Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : denoel (page 1 of 5)

GANGS OF L.A. de Joe Ide / Denoël.

Traduction: Diniz Galhos

Isaiah Quintabe, dit IQ, est un jeune afro américain de LA, extrêmement intelligent et perspicace, mais aussi froid et taciturne. Il n’a pour ainsi dire pas d’amis, juste des connaissances avec qui il est obligé de coexister. Sa vie tourne court en 2005, à la mort de son frère,  et son petit monde s’écroule.

Il abandonne alors ses études, reste  seul, et pour survivre, se met à aider les délaissés des quartiers défavorisés de la ville. Il devient ainsi une sorte de légende pour ce monde oublié des services de police. Il décide de se servir de ses capacités d’observations pour exercer des fonctions de détective privé, il se rachète de ses erreurs en aidant ceux qui en ont besoin. Mais parfois, il est obligé d’accepter des affaires réellement rémunérées et de fricoter avec d’anciens partenaires peu glorieux.

C’est ainsi qu’il est obligé de se rallier à Dodson, son ancien colocataire, dealer, voleur, et arnaqueur en tout genre. Celui-ci le branche avec Cal, rappeur plébiscité mais complètement déconnecté de la réalité, qui vient de survivre à une tentative de meurtre.

S’en suit alors une enquête extrêmement drôle dans le milieu des rois du rap de la côte ouest américaine.  Le duo improbable formé par IQ et Dodson est confronté à tout un tas de personnages, tous plus farfelus les uns que les autres : des rappeurs, des pseudos garde du corps qui ne brillent pas par leur intelligence, un impresario désespéré de l’attitude de son poulain, un directeur musical totalement dépendant de Cal.…

Les deux compères sont totalement opposés,  l’un est calme, rationnel, d’une logique instinctive, le second est colérique, speed, et ne réfléchit pas beaucoup. Nous avons là une sorte de Sherlock Holmes et John Watson mais sans l’élégance et la courtoisie du duo d’anglais. Mais l’opposition entre les deux entraîne des scènes cocasses, des disputes mémorables, en somme, des moments hilarants pour nous lecteurs.

Le roman alterne entre le passé de IQ, sa rencontre avec Dodson, et l’enquête menée aujourd’hui. Cela permet de comprendre la relation entre les deux hommes, et comment IQ est devenu ce personnage froid, austère, qui se sent coupable mais lui permet ainsi de ressentir beaucoup d’empathie.

Joe Ide réussit parfaitement à allier le passé des protagonistes avec l’enquête menée aujourd’hui, les deux histoires s’alimentent mutuellement. Il nous brosse le portrait de personnages loufoques, drôles voire ridicules, mais aucun n’est ennuyeux. Les dialogues, très nombreux, donnent du rythme au roman, et vous tournez les pages sans même vous en apercevoir.

Nul doute que nous retrouverons IQ dans de nouvelles aventures, alors un seul conseil, musclez vos zygomatiques.

Marie-Laure


COMME IL PLEUT SUR LA VILLE de Karl Ove Knausgaard / Denoël.

Traduction: Marie-Pierre Fiquet

Exercice délicat que celui de chroniquer le 5e tome de l’entreprise littéraire et autofictionnelle du norvégien Karl Ove Knausgaard (le 4e ayant été salué dans les pages du blog Nyctalopes en août 2017 par un autre contributeur).


Entreprise, c’est le terme qui convient pour décrire le travail de Knausgaard, né en 1968 : raconter sa vie, en faire le matériau de cette saga contemporaine et nordique, divisé en six tomes publiés entre 2009 et 2011, un énorme succès de librairie en Norvège, intitulé Min Kamp / « Mon combat ».

Le présent récit court sur la période 1988- 2002. Karl Ove a vingt à peine quand il s’installe à Bergen, ville universitaire sur la côte de la Norvège, pour entamer un cursus à l’Académie d’écriture. Il arrive débordant d’enthousiasme et d’ambition littéraire. Mais rapidement ses illusions volent en éclats. Il désire tant, sait si peu et ne réalise rien. Ses efforts de socialisation se soldent par des échecs cuisants. Maladroit avec les femmes et très timide en société, il noie son humiliation dans l’alcool et le rock tandis qu’il se dit que peut-être il est plus doué pour la critique que l’écriture. Sans raison apparente de se sentir optimiste, Karl Ove continue d’explorer avec amour les livres et la lecture. Petit à petit son rapport au monde change et le monde autour de lui change aussi. Il tombe amoureux, renonce à l’écriture pour se consacrer à la critique littéraire, plus immédiatement gratifiante, et les premières pierres de sa vie d’adulte sont posées. Le roman devient celui d’amitiés fortes et d’une relation amoureuse sérieuse. Quand son père meurt, tout se désintègre pour celui qui vient de publier son premier roman. Il fuit en Suède pour éviter sa famille et ses amis.

Pour qui n’est pas familier de la société norvégienne, de sa culture et de la géographie du pays des fjords, le texte de Knausgaard, avec son réalisme exhaustif, apporte de multiples détails. Ce talent pour l’inventaire peut ramener quiconque a connu une jeunesse universitaire vers les années d’enthousiasme, d’orgueil et de déception noyés (un temps seulement) dans les passions littéraires, musicales, sexuelles ou sentimentales. Mais c’est le revers de ce choix stylistique énumératif également : la capacité à lasser, surtout si le narrateur paraît peu sympathique, grincheux, et sa vie somme toute assez flat. Qu’y a-t-il d’étonnant ou de scandaleux dans le fait de ne pas savoir écrire un grand roman à 20 ans, de se prendre des râteaux avec les filles, de se torcher à s’en rendre crétin et de caler assez régulièrement sur la platine un disque de New Wave ?

C’est en cela que la présente chronique s’avère délicate : un même auteur qui poursuit une saga autofictionnelle reconnue et appréciée, un autre regard qui ne se laisse pourtant pas impressionner. Mais que cela n’échaude point. J’avoue simplement ne pas pouvoir être l’ambassadeur de ce texte.

Les amateurs de romans au long cours, fourmillant de mille petits détails, sur les obsessions de la jeunesse dans des villes littorales norvégiennes soumises à la pluie y trouveront, eux, leur compte.

Paotrsaout


LITTLE HEAVEN de Nick Cutter Sueurs froides/Denoël

Traduction: Eric Fontaine.

Deux ans après Troupe 52, chroniqué par les Nyctalopes, Nick Cutter revient nous livrer un autre roman pour – ce serait voulu – foutre les jetons. Nick Cutter est un pseudonyme. Malgré une tentative de laisser planer le mystère en 4e de couv’, il est facile, à partir de la bibliographie en entrée, de comprendre que Nick Cutter est Craig Davidson, auteur notamment de De rouille et d’os et de Cataract City. C’est en lecteur peu enclin à savourer l’appellation « Epouvante » que je me suis emparé de ce roman.


« Le passé est un molosse qui vous poursuit à travers champs et collines, tenaillé par une faim dévorante, vous pistant jusqu’à ce que ce que, une nuit, vous l’entendiez, gratter à la porte. Le mal ne meurt jamais ; il sommeille. »«

1980, Nouveau-Mexique. Micah, Minerva, Ebenezer, trois vieilles connaissances, trois chasseurs de primes ou mercenaires plus ou moins rangés des camions, se retrouvent quand la fille de Micah disparaît, enlevée. Ils le comprennent, ils doivent retourner à Little Heaven…

1966, Nouveau-Mexique. Micah, Minerva et Ebenezer font équipe, presque malgré eux. Ils ont pour mission de retrouver un enfant enlevé par une secte obscure, retranché dans un coin reculé : Little Heaven. Sous la direction du révérend Amos Flesher, les fidèles mènent une vie morne et réglée, soumis à la parole illuminée de leur leader. Mais depuis quelque temps, une présence maléfique protéiforme encercle petit à petit la communauté. Micah, Minerva et Ebenezer vont comprendre qu’il n’est pas aussi simple de s’échapper de Little Heaven, intact sur un plan physique et moral au sens le plus profond du terme…

La jubilation et la perversité avec lesquelles Nick Cutter a écrit ce texte nous contaminent dès les premières pages. Quelque chose ici vous agrippe et ne vous lâche plus. Le speed, la violence, la tension, les personnages, badass comme nos trois mercenaires ou tordus dégueulasses comme d’autres, sont projetés dans ces pages avec brio. C’est un régal suffocant que de recevoir les gnons, les projectiles et les mutilations létales distribués en mode semi-automatique.

Nick Cutter nous sert également des punchlines qui font mouche, capables de faire naître le sourire au milieu des moments les plus chauds, nous refourgue des créatures en écrasé pop de tous les films d’horreur, d’épouvante ou gore de ces quarante dernières années, des personnages kidnappés de faits-divers réels, retentissants de sordide, de cette même période. Ce serait malheureusement spolier le lecteur amateur de genres des seventies et eighties que de les énumérer.

Il faut reconnaître un talent, celui d’amener une certaine moiteur aux tempes et au bout des doigts, car il y a bien une attente (même si la plupart du temps éteinte par l’intensité du récit) : qu’est-ce que cette entité maléfique que les trois personnages d’un western déjanté doivent affronter ? Elle ne sera récompensée qu’assez tard dans le récit mais avec un sens certain de la prospection morale et psychologique et un luxe de détails douloureux.

« Amos Flesher pressentait que cette chose lui réservait un sort bien pire que celui d’être mangé. Des souffrances qui se situaient au-delà des confins rationnels de la douleur ou de la folie humaine l’attendaient. Cette créature allait se repaître avec une lenteur délirante et méthodique qui éclipserait toute taxonomie de la douleur connue de la chair et de l’esprit. Il avait seulement la certitude que sa souffrance serait immense et sa solitude sans fin. : prisonnier de cette obscurité désespérante, il n’aurait aucun moyen de marquer les années ni les décennies au cours desquelles cette chose le dépècerait sans relâche, un morceau à la fois.

Pitié, pensa-t-il frénétiquement. Ne me faites pas de mal je ferai tout ce que vous voulez vous pourrez faire de moi ce que vous voulez mais ne me faites pas mal pitié mon Dieu ne me faites pas maaaal…

Je ne te ferai aucun mal lui répondit la voix en roucoulant. Je vais t’aimer. Je vais t’aimer plus que tu ne l’aurais jamais cru possible.

L’amour. Jamais dans toute l’existence d’Amos ce mot n’avait eu une connotation aussi sinistre.

La chose se contorsionnait autour de ses hanches à présent et s’approchait de la large fente dans son dos. Le révérend se débattait furieusement : ses jambes inertes claquaient l’une contre l’autre en produisant des bruits comiques. Les cordes le maintenaient en place. La chaleur et l’émerveillement qu’elles lui avaient procurés s’étaient envolés. Elles n’étaient plus que de loyaux appareils de contention.

Le bébé entreprit de se glisser dans l’ouverture béante de la chair d’Amos. Comme pour prolonger le plaisir, il y pénétrait un millimètre à la fois, savourant ce dépucelage. La douleur était monolithique ; le cerveau d’Amos hurlait, ses synapses vibraient. Il couina, le souffle coupé ; le son s’envola dans l’obscurité pour y mourir. »

Un trip très physique dans la souffrance intense et claustrophobique. Extatiquement happant.

Paotrsaout


LA FILLE-HÉRISSON de Jonas T. Bengtsson / Denoël.

Traduction:  Alex Fouillet.

Suz a dix- neuf ans mais en paraît douze, petite gamine informe vivant dans un cité HLM délabrée de Copenhague. Suz n’a pas d’ amis, pas de vie hors de son triste univers solitaire, malbouffe, shit médiocre, horizon bouché sans éclaircie à prévoir. Un jour, deux flics, plutôt paternalistes dans leur intentions, l’ avertissent que son père, détenu modèle, va sortir de prison plus tôt que prévu. Elle doit donc se préparer à affronter à nouveau le cauchemar. Elle commence à se bouger, se crée des épreuves, des tests, pour forger son caractère, fuir sa peur, pour se préparer à affronter un monstre dont le sang coule dans ses veines et à le tuer.

Il y a eu un drame familial mais on en ignore la teneur. Sont évoqués une mère inconsciente dans son lit, un frère parti se battre en Afghanistan et ce père donc qu’elle veut supprimer. On n’en saura pas plus dans la première partie, on suivra juste Suz dans ses rapports difficiles avec les gens de son quartier, se méfiant des petites frappes tout en refusant les quelques mains tendues. Suz vit la pire des solitudes mais ses tests lui permettent de tenir puis quelques activités de deal d’herbe et de shit la feront rêver de pouvoir acheter une arme et de buter l’ordure le moment venu.

Malgré le calvaire vécu par Suz, le ton n’est pas toujours morbide et ces relations de petite sauvageonne avec son entourage des enceintes bétonnées oubliées déclenchent parfois le sourire malgré le drame vécu, malgré la misère, malgré la merditude de son existence…

Sans l’envoi de la bonne fée Joséphine de chez Denoël, je serais passé à côté de ce roman, aucun doute. Les histoires de jeunes paumés dans des zones urbaines, sortes de prisons à ciel ouvert sans réel échappatoire, sont légions mais “la fille-hérisson” se distingue vraiment du lot par l’empathie pour Suz que sait créer, sans compassion putassière, sans misérabilisme larmoyant Jonas T. Bengtsson. A chaque fois que Suz sort de son appart, on tremble pour elle. On s’inquiète  de ses rencontres avec la racaille locale, des tests qu’elle s’impose, de ses envies d’en finir. Suz est aussi touchante que Eva l’héroïne de l’effroyable “Débâcle” de Lize Spit. Pareille enfance flinguée par les parents, même drame, même dégoût de la vie, même horreur vécue jour après jour même si les projets des filles sont différents et ne situent ni à la même latitude ni dans un tissu social comparable.

Suz, un personnage qu’on n’oublie pas, Petite Sirène du chaos…

Wollanup.

 

 

 

 

LE DIABLE DANS LA PEAU de Paul Howarth / Denoël.

Traduction: Héloïse Esquié.

Paul Howarth primo romancier anglais a vécu plusieurs années à Melbourne avant de regagner son île d’origine et évidemment l’outback lui a fourni le décor du western australien qui arrive chez les libraires cet automne précédé de nombreuses critiques positives outre Manche.

Australie, Queensland, 1885. Une vague de sécheresse conduit la famille McBride au bord de la ruine. Leur terre est stérile, leur bétail affamé. Lorsque la pluie revient enfin, la famille pense être tirée d’affaire. Mais le destin en a décidé autrement. Un soir en rentrant chez eux, Billy et Tommy, les jeunes fils McBride, découvrent leur famille massacrée. Billy soupçonne immédiatement leur ancien vacher aborigène. Les deux garçons se tournent vers John Sullivan, leur riche et cruel voisin, pour qu’il les aide à retrouver le coupable. Malgré les réticences du jeune Tommy, Sullivan fait appel à la Police aborigène, menée par l’inquiétant inspecteur Edmund Noone. Les frères McBride vont alors être entraînés dans une chasse à l’homme sanguinaire à travers l’outback désertique.”

Il y aurait beaucoup à dire sur ce premier roman ambitieux qui peut se concevoir comme un western de la frontière quand les colons s’attaquent aux territoires encore vierges pour eux et s’en prennent aux tribus indiennes présentes sur ces terres. De fait, “le diable dans la peau” reprend ce principe mais dans une version australienne avec les populations aborigènes comme accusées et victimes. L’histoire est d’ailleurs écrite avec un talent certain qui continue d’opérer même dans les moments les moins captivants. Il faut bien reconnaître que le roman met bien cent bonnes pages à vraiment démarrer, l’auteur s’évertuant à montrer la misère de la famille McBride malgré le labeur incessant qui est le leur, une description très (trop) détaillée de leur pauvre existence qui par moments rappelle l’application d’ un James Agee dont l’objectif littéraire était bien différent.

Dans une deuxième partie qui rappellera évidemment Cormac McCarthy dans la démonstration de la folie meurtrière des hommes comme dans ses personnages à l’image d’un Noone, terrible figure du mal très pragmatique et convaincante, citant Darwin pour justifier les massacres, et parfait parent littéraire du juge Holden de “Méridien de sang”, le western prend tout sa mesure et l’histoire devient méchamment violente, crue, barbare. Tueries et abominations se succèdent à un rythme apocalyptique jusqu’au massacre final qui scellera le retour des “vengeurs” au bercail.

“Ils les massacrèrent. À part quelques femmes qu’ils gardèrent pour les revendre, ils les massacrèrent tous.”

Puis ce sera l’heure du choix pour Tommy et Billy les deux frères, une fois le cauchemar et leurs propres exactions, un tant soit peu, digérés, assimilés. Quel choix, quel avenir pour les deux enfants: accepter la tyrannie des colons, accepter le colonialisme, accepter le nettoyage ethnique au nom de la Couronne ou partir… reprendre la vie misérable de leurs parents ou s’ égarer aux côtés d’une ordure comme John Sullivan. Parfois comparé au roman de Phillip Meyer “le fils” dont il ne peut décemment pas revendiquer  égale ampleur avec cette histoire assez simple dont l’issue est hélas très prévisible dès le départ et encore moins avec l’âge des deux frères dont les agissements sont dictés beaucoup plus la naïveté de l’enfance, dont ils ne sont pas encore réellement sortis, que par des choix humanistes,  philosophiques voire économiques et politiques comme chez Meyer , “le diable dans la peau” éclaire néanmoins parfaitement sur le XIXème siècle et les terribles relents du colonialisme, du racisme, de l’impérialisme et du capitalisme naissant en Australie, à l’image de la situation américaine.

Assurément, Paul Howarth a du talent et deviendra peut-être incontournable un jour quand il aura réussi à trouver sa propre voie, différente de ses glorieux pairs. Si “le diable dans la peau” n’est pas un grand roman, il se distingue néanmoins et offre le plaisir d’un roman intelligent, d’un western des antipodes violent et d’un niveau bien au-dessus de la moyenne.

Wollanup.

 

Entretien avec Joe R. Lansdale pour la sortie de HONKY TONK SAMOURAI / Editions Denoël

L’auteur texan a le sens et le souci du divertissement. Mais il a plus d’une corde à son arc. C’est avec délectation et émotion que j’ai pu faire sa rencontre à l’occasion d’un court passage parisien, invité au salon Toulouse Polar du Sud. En voici le fruit de nos échanges.

Quelle est la genèse de la série Hap & Leonard?

Globalement je peux dire que Hap c’est moi et Leonard est un assemblage de personnages que j’ai rencontrés au cours de ma vie. Dans ma pratique des arts martiaux, j’ai remarqué qu’il y avait des gays mais qui ne montraient par leur appartenance et c’est donc sur cette base que j’ai créé le personnage de Leonard.

 Y avait-il un propos, un message, ou une volonté particulière pour cet opus?

Je n’aime pas trop la notion de message mais le principal c’est qu’il y ait toujours dans mes publications des idées politiques, ma vision de l’Amérique, mais je pense que dans celui-ci il y a un petit peu moins d’éclairage sur celle-ci. J’ai surtout voulu produire un divertissement, réunir les différents protagonistes et éléments des précédents ouvrages de la série.

Nous pouvons avoir une vision biaisée du Texas oriental, quelles en sont les valeurs et les scories de cet état du Dixieland?

Je viens de cette région et j’adore cet endroit, j’y ai rencontré les gens les plus gentils, solidaires, affectueux, évidemment il coexiste l’exact contraire mais je pense que c’est comme partout à dire vrai. Or il y a quelque chose de très indépendant dans la culture du Texas oriental, très particulière, telle une bénédiction et une malédiction concomitante. C’est très particulier le Texas oriental, c’est énorme comme la taille de la France et on imagine que c’est désertique, mais c’est le Sud complet. On dit que c’est derrière la barrière de pins, il n’y a pas de désert, de montagnes, il y a des arbres, des crocodiles. Du côté culturel et dans la musique en particulier, c’est tel un combo de musique mexicaines, afro américaines, très marquées.

Trouvez vous, justement, que Hap et Leonard sont là pour en gommer les aspérités ? ( ou les souligner)

Je pense qu’ils montrent les deux côtés, le bon et le mauvais, la complexité et la contradiction de cet état. Ils portent un rôle de « Morality plays » (une allégorie théâtrale du vice et de la vertu). J’écris du polar !
Ce ne sont pas du tout des héros mais je n’aime pas non plus le concept d’anti-héros, ils sont juste profondément humains. Ils tentent d’être meilleurs, ils essayent de correspondre à l’idéal qu’ils se sont fixé. Pourtant ils tuent, ils possèdent des armes, mais en fait ils sont un peu comme tout le monde et c’est cela qui me plait.

Deux aventures de Hap & Leonard sont en attente pour l’édition française, qu’en est de la série T.V. et quel regard portez-vous sur cette adaptation ?

J’en suis très satisfait en tant qu’auteur de la série. Je pourrais toujours dire que tel ou tel plan, telle ou telle scène aurait pu se tourner différemment. C’est trois saisons et il n’y aura pas de suite. James Purefoy est un homme bien, les acteurs sont les meilleurs amis à l’écran comme dans la vie.

Avez-vous définitivement abandonné l’épouvante ?

J’écris des histoires courtes tout le temps. J’ai remporté deux prix Bram Stoker en six ans. J’ai écrit un livre « Drive-in », j’estime qu’il n’y pas de genre, et en ce qui concerne l’horreur j’affectionne particulièrement la nouvelle. C’est classifié aux Etats Unis comme de la science-fiction. J’ai déjà pris des pseudos, plus pour m’amuser pour écrire des petits papiers plus jeunes ou dans un contexte de « ghostwriter ». Les éditeurs aiment bien les catégories mais vivant de mon écriture je suis très bien comme ça et je n’ai pas la nécessité de changer mon nom en fonction de « genres littéraires ».

Quels sont vos tuteurs littéraires ? Et lisez-vous de la littérature actuelle?

Mark Twain, Harper Lee « To kill a mockingbird », Elmore Leonard dans ses premières années, Flannery O’Connor, Carson McCullers, Fitzgerald, Steinbeck, Raymond Chandler, James Cain, Dashiell Hammet, Rob Dennis, James Ross, Charles Willeford. On pourrait en parler toute la journée !
Dans les actuelles, James Lee Burke est probablement le plus grand styliste du noir, Helen Gilchrist « In the land of dreamy dreams » un recueil de nouvelles.
En fait je lis surtout des classiques, je lis en ce moment Don Quichotte et une biographie de Bruce Lee ayant pratiqué des arts martiaux pendant 55 ans. C’est une personne très très importante à mes yeux.

Vos romans donnent l’impression d’avoir un rapport direct avec le cinéma, ou pourrait-on suggérer l’inverse, que le cinéma a nourri votre littérature ?

Le film noir, beaucoup de films noirs. John Ford, Howard Hawks, John Sayles, Roger Corman qui a énormément influencé « Drive-in ».
Je vais réaliser un film l’année prochaine dont le scénario a été écrit par mon fils, adapté d’une nouvelle que j’avais écrit dont le principe était que chaque auteur devait parler d’un tableau de Edward Hopper «New-York office ». On attend que le projet se finalise.
J’ai écrit pas mal de scénarios pour les Batman T.V. , Superman et le fils de Batman. Le réalisateur de Walking Dead va réaliser une adaptation d’un de mes écrits pour Netflix.
Il y avait un film culte très « américain » mettant en scène Elvis avec une momie qui est truffé de références sur sa vie et les studios Sun Records. La femme de mon frère est allée à l’école avec Elvis et était amie avec Johnny Cash, ma fille, Kasey, étant produite par John Carter Cash.

On a l’habitude, marque de fabrique, d’illustrer pour Nyctalopes, par un titre musical collant à l’ouvrage et/ou à l’auteur. Pourriez-vous illustrer notre entretien ? (en rapport avec l’opus ou un titre marquant ces derniers temps)

Je pense à ma fille Kasey Lansdale « Sorry Ain’t enough » dans une veine Country-Blues, qui joue dans la seconde saison de Hap & Leonard très 50’s.

Personnellement j’avais fait le choix d’un titre de Johnny Winter « Honky Tonk »

Je ne l’aime pas car j’étais en procès contre lui. Sur une brouille musicale, une satire d’un de ses titres, il nous a réclamé de l’argent. Pas d’humour bien que ce soit un artiste incroyable…accro à la Coke et scientologie.

Cette rencontre n’aurait pu se dérouler sans l’entregent de Joséphine Renard, attachée de presse -fée- des éditions Denoël, et Dana Burlac, éditrice de Lansdale, pour sa capacité d’interprète texane. Merci beaucoup pour cette mémorable rencontre!

Le 9 Octobre 2018 dans un bistrot parisien.

Chouchou.

AU COEUR DE LA FOLIE de Luca D’Andrea/ Denoël

Traduction: Anaïs Bouteille-Bokobza

Luca d’Andréa a une indéniable faculté de conteur. Il nous tend la main pour nous guider sur son sentier. Un sentier, pas une route, car l’homme est un homme de la terre, un homme des montagnes, un artisan. Il nous convie d’ailleurs de nouveau dans sa région natale, le Sud Tyrol. Et son roman tournera autour de quatre personnages cardinaux. Chacun possède un sens caractérisé de son existence, leur philosophie et leur construction divergent sur bien des points. Or ils se découvriront des bulles d’aspirations et des atomes qui auraient pu correspondre. Leurs lignes de vie resteront parallèles et s’insinueront dans des gouffres de désillusions et de funestes vertiges.

«Italie, hiver 1974. À bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller. »

Le récit s’articule donc à travers quatre personnages qui défient leur passé dans l’espoir de se construire un avenir. L’un est à la tête d’une organisation délictueuse. En ayant la main mise sur différentes activités licencieuses, il possède une certaine aura et le respect, la déférence dans la population craintive. Sa jeune épouse a, pour elle, l’appréhension marquée de se perdre dans le tourbillon du péril marital. Un événement la poussera à s’en détacher afin de conserver son libre arbitre. Le troisième protagoniste est un pur montagnard dans la droite ligne d’une famille des monts enneigés. Il puise sa culture et sa force dans l’inflexible confiance en la nature et son enseignement rigoriste d’une vie d’alpage. Cette quadrature se lie par un homme entouré par un halo de mystères et d’effroi magnétique. Ils évolueront donc les uns autour des autres formant un cercle maléfique.

Ils s’attirent, se repoussent, se cherchent, s’évitent, mais auront tous d’âpres face à face. Dans le roman on ressent que le point de rupture peut apparaître à la prochaine page ou au prochain chapitre. De part ses qualités intrinsèques, l’auteur nous fait perdre haleine et construit une tension crescendo. De même en faisant appel à l’univers des contes noirs il instille une atmosphère qui vrille les sens, nos croyances. Il permet que s’installent des failles, des gouffres dans un trajet sans cesse sinueux. De plus en plus il crée le malaise. Nos sens sont déroutés mais surtout notre raison s’effrite, se lézarde.

Les trois quarts du roman possèdent ces capacités sans nul pareilles mais j’ai ressenti dans l’épilogue un délitement de la cohérence et quelques invraisemblances. La clôture aurait mérité, probablement, d’être plus mesurée pour rendre le tout crédible.

D’ Andréa, je me répète, a un talent hors pair de conteur, cette facilité pour raconter des histoires, flirtant avec la fable, néanmoins si son récit conservait son unité jusqu’au final il n’en aurait que plus de force.

Fable noir percutante!

Chouchou.

LE ROLE DE LA GUEPE de Colin Winnette / Denoël

Traduction: Robinson Lebeaupin

L’isolement, l’absence de repères familiaux, la lutte de jeunes individus pour se faire accepter dans une communauté fermée nous portent vers un intangible récit noir. Dans ce centre de détention temporaire et non comme une école, tel le précise en incipit le directeur de la structure, ne présage rien de positif et nous pousse benoîtement dans une atmosphère pointée par le mystère et l’effroi. Le doute ou l’espoir ne semble pas permis et dès les premières lignes on prend bien conscience de l’évidence….

«Un nouvel élève vient d’arriver à l’orphelinat, un établissement isolé aux mœurs aussi inquiétantes qu’inhabituelles. Il entend des murmures effrayants la nuit, et ses camarades se révèlent violents et hostiles. Quant au directeur, il lui souffle des messages cryptiques et accusateurs. Seul et rejeté par ses pairs, le nouveau tente de survivre à l’intérieur de cette société inhospitalière.

Une rumeur court parmi les pensionnaires, selon laquelle un fantôme hanterait les lieux et tuerait une personne par an. Tous les ans, les garçons se réunissent, sous l’impulsion de quelques anciens, pour démasquer celui d’entre eux qu’ils pensent être le fantôme… et l’éliminer!

Simple mascarade potache ou mise en scène sordide pour justifier les meurtres rituels? Cette année, le prétendu fantôme a été clairement désigné : c’est le petit nouveau. Pour une simple et bonne raison, on ne l’a jamais vu saigner, et les guêpes, très nombreuses dans cette bâtisse, ne le piquent pas. La chasse aux sorcières peut commencer. »

Colin Winnette, auteur texan primé à plusieurs reprises, nous a déjà gratifiés de romans aboutis sur un format généralement court qui néanmoins exprime à chaque fois un véritable ancrage dans le noir et la sueur froide! (Cf. Là où naissent les ombres et Coyote)

Assez rapidement, pour son atmosphère, j’ai ressenti des accointances avec le long métrage Les âmes grises tiré de l’ouvrage éponyme de Philippe Claudel. Ne me posez pas la question je ne saurai vous éclairer, c’est instinctif. Bien que nous n’ayons pas de repères temporels et spatiaux et que le récit n’évoque pas des thématiques strictement similaires, j’ai eu ce net ressenti.

L’enfant, au centre du roman, fait face à ses coreligionnaires , trente au total,  ainsi qu’à deux adultes son directeur et une enseignante. Sans coup férir le récit oblique vers l’insondable, l’innommable. Insondable car le rationnel n’a pas voix au chapitre, bien que la cohérence reste concrète. Innommable car il faut se figurer que l’on est face à des enfants qui, on le suppose, ont déjà vécu des traumatismes, des blessures, des fêlures et qui se trouvent imprégnés dans un tourbillon damné. Le face à face particulièrement entre le responsable et le protagoniste principal présente justement une force psychologique cynique. Ballotté  entre bienveillance d’apparat et rigidité autoritariste, le récit se pare inévitablement d’une chape de cruauté couplée au mystère des lieux. On ne saurait affirmer quel est le plus dérangeant…

L’écriture et le roman nous laissent une empreinte et celle-ci se tatoue progressivement sur notre épiderme et dans nos cellules grises.

Fureur roide!

Chouchou

 

LE ROMAN DE JEANNE de Lidia Yuknavitch / Denoël.

Une couverture magnifique, l’adaptation dans un futur proche de la vie d’un personnage historique français que j’ai toujours trouvé très intriguant, il n’en faut parfois pas beaucoup plus pour quitter son petit univers et rejoindre des espaces qui vont sont inconnus et parfois aussi de le regretter amèrement.

Encensé par les plus grands médias aux USA, “Le roman de Jeanne” arrive chez nous en cette fin d’été précédé de la bonne réputation de son auteure Lidia Yuknavitch dont les ouvrages souvent autobiographiques comme “ la mécanique des fluides” ont montré la puissance et la dureté de sa plume. Ici, changement total de genre et de thème, quoique, on entre  dans la si à la mode dystopie, le roman post-apocalyptique, la SF du chaos à venir.

Certains y ont vu une diatribe contre Trump comme la série “the handmaid’s  tale” tirée d’un roman de Margaret Atwood publié en 1985 mais le roman a été écrit sous Obama… Certains y ont vu aussi un roman féministe que la fin de l’histoire contredit totalement. C’est vrai que l’héroïne que certains survivants attendent, espèrent pour mener le combat, c’est la réincarnation de Jeanne d’ Arc, l’icône recréée par l’ Histoire et les cathos. Jeanne d’Arc, le sabre et le goupillon, symbole fort et très différent selon les types de populations qui se l’accaparent reste quand même un des grands personnages de l’Histoire, occidentale tout au moins.

Destin extraordinaire d’une petite bergère lorraine en ligne directe avec la vierge Marie qui lui dit d’aller bouter les Anglois hors de France. Et ce qu’elle fait direct, quittant veaux, vaches, cochons et sa famille pour devenir chef des armées du royaume de France. Les cathos en ont fait une sainte… une jeune fille qui a passé sa toute petite vie à tuer, étriper, amputer et qui avait comme fidèle compagnon d’armes le sinistre Gilles de Rais violeur et tueur d’enfants sur ses loisirs, quand il n’était pas occupé aux mêmes boucheries que Jeanne. Ils ont des héros très sympathiques chez les cathos. Je vais revenir à mon sujet car je risque de déraper sur leurs serviteurs de la région de Philadelphie qui aiment aussi beaucoup les enfants. Ah cette histoire de la vierge et de Jeanne, vous imaginez un peu la même chose de nos jours: une petite nana Rmiste qui va voir le président pour lui dire que la vierge lui est apparue à Pôle emploi lui demandant de virer les Qataris et les Saoudiens de France? Même monsieur Macron, élevé chez les Jésuites, les soldats de Dieu, il ne la croit pas. De plus, il ne comprendrait mais alors jamais que Marie ne soit pas adressée à lui, d’abord, quand même.                                                                 

Mais comme disait Jeanne, revenons à nos moutons.

“Anéantie par les excès de l’humanité et des guerres interminables, la Terre n’est plus que cendres et désolation. Seuls les plus riches survivent, forcés de s’adapter à des conditions apocalyptiques. Leurs corps se sont transformés, albinos, stériles, les survivants se voient désormais contraints de mourir le jour de leurs cinquante ans. Tous vivent dans la peur, sous le joug du sanguinaire Jean de Men.
Christine Pizan a quarante-neuf ans. La date fatidique approche . Rebelle, artiste, elle adule le souvenir d’une héroïne, Jeanne, prétendument morte sur le bûcher. Jeanne serait la dernière à avoir osé s’opposer au tyran. En bravant les interdits et en racontant l’histoire de Jeanne, Christine parviendra-t-elle à faire sonner l’heure de la rébellion?”

C’est, isolés dans le CIEL, une base en orbite autour de la Terre que les derniers résistants au tyran vont mener cette lutte. “le roman de Jeanne » est un roman de SF montrant une fois de plus ce qui peut arriver à l’humanité, ce qui va arriver à l’humanité, espèce, elle-aussi, vouée à l’extinction ce que la plupart des scientifiques s’accordent aujourd’hui à dire tout en pointant les dérives des pouvoirs, l’embrigadement, la psychologie des foules, l’autocratie, les discours fallacieux… des trucs bien contemporains, actuels, pas de la SF, quoi.

Le Roman de Jeanne est, c’est certain, un roman engagé, de la littérature de combat qui revendique, qui hurle parfois dans sa dureté, une révolte contre la folie de l’humanité. On assiste à la lutte ultime avant la fin de tout espoir tandis que peu visible mais présent dans un monde bien triste et totalement concentrationnaire subsiste sous des formes nouvelles mais terriblement sclérosées l’amour, la tendresse. Lidia Yuknavitch écrit avec véhémence, puissamment, on sent la colère, la passion, un roman écrit visiblement avec les triples pour un résultat  abouti dans sa tension et surtout dans son message.

Cyberpunk armé.

Wollanup.

OUBLIER MON PERE de Manu Causse/ Denoël

Le récit se situe en Suède dans le présent et l’hexagone pour le passé du personnage, Alexandre, enfant qui, initialement, présentait des difficultés de sociabilité sous le joug tyrannique de sa mère. Ses évocations, comme un fil rouge, de son père sont teintées de nuances multiples. Tantôt il représente un totem, un phare, une source d’affection, tantôt les teintes se grisonnent, voire s’opacifient. Il nous évoque son parcours de vie en tentant de démêler l’écheveau d’une existence pour la moins singulière.

Pas la peine de chialotter, je ne t’ai pas fait mal, m’assure ma mère chaque fois qu’elle me gifle.

Sud de la France, années 90. Alexandre grandit auprès d’une mère autoritaire et irascible. Elle veut à tout prix qu’il oublie l’image de son père disparu prématurément. Bon garçon, il s’exécute. Devenu photographe, Alexandre se révèle un adulte maladroit, séducteur malgré lui, secoué par des crises de migraine et la révolution numérique. À quarante ans, il échoue dans un petit village de Suède pour y classer des images d’archives. Il lui faudra un séjour en chambre noire et une voix bienveillante pour se révéler à lui-même et commencer enfin à vivre. »

L’auteur né dans la région parisienne a vécu sa jeunesse dans l’Aveyron. Vivant actuellement à Toulouse avec sa compagne, romancière elle-aussi, et leurs enfants ayant été tour à tour animateur culturel, enseignant pour quitter afin de se consacrer au travail d’écriture et de traduction.

En entrant dans le roman, et dans sa première moitié, on y ressent une innocence, une naïveté pas étrangères aux tableaux filmés de Doillon. Cette phase associée à l’enfance et l’adolescence, nous montre aussi les racines de troubles comportementaux sans pour autant être critique sur leurs répercussions. Puis la seconde partie se couvre d’un halo plus sombre et beaucoup moins crédule. C’est le temps de chercher des vérités, le temps d’accepter des évidences. Il en va de sa survie, de sa capacité à avancer en digérant son passé.

Ce n’est pas un roman noir, c’est loin d’être un roman à l’eau de rose et l’écrit a cette capacité à nous questionner sur le couple, sur l’affirmation en tant qu’adulte sans nous enjoindre le moindre pathos.

La lucidité est un atout dans ce parcours balisé de virages parfois brutaux, radicaux et surprenants. Je n’ai pas été insensible à ce discours qui aborde, autant par la simplicité que l’absence de concessions, un sujet central souvent synonyme de traumatisme inaltérable.

Poignant!

Chouchou  

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