aborigène. Les deux garçons se tournent vers John Sullivan, leur riche et cruel voisin, pour qu’il les aide à retrouver le coupable. Malgré les réticences du jeune Tommy, Sullivan fait appel à la Police aborigène, menée par l’inquiétant inspecteur Edmund Noone. Les frères McBride vont alors être entraînés dans une chasse à l’homme sanguinaire à travers l’outback désertique.”

Il y aurait beaucoup à dire sur ce premier roman ambitieux qui peut se concevoir comme un western de la frontière quand les colons s’attaquent aux territoires encore vierges pour eux et s’en prennent aux tribus indiennes présentes sur ces terres. De fait, “le diable dans la peau” reprend ce principe mais dans une version australienne avec les populations aborigènes comme accusées et victimes. L’histoire est d’ailleurs écrite avec un talent certain qui continue d’opérer même dans les moments les moins captivants. Il faut bien reconnaître que le roman met bien cent bonnes pages à vraiment démarrer, l’auteur s’évertuant à montrer la misère de la famille McBride malgré le labeur incessant qui est le leur, une description très (trop) détaillée de leur pauvre existence qui par moments rappelle l’application d’ un James Agee dont l’objectif littéraire était bien différent.

Dans une deuxième partie qui rappellera évidemment Cormac McCarthy dans la démonstration de la folie meurtrière des hommes comme dans ses personnages à l’image d’un Noone, terrible figure du mal très pragmatique et convaincante, citant Darwin pour justifier les massacres, et parfait parent littéraire du juge Holden de “Méridien de sang”, le western prend tout sa mesure et l’histoire devient méchamment violente, crue, barbare. Tueries et abominations se succèdent à un rythme apocalyptique jusqu’au massacre final qui scellera le retour des “vengeurs” au bercail.

“Ils les massacrèrent. À part quelques femmes qu’ils gardèrent pour les revendre, ils les massacrèrent tous.”

Puis ce sera l’heure du choix pour Tommy et Billy les deux frères, une fois le cauchemar et leurs propres exactions, un tant soit peu, digérés, assimilés. Quel choix, quel avenir pour les deux enfants: accepter la tyrannie des colons, accepter le colonialisme, accepter le nettoyage ethnique au nom de la Couronne ou partir… reprendre la vie misérable de leurs parents ou s’ égarer aux côtés d’une ordure comme John Sullivan. Parfois comparé au roman de Phillip Meyer “le fils” dont il ne peut décemment pas revendiquer  égale ampleur avec cette histoire assez simple dont l’issue est hélas très prévisible dès le départ et encore moins avec l’âge des deux frères dont les agissements sont dictés beaucoup plus la naïveté de l’enfance, dont ils ne sont pas encore réellement sortis, que par des choix humanistes,  philosophiques voire économiques et politiques comme chez Meyer , “le diable dans la peau” éclaire néanmoins parfaitement sur le XIXème siècle et les terribles relents du colonialisme, du racisme, de l’impérialisme et du capitalisme naissant en Australie, à l’image de la situation américaine.

Assurément, Paul Howarth a du talent et deviendra peut-être incontournable un jour quand il aura réussi à trouver sa propre voie, différente de ses glorieux pairs. Si “le diable dans la peau” n’est pas un grand roman, il se distingue néanmoins et offre le plaisir d’un roman intelligent, d’un western des antipodes violent et d’un niveau bien au-dessus de la moyenne.

Wollanup.

 

Entretien avec Joe R. Lansdale pour la sortie de HONKY TONK SAMOURAI / Editions Denoël

L’auteur texan a le sens et le souci du divertissement. Mais il a plus d’une corde à son arc. C’est avec délectation et émotion que j’ai pu faire sa rencontre à l’occasion d’un court passage parisien, invité au salon Toulouse Polar du Sud. En voici le fruit de nos échanges.

Quelle est la genèse de la série Hap & Leonard?

Globalement je peux dire que Hap c’est moi et Leonard est un assemblage de personnages que j’ai rencontrés au cours de ma vie. Dans ma pratique des arts martiaux, j’ai remarqué qu’il y avait des gays mais qui ne montraient par leur appartenance et c’est donc sur cette base que j’ai créé le personnage de Leonard.

 Y avait-il un propos, un message, ou une volonté particulière pour cet opus?

Je n’aime pas trop la notion de message mais le principal c’est qu’il y ait toujours dans mes publications des idées politiques, ma vision de l’Amérique, mais je pense que dans celui-ci il y a un petit peu moins d’éclairage sur celle-ci. J’ai surtout voulu produire un divertissement, réunir les différents protagonistes et éléments des précédents ouvrages de la série.

Nous pouvons avoir une vision biaisée du Texas oriental, quelles en sont les valeurs et les scories de cet état du Dixieland?

Je viens de cette région et j’adore cet endroit, j’y ai rencontré les gens les plus gentils, solidaires, affectueux, évidemment il coexiste l’exact contraire mais je pense que c’est comme partout à dire vrai. Or il y a quelque chose de très indépendant dans la culture du Texas oriental, très particulière, telle une bénédiction et une malédiction concomitante. C’est très particulier le Texas oriental, c’est énorme comme la taille de la France et on imagine que c’est désertique, mais c’est le Sud complet. On dit que c’est derrière la barrière de pins, il n’y a pas de désert, de montagnes, il y a des arbres, des crocodiles. Du côté culturel et dans la musique en particulier, c’est tel un combo de musique mexicaines, afro américaines, très marquées.

Trouvez vous, justement, que Hap et Leonard sont là pour en gommer les aspérités ? ( ou les souligner)

Je pense qu’ils montrent les deux côtés, le bon et le mauvais, la complexité et la contradiction de cet état. Ils portent un rôle de « Morality plays » (une allégorie théâtrale du vice et de la vertu). J’écris du polar !
Ce ne sont pas du tout des héros mais je n’aime pas non plus le concept d’anti-héros, ils sont juste profondément humains. Ils tentent d’être meilleurs, ils essayent de correspondre à l’idéal qu’ils se sont fixé. Pourtant ils tuent, ils possèdent des armes, mais en fait ils sont un peu comme tout le monde et c’est cela qui me plait.

Deux aventures de Hap & Leonard sont en attente pour l’édition française, qu’en est de la série T.V. et quel regard portez-vous sur cette adaptation ?

J’en suis très satisfait en tant qu’auteur de la série. Je pourrais toujours dire que tel ou tel plan, telle ou telle scène aurait pu se tourner différemment. C’est trois saisons et il n’y aura pas de suite. James Purefoy est un homme bien, les acteurs sont les meilleurs amis à l’écran comme dans la vie.

Avez-vous définitivement abandonné l’épouvante ?

J’écris des histoires courtes tout le temps. J’ai remporté deux prix Bram Stoker en six ans. J’ai écrit un livre « Drive-in », j’estime qu’il n’y pas de genre, et en ce qui concerne l’horreur j’affectionne particulièrement la nouvelle. C’est classifié aux Etats Unis comme de la science-fiction. J’ai déjà pris des pseudos, plus pour m’amuser pour écrire des petits papiers plus jeunes ou dans un contexte de « ghostwriter ». Les éditeurs aiment bien les catégories mais vivant de mon écriture je suis très bien comme ça et je n’ai pas la nécessité de changer mon nom en fonction de « genres littéraires ».

Quels sont vos tuteurs littéraires ? Et lisez-vous de la littérature actuelle?

Mark Twain, Harper Lee « To kill a mockingbird », Elmore Leonard dans ses premières années, Flannery O’Connor, Carson McCullers, Fitzgerald, Steinbeck, Raymond Chandler, James Cain, Dashiell Hammet, Rob Dennis, James Ross, Charles Willeford. On pourrait en parler toute la journée !
Dans les actuelles, James Lee Burke est probablement le plus grand styliste du noir, Helen Gilchrist « In the land of dreamy dreams » un recueil de nouvelles.
En fait je lis surtout des classiques, je lis en ce moment Don Quichotte et une biographie de Bruce Lee ayant pratiqué des arts martiaux pendant 55 ans. C’est une personne très très importante à mes yeux.

Vos romans donnent l’impression d’avoir un rapport direct avec le cinéma, ou pourrait-on suggérer l’inverse, que le cinéma a nourri votre littérature ?

Le film noir, beaucoup de films noirs. John Ford, Howard Hawks, John Sayles, Roger Corman qui a énormément influencé « Drive-in ».
Je vais réaliser un film l’année prochaine dont le scénario a été écrit par mon fils, adapté d’une nouvelle que j’avais écrit dont le principe était que chaque auteur devait parler d’un tableau de Edward Hopper «New-York office ». On attend que le projet se finalise.
J’ai écrit pas mal de scénarios pour les Batman T.V. , Superman et le fils de Batman. Le réalisateur de Walking Dead va réaliser une adaptation d’un de mes écrits pour Netflix.
Il y avait un film culte très « américain » mettant en scène Elvis avec une momie qui est truffé de références sur sa vie et les studios Sun Records. La femme de mon frère est allée à l’école avec Elvis et était amie avec Johnny Cash, ma fille, Kasey, étant produite par John Carter Cash.

On a l’habitude, marque de fabrique, d’illustrer pour Nyctalopes, par un titre musical collant à l’ouvrage et/ou à l’auteur. Pourriez-vous illustrer notre entretien ? (en rapport avec l’opus ou un titre marquant ces derniers temps)

Je pense à ma fille Kasey Lansdale « Sorry Ain’t enough » dans une veine Country-Blues, qui joue dans la seconde saison de Hap & Leonard très 50’s.

Personnellement j’avais fait le choix d’un titre de Johnny Winter « Honky Tonk »

Je ne l’aime pas car j’étais en procès contre lui. Sur une brouille musicale, une satire d’un de ses titres, il nous a réclamé de l’argent. Pas d’humour bien que ce soit un artiste incroyable…accro à la Coke et scientologie.

Cette rencontre n’aurait pu se dérouler sans l’entregent de Joséphine Renard, attachée de presse -fée- des éditions Denoël, et Dana Burlac, éditrice de Lansdale, pour sa capacité d’interprète texane. Merci beaucoup pour cette mémorable rencontre!

Le 9 Octobre 2018 dans un bistrot parisien.

Chouchou.

AU COEUR DE LA FOLIE de Luca D’Andrea/ Denoël

Traduction: Anaïs Bouteille-Bokobza

Luca d’Andréa a une indéniable faculté de conteur. Il nous tend la main pour nous guider sur son sentier. Un sentier, pas une route, car l’homme est un homme de la terre, un homme des montagnes, un artisan. Il nous convie d’ailleurs de nouveau dans sa région natale, le Sud Tyrol. Et son roman tournera autour de quatre personnages cardinaux. Chacun possède un sens caractérisé de son existence, leur philosophie et leur construction divergent sur bien des points. Or ils se découvriront des bulles d’aspirations et des atomes qui auraient pu correspondre. Leurs lignes de vie resteront parallèles et s’insinueront dans des gouffres de désillusions et de funestes vertiges.

«Italie, hiver 1974. À bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller. »

Le récit s’articule donc à travers quatre personnages qui défient leur passé dans l’espoir de se construire un avenir. L’un est à la tête d’une organisation délictueuse. En ayant la main mise sur différentes activités licencieuses, il possède une certaine aura et le respect, la déférence dans la population craintive. Sa jeune épouse a, pour elle, l’appréhension marquée de se perdre dans le tourbillon du péril marital. Un événement la poussera à s’en détacher afin de conserver son libre arbitre. Le troisième protagoniste est un pur montagnard dans la droite ligne d’une famille des monts enneigés. Il puise sa culture et sa force dans l’inflexible confiance en la nature et son enseignement rigoriste d’une vie d’alpage. Cette quadrature se lie par un homme entouré par un halo de mystères et d’effroi magnétique. Ils évolueront donc les uns autour des autres formant un cercle maléfique.

Ils s’attirent, se repoussent, se cherchent, s’évitent, mais auront tous d’âpres face à face. Dans le roman on ressent que le point de rupture peut apparaître à la prochaine page ou au prochain chapitre. De part ses qualités intrinsèques, l’auteur nous fait perdre haleine et construit une tension crescendo. De même en faisant appel à l’univers des contes noirs il instille une atmosphère qui vrille les sens, nos croyances. Il permet que s’installent des failles, des gouffres dans un trajet sans cesse sinueux. De plus en plus il crée le malaise. Nos sens sont déroutés mais surtout notre raison s’effrite, se lézarde.

Les trois quarts du roman possèdent ces capacités sans nul pareilles mais j’ai ressenti dans l’épilogue un délitement de la cohérence et quelques invraisemblances. La clôture aurait mérité, probablement, d’être plus mesurée pour rendre le tout crédible.

D’ Andréa, je me répète, a un talent hors pair de conteur, cette facilité pour raconter des histoires, flirtant avec la fable, néanmoins si son récit conservait son unité jusqu’au final il n’en aurait que plus de force.

Fable noir percutante!

Chouchou.

LE ROLE DE LA GUEPE de Colin Winnette / Denoël

Traduction: Robinson Lebeaupin

L’isolement, l’absence de repères familiaux, la lutte de jeunes individus pour se faire accepter dans une communauté fermée nous portent vers un intangible récit noir. Dans ce centre de détention temporaire et non comme une école, tel le précise en incipit le directeur de la structure, ne présage rien de positif et nous pousse benoîtement dans une atmosphère pointée par le mystère et l’effroi. Le doute ou l’espoir ne semble pas permis et dès les premières lignes on prend bien conscience de l’évidence….

«Un nouvel élève vient d’arriver à l’orphelinat, un établissement isolé aux mœurs aussi inquiétantes qu’inhabituelles. Il entend des murmures effrayants la nuit, et ses camarades se révèlent violents et hostiles. Quant au directeur, il lui souffle des messages cryptiques et accusateurs. Seul et rejeté par ses pairs, le nouveau tente de survivre à l’intérieur de cette société inhospitalière.

Une rumeur court parmi les pensionnaires, selon laquelle un fantôme hanterait les lieux et tuerait une personne par an. Tous les ans, les garçons se réunissent, sous l’impulsion de quelques anciens, pour démasquer celui d’entre eux qu’ils pensent être le fantôme… et l’éliminer!

Simple mascarade potache ou mise en scène sordide pour justifier les meurtres rituels? Cette année, le prétendu fantôme a été clairement désigné : c’est le petit nouveau. Pour une simple et bonne raison, on ne l’a jamais vu saigner, et les guêpes, très nombreuses dans cette bâtisse, ne le piquent pas. La chasse aux sorcières peut commencer. »

Colin Winnette, auteur texan primé à plusieurs reprises, nous a déjà gratifiés de romans aboutis sur un format généralement court qui néanmoins exprime à chaque fois un véritable ancrage dans le noir et la sueur froide! (Cf. Là où naissent les ombres et Coyote)

Assez rapidement, pour son atmosphère, j’ai ressenti des accointances avec le long métrage Les âmes grises tiré de l’ouvrage éponyme de Philippe Claudel. Ne me posez pas la question je ne saurai vous éclairer, c’est instinctif. Bien que nous n’ayons pas de repères temporels et spatiaux et que le récit n’évoque pas des thématiques strictement similaires, j’ai eu ce net ressenti.

L’enfant, au centre du roman, fait face à ses coreligionnaires , trente au total,  ainsi qu’à deux adultes son directeur et une enseignante. Sans coup férir le récit oblique vers l’insondable, l’innommable. Insondable car le rationnel n’a pas voix au chapitre, bien que la cohérence reste concrète. Innommable car il faut se figurer que l’on est face à des enfants qui, on le suppose, ont déjà vécu des traumatismes, des blessures, des fêlures et qui se trouvent imprégnés dans un tourbillon damné. Le face à face particulièrement entre le responsable et le protagoniste principal présente justement une force psychologique cynique. Ballotté  entre bienveillance d’apparat et rigidité autoritariste, le récit se pare inévitablement d’une chape de cruauté couplée au mystère des lieux. On ne saurait affirmer quel est le plus dérangeant…

L’écriture et le roman nous laissent une empreinte et celle-ci se tatoue progressivement sur notre épiderme et dans nos cellules grises.

Fureur roide!

Chouchou

 

LE ROMAN DE JEANNE de Lidia Yuknavitch / Denoël.

Une couverture magnifique, l’adaptation dans un futur proche de la vie d’un personnage historique français que j’ai toujours trouvé très intriguant, il n’en faut parfois pas beaucoup plus pour quitter son petit univers et rejoindre des espaces qui vont sont inconnus et parfois aussi de le regretter amèrement.

Encensé par les plus grands médias aux USA, “Le roman de Jeanne” arrive chez nous en cette fin d’été précédé de la bonne réputation de son auteure Lidia Yuknavitch dont les ouvrages souvent autobiographiques comme “ la mécanique des fluides” ont montré la puissance et la dureté de sa plume. Ici, changement total de genre et de thème, quoique, on entre  dans la si à la mode dystopie, le roman post-apocalyptique, la SF du chaos à venir.

Certains y ont vu une diatribe contre Trump comme la série “the handmaid’s  tale” tirée d’un roman de Margaret Atwood publié en 1985 mais le roman a été écrit sous Obama… Certains y ont vu aussi un roman féministe que la fin de l’histoire contredit totalement. C’est vrai que l’héroïne que certains survivants attendent, espèrent pour mener le combat, c’est la réincarnation de Jeanne d’ Arc, l’icône recréée par l’ Histoire et les cathos. Jeanne d’Arc, le sabre et le goupillon, symbole fort et très différent selon les types de populations qui se l’accaparent reste quand même un des grands personnages de l’Histoire, occidentale tout au moins.

Destin extraordinaire d’une petite bergère lorraine en ligne directe avec la vierge Marie qui lui dit d’aller bouter les Anglois hors de France. Et ce qu’elle fait direct, quittant veaux, vaches, cochons et sa famille pour devenir chef des armées du royaume de France. Les cathos en ont fait une sainte… une jeune fille qui a passé sa toute petite vie à tuer, étriper, amputer et qui avait comme fidèle compagnon d’armes le sinistre Gilles de Rais violeur et tueur d’enfants sur ses loisirs, quand il n’était pas occupé aux mêmes boucheries que Jeanne. Ils ont des héros très sympathiques chez les cathos. Je vais revenir à mon sujet car je risque de déraper sur leurs serviteurs de la région de Philadelphie qui aiment aussi beaucoup les enfants. Ah cette histoire de la vierge et de Jeanne, vous imaginez un peu la même chose de nos jours: une petite nana Rmiste qui va voir le président pour lui dire que la vierge lui est apparue à Pôle emploi lui demandant de virer les Qataris et les Saoudiens de France? Même monsieur Macron, élevé chez les Jésuites, les soldats de Dieu, il ne la croit pas. De plus, il ne comprendrait mais alors jamais que Marie ne soit pas adressée à lui, d’abord, quand même.                                                                 

Mais comme disait Jeanne, revenons à nos moutons.

“Anéantie par les excès de l’humanité et des guerres interminables, la Terre n’est plus que cendres et désolation. Seuls les plus riches survivent, forcés de s’adapter à des conditions apocalyptiques. Leurs corps se sont transformés, albinos, stériles, les survivants se voient désormais contraints de mourir le jour de leurs cinquante ans. Tous vivent dans la peur, sous le joug du sanguinaire Jean de Men.
Christine Pizan a quarante-neuf ans. La date fatidique approche . Rebelle, artiste, elle adule le souvenir d’une héroïne, Jeanne, prétendument morte sur le bûcher. Jeanne serait la dernière à avoir osé s’opposer au tyran. En bravant les interdits et en racontant l’histoire de Jeanne, Christine parviendra-t-elle à faire sonner l’heure de la rébellion?”

C’est, isolés dans le CIEL, une base en orbite autour de la Terre que les derniers résistants au tyran vont mener cette lutte. “le roman de Jeanne » est un roman de SF montrant une fois de plus ce qui peut arriver à l’humanité, ce qui va arriver à l’humanité, espèce, elle-aussi, vouée à l’extinction ce que la plupart des scientifiques s’accordent aujourd’hui à dire tout en pointant les dérives des pouvoirs, l’embrigadement, la psychologie des foules, l’autocratie, les discours fallacieux… des trucs bien contemporains, actuels, pas de la SF, quoi.

Le Roman de Jeanne est, c’est certain, un roman engagé, de la littérature de combat qui revendique, qui hurle parfois dans sa dureté, une révolte contre la folie de l’humanité. On assiste à la lutte ultime avant la fin de tout espoir tandis que peu visible mais présent dans un monde bien triste et totalement concentrationnaire subsiste sous des formes nouvelles mais terriblement sclérosées l’amour, la tendresse. Lidia Yuknavitch écrit avec véhémence, puissamment, on sent la colère, la passion, un roman écrit visiblement avec les triples pour un résultat  abouti dans sa tension et surtout dans son message.

Cyberpunk armé.

Wollanup.

OUBLIER MON PERE de Manu Causse/ Denoël

Le récit se situe en Suède dans le présent et l’hexagone pour le passé du personnage, Alexandre, enfant qui, initialement, présentait des difficultés de sociabilité sous le joug tyrannique de sa mère. Ses évocations, comme un fil rouge, de son père sont teintées de nuances multiples. Tantôt il représente un totem, un phare, une source d’affection, tantôt les teintes se grisonnent, voire s’opacifient. Il nous évoque son parcours de vie en tentant de démêler l’écheveau d’une existence pour la moins singulière.

Pas la peine de chialotter, je ne t’ai pas fait mal, m’assure ma mère chaque fois qu’elle me gifle.

Sud de la France, années 90. Alexandre grandit auprès d’une mère autoritaire et irascible. Elle veut à tout prix qu’il oublie l’image de son père disparu prématurément. Bon garçon, il s’exécute. Devenu photographe, Alexandre se révèle un adulte maladroit, séducteur malgré lui, secoué par des crises de migraine et la révolution numérique. À quarante ans, il échoue dans un petit village de Suède pour y classer des images d’archives. Il lui faudra un séjour en chambre noire et une voix bienveillante pour se révéler à lui-même et commencer enfin à vivre. »

L’auteur né dans la région parisienne a vécu sa jeunesse dans l’Aveyron. Vivant actuellement à Toulouse avec sa compagne, romancière elle-aussi, et leurs enfants ayant été tour à tour animateur culturel, enseignant pour quitter afin de se consacrer au travail d’écriture et de traduction.

En entrant dans le roman, et dans sa première moitié, on y ressent une innocence, une naïveté pas étrangères aux tableaux filmés de Doillon. Cette phase associée à l’enfance et l’adolescence, nous montre aussi les racines de troubles comportementaux sans pour autant être critique sur leurs répercussions. Puis la seconde partie se couvre d’un halo plus sombre et beaucoup moins crédule. C’est le temps de chercher des vérités, le temps d’accepter des évidences. Il en va de sa survie, de sa capacité à avancer en digérant son passé.

Ce n’est pas un roman noir, c’est loin d’être un roman à l’eau de rose et l’écrit a cette capacité à nous questionner sur le couple, sur l’affirmation en tant qu’adulte sans nous enjoindre le moindre pathos.

La lucidité est un atout dans ce parcours balisé de virages parfois brutaux, radicaux et surprenants. Je n’ai pas été insensible à ce discours qui aborde, autant par la simplicité que l’absence de concessions, un sujet central souvent synonyme de traumatisme inaltérable.

Poignant!

Chouchou  

LÀ OÙ VIVENT LES LOUPS de Laurent Guillaume / Denoël.

La frontière transalpine au cœur de cette région savoyarde est propice au passage de migrants…Mais quand un « boeuf-carottes » débarque pour un contrôle administratif de routine dans ce poste de la police des frontières, il se voit confronté à un meurtre dénué de rapport avec ces passages illégaux. Son personnage ingrat, rustre, quasi insociable s’impose pourtant et le résultat n’en est que plus savoureux, à la hauteur des diots aux crozets!

« Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante. Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes. Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé.

Quand on découvre dans un bois le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. Pas Monet. Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace. La victime était-elle un simple migrant? Qui avait intérêt à la faire disparaître? Quels lourds secrets cache la petite ville de Thyanne? Monet va rester bien plus longtemps que prévu. »

Sans nul doute que Priam Monet n’aurait osé s’aventurer seul dans ces contrées montagneuses, lui l’exclusif du XIème arrondissement parisien, qui plus est pour y retrouver ses « galons » d’enquêteur. Il se prend au jeu dans une société régie par un patriarcat de l’économie locale. Malgré sa propension marquée de franchise pathologique, qui lui ôte bien souvent une quelconque once diplomatique, « l’horloge comtoise » intégrera pas à pas la vie de cette contrée telle un négatif de sa personnalité. Vite rebuté par son caractère abrasif, n’ayant par contre rien du spartiate, on découvre par son évolution captieuse toutes ses facettes. Et alors on mesure l’étendue du personnage plus complexe qu’il n’y paraît. Si vous aimez les récits du  sous-préfet Schiavone, le personnage récurrent d’Antonio Manzini, vous aimerez les tribulations de Priam Monet sous la houlette plumitive de Laurent Guillaume!

L’homme et l’homme de loi présentent des compétences contrebalancées par un empirisme grevé de sa touche irascible et brut de décoffrage. Or, il s’en rendra compte sans se l’avouer, il sied au contexte du pays et s’immisce, s’intègre avec des tuteurs pour lesquels l’affection point. En effet, dans le roman, les personnages secondaires sont joliment esquissés et vivent dans leur réel, dans leur quotidien avec leur passé, avec leur histoire, leur responsabilités incompressibles. Ils vont à merveille avec Priam comme un complément au déficit de sociabilité, qui traduit, aussi, sa volonté inassouvie de polir ses angles aigus. La montagne ne porte que son ombre mais les ombres sont multiples et portent à la cécité. Cécité propre et cécité des esprits bien souvent formatées par une éducation, par une culture n’autorisant plus l’esprit critique, le recul, le libre arbitre.

Efficace sur un Monet binaire, non sur un Monet à la personnalité multiple et profonde. Monet, le cousin Parisien de Schiavone!

Chouchou

 

MY BLOODY VALENTINE de Christine DETREZ/ Denoël

L’image de carte postale est idyllique, réjouissante. Se retrouver sur l’île de beauté en compagnie d’un autre couple et leurs enfants présage de moments de concorde, de bon temps. La mécanique ondule sous les rais du dieu Râ et l’huile des rouages semble se raréfier. Chacun vit avec son histoire, chacun vit avec son âge et ses attraits pulsionnels….

«Paul n’a pas dérogé à la tradition : passer le mois d’août en Corse, retrouver la villa louée chaque année avec un couple d’amis de longue date, leurs deux fils et Valentine, la petite amie de l’aîné. Mais, cette année, il est venu avec Delphine, sa nouvelle compagne, et ses deux fils adolescents. Joyeuse tribu en apparence qui s’adonne au farniente dans la touffeur de l’été. En apparence seulement, car le terrain est miné pour Delphine. Différence de revenus, de centres d’intérêt, animosité de la toute petite fille de Paul, les souvenirs des étés d’avant avec l’ex planent, et Delphine ne sait pas où poser le pied sans faire de gaffes. Pourtant c’est d’ailleurs que viendra le vrai danger. Valentine a la beauté explosive des adolescentes en fleur. Sexy en diable, elle aimante les regards des garçons et des hommes, bouleversant le fragile équilibre de la maisonnée, jusqu’au drame… »

Un nouveau couple se constitue avec l’amour comme carburant. Bien que les tâtonnements existent, le sirocco envahit les corps et les esprits, retrouvant les frissons lointains, des sensations délitées. La recomposition pour cette fête estivale conquiert l’enthousiasme légitime. Or des grains de silice s’insinuent et vont perturber le scénario. Delphine, le point de gravité, se retrouve malgré elle dans un oeil cyclonique l’engageant dans une remise en question, un saut dans son passé, douloureux. Elle s’effrite, ses moyens s’excorient, ses repères propres s’effacent. La troupe n’a pas les yeux ouverts et dans l’insouciance de l’été se jouent des évidences.

Christine Détrez aborde de nombreux thèmes sans jouer ou sur-jouer la carte de la sensiblerie. Sous sa peinture impressionniste luxuriante, elle fait cohabiter une zone sombre décrivant de manière réaliste et objective ces difficultés. La période de l’adolescence y est donc traitée, à mettre en parallèle avec les questionnements des parents ne sachant se positionner; écouter uniquement son coeur ou situer le curseur sur une attitude purement rationnelle. Les écueils à trouver sa place dans ce schéma de couple prennent une part prépondérante du récit. L’ensemble accouche d’un noeud gordien qui, à mots voilés, se jette vers une dramaturgie trop fréquemment exprimée pour la tranche d’âge pré-adulte. L’île de Beauté fleure bon la garrigue et le maquis entre genévrier, sauge, lavande protégés par les cistes, arbousier ou ajoncs, il décline malheureusement une litanie bien rugueuse, transfixiante.

Carte postale mirifique qui cache à son verso un abîme relationnel mise en valeur par une plume sensible, gorgée d’humanisme et d’humanité.

Chouchou

LE SALON DE BEAUTÉ de Melba Escobar / Denoël.

Traduction: Margot N’guyen Béraud 

Bogota possède une attraction que Carthagène n’a pas. Centre névralgique de la Colombie, elle étincelle pour bon nombre, cherchant émancipation, reconnaissance ou évolution indépendante. Cette expérience et cette équation se jouent au sein d’un salon d’esthétique. Lui aussi semble être l’épicentre d’illusions, le carrefour de luttes des classes, le théâtre des cloisonnements ancrant un déterminisme violent, sans concessions. La narratrice du récit voit les actes de l’intérieur, en dirigeant les projecteurs vers cette esthéticienne symbolisant les pratiques d’un pays et ses dérives, elle nous décrira avec acuité et sens une critique acide de son monde.

«La Maison de la Beauté est un luxueux institut de la Zona Rosa, l’un des quartiers animés de Bogotá, et Karen l’une de ses esthéticiennes les plus prisées. Mais son rôle dépasse largement l’art de la manucure et de la cire chaude. Ses clientes lui confient leurs secrets les plus intimes. Un petit massage avant l’épilation… et Karen apprend tout sur leurs implants mammaires, leurs week-ends à Miami, leurs divorces ou leurs amourettes.

Un après-midi pluvieux, une adolescente entre dans le salon – en uniforme d’écolière et sentant très fort l’alcool : Sabrina doit être impeccable pour une occasion très particulière. Le lendemain elle est retrouvée morte.

Karen est la dernière personne à l’avoir vue vivante. Qui Sabrina a-t-elle rejoint ce soir-là? Que se sont confié les deux jeunes femmes lors de ce dernier rendez-vous? »

Melba Escobar de Nogales, née en 1976, a soutenu un thèse de littérature sur le journalisme culturel. Chroniqueuse pour le journal El Pais de Cali, elle a bénéficié d’une résidence d’écrivain au sein de l’université de Santa Fé, Nouveau-Mexique, “Le Salon de Beauté” est son troisième livre publié mais sa première incursion dans le roman noir.

Bien souvent la quatrième de couverture et les accroches afférentes paraissent éloignées d’une vérité, d’une honnêteté intellectuelle. En ce qui concerne cet écrit, et en particulier l’avis d’El Tiempo synthétise le rendu de celui-ci! « A la fois roman social, récit urbain, roman d’apprentissage, thriller sur fond de corruption politique » éclaire de manière concise les spécificités et qualités de l’ouvrage.

Le social creuse son sillon dans un pays qui peine encore à trouver de la stabilité et s’inscrire dans une volonté populaire d’infléchir une politique dénuée de structures, d’infrastructures. Il n’y a pas de volonté institutionnelle d’encadrer les missions régaliennes qui permettent sécurité, éducation, soutien aux démunis.

Récit urbain, bien sûr, dans ce mirage représenté par la capitale où les contrastes saisissent face à ses pendants provinciaux. La cité des décisions législatives et exécutives semble mépriser la plèbe des rues, ses concitoyens.

Roman d’apprentissage, d’émancipation, ou en tous les cas les tentatives, dont Karen reste le point de gravité. Elle n’a pas toutes les armes, elle se laisse happer par des expédients lui promettant la solution à ses problèmes et son objectif posé. Elle apprend, mais souvent à ses dépends, dans la douleur.

Thriller sur fond de corruption politique, dont la tension est très bien retranscrite, révèle, de nouveau, les scories d’un état lesté d’un histoire récente traumatisante.

Ces multiples entités rhétoriques sont parfaitement agencées en réussissant à se limiter à des descriptions sensées, fortes de personnages  traînant qui une souffrance, qui une remise en cause, qui l’opacification d’actes non assumés. Et ce roman réussit son entreprise, dans une dimension raisonnée, pour dépeindre aussi bien une société et des personnages symboles de celle-ci. Sa lecture nous révèle sous ce prisme une Colombie exsangue lacérant des êtres hypnotisés par l’onirisme et la crédulité.

Une claque où les marques des ongles tatouent le visage et l’esprit!

Chouchou

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