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Chroniques noires et partisanes

Étiquette : cédric bannel

KABOUL EXPRESS de Cédric Bannel / Robert Laffont / la Bête Noire.

 

 

Il existe un autre Afghanistan ; celui où les militaires ont troqué leur place avec la police. Pourtant, la violence, telle un roc, ne daigne pas laisser sa place. Comme une gangrène, elle s’étend jusqu’en Irak, en Syrie et ailleurs, en Europe.

Zwak, Afghan, dix-sept ans et l’air d’en avoir treize, un QI de 160 et la rage au coeur depuis que son père a été une « victime collatérale » des Occidentaux. Devant son ordinateur, il a programmé un jeu d’un genre nouveau. Un jeu pour de vrai, avec la France en ligne de mire. Et là-bas, en Syrie, quelqu’un a entendu son appel… De Kaboul au désert de la mort, des villes syriennes occupées par les fanatiques de l’Etat islamique à la Turquie et la Roumanie, la commissaire de la DGSI, Nicole Laguna, et le qomaandaan Kandar, chef de la Crim de Kaboul, traquent Zwak et ses complices. Contre ceux qui veulent commettre l’indicible, le temps est compté.

Autant ne pas mâcher ses mots. Kaboul Express est un excellent thriller ! Cédric Bannel a rassemblé tous les ingrédients pour titiller petits cœurs fragiles de lecteurs : il y a des rebondissements et du suspense. Une alchimie très bien dosée qui permet de nous imprégner de l’ambiance. Et quelle ambiance !

Les personnages ne sont en rien caricaturaux, ce qui est vraiment plaisant. Zwak, le jeune prodige de 17 ans, engagé par Daech pour commettre un attentat en France, est un personnage complexe qui ne laisse transparaître aucune émotion. Et même, il est décrit comme un génie (ce qu’il est) ayant pour mentor Leonard de Vinci.

On aimera le personnage de Nicole Laguna, malgré le fait qu’elle soit peu mise en avant.

Le qomaandaan Kandar a quelque chose d’extraordinaire – un homme au passé singulier, sniper et bras droit du commandant Massoud. C’est un personnage épris de justice dans un pays où tous les coups sont bons pour parvenir à ses fins. Contrairement aux autres, Oussama Kandar évite autant que possible le recours à la violence.

Il en va sans dire que cette tâche est particulièrement difficile.

Ce qui frappe dans ce roman, c’est le rendu de la violence qui est omniprésente, une telle violence, qui devient presque habituelle, nous choquerait presque. Que ce soient les policiers ou les hommes de Daech, tous ont recours à des méthodes brutales, qui résultent souvent par la mort. La mort est aussi un personnage qui fait partie du quotidien des Afghans, des Syriens et des Irakiens.

L’autre richesse de Kaboul Express est la description de l’efficacité des services secrets français, DGSI. Bien sûr, à notre place de lecteur, on peut se poser la question de ce qui est vrai ou non… Mais on aurait tendance à y croire ! Et il est effrayant de voir que la hiérarchie, le réseau et la stratégie de Daech soient aussi efficaces…

Bison d’Or.

BAAD de Cédric Bannel /Robert Laffont / La Bête noire.

L’été, les vacances pour les chanceux, c’est l’occasion de rompre avec la monotonie, de voyager un peu même si au train où va le monde, l’espace qui dépasse notre coin de pelouse ou notre palier deviendra une aventure. Bref, si vous n’avez pas la chance, l’envie ou les moyens, ce thriller de Cédric Bannel va vous faire voyager à moindres frais. Sans le conseil précieux et avisé de Glenn Tavennec le directeur de la collection « la bête noire », il n’est pas certain que j’aurais entrepris ce voyage périlleux vers l’Afghanistan tant il me semblait impossible de m’attacher dorénavant à une histoire se situant dans ce pays depuis ma lecture de « Pukhtu Primo » de DOA. Et j’avais tort…

« BAAD » : Homme mauvais, violent, cruel avec les femmes.
BARBARIE Des jolies petites filles, vêtues de tenues d’apparat, apprêtées pour des noces de sang.
ABOMINATION Deux femmes, deux mères. À Kaboul, Nahid se bat pour empêcher le mariage de sa fille, dix ans, avec un riche Occidental. À Paris, les enfants de Nicole, ex-agent des services secrets, ont été enlevés. Pour les récupérer, elle doit retrouver un chimiste en fuite, inventeur d’une nouvelle drogue de synthèse.
AFFRONTEMENT Il se croit protégé par ses réseaux et sa fortune, par l’impunité qui règne en Afghanistan. Mais il reste encore dans ce pays des policiers déterminés à rendre la justice, comme l’incorruptible chef de la brigade criminelle, le qomaandaan Kandar.
DÉFLAGRATION Nicole et Nahid aiguisent leurs armes. Pour triompher, elles mentiront, tortureront et tueront. Car une mère aimante est une lionne qui peut se faire bourreau. »

BAAD, cette définition pourrait, devrait s’appliquer à 90% de la population masculine du pays tant le pays est dirigé, commandé par des hommes et pire, vous le savez, par des religieux, et comme toutes les religions ont été créées par des hommes pour asseoir le pouvoir des hommes, les pires d’entre elles sont aussi les pires pour les femmes. Et ici, on va très loin dans l’abomination dans un pays aux comportements moyenâgeux où la corruption est le sport national. Classé antépénultième du classement mondial annuel de 2015 de « Transparency International », l’Afghanistan ne devance que la Corée du Nord et la Somalie. Bref, dans ce pays où tout s’achète et tout se vend, les femmes sont des produits qu’on peut acheter et remplacer quand et comme bon vous semble. On le sait tout cela mais Cédric Bannel, par l’intermédiaire de son intrigue sur des meurtres de fillettes à Kaboul, va nous montrer des exemples concrets dans la vie des femmes de Kaboul qui ne semblent être finalement que les seules vraies victimes de la religion.

L’ Afghanistan est en guerre depuis de très nombreuses années. « La guerre avait été trop longue,trop violente. Guerre contre l’envahisseur russe, mais aussi guerre civile: traditionalistes contre modernistes, croyants contre communistes, djihadistes contre modérés, Tadjiks contre Pachtouns. Il y avait eu trop de combats, trop de clans, trop de camps. »Le pays est de loin le premier producteur mondial de pavot à opium avec tous les trafics que cela implique et personne n’ignore que Daesh y est fortement implanté tout comme Al-Qaïda et vous comprendrez à quel point le pays est gangrené.

Alors forcément une intrigue criminelle située dans le cloaque qu’est Kaboul prend tout de suite une dimension impressionnante et crée une intrigue renversante, très loin de nos critères et décors habituels et de nos modes de pensée occidentaux. Mais le cadre ne suffit pas et l’auteur a su faire revenir ce personnage chevaleresque Oussama Kandar, flic intègre et chef de la brigade criminelle de Kaboul, déjà héros de « l’homme de Kaboul » paru également chez Robert Laffont en 2011 et qui a connu un grand succès en France et dans plusieurs pays européens. A cette belle intrigue est greffée une seconde que j’ai trouvée plus dispensable car nous faisant quitter le cadre afghan pourtant bien prenant pour suivre Nicole Laguna menacée par la Mafia, obligée de retrouver un mystérieux chimiste virtuose.

Bien sûr, les deux intrigues se rejoindront, bien sûr les deux héros se rencontreront dans des épisodes très cinématographiques dans des contrées très reculées du pays, créant un roman très addictif, au climat très dépaysant, dépeignant une société afghane accablée par les traditions, la religion et permettant d’entrapercevoir la réalité du pays avec ses ethnies, ses cultures et ses souffrances.

BAAD? GOOOD!

Wollanup.

 

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