Chroniques noires et partisanes

Étiquette : ceci n’est pas une histoire d’amour

CECI N’EST PAS UNE CHANSON D’ AMOUR de Alessandro Robecchi / Aube Noire.

Traduction: Paolo Bellomo en collaboration avec Agathe Lauriot dit Prévost

“Carlo Monterossi, homme de télévision, est victime d’une tentative d’assassinat. N’ayant qu’une confiance limitée – au mieux – dans les compétences des équipes de police chargées de l’enquête, il fait appel aux services d’un ami journaliste et d’une spécialiste du numérique pour comprendre qui peut bien lui en vouloir autant. En parallèle, des Gitans justiciers et des tueurs à gages professionnels semblent suivre des pistes similaires.”

Alessandro Robecchi est une des plumes de “Cuore”, un hebdo satirique italien et qui un beau  jour s’est lancé dans l’aventure romanesque. Dès les première pages, on sait que c’était une très bonne initiative. Il fait donc ses premiers pas chez nous avec ce “Ceci n’est pas une chanson d’amour”. La mode du moment est d’emprunter des titres de chansons connues pour nommer des romans. Heu, ce n’est pas toujours réussi même si sans conteste, cela peut attirer l’amateur de musique espérant retrouver dans les lignes l’émoi que ses oreilles ont pu connaître ou un ravivement de souvenirs, plutôt les bons d’ailleurs, pour pouvoir passer un bon moment, quoi. Par exemple, non, je ne ferai pas de délation mais certains artistes décédés n’auraient sûrement pas aimé être associés de leur vivant à certaines niaiseries qui sortent en ce moment . 

Ici, tout de suite, les vieux punks sont alertés, peuvent très bien être la cible d’ailleurs avec l’évocation en titre de l’hymne de Public Image Limited de John Lydon icône punk par excellence. Bon autant leur dire de suite qu’ils seront déçus s’ils comptaient parcourir le roman en pogotant, des épingles à nourrice dans les joues, le tartan en folie, les cheveux vérolés, “No future” et tout le folklore avec force crachats et remugles de Valstar rouge éventée. Le héros de l’histoire est un fan de Dylan et soulage ses maux, qui sont multiples dans l’histoire, avec sa musique et tout le monde reconnaîtra qu’il y a quand même plus furieux que le petit Zimmerman, prix Nobel de littérature…c’est vrai mon dieu!

« …pas une chanson d’amour” n’est pas tout à fait une histoire d’amour, vous êtes prévenus, même si le sentiment est bien présent dans le roman. Pourtant publié par l’Aube Noire, “…chanson d’amour”, n’engendre pas la mélancolie, loin de là. Comme c’est rital, certains pensent déjà farce mais non, tout cela reste très fin, enfin presque, dans l’humour au milieu de nombreux rebondissements et situations tout à fait dignes d’un bon polar qu’il est totalement de surcroît. En aparté, le seul problème de ce roman serait peut-être un titre trop long à écrire une fois qu’on est harassé par la pronominalisation…En Italie,“…amour” a été comparé à Scerbanenco avec qui il partage le décor milanais c’est un fait mais il n’y en a pas vraiment d’autres et puis à Lansdale et là, c’est une preuve accablante que la coke fait encore des ravages dans les milieux journalistiques. Et les toxicos  du “Corriere de la Serra”, fiers comme une ambassadrice des pôles, n’ont pas peur ni honte d’ajouter “ peut-être même avec une pincée de Stieg larsson”. Pas d’inquiétude, la dézinguée de Millenium est absente du tableau suffisamment agité sans elle.

“…r” est juste, et c’est déjà beaucoup, une très sympa comédie policière qui envoie pas mal et dont la lecture fait souvent sourire voire rire malgré le funeste des événements. Il y a du suspense mais on n’est pas vraiment inquiet pour Carlo, sa mort plomberait l’ambiance et la carrière du roman. Non, à l’approche de la fin, on se demande juste comment l’auteur va bien pouvoir mettre fin à ce dawa, à cette course à la mort menée par des gitans bien remontés et des tueurs pince sans rire et c’est le moindre mal, nullement inquiétés par de flics indolents ou incapables ou les deux plus un excellent mytho. Mais il réussit le défi, haut la main et non le doigt dans le cul. Seuls ceux qui auront lu le roman comprendront qu’ici je ne fais nullement usage de vulgarité très mal venue mais juste un emprunt à une situation récurrente du roman. Bref, le roman tient joyeusement la route, ses dialogues flinguent et ses personnages sont très crédibles et attachants.

Après vérification, sept aventures de Carlo Monterossi sont sorties de l’autre côté des Alpes. On attend la suite de ce méchant hallali qui fait oublier plaisamment que c’est la rentrée.

Clete.

PS: en cadeau , la plus belle des chansons d’amour.

CECI N’EST PAS UNE HISTOIRE D’AMOUR de Mark Haskell Smith / Rivages.

Traduction:Julien Guérif.

« Les meufs qui ont des couilles assurent. »

« TUCSON AIME LA CHATTE. »

Cinquième roman de Mark Haskell Smith et encore un petite merveille d’humour et d’inventivité sur un sujet à nouveau inédit pour l’auteur qui se renouvelle à chaque écrit. Mark Haskell Smith produit des polars qui n’en sont pas vraiment même si à chaque fois on y trouve des meurtres. Par contre, inévitablement, on a le droit à un savant cocktail de bouffonneries, de situations invraisemblables, de scènes de cul,  et de dialogues qui claquent dans des romans toujours impeccables  malgré les excès en tous genres ou grâce à eux aussi et témoignant d’une évidente empathie pour ses personnages .

Sepp Gregory, star de télé réalité élu « homme le plus sexy de l’année » par la presse people, est en tournée de promotion de son premier roman, très autobiographique. Sepp n’a même pas besoin de lire le livre, il le vit en direct ! Le triomphe est immédiat, au point de lui valoir l’attention… de gens sérieux. Lorsqu’elle entend l’invitée de l’une des émissions les plus cérébrales du pays s’épancher sur les abdos de Sepp, Harriet Post, critique respectée, hurle au scandale. Décidée à révéler au grand public à quel point le succès littéraire de Sepp est une escroquerie, elle lit son livre, Totalement réalité, et… le trouve génial ! Pour elle, c’est forcément l’œuvre d’un nègre, qu’elle compte donc débusquer, mais un concours de circonstances entraîne Sepp et Harriet dans un road-trip qui se révèle vite ultra-hot. « L’esprit » rencontre « le corps », et la situation échappe à tout contrôle.

Le nombre de chroniques dithyrambiques déjà écrites tendrait à prouver que beaucoup de chroniqueurs découvrent l’auteur avec cette satire ébouriffée et ébouriffante qui pourtant n’arrive pas à la cheville de son dernier roman « Défoncé » déjà paru chez Rivages, comme tous les autres, en 2013. Espérons que ce succès critique sera suivi d’un succès public et que les gens en profiteront pour lire les précédents bouquins tous hautement recommandables. Tous le romans de Haskell Smith sont bons, gravement barrés et très orientés sexe. L’auteur ne s’en cache pas, il fume de la beuh quand il écrit et peut-être aussi à d’autres moments et sans faire l’apologie des drogues, cela lui réussit vraiment, au niveau de l’inspiration, particulièrement fertile et débridée, comme ce fut le cas pour son chef d’œuvre « Défoncé » qui parlait d’un doux dingue qui avait créé la meilleure herbe du monde et qui devait affronter bien des périls suite à sa grande découverte.

Dans ce roman à nouveau fracassant, il s’attaque à la télé-réalité, à ses « stars » et une fois de plus, il s’en donne à cœur joie, un gros délire et une attaque chargée et néanmoins empreinte de beaucoup de lucidité… et n’allez pas dire que je regarde ce genre de programmes mais sans le vouloir, on finit toujours par croiser certains de ces tristes sires au détour d’un malencontreux zapping.

Néanmoins si le sujet est propice à la moquerie tant ce monde créé par les médias pour faire rêver une partie de l’humanité tandis que l’autre partie se gausse ou se lamente devant l’affliction créée par ces candidats au rêve en carton, l’auteur apporte une réflexion assez aboutie au milieu des pire délires, montrant le possible tourment des « stars » ayant perdu pied, sans plus aucune connexion avec justement la réalité, l’opposition réalité, télé-réalité souvent soulignée dans le propos.

Sous la farce, Haskell Smith glisse une certaine réflexion et une certaine tendresse pour Sepp et par le biais de Harriet, antithèse de l’étalon précédemment cité, offre une critique virulente et désopilante du monde de l’édition dans son ensemble allant même jusqu’à éclabousser pour le meilleur… les blogueurs. Comme toujours chez l’auteur, il y aura des scènes de cul torrides et comme bien souvent aussi les héros, en voulant s’en sortir, sombreront de manière encore plus pathétique. Pas spécifiquement un roman noir mais réellement un bouquin qui vous mettra de bonne humeur par sa jouissive méchanceté et sa subtile loufoquerie.

Gravement barré!

Wollanup.

PS: « Défoncé » est sorti en poche en juin.

 

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