Chroniques noires et partisanes

LE PLONGEUR de Minos Efstathiadis / Actes noirs / Actes Sud.

Traduction: Lucile Arnoux-Farnoux.

Premier roman en France d’un auteur grec “le plongeur” souffrira bien évidemment de sa sortie en plein confinement mais par contre ne sera pas sacrifié, pour une fois chez Actes Noirs, par une horreur de médaillon en couverture. Là, vous enlevez juste les ptérodactyles et la couverture a une certaine tenue.

“Chris Papas, détective privé à Hambourg, de père grec et de mère allemande, reçoit la visite d’un homme très âgé qui lui offre une avance importante simplement pour suivre une femme durant quarante-huit heures. La filature commence au pied de l’immeuble de la dame, et se poursuit jusqu’à un hôtel minable où elle retrouve un jeune homme dans la chambre 107 tandis que Papas, installé dans la pièce mitoyenne, s’endort lamentablement.

Le lendemain, c’est la police qui sonne chez lui : un vieillard a été retrouvé pendu dans la fameuse chambre 107. Au fond de sa poche, la carte de visite du détective. Forcément suspect, Papas poursuit seul une enquête qui l’emmène bientôt dans un coin du Péloponnèse où se trouve son propre village natal.”

Et c’est dans ce village d’Aigion où vit également l’auteur que l’affaire prend une très sale tournure pour Chris Papas de retour aux sources. Commencé comme une histoire ordinaire de détectives à l’ancienne, “le plongeur” part plus loin dans le passé, raconte l’occupation nazie de la Grèce, les plaies jamais guéries pour revenir vers le marasme économique actuel du pays avec toujours cette animosité contre les rois de l’Europe.

Je ne me planterai pas en tentant de vous raconter l’histoire. C’est tout simplement du Thomas H. Cook et ses histoires d’amour dramatiques, du Indridason de la grande époque de “la femme en vert” pour le rythme, la parole donnée aux anonymes. Il se dégage beaucoup d’émotion dans la deuxième partie, un inquiétant crescendo qui culminera en fin de roman vers l’abomination ou à la stupéfaction pour le moins. Les personnes sensibles feront bien de se contenter de la première phrase du dernier chapitre, leur imagination fera très bien le reste.

A la page 187 d’un roman qui en propose à peine plus de deux cents, Minos Efstathiadis montre clairement tout le chemin parcouru par le lecteur et la vue est vertigineuse. Roman particulièrement intelligent, ”Le plongeur” maltraite, fait mal au cœur et aux tripes et prend la tête longtemps. Bien sûr, il y a eu Incardona et Taylor mais s’il fallait n’en garder qu’un cette année, ce serait vraisemblablement celui-là.

Clete.

8 Comments

  1. Delphine-Olympe

    Fini hier. Pétrifiée, le souffle coupé, et le coeur battant à cent à l’heure. Génial !

    • clete

      Entièrement d’accord Delphine-Olympe, la dernière fois que j’avais été sidéré de la sorte c’était pour DÉBÂCLE de Lize Spit. Merci de ton commentaire, je me sens un peu moins seul sur ce roman.

      • Delphine-Olympe

        Je ne connais pas Lize Spit. Mais ce que j’apprécie vraiment dans celui-ci, c’est sa maîtrise des silences, son jeu sur la suggestion, et sa façon de mêler l’histoire récente du pays avec ses racines culturelles pour proposer un tableau de la Grèce contemporaine. C’est vraiment un tour de force !
        Mais du coup, j’irai lire ton article sur La débâcle 😉

        • clete

          J’ai lu ta chronique très convaincante. Lize Spit , elle, offre une vision horrible de la Belgique rurale et une montée dans l’horreur qui se termine par la Stupéfaction…

      • Katerina Fragkou

        Vous n’êtes pas seul, Clete. Ma sensation était exactement pareille qund j’ai découvert ce roman (tapuscrit lu sur écran pour décider si c’est bon à représenter). Je l’ai présenté à 8 éditeurs grecs et tous voulaient le publier… Merci de votre lecture, nous ne sommes pas tous seuls, heureusement.

        • clete

          Merci de votre message Katerina.

  2. OLDMUM

    Des références distillées au cours de l’histoire, comme autant d’indices qui préparent et intensifient la teneur des événements quand on en a découvert la fin : un titre qui risque de rester longtemps associé à une image tout autre que celle de la couverture ! Stupéfiant !

    • clete

      Stupéfiant, c’est le mot juste.La couverture originale grecque est beaucoup plus explicite. Reste à savoir si c’est mieux ou pas.

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