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Chroniques noires et partisanes

RETOUR A OAKPINE de Ron Carlson chez Gallmeister

Traduction : Sophie Aslanides

 

Ron Carlson est né dans l’Utah et vit actuellement en Californie, ce qui est un peu l’itinéraire de certains de ses personnages, l’Utah est un état voisin du Wyoming où se situe l’action. Il a écrit plusieurs romans et nouvelles qui ont reçu des prix aux Etats-Unis, participe aux cahiers livres du New York Times et du Los Angeles Times et enseigne la littérature.

« La petite ville d’Oakpine, au cœur des magnifiques paysages du Wyoming, offre une vie paisible à ses habitants. Et c’est à cela qu’aspire Jimmy, 50 ans, atteint du sida. Devenu un écrivain renommé à New York, il souhaite désormais retrouver sa ville natale pour y passer les derniers mois de sa vie, et renouer avec ses parents. Il découvre que le destin vient de réunir à Oakpine ses trois meilleurs amis d’enfance : Craig, Frank et Mason. Chacun a fait son chemin, construit une vie, mais tous se trouvent aujourd’hui à un tournant de leur existence. Petit à petit, au gré de ces retrouvailles, les quatre hommes vont se rendre compte que leur amitié est la meilleure arme pour effacer les fantômes du passé et affronter les obstacles du présent ».

Oakpine est une petite ville de l’Ouest où il ne se passe pas grand-chose. La vie est rythmée par les saisons qui amènent leur lot de réjouissances traditionnelles, la chasse aux antilopes et les festivités liées au lycée de la ville : bals et cérémonie de remise de diplômes. La plupart des jeunes quittent ensuite la ville pour aller vers des lieux plus animés.

Sur les quatre amis qui avaient formé un groupe de rock il y a trente ans, le temps de leur terminale, deux sont partis, deux ont fait leur vie à Oakpine. Jimmy, malade du sida et ruiné par le coût des soins revient dans sa ville natale pour y mourir et Mason, en pleine crise existentielle après un divorce, pour y rénover la maison familiale avant de la mettre en vente.

Trente ans passés si vite ! Ceux qui sont restés, ceux qui sont partis… tous sont abasourdis par ce constat. Ron Carlson exprime à merveille cette nostalgie, ce vertige qui nous prend quand on s’aperçoit qu’on a fait plus de la moitié du chemin : la routine qui emprisonne, les doutes, les désirs d’y échapper… Les personnages sont des gens ordinaires et leur vie, leurs pensées, leurs sentiments nous touchent d’autant plus : pas de héros, juste des humains confrontés à l’inéluctable.

Dans le même temps, on suit des ados, le fils d’un des couples et ses amis, là aussi, Ron Carlson est très fort pour raconter l’énergie, les espoirs, la force et l’enthousiasme de ces jeunes, bientôt adultes qui se trouvent face aux choix que leurs parents ont fait avant eux. S’il y avait un bémol à mettre, c’est là qu’il se trouverait : ces ados sont vraiment extrêmement bienveillants avec leurs aînés, cela doit exister sans doute des ados comme ça… Sinon, c’est vraiment très fort ce parallèle entre les générations.

Ces amis vont se redécouvrir, se retrouver, finalement pas si changés mais plus vrais, concentrés sur l’essentiel, conscients que rien ne peut durer. Tout cela dans les paysages du Wyoming qui doivent être magnifiques et que Ron Carlson décrit merveilleusement. Ils participent à l’ambiance du roman : les tempêtes dans la prairie, les orages, la neige, l’air d’Oakpine qui descend des montagnes sont autant de plaisirs qu’on ne peut manquer.

Le récit de Ron Carlson sonne toujours juste, chaque personnage est sondé, aucun n’est héroïque, aucun n’est maléfique, ils sont comme nous tous : vous, moi et c’est ce qui rend le livre si émouvant.

Un roman magnifique, pas noir, plutôt gris spleen.

Raccoon

2 Comments

  1. Bonjour,

    Ta chronique me fait un peu penser à Retour à Little Wing de Nicolas Butler que j’avais beaucoup aimé. Est-ce que tu l’as lu ? Retrouve-t-on la même ambiance ? J’ai repéré ce livre samedi dans ma librairie et j’hésite de peur que ce soit trop similaire. Merci! 🙂

    • C’est nettement mieux, à mon avis.ici,il n’y a pas de chanteur pour faire des chèques quand ça va mal comme dans le bouquin de Butler que je n’ai pas vraiment apprécié, trop fleur bleue.Ici,il y a de vraies tragédies,c’est douloureux.C’est vrai que c’est un peu le même thème que Butler mais beaucoup plus profond,enfin,je pense.
      Wollanup.

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