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Chroniques noires et partisanes

Étiquette : andrea camilleri

LA PYRAMIDE DE BOUE d’Andrea Camilleri / Fleuve noir.

Traduction: Serge Quadruppani.

Andrea Camilleri est un auteur italien figurant dans l’équivalent transalpin de la pléiade, un vrai monument donc devenu internationalement connu avec ses enquêtes policières du commissaire Montalbano dont nous découvrons avec “la pyramide de boue” la vingt cinquième aventure traduite en français (six restent inédites) et écrite à l’occasion du vingtième anniversaire de la création des personnages. Camilleri a aussi beaucoup écrit en dehors de cette série et bien souvent loin de l’univers polar. La Sicile est est le cadre de Montalbano et plus particulièrement la ville fictive de Vigàta. Cette cité imaginaire, la RAI qui a créé deux séries à partir des aventures du commissaire la situe au sud-est de l’île un choix qui a développé un intérêt touristique avec les années. Signalons que l’auteur, âgé de 93 ans, fumeur invétéré, a connu de graves problèmes de santé fin juin.

“Il pleut depuis une semaine à Vigàta et ce matin, le commissaire Montalbano doit se rendre sur un chantier boueux où l’on a retrouvé le corps sans vie de Giugiu Nicotra.

La victime, expert-comptable, vivait avec Inge, une Allemande de 25 ans qui, malgré le drame, reste introuvable. Autre particularité, le cadavre a été découvert en caleçon et un mystérieux vélo a été abandonné sur les lieux du crime. Voilà de quoi attiser la curiosité du commissaire.

Sur fond de bataille entre les deux familles qui se partagent la région, Montalbano se lance sur la piste d’un homme mystérieux que le comptable et sa très belle compagne hébergeaient. Mais qui cherche à intimider les témoins et un journaliste-enquêteur ?”

On compare souvent Montalbano à Maigret mais le personnage est beaucoup plus truculent, plus sanguin, prend toute sa saveur méditerranéenne dans l’environnement de son commissariat avec des adjoints qu’on suit aussi depuis des années, du matériel policier toujours en carafe ou absent et bien sûr, toujours planante et menaçante l’ombre de la Mafia, grande institution insulaire.

Le mystère reste entier: s’agit-il d’un drame passionnel ou de magouilles à couvrir? On est dans les pas d’un Montalbano, une fois de plus excédé par l’incompétence, les insuffisances, les mensonges ou les silences qui font son quotidien de flic sicilien. L’ amour de l’île reste présent, on parle toujours de bonne bouffe… A nouveau un régal de lecture estivale, oscillant entre farce et tragédie. 

Wollanup.

NOLI ME TANGERE d’ Andrea Camilleri / Métailié.

Traduction : Serge Quadruppani.

On ne présente plus Camilleri, écrivain italien prolifique de romans policiers, romans noirs, romans historiques…  Il sait tout écrire, dans tous les styles et une fois de plus nous offre un véritable petit bijou, inspiré de la vie d’une de ses amies.

«Laura, belle et brillante épouse d’un grand écrivain, disparaît alors qu’elle était sur le point de finir son premier roman. Son mari s’inquiète, la presse s’emballe et toute une ribambelle d’amants en profitent pour dire tout le mal qu’ils pensent d’elle.

Mais Laura est-elle cette séductrice cruelle et sans cervelle, cette femme calculatrice et superficielle, ce monstre d’égoïsme que décrivent ses amants ? Ou bien un être tourmenté et absolu, avide de spiritualité, chroniquement affligé de crises de mélancolie, de ghibli, comme elle dit, qui l’obligent à se retrancher du monde et des hommes ? »

A la demande du mari qui souhaite la plus grande discrétion, le commissaire Maurizio enquête sur cette disparition qui défraye la chronique. Discret, subtil et ironique, il est vite intrigué par cette femme fascinante et bien décidé à mener cette enquête jusqu’au bout sans se soucier des thèses faciles avancées par sa hiérarchie ou la presse.

Andrea Camilleri construit son roman avec les éléments que l’enquêteur rassemble : témoignages, lettres, articles de journaux… autant d’éclairages différents et pour le moins contrastés sur Laura. Peu à peu, il dévoile la vie de Laura, dessine le portrait magnifique d’une femme en quête d’absolu qui ne peut se contenter de bonheurs communs et en très peu de pages, il réussit à nous captiver. On ne peut pas en dire vraiment plus sans en dire trop…

Un roman court mais fort.

Raccoon.

LA REVOLUTION DE LA LUNE d’Andrea Camilleri chez Fayard

Traduction : Dominique Vittoz

Andrea Camilleri, Le Grand Camilleri, connu pour ses romans noirs parus chez Métailié et toutes les aventures de Montalbano parues chez Fleuve nous dévoile ici un autre pan de son œuvre : des romans basés sur des faits réels exclus de l’histoire officielle de Sicile, édités eux chez Fayard. L’homme est décidément prolifique ! Mais toujours passionnant ! C’est une bonne nouvelle pour moi qui ne connaissais pas toute cette partie de son œuvre. L’épisode révélé dans ce livre est celui du règne d’une femme en 1677 en Sicile, épisode qui, ainsi que l’explique Camilleri à la fin du livre, n’est que très peu mentionné dans les livres d’histoire de la Sicile.

« Palerme, en 1677, est la capitale d’une Sicile sous domination espagnole. Quand son vice-roi, don Angel de Guzmàn, meurt en pleine séance du Conseil, les notables siciliens cupides et dépravés exultent : cette brève vacance du pouvoir est une aubaine inespérée. Mais don Angel a laissé un testament, et le successeur qu’il désigne pour l’intérim n’est autre que…sa propre épouse, donna Eleonora di Mora. Si la stupeur est grande dans la ville, elle tourne vite à la fascination, car cette femme tirée de l’ombre se révèle d’une beauté envoûtante, d’une intelligence redoutable et d’une équanimité révolutionnaire.

Vite appréciée des fonctionnaires intègres, aimée par le peuple et adorée par le médecin de la cour, Don Serafino, donna Eleonora retrousse ses manches en faveur des plus démunis. Mais ses ennemis n’auront de cesse de trouver la faille pour que cesse le scandale d’un vice-roi femme. Et surtout, équitable. »

Dès le début, on replonge dans le langage si particulier de Camilleri mâtiné de tournures et de patois sicilien auxquels s’ajoute ici un peu d’espagnol, car la Sicile à l’époque est espagnole et le vice-roi ne maîtrise pas totalement la langue de ses sujets. Ce mélange n’est aucunement un obstacle au plaisir de la lecture mais au contraire un grand plus : cette langue est imagée et chaleureuse, sans doute un travail énorme de la traductrice !

Et puis il y a le rythme ! Camilleri, homme de théâtre et de radio, sait raconter une histoire : pas de temps mort, toujours dans le fil de l’intrigue, des personnages vivants et intéressants, croqués rapidement sans être caricaturaux.

Les éléments historiques sont amenés au fil de l’histoire, naturellement, pas d’exposés de situation parfois pesants dans les romans historiques.

Voilà pour la forme.

Pour le fond, Camilleri nous a gâtés. L’histoire est passionnante tout autant que poétique : cette femme a régné le temps d’une lune, astre ô combien féminin ! Elle a affronté les élites corrompues y compris l’Eglise et la Sainte Inquisition et défendu les opprimés dont, bien entendu, les femmes et les enfants abusés. Elle a su un temps s’imposer dans un monde d’hommes au XXVIIème siècle pour… je ne vous dirai évidemment pas quel résultat !

En plus cette histoire est vraie et là, ça fait encore plus rêver ! Bon bien sûr, c’est un roman et Camilleri avoue en fin d’ouvrage quelques libertés prises avec l’Histoire, mais elles sont mineures, enfin celles qu’il avoue et de toute façon, l’histoire qu’il a écrite est si belle qu’on lui pardonne tout !

Un livre tellement savoureux et passionnant qu’on le dévore en une seule fois !

Raccoon

JEU DE MIROIRS d’Andrea Camilleri/Fleuve noir

Alors déjà Andrea Camilleri est un écrivain qu’on ne présente plus, enfin moi je l’ai fait à maintes reprises et je résumerai une dernière fois en disant que Camilleri est en Italie l’équivalent de ce que fut San Antonio chez nous. Il a écrit des bouquins très noirs, des romans historiques mais il est célèbre pour les aventures de Salvo Montabalno, commissaire de police sicilien et de son équipe du commissariat évoluant dans une Sicile à la fois pittoresque et sinistre.

« Jeu de miroirs » daté de 2011 est la vingtième enquête de Montalbano traduite en France et il nous reste cinq inédits à découvrir. Qui mieux que Claude d’Action-Suspense, grand spécialiste, pour résumer l’action de ce roman?

Alors si j’ai fait l’ économie de la présentation éditeur, lui préférant la jolie prose de Claude inspirée par le parler utilisé par Serge Quadruppani pour la traduction de le série consacrée à Montalbano, c’ est aussi parce que pour une fois l’enquête, à mon goût, est très prévisible et n’est pas de première qualité, mettant juste l’accent sur la maffia, plaie connue de l’île. Il est donc fortement conseillé de choisir un épisode précédent pour découvrir le personnage et l’auteur.

Mais pour les fans, malgré une enquête bien plus faible, tout ce qu’on aime dans ces romans de Camilleri est là. Le questeur et ses interrogations, sa fiancée Livia, l’équipe du commissariat, la bonne bouffe, le soleil, les belles femmes sulfureuses, le crépuscule de séducteur de Montalbano, tout un monde qu’on adore et qui fait qu’on attend avec impatience, tous les ans au coeur de l’hiver ce rayon de soleil et des péripéties truculentes mais aussi graves. Et tout ceci est superbement énoncé ici par Jean Marc d’Actu du noir et je suis entièrement d’accord avec tout ce qui est écrit par cet autre fan de Camilleri.

 

Classique.

Wollanup.

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