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Chroniques noires et partisanes

LUNE COMANCHE de Larry McMurtry chez Gallmeister

Traduction : Laura Derajinski.

Gallmeister nous offre enfin ce livre du grand Larry McMurtry inédit en France depuis 1997 ! Dernier tome dans l’ordre de l’écriture, mais deuxième dans l’ordre chronologique des aventures de Gus McCrae et Woodrow Call qu’on retrouve avec un immense plaisir, ainsi que l’écriture magnifique de Larry McMurtry.

« À la frontière du Mexique, au cœur d’un Texas désertique où quelques colons tentent d’importer la civilisation, de grands guerriers se font face. Le puissant chef comanche Buffalo Hump prouve que son peuple est loin d’être asservi tandis que plus au sud, le mystérieux Ahumado sème la terreur. Face à eux, Gus McCrae et Woodrow Call, Texas Rangers mal équipés et sous-payés, officient sous les ordres du fantasque capitaine Inish Scull. Dans cette partie des États-Unis, l’Histoire est en marche, laissant ces combattants blancs et indiens vivre les ultimes aventures d’un Ouest encore sauvage. »

N’ayant pas lu Lonesome Dove, j’avais décidé de lire la série dans l’ordre chronologique, et c’est double plaisir pour moi vu que je vais maintenant pouvoir attaquer Lonesome Dove qui me faisait de l’œil depuis un moment ! Avec cet ordre de lecture, on voit évoluer les personnages, Gus et Call ne sont plus des jeunots, ils grandissent et évoluent tout en restant eux-mêmes : Call toujours sérieux, Gus toujours bavard et irrévérencieux, poursuivant chacun à sa manière leur vie amoureuse… Et ça fonctionne, Larry McMurtry réussit avec un grand talent à créer des personnages humains, vivants, vraiment attachants. Le plaisir de lecture doit être différent si on lit dans l’ordre de parution car on découvre alors progressivement l’histoire de personnages dont on connaît un peu le destin, mais il ne doit pas être moindre tellement ces personnages sont profonds,  sonnent juste et fort : Larry McMurtry n’est pas un débutant !

Lune Comanche commence une dizaine d’années  après « la marche des morts », et couvre une grande période : avant, pendant et après la guerre de sécession,  élément essentiel de l’histoire des Etats-Unis. Cette guerre civile va déchirer le Texas et diviser les habitants d’Austin, ville nouvelle où tous viennent d’arriver. Fidèles à leurs origines, certains se battront pour le Sud d’autres pour le Nord, même chez les Texas Rangers. Gus et Call évitent le dilemme en restant au Texas car les forts sont dépeuplés, la frontière est dégarnie les Indiens en profitent mais il n’y a pas qu’eux et les bandits de tout poil prolifèrent : il y a du boulot pour les Texas rangers.

C’est un grand western : poursuites, attaques, traques… l’action ne manque pas dans des paysages magnifiques et dangereux du Texas où les éléments peuvent se déchainer où l’on peut aussi bien mourir de soif que mourir gelé. Larry McMurtry suit beaucoup de personnages : Buffalo Hamp grand chef comanche, Kicking Wolf Comanche voleur de chevaux génial, Ahumado dit Black Vaquero, le bandit le plus terrible des contrées sud, Inish Scull capitaine cherchant l’aventure… Il les rend si vivants qu’on les comprend tous même les plus cruels, même les plus fêlés. Ils sont magnifiques, sauvages, épris de liberté. Leurs histoires se coupent, se rencontrent et Larry McMurtry crée ainsi une grande fresque de cette époque violente, époque de guerre où la torture et l’esclavage étaient monnaie courante.

Dans ce monde de brutes, les femmes n’ont pas un sort très enviable : butin de guerres, monnaie d’échange, elles sont enlevées, vendues, violées, répudiées si elles sont récupérées. Il y a néanmoins quelques beaux personnages de femmes : Clara et Maggie dont les histoires mouvementées avec Gus et Call continuent et Ines la femme du capitaine Scull, flamboyante rebelle.

Ceux qui partaient à la conquête de l’ouest n’étaient pas tous très évolués, beaucoup de rustres, de miséreux, de maudits : les rejetés de l’ancien monde. Ils sont là eux aussi avec leurs superstitions, leurs croyances archaïques (forcément c’est pas les élites qui débroussaillaient le terrain !). D’une plume dure teintée de tendresse, Larry McMurtry nous offre toute une galerie de personnages drôles ou tragiques, ridicules mais toujours humains.

On traverse une grande période de l’histoire au cours de cette épopée. La fin des Indiens se profile, il n’y a plus de bisons, les colons sont de plus en plus nombreux et propagent des maladies. C’est la fin d’un monde sauvage. Larry McMurtry raconte un monde au crépuscule.

Un western sublime.

Raccoon

 

2 Comments

  1. Aââârg ! Pas commencé La marche du mort ! Deux pavés de retard, quoi !

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