Chroniques noires et partisanes

ROBICHEAUX de James Lee Burke / Rivages Noir.

Traduction: Christophe Mercier.

Vingt et unième aventure de Dave Robicheaux et un titre, vu le grand âge de l’auteur, qui pourrait paraître comme une sorte de testament mais rassurez-vous, le suivant “New Iberia Blues” est déjà sorti aux USA.

Presque tous les ans, au printemps nous revient le duo Dave Robicheaux, le flic et son ami Cletus Purcel, détective privé dans des aventures parfois dans le Montana  où l’auteur aime séjourner l’été mais le plus souvent en Louisiane et principalement à New Iberia en plein bayou et territoire cajun chez les Coonass. Pour les fans de la première heure ou les plus récemment convertis, c’est toujours un moment sympa, on retrouve deux vieux potes qui nous ont manqué. Par contre, on sait déjà que la tranquillité sera de courte durée tant la présence de Clete auprès de Robicheaux est synonyme d’emmerdes, le roi du bullshit. Quoi qu’il fasse, ce grand cinglé au cœur énorme entraîne, enchaîne les catastrophes tout en veillant toujours sur Dave. Les deux sont inséparables et si beaucoup de choses ont évolué depuis le début de la saga, leur amitié, elle, reste inébranlable.

Depuis 87 au coeur de la Big Sleazy, et ses débuts sous le titre “la pluie de néon”, Dave Robicheaux est malheureux en amour. Sa première femme martiniquaise s’est barrée avec un mafieux, sa seconde a été assassinée, la troisième a succombé à un vilain lupus et là, Molly, sa dernière épouse est morte sur la route percutée par une voiture à une intersection où elle n’avait pas marqué un stop. L’ambiance du début roman est assez morose, on sent le vide laissé par Molly, la tristesse du vieux cowboy, sa solitude: Alafair, sa fille, est loin, Tripod son raton laveur apprivoisé est mort. Robicheaux rumine, se dit que l’autre conducteur n’a pas dû freiner, rencontre le type qu’on retrouve mort plusieurs jours après, battu à mort. Robicheaux, qui pointe aux A.A. depuis des décennies a replongé dans la bibine, voit les fantômes de soldats confédérés, est victime d’un grand blackout alcoolisé de la nuit où le conducteur a été tué et voit les ecchymoses sur ses deux mains tremblantes. Il sait qu’il aurait pu très bien le faire mais il ne se sait pas s’il l’a fait. L’étau se resserre quand des preuves matérielles sur les lieux du crime l’accusent. Il va devoir aller fouiller dans les poubelles de la Louisiane pour se sauver.

“Si quelqu’un vous affirme qu’il est de la Nouvelle-Orléans et qu’il ne boit pas, il n’est sans doute pas de la Nouvelle-Orléans. La Louisiane n’est pas un Etat; c’est un asile psychiatrique en plein air dans lequel des millions de gens sont bourrés la plupart du temps. Et je n’exagère pas. La cirrhose est un héritage familial.”

Dave est dans une situation très délicate mais ce n’est que la partie émergée du glaçon de son verre de Jack’s. Comme souvent, s’invitent politiciens véreux, mafieux dangereux, hommes de mains pas manchots, belles créatures givrées, flics ripoux, dézingués du bulbe ingérables… créant un marigot bien dégueulasse et trouble. A la moitié, comme si les égouts n’étaient déjà pas prêts à déborder débarque un sérieux malade, en provenance d’un indéfini obscur Moyen Âge, un genre de Pee -Wee obèse, un nettoyeur très zélé et dont le commanditaire est inconnu.

Souvent, dans les intrigues de Burke, on sait qui est le coupable, Robicheaux a juste et surtout du mal à coincer le salopard protégé par son fric ou ses hautes relations. Là, chapeau Grand Maître! Les meurtres se multiplient sans que l’on comprenne vraiment qui tire les fils et les suspects du jour sont souvent les cadavres du lendemain, de la belle ouvrage, de la belle intrigue.

Mais James Lee Burke n’est pas uniquement un grand auteur américain de polars, le plus grand de l’époque, le dernier d’une grande lignée décimée depuis quelques années avec les morts de Leonard, de Westlake. Burke, par la voix de Dave parle aussi de l’homme, de l’humanité, au détour d’une partie de pêche dans le bayou au soleil couchant, pleure ses morts, souffre de l’absence, compatis, tente d’aider et de protéger les plus faibles, les humbles. Il se pare de sa plus belle plume pour évoquer la beauté de la Louisiane, ses regrets de la vie d’antan mais est aussi capable de dialogues qui défoncent, qui cognent comme un shot de mescal explosant dans votre palais. Et puis des écrivains capables de vous choper par les amygdales dès les premières lignes, capables de vous phagocyter au bout d’un chapitre et de vous entraîner en enfer pour cinq cent pages, il n’y en a pas d’autres.

James Lee Burke est unique.

Géant !

Wollanup.


2 Comments

  1. Jean-Paul Damaggio

    Bravo, La Louisiane dans toutes ses contradictions

    • clete

      Tout à fait et un Burke toujours au sommet. Merci pour le commentaire Jean-Paul.

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