Chroniques noires et partisanes

REQUIEM POUR UN KEUPON de Rémi Pépin / Le Castor Astral.

En fait, ce qu’on a vraiment détesté dans l’histoire du rock alternatif français de la fin des années 80, ce sont les rappels inutiles, autrement dit les reformations. Un truc libéral au possible, ou comment prendre quelques dividendes sur les carcasses de nos morts, une attitude réchauffée et cynique tellement éloignée du propos initial, dès lors que tout était bel et bien fini. Certes, comme ces traîtres, plus tard, nous aussi, voterons Chirac, et même Macron il y a peu, pour des renoncements vaguement identiques, pour sauver les meubles. Mais quand même, nous n’étions pas acteurs, juste des cousins ou spectateurs lambda. Qu’avons-nous fait pour être trahi à ce point par les nôtres ?

Restant justement dans le ton des préceptes dignes, Rémi Pépin parle lui, dès le sous-titre, d’un seppuku, cet acte suicidaire et définitif, aussi noble que taré. Alors nous tairons nos petits arrangements postérieurs ainsi que les résurgences boucanées de la gaudriole punk, pour ne pas ajouter un peu de honte aux fossoyeurs qui, de toute façon, trouveront mille bonnes excuses de s’être menti à eux-mêmes. Bref, ne gardons que le panache d’un rideau tombé net, tel un couperet, le 11 novembre 1989. Un jour d’hommage aux suppliciés, cela n’aura échappé à personne.

Etrange mais intéressante idée d’ailleurs que celle de cette collection du Castor Astral, A Day In The Life, soit une jolie guirlande de livres consacrés au rock noir et tous focalisés sur une journée charnière de chaque aventure sonique. Ce soir d’automne 89 donc pour Rémi Pépin, Grand Soir même, bouquet final, salut à toi le kamikaze, le dernier concert des Bérurier Noir, où les derniers sièges valides de l’Olympia volèrent en éclats. Graciés par Gilbert Bécaud quelques décennies auparavant, ils ne résisteront pas à cette dernière salve avant réfection du sol au plafond de la mythique salle du boulevard des Capucines.

Néanmoins, le séisme germe douze ans plus tôt. 1977 : l’année initiatique pour le personnage central comme pour nous, gamins esseulés de la toute petite bourgeoisie banlieusarde. Le gosse romancé s’appelle Bruno, Rémi et Jean-Luc aussi, guide et Petit Keupon Poucet d’un cheminement commun, avec stations d’un Golgotha obligé, Harry Cover, Music Box, Open Market, Vidéo Stone Pali-Kao, Cascades, etc, notre jeu de l’oie du moment, (Tu prends le RER et avance de deux cases, tu croises une meute de skins, tu recules de trois cas(s)es et perds ton single de Sham 69 ou Métal Urbain fraichement acheté), tous ces bouts de trottoirs qui nous ont vu grandir, mûrir c’est moins sûr.

Les années défilent et la marmite bout. On bricole des groupes chaotiques ou des fanzines non moins éphémères. On fomente toutes sortes d’alternatives grégaires à l’ennui. Alternatif ! Le mot est lâché, brièvement passionnant, avant de devenir le frontispice d’un barnum ridicule post-seppuku. Et puis un mur qui tombe et ses certitudes concomitantes avec. Now I got a reason, to be waiting, the Berlin wall beuglaient les Sex Pistols dès 77. 1989: nous y sommes et, après un ou deux derniers barouds d’honneur, rentrons dans le rang, à jamais…

D’une écriture vive, directe et légitime (rappelons qu’il fut bassiste de Guernica, le premier groupe de Loran Béru), Rémi Pépin dresse le tableau ad-hoc d’une époque qui, même en claudiquant, avait de la gueule. Entre arrivée des radios libres et ultimes espoirs « de gauche », nous y avons laissé nos derniers rêves. « Et tout ça est redevenu une affaire de musique ». Amen. 

JLM

2 Comments

  1. Pepin

    Oh la la, merci.
    Vraiment.
    R.

    • clete

      Merci à toi !

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