Traduction: Yoko Lacour.

Troisième sortie de la collection EquinoX et je ne sais combien de temps va durer le phénomène mais que ce soit avec Manotti, Thomas Sands ou Patrick Michael Finn qui nous intéresse aujourd’hui, à chaque fois, dans un genre différent, nous sont offerts des bouquins déclenchant toutes sortes de sentiments ou de réactions, tout sauf l’indifférence.

Si on met à part, Dominique Manotti qui, une fois de plus et de manière magistrale, dézingue les Américains, les politiques et les puissants de ce monde, les deux autres romans, novellas, comme vous voulez, sont de purs moments de Rock n’ Roll, des romans à ne pas mettre entre toutes les mains et à réserver un public particulièrement averti. Si “un feu dans la plaine” semblait tout droit sorti de l’imagination d’un grand fan de thrash metal, “Ceci est mon corps” serait plutôt un grand hurlement punk originel et sans concession du style Sex Pistols, voire plus ancien comme the Stooges.

A Joliet dans l’Illinois, pour le Good Friday, le Vendredi Saint, les adultes qui s’arsouillent habituellement au bar du coin après leur journée de travail sont restés bosser à l’usine parce qu’ils sont payés double ce jour-là. Et ce sont leurs rejetons, des ados de la pire espèce qui vont les remplacer, profitant de l’invitation du patron du bar qui célèbre la mort de sa soeur décédée il y a trente ans, en se défonçant méthodiquement et très sérieusement ce jour-là. L’ado ne brille pas toujours par son discernement ni par son intelligence, c’est connu, reconnu et ceux-ci vont montrer à quel point, ils s’entraînent avec ardeur à devenir de belles racailles.

Commencé dans le malsain, l’histoire file rapidement vers le sordide, l’abject, le crade dans un grand crescendo dégueulasse. Alors, tout ceci serait néanmoins assez vain si l’auteur n’ intégrait dans le pandémonium deux naïfs, deux débutants ayant décidé de passer ce soir leur rite de passage. Besoin de reconnaissance pour Mickey, l’idiot de la bande et pour Suzy, petite môme qui se fait des films le soir et qui veut enfin les réaliser en séduisant Joey, le tombeur du coin.

No future, pas de rédemption dans “Ceci est mon corps”. L’alcool aidant, on sombre très vite dans le très mauvais et la crédulité de certains sera payée chèrement. Je n’ai pas vraiment lu de message dans le propos si ce n’est une représentation particulièrement éprouvante du malaise de jeunes en proie aux affres d’un avenir peu dégagé et engageant que leur penchant déjà prononcé pour la biture va totalement boucher. Je ne saurai dire si j’ai vraiment aimé ce roman, je sais par contre que je ne le conseillerai pas à n’importe qui. Ceux qui ont lu et apprécié Selby y  trouveront largement leur compte mais il est indéniable que tout le monde sera particulièrement secoué par ce cauchemar.

Rock on!

Wollanup.