Chroniques noires et partisanes

LE PARFUM DE L’HELLÉBORE de Cathy Bonidan / La Martinière.

Ce n’est pas la quatrième de couverture trompeuse. Pas plus la couverture où un Kévin ou un Dylan, si communs et si célèbres dans les cours de récréation, semble si fier d’avoir arraché des pauvres carottes pour vous les offrir ou plus certainement vous les vendre. Encore moins le fait que le bandeau annonce que ce premier roman a gagné onze prix, quoique, onze, c’est beaucoup… Ce n’est pas non plus parce que Cathy Bonidan n’a jamais contacté la moindre maison d’édition, qu’elle écrit en secret depuis l’âge de onze ans et que depuis de nombreuses années, ses histoires contées autrefois sur des cahiers d’écolier, comme ses romans présents n’avaient jamais eu le moindre lecteur. Bien sûr, on connait tous de multiples déclencheurs qui nous font ouvrir un roman plutôt qu’un autre: le moment, un thème, une recommandation, le hasard, la curiosité… et puis il y a d’autres raisons parfois, liées à un désir certain, à un évident devoir aussi mais, mais… c’est personnel.

Anne qui vient de rater son bac quitte la Gironde pour aller vivre chez son oncle qui dirige un centre psychiatrique à Paris. Nous sommes en 1957 et la France de cette époque au patriarcat bouffi sert de toile de fond à une histoire qui dans sa première partie est écrite de manière épistolaire et de journal intime. Anne produit la correspondance tandis que Béatrice, jeune anorexique de 13 ans raconte son vécu de patiente dans le très modeste institut Falret. Au fil des mois, Gilles enfant autiste devient le coeur de l’histoire, les deux jeunes filles découvrant que le jardinier rustre est arrivé à établir un lien, un fil ténu avec l’enfant en extrême souffrance quand tous les spécialistes avaient échoué puis abandonné. La forme d’écrit donne une douceur, une lenteur, un candeur au temps qui passe consignant les joies, les souffrances, les espoirs, le malheur des uns et des autres. Le style simple mais très élégant de l’auteure offre de très belles teintes à cette première partie lui donnant un beau cachet de photographies passées, de monde perdu ou oublié.

L’histoire se poursuit dans un Paris de 2O17, très loin de l’époque où le chignon était une obligation pour les demoiselles de bonne famille et où il ne faisait pas bon de montrer son goût pour une musique du diable naissante: le rock n’roll. Sophie, grâce à un cadeau de la vie digne de l’Amélie Poulain de Jeunet dont l’ombre plane parfois dans les beaux moments de la première partie, se retrouve avec des archives officielles et officieuses de l’établissement aujourd’hui disparu. Rapidement, ignorant la thèse universitaire qu’elle mène sur l’histoire de la psychiatrie française, la jeune femme va s’intéresser aux destinées d’Anne et de Béatrice, à leur histoire interrompue par l’auteure en juillet 57. Cette quête du temps perdu va proposer un nouveau départ à la jeune femme, lui suggérer une autre voie loin des convenances, des obligations sociétales de l’époque.

De la sensibilité sans sensiblerie, du charme sans glam, de la bienveillance, la vraie, du romantisme discret, la cause des femmes, le bons sens plutôt que la théorie, la passion plus forte que la souffrance, la beauté des choses simples, la mémoire des pierres et des anciens et de belles âmes que malheureusement on ne rencontrera jamais… “Le parfum de l’hellébore” aux notes discrètes, touchantes, au bouquet sucré parfois mais aussi souvent acidulé, aux senteurs de vieilles boiseries et de papier imbibé d’encre est un très beau roman.

Discret et lumineux.

Wollanup.

PS: à la fin de ses remerciements, l’auteure écrit : “Ce jour-là, l’enfant que j’étais à onze ans me fera un clin d’oeil, c’est certain.” et elle peut déjà être très fière de vous Cathy.



4 Comments

  1. Cathy Bonidan

    Merci Wollanup !
    Je suis extrêmement touchée par cette magnifique chronique sur mon livre…
    Et sans aucun doute, l’enfant que j’étais à onze ans vous remercie aussi… 😉
    Bien amicalement,
    Cathy Bonidan

    • clete

      Merci à vous Cathy. En espérant vous lire dans un proche avenir.

    • Sylviane NICOLAS

      Merci à vous Cathy Bodinan, votre livre m’a plu énormément. Je vais le recommandé dans mon entourage. Difficile de croire que c’est une fiction.

      • Cathy Bonidan

        Bonjour Sylviane,
        Un grand merci pour votre commentaire. J’en suis très touchée. Et puis, vous avez raison : pour l’auteur comme pour le lecteur, la fiction reste toujours une interrogation, on ne sait ni où elle commence, ni où elle finit…
        Bien amicalement,
        Cathy

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