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Chroniques noires et partisanes

JESSE LE HEROS de Lawrence Millman / Sonatine.

Lawrence Millman, inconnu avant ce jour en ce qui me concerne, est un auteur spécialisé dans les récits de voyages et spécialiste en mycologie, ce qui ne nous sera pas réellement utile…Et donc, avant d’être poussé par le grand vent de l’aventure, Millman a écrit un premier roman qui était resté inédit en France.Sonatine, comme d’autres éditeurs, c’est un peu à la mode en ce moment, nous sort le roman et comme les autres, nous parle d’un chef d’œuvre qu’ils ont réussi à exhumer et c’est tout à fait leur droit.

« 1968, Hollinsford, New Hampshire. Élevé par son père, Jesse a toujours été un outsider au comportement inquiétant, rejeté par les autres enfants du village. Avec l’adolescence, les choses ne s’arrangent pas. On l’accuse aujourd’hui d’avoir violé une jeune fille, on le menace d’un placement en institution spécialisée. Mais tout ce qui préoccupe Jesse, ce sont les images du Vietnam, qu’il suit obsessionnellement à la télévision, celles de cette guerre où est parti son frère Jeff, qu’il idolâtre. Lorsque celui-ci, démobilisé, revient au pays, rien ne se passe comme Jesse l’espérait. Et c’est pour notre héros le début d’une escalade meurtrière à la noirceur extrême.
 
Entre le Holden Caulfield de L’Attrape-cœur et le Patrick Bateman d’American Psycho, Jesse est difficile à situer. Est-il la victime d’un handicap mental, d’un contexte familial perturbé, d’une société où fleurissent les images violentes, ou bien un tueur en série sans empathie, capable d’éliminer ses contemporains aussi facilement que ces rats sur lesquels il aime tirer ? Lawrence Millman nous abandonne entre ces hypothèses perturbantes, jusqu’aux dernières pages du livre et leur étonnante conclusion. »

J’ai coutume, par paresse, d’ajouter la partie narrative de la quatrième de couverture mais pour celui-ci, j’ai tenu à mettre aussi l’avis de l’éditeur pour permettre à certains de ne pas tomber dans le panneau du roman prise de tête qu’il n’est pas forcément selon la manière dont on l’aborde. Il y a deux façons d’envisager la lecture. Soit on décide comme l’éditeur d’en faire un chef d’œuvre montrant les failles éducatives comme la misère de ce coin d’Amérique, soit on l’aborde comme un roman gore à l’humour noir assez ravageur au milieu d’horreurs et de forfaits assez terribles.

Ceux qui ont lu « L’attrape cœur comme « American psycho » ne vont pas forcément voir en quoi, « Jesse le héros », se rapproche de ces deux chefs d’œuvre. De fait, le roman est bien situé entre les deux romans cités au-dessus mais n’est vraiment proche d’aucun des deux. Il y a bien ici, une fuite d’un ado mais rien à voir avec le New York de Salinger. Le roman  raconte bien aussi quelques moments de la vie d’un jeune psychopathe mais à des années-lumière de la perversité et de l’intelligence froide d’un sociopathe accompli comme Patrick Bateman de Brett Easton Ellis.

L’éditeur nous interroge sur la personnalité réelle de cet enfant. Est-il victime de son environnement familial ou géographique, des images véhiculées par la société et la tv ou souffre-t-il d’un handicap mental? En ce qui me concerne et j’ai pris très rapidement mon parti, Jesse est fou à lier. Tout est cramé dans son cerveau, faudrait le débrancher mais il n’y a pas le droit quand même ou il faudrait l’isoler comme tentent de le faire, en traînant des quatre fers, son père et son grand frère en envisageant de l’emmener dans un institut spécialisé.

Lawrence Millman a décidé de nous faire vivre son histoire depuis le cerveau ravagé du pauvre Jesse, à l’ouest de l’ouest. Il y a un bordel dans sa tête, franchement je n’aimerais pas y vivre. Et tout le long du roman, on ne peut s’empêcher de trembler, non pas pour Jesse, mais pour les gens qu’il rencontre, mais aussi rire de ses délires. D’ailleurs, il me semble que la fin, surprenante, du roman plaide en la faveur d’une bouffonnerie assumée plutôt que vers un autre roman social pointant une fois de plus les manques éducatifs américains.

Alors,  ce n’est peut-être pas le chef d’œuvre annoncé, mais cela reste néanmoins un roman noir parfaitement réussi alternant moments tragiques et durs et passages furieux montrant l’aliénation grave de l’enfant, le désespoir de son père épuisé tout en pointant l’impuissance du grand frère à contrôler un peu son jeune frère.

Furieux, surprenant, éprouvant.

Wollanup.

 

2 Comments

  1. Je te rejoints, il m’a clairement manqué quelque chose dans ce roman, au niveau des rebondissements, du rythme que j’ai trouvé lent… Je n’ai pas réussi à saisir complètement non plus la personnalité de Jesse. C’est plus mitigé pour ma part, mais une lecture intéressante malgré tout pour les amateurs du genre.

    • clete

      21 avril 2018 at 12:06

      Oui, Laeti, tout n’est pas totalement réussi et « Jesse le héros » n’est pas tout à fait le chef d’oeuvre du genre même si la lecture s’avère parfois surprenante voire éprouvante.

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