Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Étiquette : albin michel (page 1 of 4)

GRACE de Paul Lynch / Albin Michel.

Traduction: Marina Boraso.

“GRACE” est le troisième roman de l’Irlandais originaire du Donegal Paul Lynch. Même si l’habit ne fait pas le moine, on a du mal à croire qu’un homme ressemblant un peu à l’acteur Jason Schwartzman, un look de dandy 60’s à la George Best soit capable d’une telle noirceur servie par une plume de tout premier ordre, de l’orfèvrerie.

Paul Lynch a commencé sa carrière d’auteur avec le terrible “Un ciel rouge le matin” où un Irlandais, au 19ème siècle quittait le Donegal pour la Pennsylvanie afin de fuir un tueur à ses trousses. Un an plus tard, il nous proposait “La neige noire” racontant le retour d’un Irlandais dans le Donegal après des années passées aux USA et affrontant l’obscurantisme de ses compatriotes dans sa quête de faire vivre sa famille dans une ferme moderne en 1945. Cette fois, l’Amérique souvent présente dans les écrits des Irlandais n’est pas dans le décor même si l’époque de la “grande famine” racontée dans “Grace”, tragédie qui a tué plus d’un million de personnes sous le regard indifférent des Anglais, a été le moteur de l’exil d’ un million d’Irlandais vers les rives de New York ou de Boston.

“Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.”

Avec son entame quasiment biblique qui rappelle le début de  » Le diable tout le temps » de Pollock,“Grace” est avant tout un grand roman picaresque, égal des grandes oeuvres du genre comme “Water Music” de TC Boyle, une histoire où le déterminisme s’échine à détruire le peu d’espoir, le peu de vie restants. La presse anglo-saxonne a coutume de comparer Lynch aux plus grands auteurs américains et ceci n’a rien de galvaudé, loin de là. Paul Lynch  a une plume extraordinaire, une simple phrase peut parfois vous illuminer pour toute une journée. Lynch est capable par le chant d’un oiseau, le scintillement d’un minuscule grain de granit d’un rocher éveillé par le soleil, de rendre moins dur la peine, la désolation, le Malheur. Même dans les moments les plus faibles du “chemin de croix” de Grace, la prose lyrique, poétique vous porte, vous guide dans sa beauté de la description de la nature si hostile à la mauvaise saison, quand la neige est vécue avec terreur par tous ces pauvres hères sans toit. On touche souvent l’indicible, on vit avec le malheur. La “route” de McCarthy, dans la symbolique, dans sa noirceur comme dans l’histoire vient bien sûr à l’esprit.

Remarquable roman d’initition où le passage à l’âge adulte se paie à un prix bien trop fort, revêtant toutes les couleurs du noir pour n’y échapper que par petits touches pâlement gris colorés animées par une plume brillante sans être clinquante, riche sans être ampoulée, “old style” sans être démodée.

”Grace” nous amène aussi vers des aspects jusqu’alors inconnus dans l’oeuvre de Paul Lynch. L’intrigue, cette fois, est souvent grisement voilée par des espaces devenant de plus en plus réduits entre réalité et tous les songes, les rêves ou vies intérieures de Grace lui permettant, dans la folie, d’échapper à l’horrible réalité de sa vie. Ce crescendo fantasmagorique provoque le vertige sans jamais perdre le lecteur. On est parfois dans l’univers gothique de “la mort au crépuscule” de Willam Gay tout en affirmant un espace bien personnel empreint des légendes irlandaises et celtiques.

Grace, de la même famille que Ree de “Winter’s bone” de Daniel Woodrell, chef d’oeuvre!

Wollanup.


MINUIT VINGT de Daniel Galera / Albin Michel.

Traduction: Régis de Sá Moreira.

Quand “Terres d’ Amérique” pointure de la littérature nord américaine et anglophone s’en va au Brésil pour éditer un romancier  local auparavant dans le catalogue Gallimard, on ne peut qu’être circonspect et curieux.

“Dans un Porto Alegre accablé par la chaleur et paralysé par une grève des transports, trois amis se retrouvent plus de vingt ans après s’être perdus de vue. À la fin des années 1990, ils avaient lancé un célèbre fanzine numérique, et ce qui les réunit aujourd’hui, c’est la mort du quatrième membre de la bande, devenu entretemps un écrivain très en vue sur la scène brésilienne : Andrei Dukelsky, surnommé « Duc », assassiné en pleine rue pour un stupide vol de portable.
À l’occasion de ces retrouvailles, chacun des trois personnages raconte sa propre histoire à la façon d’un puzzle et se remémore le tournant du millénaire,  esquissant le portrait incertain de l’ami disparu et le roman d’une génération qui doit tout réinventer, à commencer par son rapport au monde à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux.”

Daniel Galera a vécu longtemps à Porto Alegre, a eu 20 ans à la fin des années 90 et a également collaboré à un webzine à cette époque avant de devenir un auteur considéré comme important et influent de la littérature brésilienne. De là à dire qu’il fait dans “Minuit 20” le récit de son parcours et la radioscopie de sa génération il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas tout en notant qu’il est particulièrement bien placé, d’expérience, à monter la photographie de ses presque quadras à un moment clé de leur existence: la mort violente et prématurée de l’un des leurs.

Les retrouvailles de ces amis ayant mené une vie les laissant finalement tous aigris et désillusionnés sur leur parcours  les dévoile dans leur intimité très loin de l’image publique qu’ils veulent donner avec un coloration assez blafarde. Même si le roman montre bien le marasme du Brésil quelques mois avant la coupe du monde de football 2014 organisée par le pays, l’histoire est aisément transférable à bien d’autres régions occidentales urbaines.

Daniel Galera, dans un roman hélas, beaucoup trop court, traite de nombreux sujets  souvent avec intelligence et parfois de manière très étonnante et hilarante (les sites pornos): les rats, Sade et l’écriture, l’uniformisation des goûts par les algorithmes imposés, l’homosexualité, la solitude, l’isolement, la maternité, l’avortement, le véganisme, les déviances sexuelles, le harcèlement… et beaucoup d’ autres états d’âme et problèmes de gens à l’abri du besoin, des soucis de « riches » avec des fantasmes de fin du monde et d’extinction de masse, le genre de pensées que le mec qui passe ses journées à juste survivre, déjà en enfer, n’envisage même pas dans son quotidien indécent. Même si ces thèmes si souvent dépeints ne souffrent pas de nouvelles illustrations, la modestie du volume ne permet pas de les traiter de manière suffisamment approfondie. Galera survole afin de monter toutes les pièces d’un puzzle culturel, existentiel de la première génération à subir les effets d’une société des réseaux sociaux, la première génération facebook.

“Minuit vingt” tire sa richesse du bilan des relations des quatre amis avec le web, le pouvoir des algorithmes, les conventions des réseaux sociaux, la fausseté des rapports qu’ils incluent, un  tableau accablant de leurs rapports avec le net dont ils ont contribué à l’essor à la fin des années 90 avec leur fanzine numérique  qui se heurte durement à la réalité des années 2010. La question de la trace individuelle de chacun sur le net est bien exposée, montrée par des exemples dont un très frappant, et met le doigt sur la liberté individuelle, le libre arbitre ainsi qu’une certaine immortalité des propos, des passages sur certains forums effectués bien des années auparavant que chacun peut fouiller à loisir après la disparition d’une personne. Tous ces matériaux qui permettent de créer une personne publique mais aussi de montrer certaines facettes d’une existence plus intime sont au cœur du roman et en sont le moteur. Mais hélas, le roman qui convie à bien des promesses et à de belles référence musicales Indie est hélas bien trop court pour créer une réelle empathie pour les personnages et embrasser concrètement tous les thèmes survolés.

Un peu court.

Wollanup.

LA TOILE DU MONDE d’ Antonin Varenne / Albin Michel.

Après “3000 chevaux vapeur” et “Equateur”, “la toile du monde” vient conclure, dans le cadre de l’exposition universelle de Paris en 1900, une belle trilogie écrite par un Antonin Varenne à la plume de plus en plus virtuose.

“Aileen Bowman, trente-cinq ans, journaliste, célibataire, est venue couvrir l’événement pour le New York Tribune. Née d’un baroudeur anglais et d’une française utopiste, élevée dans le décor sauvage des plaines du Nevada, Aileen est un être affranchi de tout lien et de toute morale, mue par sa passion et ses idéaux humanistes. Au fil d’un récit qui nous immerge au cœur de la ville en chantier, du métropolitain naissant aux quartiers des bordels chers aux peintres, la personnalité singulière d’Aileen se confond avec la ville lumière.”

Aileen est la fille d’Arthur Bowman et a été élevée avec la philosophie et l’expérience de la vie de ses parents, culturellement bercée par les influences anglaises par son père, françaises par sa mère et  pluriellement américaines par son lieu de naissance et de vie. Il en résulte une belle personnalité métissée et particulièrement pertinente comme souvent les personnes élevées par cette richesse d’influences. Aillen, ainsi, va sous couvert de journalisme évoluer avec ses pantalons au milieu de la société française, européenne des nantis, des industriels, des inventeurs préparant le progrès de l’humanité comme sa perte. On est donc assez loin des grands espaces sauvages des deux premiers tomes et le souffle de l’aventure se fait nettement moins sentir tandis que la plume d’Antonin Varenne développe tous ses atours afin de se mettre au diapason du luxe, du kitsch du moment.

Au cœur d’un parcours initiatique dans les salons feutrés et les restaurants réputés, se glissent des thèmes qui restent très contemporains plus d’un siècle après: des modèles de société hérités de la philosophie de Saint Simon, un des fondateurs du socialisme et de la sociologie, la liberté sexuelle, les femmes surtout les femmes, l’art et surtout la peinture, mais aussi le choc des sociétés entre la vieille Europe et la très jeune et turbulente Amérique tout en s’interrogeant sur l’utilité pour les masses des progrès de l’industrie. Tous ces thèmes, sujets à réflexion haussent  le niveau d’un roman qui donne aussi l’impression d’être le plus intime de l’auteur.

Humaniste, Varenne célèbre aussi les exploités, les vaincus de chaque continent avec les Indiens d’Amérique bien sûr mais aussi avec les Bretons même si son discours est parfois bien sévère et s’avère maladroit et foncièrement inexact quand il évoque le positionnement du peuple breton au moment de la Révolution (« La journée des tuiles » de Grenoble en 1788 et surtout les affrontements entre nobles et étudiants à Rennes en janvier 1789 sont, bien plus qu’une prise symbolique de la Bastille six mois plus tard, les vrais fondements d’un révolte populaire  ensuite confisquée et réécrite  par un pouvoir jacobin parisien).

Même si l’aventure ici s’avère essentiellement intellectuelle et principalement urbaine, “La toile du monde” conclut de très belle manière une riche trilogie qu’on quitte vraiment à regret tant l’auteur laisse envisager des prolongements possibles.

Wollanup.

DANS LA CAGE de Kevin Hardcastle / Terres d’Amérique / Albin Michel.

Traduction: Janique Jouin.

“Ancien champion de boxe et de free fight, Daniel a raccroché les gants après une blessure grave et dire adieu à ses rêves de gloire. Devenu soudeur, il mène aujourd’hui une vie tranquille avec sa femme et sa fille, âgée de douze ans, à Simcoe, petite ville d’Ontario dont il est originaire. Difficile pourtant, dans une région minée par le chômage, de joindre les deux bouts. Aussi Daniel accepte-t-il de se mettre au service de Clayton, un caïd de seconde zone qu’il a connu dans son enfance, le temps de se renflouer. Mais vite écœuré par la violence de ce milieu, il décide de s’affranchir et de remonter sur le ring.”

La cage, c’est l’espace dévolu aux combats de free fight et comme le roman parle beaucoup de boxe tout est empreint de testostérone et d’adrénaline, parfait exemple littéraire de la célèbre déclaration de Churchill durant le blitz londonien “blood, sweat and tears” mais ce n’est pas dans cette zone de douleur sportive que l’on ressent le plus la souffrance de Daniel et de sa famille.

Roman de la précarité, version canadienne, “Dans la cage” narre avant tout le combat d’un homme pour arriver à faire vivre sa famille décemment. Ces mauvais choix dictés par l’urgence se retourneront évidemment contre lui, nul ne peut jouer avec le feu impunément. Alternant les chapitres familiaux intimistes et les épisodes violents, le roman offre un rythme abouti tout en donnant la certitude que le KO final sera funeste.

Du  roman noir sociétal sans aucun doute mais finalement pas encore aussi percutant que Craig Davidson de “Cataract City” avec qui il partage la nationalité et les romans parlant de boxe. On pourrait plutôt voir ici une version sanglante et violente des romans de Willy Vlautin. La dimension humaine est très bien ancrée tant dans la lutte pour s’en sortir, le désir d’arriver à un mieux tout simple que dans l’acharnement à faire le mal.

Premier roman de Kevin Hardcastele, “Dans la cage” est l’augure de romans séduisants à venir.

Dans les cordes.

Clete.

UNE DOUCE LUEUR DE MALVEILLANCE de Dan Chaon / Albin Michel.

Traduction: Madame Hélène Fournier, rien que ça déjà !

Dan Chaon, auteur américain, déjà publié cinq fois par Francis Geffard chez Albin Michel revient cette année avec un roman encensé aux USA et qui devrait connaître pareil plébiscite ici, j’espère, tant il a la couleur des grands romans qu’on n’oublie pas.

« Nous n’arrêtons pas de nous raconter des histoires sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons maîtriser ces histoires. Les événements de notre vie ont une signification parce que nous choisissons de leur en donner une. »

Tel pourrait être le mantra de Dustin Tillman, psychologue dans la banlieue de Cleveland. Ce quadragénaire, marié et père de deux adolescents, mène une vie somme toute banale lorsqu’il apprend que son frère adoptif, Rusty, vient d’être libéré de prison. C’est sur son témoignage que, trente ans plus tôt, celui-ci a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches. Maintenant que des tests ADN innocentent son frère, Dustin s’attend au pire.

Au même moment, l’un de ses patients, un policier en congé longue maladie, lui fait part de son obsession pour une étrange affaire : la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés, y voyant la marque d’un serial killer. Pour échapper à sa vie personnelle, Dustin se laisse peu à peu entraîner dans une enquête périlleuse, au risque de franchir les limites que lui impose son rôle de thérapeute.

Dans un entretien accordé au quotidien le Monde en 2011, Dan Chaon déclarait à propos de son roman “cette vie ou une autre “:

         « Je voulais écrire un thriller, tout en même temps qu’ explorer les thèmes qui me tiennent à cœur. Pour moi, la plus inquiétante des questions reste : peut-on vraiment connaître quelqu’un ? »

Huit ans après, Dan Chaon en est au même point de ses interrogations tout en tentant, enfin c’est ce qu’il prétend, malicieux, d’écrire à nouveau un thriller. Car en effet, le roman démarre comme un bon vieux polar avec deux intrigues criminelles. Dès les premières pages au son de Black Sabbath est racontée la tragédie des années 80 et le meurtre des parents de Dustin puis très vite le récit alterne avec le présent et une enquête officieuse sur un supposé serial killer avec, en fond sonore, le premier album de Modest Mouse, parfait pour illustrer le désarroi ambiant.

Puis, Dan Chaon passe à un tout autre genre de roman, très loin du factuel, même si bien sûr tout est étroitement lié et parfois de manière très fine, discrète, innocente, alors que rien n’est innocent chez Chaon, chaque détail parait millimétré. Partant de la rencontre entre Dustin et celle qui deviendra son épouse puis la mère de ses enfants, nous est racontée toute la vie de cet homme aujourd’hui complètement perdu par la mort de son épouse et l’innocence de son demi-frère qu’il a contribué à emprisonner et n’arrivant pas non plus à établir de liens avec ses deux fils ados. Dustin est Le personnage de cette histoire et Dan Chaon nous fait souvent voyager dans son cerveau, très loin…

Alors, “Une douce lueur de malveillance”, expression qui arrive tôt dans le roman comme un avertissement de la malice  de l’auteur qui brouille souvent les cartes, détournant, interrompant son propos, en repartant sur un autre sujet ou nous réexpédiant dans une autre époque tout en nous imposant parfois jusqu’ à la torture, une réflexion sur les actes de Dustin bien sûr mais aussi sur le ressenti, sur la vie de Rusty qui a passé 30 ans de sa vie derrière les barreaux alors qu’il était innocent. Dan Chaon est vraiment le maître du jeu et il impose son rythme de lecture nous harcelant, incitant à l’interrogation, créant le doute et par dessus tout un malaise bien tangible, omniprésent. Effarante narration. Dans un style qui ne brille pas particulièrement tout en s’avérant proche de l’exhaustivité, Chaon arrive à imposer questions, doutes, sentiments, remettant en cause les personnalités que le lecteur a pu bâtir partiellement au fur et à mesure de sa lecture.

La drogue, les médias, les légendes urbaines, la pensée mainstream, sont aussi citées, expliquées pour élargir la connaissance des deux affaires, montrant leur influence sur la perception d’un événement, sur la valeur d’un témoignage, sur la “vérité” qu’on peut bâtir, sur les souvenirs qu’on se crée, sur les moments qu’on veut oublier. Comment se crée notre conscience ? Quelle  est la part de l’inconscient ?

La citation de Lynda Barry: “L’avenir est immobile Le passé mouvant.”présente dans le roman est un judicieux résumé du périple dans l’inconscient individuel mais aussi collectif proposé magistralement par Dan Chaon aux lecteurs patients: le voyage est long, exigeant, périlleux, parfois fastidieux et imposant une totale immersion mais il vous porte très haut, très loin…

Vertigineux, trouble, dérangeant jusqu’au malaise, la grande classe !

Wollanup.

PS et NB: L’auteur sera présent au festival America à Vincennes lors du weekend du 20 au 23 septembre et participera à une rencontre animée par Christine Ferniot  de Télérama à la médiathèque d’ Alforville  le 19 septembre à 20 heures 30  ( 82 rue Marcel Bourdarias 94140 Alfortville tel 01 43 75 10 01 pour réserver)  . A ne pas rater, je pense.

GOODBYE LORETTA de Shawn Vestal chez Albin Michel/Terres d’Amérique

Traduction : Olivier Colette.

Shawn Vestal, éditorialiste pour The Spokesman-Review s’est fait connaître par un recueil de nouvelles qui lui a valu un prix mais n’est pas traduit en France. « Goodbye Loretta » est son premier roman.

« Short Creek, Arizona, 1974. Loretta, quinze ans, vit au sein d’une communauté de mormons fondamentalistes et polygames. Le jour, elle se plie à l’austérité des siens, la nuit, elle fait le mur et retrouve son petit ami. Pour mettre un terme à ses escapades nocturnes, ses parents la marient de force à Dean Harder, qui a trente ans de plus qu’elle, une première femme et déjà sept enfants…

Loretta se glisse tant bien que mal dans son rôle d’ « épouse-sœur », mais continue à rêver d’une autre vie, qu’elle ne connaît qu’à travers les magazines. La chance se présente finalement sous les traits de Jason, le neveu de Dean, fan de Led Zeppelin et du Seigneur des anneaux, qui voue un culte au cascadeur Evel Knievel. C’est le début d’une aventure mémorable aux allures de road trip vers la liberté qui va vite se heurter à la réalité… »

Entre l’Arizona où vit la communauté polygame de Loretta et l’Idaho où vit celle de Jason, moins extrémiste mais tout de même très rigoriste, Shawn Vestal nous entraîne chez les mormons, secte  très présente dans les états de l’Ouest. Il connaît bien cette Amérique puritaine puisqu’il a lui-même grandi dans une famille mormone et il lui porte un regard acéré, réaliste et ironique. Shawn Vestal ponctue son récit d’interventions d’Evel Knievel s’adressant à l’Amérique. Ce cascadeur, célèbre dans les années 70 est le symbole du mythe américain de la réussite tonitruante, de l’audace, de l’esbroufe et l’idole de Jason.

Ses personnages sont crédibles, bien campés, Shawn Vestal les suit sur quelques mois de 1975 avec deux ou trois incursions dans leur passé et leurs démêlés avec les fédéraux. Il y a de beaux salauds, parmi lesquels Dean le mari de Loretta, Tartuffe écœurant que ses croyances autorisent à violer une gamine de seize ans en toute bonne conscience, car, bien évidemment et comme dans toutes les religions, plus on est fondamentaliste, plus ce sont les femmes qui trinquent ! Et il y a les ados pour lesquels, même si l’auteur ne se départit pas de son ironie, on ressent une certaine tendresse : Jason, fan de rock qui étouffe sous le poids des principes rigides de ses parents, son ami Boyd, fils d’une mère alcoolique et d’un inconnu qu’il pense Indien et Loretta bien sûr, personnage très fort, sans beaucoup d’illusions sur le monde.

Puis vient la fuite et on glisse vers un road trip coloré et périlleux au sein de l’Amérique des années 70, le dernier et principal rite d’initiation, l’espoir d’une vie libérée du carcan de l’éducation et de la religion.

Un très bon roman.

Raccoon.

DIEU NE TUE PERSONNE EN HAITI de Mischa Berlinski / Albin Michel

Traduction: Renaud Morin.

« Jérémie, « la Cité des poètes », est une petite ville d’Haïti qui semble coupée du monde faute de routes praticables. C’est là, face à une mer de carte postale, qu’atterrit l’Américain Terry White, ancien shérif de Floride, après avoir accepté un poste aux Nations unies. Rapidement happé par la vie locale et ses intrigues politiques, il se lie d’amitié avec Johel Célestin, un jeune juge respecté de tous, qu’il convainc de se présenter aux élections afin de renverser le redoutable sénateur Maxime Bayard, un homme aussi charismatique que corrompu. Mais le charme mystérieux de Nadia, la femme du juge, va en décider autrement, alors que le terrible séisme de 2010 s’apprête à dévaster l’île… »

Que ce soit « Underground USA » de Ellroy , « Tonton Clarinette » de Nick Stone ou encore « La femme qui avait perdu son âme » de Bob Shacochis, les romans récents se situant en Haïti sentent le soufre, couvent de l’étrange et explorent des territoires très incertains où se profile l’ombre inquiétante des pratiques vaudous. Haïti, première nation caribéenne à se délivrer du joug colonialiste, devenue la honte de tous ces peuples esclaves de la Caraïbe par son histoire catastrophique et son bilan cataclysmique, très loin de l’exemple que voulaient montrer les libérateurs d’autrefois. Ce marasme, ce chaos, né de l’incompétence et de la malhonnêteté des différents pouvoirs qui s’y sont succédés et des ingérences multiples des Ricains et des Français fait mal à voir. Naître en Haïti est sûrement aujourd’hui une des pires saloperies qui peut arriver à un enfant.

Misha Berlinski qui avait déjà écrit «le crime de Martiya Van Der Lun », finaliste du national book award, il y a quelques années, a séjourné en Haïti de 2007 à 2011 avec son épouse qui travaillait pour les Nations Unies dans une unité de maintien de paix telle que celle décrite dans le roman. Par son observation pointu du pays, de ses gens, de ses mentalités, de ses politiques, il a pu se faire une idée précise de Haïti tout en s’enrichissant d’histoires locales et d’anecdotes vécues ou racontées par les Haïtiens. Bref, ici point de néocolonialisme littéraire comme certains auteurs se plaisent à le faire en repérant tout ce qui est étrange, dépaysant ou susceptible de plaire lors d’un séjour pour, dès leur retour, en faire un roman exotique pour citadins pâlots et avides d’ailleurs moins monotones .

« Haïti était un pays divisé entre descendants de propriétaires d’esclaves et descendants d’esclaves, entre France et Afrique, français et créole, catholiques et vaudouisants, peaux claires et peaux foncées, urbains et ruraux, une poignée de très riches et une vaste majorité de très pauvres. »

L’intrigue se joue dans le sud-ouest de l’île, à Jérémie, ville de 40 000 habitants oubliée par les instances gouvernementales, laissée dans l’isolement de manière délibérée afin que le sénateur local puisse continuer ses affaires de transferts de narcotiques vers les USA et l’Europe et coupée de communications depuis la terrible époque de Baby Doc Duvalier et de ses tontons macoutes pour des suspicions d’activités révolutionnaires. De l’électricité, trois ou quatre fois dans l’année et pour seulement quelques heures en soirée, ville côtière où on mange du poisson en boîte péruvien, région agricole de l’île où on meurt de faim et pas une seule route pour rejoindre Port-au- Prince.

De la rencontre puis l’amitié entre Terry White le flic ricain en mission en Haïti pour regonfler ses finances (lucratives missions de l’ONU) et Johel Célestin juge haïtien, va naître ce projet  de route financée par le Canada et qui permettrait de mettre un terme à l’isolement, à l’autarcie forcée. L’union de leurs forces doit pouvoir leur permettre de vaincre mais c’est sans compter avec la passion soudaine de Terry pour l’épouse du juge, personne particulièrement énigmatique au passé très lourd. A deux heures d’avion de Miami, on se bat pour une route, pour un peu d’électricité, pour un dentiste, un médecin, pour un minimum vital qui n’est pas assuré, qui n’est pas accordé pour ne pas nuire aux intérêts de plus pourris.

« Dieu ne tue personne en Haïti » est un très recommandable roman politique montrant Haïti dans sa misère, sa corruption, son épuisement mais aussi les dernières énergies vives, les derniers  fugitifs espoirs d’un monde un peu moins dégueulasse. La plume experte de Berlinski montre et démontre, expose, décortique, explique, analyse en intégrant dans son propos de judicieux compléments historiques, géographiques, politiques, sociologiques voire folkloriques, toujours à bon escient et au bon moment avec la grande préoccupation de justesse  mais sans jamais oublier les aspects bouffons de la politique des Nations Unies, de l’aide dite humanitaire internationale, dans une période électorale particulièrement propice aux débordements de toutes sortes, violents, tordus comme singuliers, pointant plus d’une fois ce simulacre de démocratie, cette supercherie orchestrée depuis des décennies par le pouvoir et les puissants.

Au sein d’une galerie de personnages particulièrement bien dépeints, sans manichéisme, Berlinski glisse la dramatique qui va se jouer entre les deux hommes et l’iconique Nadia dont la personnalité, la volonté resteront, pour moi, finalement aussi mystérieuses que pour eux. Cette « idylle »,  bien qu’essentielle au déroulement de l’histoire, m’a paru moins au diapason, moins au zénith que le reste du roman. Misha berlinski, propose souvent un beau et respectueux regard pudique, discret, distancié des situations, faisant vivre pleinement son texte en multipliant les canaux d’information, variant les émetteurs, proposant des pistes plus ou moins crédibles, de la belle ouvrage digne des plus grands…

Portrait particulièrement fouillé et souvent tendre de Haïti et des Haïtiens , « Dieu ne tue personne en Haïti » s’inscrit pleinement en plaidoyer d’un pays damné de la Terre au sein d’une intrigue politique originale racontée avec beaucoup de talent mais aussi de retenue, de pudeur.

Éclairant.

Wollanup.

 

 

LE MIEL DU LION de Matthew Neill Null / Albin Michel.

Traduction: Bruno Boudard

 

1904, en Virginie appalachienne, point de départ du roman, un train convoie des centaines de bûcherons surnommés “les loups de la forêt”. Quittant leurs camps sur les hauteurs pour quelques heures de repos, ils s’en vont à Helena, la ville dont l’économie et la survie dépendent uniquement et exclusivement de l’exploitation forestière et de sa scierie qui emploient 4000 personnes. Alcool, femmes, musique, danses, tout est bon pour oublier l’enfer de leur vie à abattre des arbres plusieurs fois centenaires, jour après jour, saison après saison pour un salaire de misère et dans des conditions souvent dantesques tout en contribuant de fait à un massacre environnemental de grande envergure. Mais au sein de cette assemblée baroque et insolite, certains sont là aussi pour trouver les moyens de lancer une grève musclée, armée, sanglante pour en terminer avec l’insolence des Absentéistes de New York, les propriétaires de l’immense affaire, deux sénateurs et un juge pressenti pour la cour suprême des USA.

Dès ce départ, l’auteur introduit les personnages clés de l’histoire tout en nous montrant le monde cosmopolite “la lie de l’Europe” qui compose cette main d’oeuvre exploitable à volonté et rapidement interchangeable. Ainsi de surprenants destins nous sont contés chez les bûcherons bien sûr mais aussi dans la population très hétéroclite dans ses classes les plus modestes: une veuve slovène qui ne l’est pas réellement, un pasteur désemparé qui doute de lui et de sa foi, un touchant colporteur syrien égaré et précieux passeur de culture…

Et dans ce monde évolue depuis quelques années Cur Greathouse qui a quitté la ferme familiale dont il aurait dû hériter pour s’épuiser sur des troncs en plein coeur de l’hiver. L’expérience vécue et le hasard des rencontres lui ont fait rejoindre le camp de ceux, anonymes, qui veulent être payés un peu plus, avoir quelques garanties en cas de maladie ou d’accident du travail… un peu moins de cent hommes prêts à s’armer et aller au combat pour que les choses changent.

Lors d’un long et émotionnellement très riche analepse, la vingtaine d’années de vie de Cur avant son arrivée à Helena nous est contée avant que nous retrouvions l’histoire dans ses préparatifs de coup de force armé. Matthew Neill Null, loin d’écrire un roman “nature writing” raconte la dure vie de ces forçats des bois sous de multiples angles avec intelligence et une connaissance pointue du monde forestier qu’il nous explique avec passion. Ce sont ces déracinés, ces damnés de la terre que l’auteur nous montre au jour le jour dans tous les aspects de leur vie, leurs peines, leurs épreuves, leurs rêves fous d’ailleurs ensoleillés ou d’emplois juste un peu moins éprouvants et un peu mieux payés voire de retours radieux au pays regretté, des espoirs de mariage, de création de familles… Et parmi eux, ces hommes dont Cur qui veulent agir mais dont les chefs, les meneurs, les plus hardis, disparaissent les uns après les autres.

Par sa situation initiale et dans son déroulement “le miel du lion” est assurément un sacré roman noir, politique et prouve une fois de plus des difficultés de lutter quand argent, justice et pouvoir vous sont tous trois confisqués.

Au cours de cette poignante histoire de lutte ouvrière, Matthew Neill Null montre la barbarie de ce capitalisme à travers l’histoire économique de cette ville, Helena, née de rien et dépendante du bon vouloir de trois nantis cupides et de leur frénésie à détruire la forêt, préférant laisser pourrir du bois plutôt que d’arrêter la scierie. Plusieurs fois dans son propos l’auteur montre pareillement que les horreurs de la condition ouvrière ne parviennent même pas à fédérer réellement cette internationale de la misère. Roman hautement politique, « le miel du lion » raconte de manière captivante les débuts tragiques et balbutiants des mouvements syndicaux en se focalisant sur cette lutte rurale en Virginie.

L’an dernier, dans la même collection, Jon Sealy faisait des débuts époustouflants de classe et de maîtrise avec “Un seul parmi les vivants”, passionnante histoire dans le milieu des moondoggies sous la prohibition. Un an après, “le miel du lion” propose la même intelligence, la même passion et la même érudition pour un univers, le même talent à créer, avec un bien beau style, de grands et mémorables personnages de tragédie illuminant des romans aux intrigues douloureuses mais imparables.

Nectar !

Wollanup.

 

LA ROUTE SAUVAGE de Willy Vlautin / Albin Michel / Terres d’ Amérique.

Traduction: Luc Baranger.

« Charley, quinze ans, délaissé par un père insouciant, et Lean on Pete, une bête destinée à l’abattoir. Afin d’aider l’animal à échapper au destin funeste qui l’attend, Charley vole un pick-up et une remorque, et tous deux entreprennent un voyage vers le Wyoming où vit, aux dernières nouvelles, la tante de Charley. Ce périple de près de deux mille kilomètres sur les routes de l’Ouest américain ne sera pas de tout repos, et l’adolescent vivra en un seul été plus d’aventures que bien des hommes au cours de toute une vie… »

« La route sauvage » a connu une première vie éphémère en 2012 grâce au talent des très regrettées éditions « 13ème note » sous le beau titre « Cheyenne en automne » mais lui aussi très éloigné du titre original mettant en avant le vieux cheval. Repris, et il y est parfaitement à sa place, dans la très pointue collection Terres d’Amérique au moment de la sortie sur nos écrans de l’adaptation du roman, espérons qu’il permette à Willy Vlautin d’avoir la reconnaissance qu’il mérite amplement.

Noyé dans une catégorie où excellent les romanciers ricains, nombreux chez Terres d’Amérique comme chez Gallmeister ou chez les très recommandables éditions Tusitala, il est évident qu’il est impossible de lire tous ces récits de vie qui peuplent ces romans nous faisant découvrir une autre Amérique beaucoup plus humaine que l’on peut croire mais beaucoup plus démunie aussi qu’on peut bien le penser.

Willy Vlautin n’a pas un style inoubliable et sa voix lorsqu’il chante au sein de Richmond Fontaine, son groupe d’Alt Country, d’Americana n’a vraiment rien d’exceptionnel et donc finalement pourquoi le lire plus lui qu’un autre ? J’ai rencontré et interviewé Willy Vlautin et ce qui ressort à chaque fois, c’est l’humanité du bonhomme, son extrême humilité et la gentillesse d’un type avec qui on se voit bien discuter au comptoir d’un bar, une Schlitz à la main. Cet altruisme visible dans la réalité, éblouit dans ses compositions musicales, comme dans ses romans racontant souvent les galères de jeunes nés au mauvais endroit et dans des familles toxiques ou absentes ou bousillés par les errances du pouvoir.

Les écrits de Vlautin sont tristes, et cette histoire l’est énormément, mais montrent aussi le courage de certains, courbant l’échine mais ne sombrant pas, la volonté désespérée et souvent bien illusoire de s’en sortir et souvent ces constats sévères, ces photographies bien grises offrent néanmoins des rayonnement soudains et magnifiques qui font qu’un morceau chanté ordinairement, sans artifices spéciaux, vous file la chair de poule ou qu’une histoire lue tant de fois pourtant vous chavire une fois de plus et bien plus que d’autres histoires similaires. Chez Vlautin, on sent vraiment l’authenticité, le regard expérimenté et attendri sur l’Amérique débarquée de l’American Dream qui morfle et qui affronte le déclin dans le malheur et l’adversité mais parfois aussi avec une volonté très noble.

« Mes chansons sont la bande-son de mes romans. Ils vivent dans le même univers, dans le même pâté de maisons, dans le même immeuble. La plupart de mes romans étaient, à la base, des chansons. Généralement une idée donne lieu à une chanson. Mais il arrive que j’écrive deux ou trois chansons qui se transforment ensuite en roman. » 

Extrait de l’entretien de février 2016. 

Road trip sous amphets, très chargé d’émotion, « La route sauvage » séduira tous les amoureux de l’ Amérique.

Immanquable.

Wollanup.

DE L’AUTRE CÔTÉ DES MONTAGNES de Kevin Canty chez Albin Michel

Traduction : Anne Damour.

Kevin Canty vit dans le Montana, à Missoula où il enseigne à l’université. Il a déjà écrit plusieurs romans mais je ne les ai pas lus, c’est avec « De l’autre côté des montagnes » que je découvre Kevin Canty.

« 1972, Silverton, petite ville du nord-ouest des États-Unis. La mine d’argent fournit du travail aux hommes, régit la vie des familles et domine les existences. Certains se résignent à une vie de rude labeur, d’autres  ne rêvent que d’échapper à ce destin. Mais lorsqu’une catastrophe survient à la mine, coûtant la vie à des dizaines d’hommes, c’est toute une communauté qui est frappée par une onde de choc et de chagrin. »

Kevin Canty prend le temps de nous présenter toute une galerie de beaux personnages : hommes et femmes de cette petite ville minière, des gens ordinaires pris aux pièges d’une vie rythmée par la mine. Kevin Canty nous les présente avec une empathie extraordinaire, il a un immense talent pour écrire des portraits profondément humains, créant des personnages vraiment attachants avec leurs doutes, leurs failles, leurs désirs. Leurs chemins se croisent beaucoup dans cette ville étouffante où tout le monde se connaît, où l’alcool est la seule manière de s’amuser un peu, où les émanations de la mine font vieillir trop vite. Kevin Canty tresse en toile de fond l’atmosphère de cette ville des années soixante-dix avec réalisme mais sans misérabilisme.

Seul David, étudiant à Missoula est parti de Silverton, s’exposant à l’incompréhension voire au mépris de certains. La plupart, mineurs de pères en fils, sont descendus à la mine après le lycée et se sont mariés jeunes. Leurs femmes, Jordan, mère de deux jumelles et Ann qui voulait absolument un enfant, vont prendre de plein fouet la tragédie inspirée d’un fait réel : l’incendie de la Sunshine Mine dans l’Idaho en 1972. La catastrophe fait des dizaines de victimes, et deux mineurs sont retrouvés vivants au bout d’une semaine.

Tous ont perdu un mari, un frère, un fils, un ami… Les vies s’arrêtent, les espoirs sont anéantis, les dialogues à jamais rompus, les remords inexprimables, les reproches inexprimés. Kevin Canty écrit avec une vérité et une humanité incroyables le deuil qui les frappe : le chagrin, le manque, la colère, la culpabilité… Face à la tragédie, les personnages prennent une autre dimension et deviennent véritablement magnifiques, bouleversants de justesse.

Un très beau roman, profondément humain.

Raccoon

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