Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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UNE SAISON DE COTON de James Agee / Editions Bourgois (2014)

Traduction: Hélène Borraz

Lorsqu’il quitte Harvard à la fin de ses études, James Agee est embauché dans le groupe Time-Life. Travaillant plus particulièrement pour le magazine Fortune, il va couvrir divers événements de gens nantis sous la houlette d’un directeur friand de belles plumes pour illustrer les niaiseries et ventes de charité des puissants d’Amérique. A l’été 36, il est envoyé, comme d’autres équipes, en Alabama, pour décrire les conditions de vie des métayers blancs du sud de l’état après trois ans de mise en application du Agriculture Adjustement Act décidé par Roosevelt et destiné à aider les agriculteurs les plus démunis.

Accompagné du photographe Walker Evans, il décide de partager la vie de trois familles pendant plusieurs semaines. A leur retour, alors qu’ils sont les seuls à avoir ramené du matériau utilisable, leur papier ne sera jamais retenu. Qu’à cela ne tienne Agee et Evans vont se servir de ce document et des photos pour rédiger l’ouvrage devenu mythique « Louons maintenant les grands hommes » qui sort aux Etats Unis en 1941 et qui sera édité par Plon en France au début des années 60. Si « Louons maintenant les grands hommes » est une version beaucoup plus aboutie que l’ouvrage dont nous parlons aujourd’hui, il serait injuste de considérer ce premier jet comme un brouillon enfin édité en France.

Agee a été horrifié, révolté par le quotidien de ces trois familles alors qu’il s’est surtout focalisé sur la famille la moins démunie des trois. Il en ressort un témoignage accablant où Agee, de façon souvent clinique, va montrer les divers pans de la vie de ces malheureux en montrant l’énormité de la situation des pauvres du Sud sans basculer dans la compassion dégoulinante ou l’empathie feinte. Durant ces huit semaines passées dans l’enfer quotidien de ces trois familles, Walker Evans, à qui on reprochera, bien à tort, l’aspect posé de certains portraits va canarder avec son appareil pour mettre en image une réalité qui montre un dénuement et une impuissance à s’en sortir pour ces damnés.

Le contrat ou plutôt la relation de dépendance voire d’esclavage avec le propriétaire, la composition des familles, l’habitat, l’alimentation, les vêtements, le travail, l’éducation, les loisirs sont passés au crible par un James Agee féroce, révolté et détenteur d’une magnifique plume pour créer un panorama complet effarant et créer une œuvre magistrale, une sorte d’ancêtre du gonzo.

J’ai été franchement ébloui par la puissance des propos et par les qualités littéraires. Au fil des pages surgissent des passages empreints d’une poésie qui était le premier talent d’ Agee au milieu d’un tableau cataclysmique. Rentrer dans cette œuvre permet de donner une authenticité et une connaissance des gens qui peuplent les romans anciens ou contemporains traitant du Sud des Etats Unis. Tandis que Walker Evans instaure la genèse d’une photographie sociale. On retiendra aussi une fois de plus, l’importance de l’éducation, dans un monde ingrat. 

Un témoignage à ne pas rater quand on aime le Deep South.

Wollanup.

HONORER LA FUREUR de Rodolphe Barry / Editions Finitude.

Rodolphe Barry s’était déjà intéressé à un grand de la littérature américaine dans “Devenir Carver” en 2014, déjà chez Finitude. S’en était suivi un recueil de nouvelles “ Entre les rounds” dans la ligne directe des écrits du grand nouvelliste de l’Oregon. Bis repetita en 2019, il s’intéresse à un autre grand écrivain américain au destin tragique et dont l’oeuvre, moins importante que celle de Carver, semble progressivement tomber dans l’oubli avec les années.

“James se sent à l’étroit dans son petit bureau new-yorkais du Chrysler Building, à l’étroit dans son métier de journaliste comme dans sa vie. Il travaille pour Fortune, le magazine le plus libéral du pays. Tout ce qu’il hait. Alors quand son rédacteur en chef l’envoie dans son Sud natal pour une enquête sur la vie des métayers en Alabama, James se sent revivre. D’autant qu’on lui adjoint pour ce voyage un jeune photographe inconnu avec lequel il s’entend d’emblée. Le reportage deviendra un brûlot, un plaidoyer, un cri rageur face à la pauvreté des fermiers dans ces sinistres années trente. Puis un livre, un grand livre signé James Agee et Walker Evans, Louons maintenant les grands hommes.”


Quand les auteurs de Noir américains comme français parlent de leurs références quelques uns, mais ils ne sont pas légion, citent James Agee. En fait, le travail photographique de Walker Evans fait autour de ce roman/enquête dans le Sud déshérité a beaucoup plus atteint la postérité que l’écriture d’ Agee.

Walker Evans pour « Louons maintenant les grands hommes ».

Dans le titre choisi par l’auteur, on peut voir une allusion à Faulkner qui lui aussi a écrit sur les damnés du Sud, notamment dans “le bruit et la fureur”. Évitant une fois de plus le piège de la plate biographie, Rodolphe Barry recrée, fait vivre un homme passionné, exalté et c’est cette dimension humaine qui a sûrement guidé l’auteur et qui fait la grandeur du roman.

 “Tandis que j’agonise” aurait aussi pu résumer la vie de cet homme passionné, profondément altruiste, brûlant la vie par les deux bouts de la chandelle. Mort avant la cinquantaine comme Carver, il usera et abusera de l’alcool, du tabac, de la benzédrine et des passions amoureuse pour mourir d’une crise cardiaque à 45 ans. Triste fin d’un homme ami de Chaplin, ayant collaboré avec John Huston, ayant scénarisé un roman de Davis Grubb, participant ainsi à la naissance du chef d’oeuvre “La nuit du chasseur”, seul film en tant que réalisateur de Charles Laughton. Couronné à titre posthume du prix Pulitzer pour le roman “ Une mort dans la famille”, oeuvre d’une vie, il aura manqué peut-être une décennie à James Agee pour être “canonisé” comme tant d’icônes ricaines des années soixante au destin tragique.

Outre la riche idée de sortir du quasi oubli Agee, il faut souligner la plume de Rodolphe Barry dont la belle ouvrage rend le bouquin passionnant et permet de louer maintenant le grand homme que fut James.

Wollanup.

Texte de James Agee.

Sure on this shining night of star-made shadows round,
kindness must watch for me this side the ground,
on this shining night, this shining night
Sure on this shining night of star-made shadows round,
kindness must watch for me this side the ground,
on this shining night, this shining night
The late year lies down the north
All is healed, all is health
High summer holds the earth, hearts all whole
The late year lies down the north
All is healed, all is health
High summer holds the earth, hearts all whole
Sure on this shining night,
sure on this shining, shining night
Sure on this shining night
I weep for wonder wand’ring far alone
Of shadows on the stars
Sure on this shining night, this shining night
On this shining night, this shining night
Sure on this shining night


STONEBURNER de William Gay / La Noire Gallimard.

Traduction: Jean-Paul Gratias


Malgré la disparition de William Gay en 2012, certains de ses textes, inédits, continuent d’être publiés. Il y a deux ans, je chroniquais “Petite sœur la mort”, édité dans les mêmes conditions posthumes, sur ce blog, un peu désappointé par quelques faiblesses. Stoneburner est un texte bien différent dans sa forme et son intention. Mais disons tout de suite que la comédie sudiste et crépusculaire, qui revisite le schème typique du roman noir, articulant la femme fatale et ses pantins masculins, ne souffre absolument pas des mêmes maux que son prédécesseur et m’a particulièrement séduite.

1974, dans le Tennessee. Sandy Thibodeaux traîne sa dipsomanie, sa laideur, ses lunettes à verres en cul de bouteille et son obsession pour les femmes. Sa mire se cale sur Cathy Beeacham, bombe locale manipulatrice, à la pogne apparemment de Cap Holder, ex-shérif et hommes d’affaires, vieux débauché cynique. Quand par un hasard mal embouché, Thibodeaux met la main sur une mallette remplie de dollars destinée à une transaction interlope, il ferre et embarque la belle garce pour un road-trip qu’il voudrait amoureux dans une Cadillac noire. C’est en réalité une cavale, foireuse dès le départ. Ils ne veulent pas aller fondamentalement dans la même direction et ils égrènent sur leur chemin des poignées de biftons et des frasques qui signent leur passage. 

Cap Holder fait appel à Stoneburner, ex-flic, ex-détective privé, qui cherche à s’oublier, après le décès criminel de sa femme, dans un bicoque sur les rives du Mississippi, pour remonter leur piste et récupérer ses avoirs, femme et thune réunis par un même élastique bien serré. Stoneburner connaît bien Thibodeaux, ils ont été frères d’armes au Vietnam, puis poteaux après la démobilisation. Une relation qui s’est enlisée dans des emmerdes aussi gluantes que la vase des mangroves du delta du Mékong.

Stoneburner se met au boulot et va vite comprendre que, de part et d’autre, des ficelles sont tirées, qui feraient de Thibodeaux, de lui, des jouets. Sans spoiler le dénouement, on se permet de dire que cela se terminera mal. La Noire de Gallimard n’est pas la Bibliothèque rose.

Des miles de route dans les Etats du Sud, des bagnoles, des accidents de bagnoles, les mouvements et les cahots de ce roman sont en soi une expérience physique.  Si on y ajoute le talent de William Gay pour la noirceur et la drôlerie, le « voyage » devient à nulle autre pareil. Écrit avec singularité (l’auteur tenait à n’y faire figurer aucun guillemet, aucun tiret introductif d’un dialogue – l’objet d’une note explicative en ouverture du bouquin), le texte distille subtilement (sans balourdise, pléonasme) les références littéraires,  artistiques et musicales d’un auteur qui n’a pas donné, lui, de cours de creative writing. Ce qui m’autorise peut-être à dire que, plus que No Country for Old Men auquel il a été comparé, Stoneburner m’a fait pensé plusieurs fois à un texte que je chéris, Un pour marquer pour la cadence de James Crumley, texte qui agrippe le thème de l’amitié virile, amitié née sous l’uniforme, dans un cadre guerrier, et qui, là aussi, doit aller jusqu’au bout. Mais ne sortons pas de la route de façon anticipée et écrivons aussi que la profondeur et l’intensité psychologiques des personnages, du récit, signent en tout cas le talent d’un auteur, assez ironique pour se nommer William Gay, tandis qu’il nous entraîne avec bonheur vers des comtés et des gnons moins jolis que son patronyme.

« Je me suis demandé si Thibodeaux pouvait être le Thibodeaux avec qui j’étais parti à la guerre, sans être sûr d’avoir vraiment envie de le savoir. J’avais fait tout mon possible pour effacer Thibodeaux de ma vie et de ma mémoire. Il était lié à beaucoup trop d’éléments désagréables, et à un moment, je m’étais dit que lorsque les bagages s’accumulaient en trop grand nombre, il fallait les jeter dans le fossé, pour réduire la charge. Un poids excessif vous ralentit, et celui qui voyage vite est toujours seul. Quand les gens commence à vous bombarder à l’excès de mauvaises vibrations, vous coupez la corde qui vous lie à eux comme une ancre qui vous retient, et vous ne pensez plus à eux. C’est pourquoi je me trouvais loin de la civilisation, en train de construire une cabane sur un terrain que j’avais acquis de façon étrange.

Mais pourtant, quand je pensais à Thibodeaux, je revoyais ce qu’avait exprimé le visage d’une femme que je n’avais pas pu avoir, j’entendais le rythme de ses paroles et je pensais au phosphore en combustion qui traçait des traînées d’un vert vif sur un ciel pareil à un velours noir froissé, et à l’hélico des urgences bardé de feux de signalisation décollant comme une fusée. 

Au fond, Thibodeaux était un malade mental, fou à lier, dont la perversité forçait l’admiration tant elle était tenace. C’était l’un de ces parfaits imbéciles auxquels on accorde une sorte de considération paradoxale. 

Je l’ai chassé de mes pensées – du moins, j’ai essayé. »

Paotrsaout

L’EMPREINTE d’Alexandria MARZANO-LESNEVICH / Sonatine.

Traduction : Héloïse Esquié

Aux origines de ce livre, il y a un crime pédophile, celui commis par Ricky Langley en 1992 en Louisiane. Un jour de février, sous le coup d’une des pulsions qui l’ont précédemment amené à des actes très graves, il va plus loin encore et tue un petit voisin, Jeremy Guillory. Arrêté, jugé, un premier procès le condamne à mort. Aux origines de ce livre, il y a aussi l’histoire personnelle de l’auteur, lourde de secrets et de blessures, et qui, jeune adulte, décide de suivre les pas de ses parents dans la carrière d’avocat. En 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich commence un stage dans un cabinet d’avocats en Louisiane dans le but de défendre des hommes accusés de meurtre. Elle est fermement, croit-elle, opposée à la peine de mort. C’est là que les hasards terribles de la vie font se croiser Ricky Langley et Alexandria Marzano-Lesnevich. La confession de Ricky, enregistrée, documentée, épouvante la jeune femme et ébranle toutes ses convictions. Elle est submergée par le sentiment de vouloir le punir, de le voir mourir. Choquée par sa propre réaction, elle creuse et va peu à peu comprendre le lien inattendu entre son propre passé et cette sordide affaire. Pendant 10 ans, elle n’aura de cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre un crime épouvantable.

Pour ceux qui s’intéressent aux littératures du crime (il pourrait y en avoir un certain nombre parmi les visiteurs du blog Nyctalopes), « affronter » le récit d’affaires bien réelles peut constituer une expérience des plus éprouvantes car débarrassée du filtre de la fiction. Il faut se faire à l’idée que cela s’est réellement passé ou qu’une affaire comme Langley/Guillory est, hélas, aussi ignoble soit-elle, une tragédie parmi d’autres. Autour des déroulés judiciaires, Alexandra Marazano-Lesnevich exhume l’histoire de la famille Langley, de Ricky et ses parents. Telle qu’elle est présentée, elle serre le cœur tant le drame, la souffrance, le traumatisme l’imprègnent. La personnalité et la psychologie de Ricky, un nullard, dérangé finalement, en seront marquées à jamais. Il y a des victimes aussi, ne les oublions pas, en particulier un petit garçon et sa mère. Une vie qui s’arrête, une autre qui continue, avec quelle épouvantable tristesse. 

L’enquête journalistique et le travail d’un auteur (forcément fait de spéculations et projections, ce que certains lui ont reproché) qui cherche à explorer parts d’ombre et zones de flou par l’imagination auraient pu suffire. Comme nous l’avons dit plus haut, ce dont nous parle aussi le texte d’Alexandra Marzano-Lesnevich ce sont les échos avec une expérience personnelle de violence sexuelle sur enfants. L’histoire familiale et le parcours de l’auteur sont ainsi racontés avec un luxe de détails intimes. Et il y a du moche. L’empreinte, parfois abruptement, se fait autobiographie, témoignage, interrogation sur la vérité et la justice. Le texte, qui s’est vu récompensé de nombreuses fois, est donc un objet littéraire très particulier, atypique dans le genre des littératures du crime.

C’est peut-être là où le bât blesse, à mon sens. Il n’y a pas de doute : le sujet de la pédophilie et des crimes pédophiles est très chargé et il faut reconnaître l’intensité de la démarche cathartique d’Alexandra Marzano-Lesnevich, la nécessité et le courage de celle-là. Mais ses efforts semblent parfois être ce qu’ils sont, des efforts pour mettre en relation deux histoires qui n’ont peut-être pas grand-chose en commun, même si elles s’intersectent.

Paotrsaout


LA PYRAMIDE DE BOUE d’Andrea Camilleri / Fleuve noir.

Traduction: Serge Quadruppani.

Andrea Camilleri est un auteur italien figurant dans l’équivalent transalpin de la pléiade, un vrai monument donc devenu internationalement connu avec ses enquêtes policières du commissaire Montalbano dont nous découvrons avec “la pyramide de boue” la vingt cinquième aventure traduite en français (six restent inédites) et écrite à l’occasion du vingtième anniversaire de la création des personnages. Camilleri a aussi beaucoup écrit en dehors de cette série et bien souvent loin de l’univers polar. La Sicile est est le cadre de Montalbano et plus particulièrement la ville fictive de Vigàta. Cette cité imaginaire, la RAI qui a créé deux séries à partir des aventures du commissaire la situe au sud-est de l’île un choix qui a développé un intérêt touristique avec les années. Signalons que l’auteur, âgé de 93 ans, fumeur invétéré, a connu de graves problèmes de santé fin juin.

“Il pleut depuis une semaine à Vigàta et ce matin, le commissaire Montalbano doit se rendre sur un chantier boueux où l’on a retrouvé le corps sans vie de Giugiu Nicotra.

La victime, expert-comptable, vivait avec Inge, une Allemande de 25 ans qui, malgré le drame, reste introuvable. Autre particularité, le cadavre a été découvert en caleçon et un mystérieux vélo a été abandonné sur les lieux du crime. Voilà de quoi attiser la curiosité du commissaire.

Sur fond de bataille entre les deux familles qui se partagent la région, Montalbano se lance sur la piste d’un homme mystérieux que le comptable et sa très belle compagne hébergeaient. Mais qui cherche à intimider les témoins et un journaliste-enquêteur ?”

On compare souvent Montalbano à Maigret mais le personnage est beaucoup plus truculent, plus sanguin, prend toute sa saveur méditerranéenne dans l’environnement de son commissariat avec des adjoints qu’on suit aussi depuis des années, du matériel policier toujours en carafe ou absent et bien sûr, toujours planante et menaçante l’ombre de la Mafia, grande institution insulaire.

Le mystère reste entier: s’agit-il d’un drame passionnel ou de magouilles à couvrir? On est dans les pas d’un Montalbano, une fois de plus excédé par l’incompétence, les insuffisances, les mensonges ou les silences qui font son quotidien de flic sicilien. L’ amour de l’île reste présent, on parle toujours de bonne bouffe… A nouveau un régal de lecture estivale, oscillant entre farce et tragédie. 

Wollanup.

UN MONDE TROP PETIT de Jean-Christophe Perriau / Editions Inédits / noir.

J’ai connu JC Perriau, il y a quelques années sous d’autres cieux de la blogosphère. Quand les premières chroniques d’ « Un monde trop petit” ont fleuri, je n’ai pas percuté qu’il en était l’auteur et je répare tardivement mes lacunes. 

Du copinage, mouais, je ne pense pas. Je ne peux en aucune façon avoir un ami supporter du PSG qui la ramenait beaucoup à une époque plus faste, où on n’ accolait pas avec le sourire le terme de remontada aux trois lettres du club qatari, une époque où le club nous faisait moins mourir de rire que maintenant. Ses analyses footballistiques me manquent un peu. Qu’a-t-il pensé de la dernière finale de la coupe de France Rennes PSG? En Avant Guingamp le fait-il toujours marrer? A-t-il vu le dernier Nantes PSG ? Ça, c’est fait mon petit JC, fallait pas citer les comiques deux fois dans ton roman

 Plus sérieusement l’univers littéraire choisi pour ce premier roman n’est plus vraiment mon truc, ne l’a même jamais été réellement, je ne connais pas la banlieue, je ne vis pas ce monde et les romans s’y déroulant ne me séduisent pas particulièrement. 

Mais, mais, mais, ici, on est dans le concret, on sent le vrai, le vécu car JC bosse au SAMU social depuis très longtemps, connaît le pavé, y a acquis une certaine sagesse souvent perceptible dans la discussion. Ce monde trop petit, il l’a sous les yeux tous les jours. La galère et le malheur, il les touche à longueur d’année et son roman, en aucune façon, aura des relents de putasserie qu’on sent bien souvent.

L’égalité des chances, une idée assénée par les élites nanties, ici, on en a un bel exemple. Trois vies cramées racontées dans un roman profondément noir. La lumière, l’éclair viendront mais pas ceux qu’on attend…Matilda devient adulte à dix ans le jour de son anniversaire quand son père se barre et que sa mère commence à se noyer dans l’alcool. A la trentaine, elle continue de morfler, le gâteau d’anniversaire a toujours un sale goût. Bouba, lui, a été exfiltré d’Afrique enfant pour rejoindre son père et sa sorcière de belle-mère dans un univers de tétris architectural à gerber. Franck, lui, est SDF, sa vie de journaliste a basculé à l’automne 2005 pendant les émeutes de banlieues. Tombé bien bas, il n’est pourtant pas au fond pour espérer remonter un peu. Alternant 2013 et des périodes plus anciennes de l’enfance des personnages, l’auteur sait entretenir un certain suspense jusqu’à la rencontre des trois au SAMU social…

Alors, on est dans de la littérature “feel bad”, pas de doute. Pas forcément le roman pour la saison et le nouvel éditeur avait d’ailleurs choisi le mois de janvier pour inaugurer sa collection de romans noirs avec “un monde trop petit” qui devrait ravir les amateurs du genre et de tous âges. Concentrant son roman sur ses personnages, il laisse moins de place aux descriptions, à la “poésie” de la zone. La comparaison avec le nouveau grand concurrent de la littérature, je veux parler de Netflix et autres, est assez facile. “Un monde trop petit” s’apparente d’évidence avec le concept de docu fiction et parfois, l’émotion peut vous gagner. Et la BAC, la dope, les ascenseurs en panne, les paliers incendiés… et toujours cette même couleur ciel gris dégueulasse, celui au dessus de la tête des damnés.

Touchant et touché.

Wollanup.


TELSTAR de Stéphane Keller / Toucan Noir.

“Telstar” est le deuxième roman de Stéphane Keller et si vous n’avez pas lu le premier “Rouge Parallèle” également sorti dans la collection “Toucan Noir”, l’an dernier, commencez donc par celui-ci qui se déroule 6 ans avant et nous fait découvrir certains personnages au centre de l’action du deuxième.

“ALGER, décembre 1956.

Des fillettes sont tuées dans le quartier européen de la ville. Deux flics, qui se haïssent de tout leur être, sont chargés de l’enquête. Pour l’inspecteur principal Brochard, l’assassin ne peut être qu’un arabe, un type du FLN. Mais son adjoint est d’un avis différent et bientôt, des témoins parlent d’un homme blond, de type caucasien.

Le capitaine Jourdan rentre de Suez avec la 10e Division Parachutiste. Une opération de grande envergure se prépare à Alger, quotidiennement touchée par des attentats. Une opération menée par l’armée, qui sera étudiée attentivement par des observateurs étrangers comme le colonel Hollyman, l’ancien patron des opérations spéciales à l’OSS.

Chaque jour, des appelés débarquent dans le port d’Alger et parmi eux, le seconde classe Norbert Lentz, déjà très apprécié de ses chefs pour son anticommunisme viscéral.”

Aux USA, en littérature comme au cinéma, on a très vite raconté le Vietnam. En France, l’histoire de cette guerre de 8 ans est restée longtemps quasiment sous silence. Pourtant les mêmes plaies, la même défaite, les mêmes conséquences sur les appelés envoyés sur place massacrer ou se faire massacrer ou revenir marqués à vie ou complètement dézingués. D’ailleurs, on ne parlait pas de guerre mais des “événements d’Algérie”, pas de combats mais de “pacification”. A Alger, en décembre 1956, plus de cent attentats perpétrés. On décide d’envoyer 8000 paras et légionnaires, pas le tout venant, l’élite dure. L’armée française a besoin de redorer son blason après la débâcle de 40, la défaite en Indochine contre des va-nu-pieds, l’issue frustrante de l’histoire du canal de Suez. On est prêt à en découdre chez les maîtres de guerre. La troupe exécutera les ordres et… « les indigènes » et l’armée respectera  sa réputation de “ Grande Muette”. 

La quatrième de couverture évoque en premier une intrigue policière mais déjà souvent lue de tueur de petites filles mais c’est ce cadre algérien et algérois qui donne à son roman tout son éclat, sa puissance. On n’est pas ici dans un petit polar à deux balles, on est confronté à un épisode peu glorieux de notre histoire nationale et parfois on peut très bien ressentir une certaine honte quand le drapeau légitimise ainsi l’innommable.

Stéphane Keller, scénariste pour la télévision, le cinéma et le théâtre s’attaque donc à cette bataille d’Alger dans le décor de cette province française en 1957, statut colonial particulier, Alger étant d’ailleurs considérée comme la deuxième ville française par sa dimension. 
L’auteur adapte parfaitement ses compétences audiovisuelles à la littérature noire pour écrire une histoire particulièrement passionnante dans ses différentes dimensions humaines, socio-démographiques, politiques et historiques entraînées par une enquête policière mettant en scène deux flics représentants de deux France, celle d’Algérie et celle de la métropole.

Les 500 pages s’enfilent très vite, le roman a le souci d’être précis, pointilleux, parfois un peu trop même dans certains détails très superflus mais il y a le souci d’authenticité et ce n’est jamais blâmable, surtout quand on met les pieds dans un tel bordel. Stéphane Keller fait parfaitement conjuguer les histoires personnelles avec la grande Histoire. Les personnages sont parfaitement dessinés, révélant des mentalités parfois difficilement compréhensibles en 2019. On est dans un monde encore frappé par la barbarie de la deuxième guerre mondiale mais peu importe, l’armée va utiliser certaines méthodes des nazis, elles-même, adaptées des us et coutumes de Napoléon quand il avait occupé le territoire allemand au début du 19ème siècle.

Bien sûr, faut-il le dire, cette guérilla urbaine, cette guerre sans nom aux sales méthodes qui inspireront les Ricains ainsi que la gestion de pas mal de conflits sud-américains des années 60 et 70, ne vous offrira pas des heures confortables. Les deux clans, armée française et le FLN (parti toujours au pouvoir en Algérie et objet des manifs du vendredi à Alger depuis quelques mois), adoptent et améliorent la loi du talion dont les plus grandes victimes seront souvent les populations civiles innocentes, “européennes” et “indigènes” (selon les termes de l’époque). Tout le monde, à sa manière, revendique, la légitimité du combat, l’inéluctabilité de la loi martiale comme celle des massacres de fermiers dont le sang abreuvera leurs terres natales occupées certes mais aussi cultivées depuis des décennies. Pas de manichéisme chez Stéphane Keller, beaucoup d’intelligence par contre pour couvrir le chaos dans son universalité.

“Telstar” est un roman noir fort, puissant témoin d’un moment où la France de la IVème République, pays de la Révolution, de Voltaire, des Lumières est confrontée au “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”.

Wollanup.

AU NOM DE LA LOI / Vingt sentences autour du groupe LES $HERIFF / Kicking records.

On ne va pas se mentir, c’est un recueil de nouvelles autour de l’univers du groupe montpelliérain “les sheriff” considéré à l’époque, années 80 et 90 comme l’un des pionniers de la scène punk française, les Ramones de chez nous… Et, en toute franchise, malgré mon âge canonique qui m’avait permis de  prendre en direct dans ma tronche d’ado acnéique la vague Sex Pistols, Clash et autres Sham 69… à l’époque de l’arrivée des Nicollin’s boys de la Paillade, j’étais passé à vraiment autre chose, juste une petit détour vers les cousins d’Elmer Food Beat comme petite picouze de rappel, pour le fun. Et ce n’est donc pas en fan du groupe que j’écris ces quelques lignes, pas de nostalgie, pas de Madeleine de Proust pas davantage de Marocain d’ Agadir et franchement du punk héraultais, c’est un peu comme du métal antillais… tss, tss, tss.

Alors, à quoi bon si le punk n’a jamais été votre flasque de bourbon ? A quoi bon si pendant les quinze années de leur gloire (84/99), les énervés languedociens ne vous ont pas rendus à moitié sourds ou complètement barrés avec leurs compos agitées comme nombre de kepons de l’époque? 

Tout simplement parce que, dois-je le rappeler, ici on tente de parler bouquins au départ, de noir principalement et s’il y a un peu de zik, un peu de rock intelligent ou très con mais qui sent la vie, l’authentique, qui dégage, exhale les excès, les galères quotidiennes, le bitume et les salles enfumées ou napalmisées à la kro ou à la Jenlain pour les plus poètes mais aussi le kitsch ou le glam hé, c’est encore mieux. 

L’auteur de la quatrième de couverture est d’ailleurs sûrement une ancienne vieille ordure punk (no future, l’anarchie à deux balles et tout le folklore… sympa à l’époque et très pesant maintenant, le folklore pas l’homme non cité, précisons), un pogoteur criminel, un addict de la Valstar rouge, ne s’est peut-être jamais remis de Damned à Mont de Marsan en 76, trouvait peut-être que les Dogs étaient un peu trop tendres, arborait des badges des Dead Gregory’s.  Peut-être, peut-être pas… mais dans tous les cas, aujourd’hui assurément un toxique du chroniqueur lambda. Allez donc mettre quelque chose après.

 “Fomenter un recueil de nouvelles autour des chansons des Sheriff flirte avec l’évidence. Si les liens entre rock’n’roll et textes courts ne sont plus à démontrer, même urgence, même cruciale nécessité d’aller à l’essentiel, ils deviennent une symbiose flagrante lorsque s’en mêle le goût du sprint ou le rejet du gras et des digressions.”

On peut penser légitimement que la seule règle fixée préliminairement aux auteurs fut de prendre un morceau du groupe et d’en faire ce que bon leur semblait du moment qu’il y ait du sang, de la sueur et des larmes et que cela ait un rapport certain ou au moins un certain rapport avec les Sheriff, leur univers, leur vie, leur oeuvre… de près comme de très, très loin. 

 Eddy Bonin, Marion Chemin, Pierre Domengès, Serguei Dounovetz, Alain Feydri, Patrick Foulhoux, Giuglieta, Guillaume Gwardeath, Stéphane Le Carre, Jean-Noël Levavasseur, Jean-Luc Manet, Karine Medrano, Stéphane Pajot, Stanislas Petrosky, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Thierry Saltet, Luna Satie, Marc Villard et Max Well soutenus par Nasty Samy dans la préface ont fait une belle boucherie. “C’est pas Verdun” scandent les Sheriff, non, c’est bien pire. 

Le recueil explose, saute à la gueule, les nouvelles partent dans tous les sens, parfois n’ont  aucun sens d’ailleurs. Ah tout n’est pas parfait, bien sûr, un skeud punk entièrement réussi, c’est rare aussi. Je ne citerai aucun auteur en particulier, pas envie de chatouiller certaines sensibilités mais assurément c’est la belle surprise du moment. Des auteurs reconnus, des connus, des moins connus, des méconnus, des inconnus et aussi des potes qu’on découvre un peu plus entre les lignes. 

Du premier choix. De l’humour, de la rage, de la nostalgie, de la colère, des coups de latte, des souvenirs évoqués, des souvenirs inventés et surtout une âme, de la vie, le système D élevé au rang d’institution, la galère au quotidien et le quotidien galère. C’est puissant, ça cogne “ à coups de batte”: des rats des villes contre des porcs de la cambrousse, la France des cités contre la France dessinée par Macron, les banlieues blafardes et le soleil de Daytona Beach, des westerns épiques et le far-ouest finistérien, le pays de Mickey et un pays décimé, les départementales en J7 et les artères de L.A. en Camaro, le commandant Van der Weyden  “C’est quoi ce bordel là Carpentier?” et Joey Ramone, la France jaune des ronds points et la fange Le Pen / Ménard, Liam Gallagher qui se fait défoncer, une Angie Dickinson en 504 immatriculée dans le 34… ne manquent plus que les petits gars de la Butte Paillade 91, un soir de match à la Mosson contre le PSG et le carnage aurait été parfait, l’ultime.

“On est Les Sheriff… et on fait du bruit! “ et pas qu’à Landerneau.

Bravo les filles, merci les mecs pour ce pur moment de Rock n’ Roll.

Wollanup.


 

LA LOTERIE ET AUTRES CONTES NOIRS de Shirley Jackson / Rivages.

Traduction: Fabienne Duvigneau.

Shirley Jackson est une auteure américaine née à San Francisco en 1916 et morte en 1965. Elle compte parmi ses grands admirateurs Neil Gaiman et Stephen King pour qui son roman “la maison hantée” est une oeuvre majeure de la littérature fantastique du XXème siècle. Ce roman est d’ailleurs l’objet d’une série diffusée sur Netflix et intitulée dans sa version originale “The Hauting of Hill House”, frissons garantis. Son roman le plus célèbre, également au catalogue de Rivages, reste néanmoins “ Nous avons toujours vécu au château”. En plus d’être considérée comme une reine du roman gothique, elle est souvent décrite comme une nouvelliste de premier plan.

“ La loterie et autres contes noirs” est donc un recueil de nouvelles postfacé par Miles Hyman qui a adapté graphiquement “la loterie”, nouvelle qui avait fait scandale à sa sortie dans le magazine le New Yorker en 1948 et qui débute le volume donnant le ton de manière assez effroyable. On n’est jamais dans le gore chez Shirley Jackson, toujours dans une Amérique bien blanche, bien policée des petites villes bien réglées de la fin des années 40. L’ordre, le bien être, l’harmonie semblent régner jusqu’à ce que Shirley Jackson décide de griffer méchamment, sournoisement, très insidieusement.

Si “la loterie” et “les vacanciers” sont certainement les plus sidérantes, les autres nouvelles sont toutes de bonne tenue, dérangent, secouent sans néanmoins forcément renverser. Par contre, certains thèmes abordés: le voisinage, les lettres anonymes, les rumeurs, la suspicion… peuvent très bien provoquer un méchant écho chez le lecteur selon son vécu, ses psychoses.

Shirley Jackson, une amie qui ne vous veut pas forcément du bien.

Wollanup.


LE KARATÉ EST UN ETAT D’ESPRIT de Harry Crews / Sonatine.

Traduction: Patrick Raynal.

Les éditions Sonatine poursuivent le travail d’édition d’inédits d’Harry Crews, disparu en 2012. Après Nu dans le jardin d’Eden (2013) et Les portes de l’enfer (2015), ils publient cette année Le karaté est un état d’esprit, quatrième roman du natif de Géorgie datant de 1971. Harry Crews a déjà beaucoup donné au roman noir et ses meilleurs titres n’ont pas été auparavant ignorés par les traducteurs et éditeurs. Même s’il est probable que les inconditionnels de Crews apprécieront plus que d’autres le karaté ultraviolent à la mode floridienne, il est bon d’entendre Harry nous parler encore du pays, à savoir un versant sombre de l’Amérique où les gueules cassées de la vie pataugent, gueules cassées pour lesquelles l’auteur n’a jamais démenti une tendresse couturée de cicatrices et déformée par des fractures mal réduites.

Après avoir vagabondé à travers les États-Unis, John Kaimon arrive en Floride, où il fait la connaissance d’une petite communauté de karatékas fanatiques. Ceux-ci exercent leur art dans la piscine vide du motel désaffecté où ils ont élu résidence. Plus qu’un simple art martial, c’est un véritable culte auquel s’adonne cette tribu, dont chaque membre a renoncé à sa vie passée ainsi qu’à toute possession matérielle. Seule compte pour eux la pureté de l’esprit. Si Kaimon y trouve d’abord une philosophie de vie satisfaisante, son attirance pour Gaye, une magnifique karateka, va bientôt l’entraîner dans de sulfureuses aventures. Car si l’esprit se doit d’être fort, la chair est parfois bien faible…

La formule du chef Harry est des plus habituelles. Prenez des éléments d’humanité tordue comme un drop-out désabusé, une karateka reine de beauté et létale, un nain gourou, un maître de dojo et des disciples qui veulent oublier leur faillite personnelle antérieure en devenant des philosophes de la violence ciblée (apparemment la rédemption passe par l’éclatement des phalanges sur une planche de bois d’exercice… ), des queers lubriques et, bien entendu, une tapée d’idiots américains moyens en mode badauds. Plongez tout ça dans un fond de piscine désaffectée, déversez une douche solaire impitoyable et badigeonnez de stupre, de violence et de crème solaire cacao. Vous obtiendrez cette comédie grotesque, critique d’un esprit communautaire ou de culte sixties, et bien entendu loufoque, laquelle, toutefois, n’est pas à ranger parmi les préparations les plus inoubliables de l’auteur.

Il vous sera pardonné de ne pas pratiquer le Karaté. Mais dire que c’est un Crews raté, ce serait vous exposer à un mawashi-geri (ou coup de pied circulaire) qu’il vous faudrait accueillir avec tendresse bien entendu. Car Harry Crews aussi est un état d’esprit.

   « L’homme qui avait frappé Lazarus était soûl. Il croyait que Lazarus était le type qui avait pincé le cul de sa femme quelques minutes plus tôt.

« Ça, c’est pour avoir pincé le cul de ma femme », dit-il en titubant sur place et en louchant sur Lazarus.

   Lazarus s’était vautré sur le pare-chocs de la Dodge et dans les bras de John Kaimon. Il reprit ses esprits et se figea, les mains sur la bouche. Du sang coulait entre ses doigts. L’ivrogne était un énorme type poilu vêtu d’un maillot de bain qui faisait des poches aux fesses, et rien d’autre excepté des Crocs. Sa femme, une naine blonde dotée d’un front de crétine, se tenait juste derrière lui et mangeait une pomme d’amour. Elle portait un maillot une pièce dont les bretelles défaites pendaient le long de son corps sans forme. Apparemment seul l’espoir faisait tenir ce maillot. John Kaimon craignait que Lazarus ne tuât l’homme et se tenait prêt à le retenir, quand Lazarus sauta au-dessus du pare-chocs en direction de la petite blonde qui n’avait pas levé la tête de sa pomme d’amour. Mais Lazarus voulait juste lui parler.« Madame », dit-il doucement

   Elle leva le visage de sa pomme. Elle avait du sucre rouge sur la lèvre supérieure et sur le menton. Elle était soûle elle aussi. Lazarus allait lui parler quand une explosion secoua le cielet fit trembler la terre. Ils s’arrêtèrent tous pour contempler les lumières multicolores et le fumée dérivant au-dessus de l’eau quand la bombe avait explosé.

   L’obscurité finit par retomber. « Madame », répéta Lazarus. Il approcha son visage tout près du sien. « Est-ce que je vous ai pincé le cul ? »

   Elle soupira, et l’on aurait dit qu’elle allait pleurer. « Personne ne m’a pincé le cul. Je le lui ai dit. Personne ne m’a pincé le cul. Il le sait. Mais il continue à espérer et à cogner les gens. »

La porte arrière du combi Volkswagen s’ouvrit brusquement, le grand et beau jeune homme aux cheveux longs et aux yeux morts sortit, s’étira, ouvrit largement les bras, se cambra et émit un grognement satisfait. L’ivrogne poussa Lazarus, frappa le gars et l’envoya dans le combi. Les mains posées sur les hanches, il lui dit :

« ça, c’est pour avoir pincé le cul de ma femme. » »

Paotrsaout

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