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Chroniques noires et partisanes

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Retour le 20 août.

Wollanup.

ENTRETIEN AVEC PATRICK PECHEROT / HEVEL / Série Noire.

Véritablement épaté par « Une plaie ouverte » en 2015 puis par « Hevel » cette année, modestement, j’ai voulu en savoir en peu plus sur cet auteur au sommet de son art et trop peu visible dans les médias. Cet entretien réalisé avant le passage de Patrick Pécherot à « la grande librairie » n’a évidemment pas le même impact mais répond à une envie de rencontre avec un écrivain aux romans magistraux comme en parle si justement Télérama.

« Il préfère les ruelles aux avenues, les hommes seuls aux grandes causes nationales, le crépuscule au plein soleil. Patrick Pécherot s’est souvent promené sous les brouillards de la Butte, a traversé la guerre de 1914-18 et les années 30 du côté des anonymes et des révoltés…Et puis il y a l’écriture, comme un air mélancolique qu’on écoute entre chien et loup, à l’heure où surgissent les fantômes du passé, l’heure des brûlures d’estomac et des hommes qui s’essuient les yeux et écrasent leur dernier mégot avant de pousser la porte dans le froid cinglant. » Christine Ferniot, 

Vous écrivez maintenant depuis de nombreuses années, quel moment, quel événement ont fait que vous êtes passé à l’acte. Était-ce la mise en œuvre d’une envie lointaine? 

Mon premier roman est né de la reprise des essais nucléaires en Polynésie, en 1995 . J’avais témoigné, des années avant, au procès en appel de détenus de droit commun qui s’étaient mutinés à la prison de Papeete pour demander l’arrêt des tirs à Moruroa. Mutinerie violente qui avait entraîné la mort de deux hommes (un gardien et un détenu) et avait donné lieu à une répression brutale. Témoigner aux assises est en soi une expérience très forte, elle s’est poursuivie pendant plusieurs années puisque j’ai suivi un des mutins dans les différentes centrales où il a été incarcéré en métropole. Lors de la reprise des essais nucléaires, ces souvenirs sont remontés et ont donné lieu à Tiuraï. Le livre est dédié à la mémoire de Jean Meckert Amila car il a été écrit l’année de sa mort alors que je devais le rencontrer.

Ce passage à l’acte  semble donc mû plus par un besoin d’écrire, de témoigner que par un désir. Votre expérience de journaliste vous a-t-elle été utile dans l’écriture de ce premier roman « Tiuraï » ?  

Besoin de témoigner. Non. Je n’ai pas écrit un livre  » à message « , je les déteste. Disons que cette expérience a été un déclic. Cela m’a permis de concrétiser une envie que j’avais depuis longtemps sans me mettre à la tâche. Quant à mon activité journalistique, elle est postérieure aux débuts de mon écriture romanesque. Ce sont de toute façon deux écritures très différentes.

Avez- vous connu le parcours du combattant de l’auteur cherchant un éditeur?

Parcours du combattant ? Non pas vraiment. Mon manuscrit achevé, je l’ai envoyé par la poste à plusieurs maisons d’édition, petites et grandes. Certaines l’ont refusé et un après midi, mon téléphone a sonné. C’était Patrick Raynal qui dirigeait la Série noire à l’époque. Il m’a dit :  » Ne placez pas votre roman ailleurs, je le prends ». J’ai cru à une plaisanterie et j’ai raccroché…. Heureusement pour moi, il a rappelé.

Vous êtes donc entré à la Série Noire dès votre premier roman et vous n’avez jamais quitté la collection mythique de Gallimard. A quoi est dû cet attachement, cette fidélité ?

Pourquoi aurais-je quitté une maison qui m’a donné ma chance, n’érige pas de murs entre ses collections et suit ses auteurs ? J’y ai eu, en 23 ans, trois éditeurs aux personnalités bien différentes mais tous amoureux de l’écriture et de leur métier. Je ne peins pas le tableau en rose, je me sens simplement plutôt bien dans la « grande maison ». Rien d’autre.

Vos polars évoluent à différentes époques et beaucoup s’accordent à dire que vous avez un talent pour nous couler dans un environnement historique qui nous est inconnu. Quels sont les éléments d’une époque qui font le plus sens, qui vont intégrer le lecteur dans le décor ? S’agit-il d’ailleurs de recréer un environnement historique ou de faire baigner le lecteur dans un espace constitué d’éléments issus de la mémoire collective et identifiables par le plus grand nombre?

Bigre ! Le travail d’un auteur est toujours une re-création. Avec la liberté que cela implique. S’il vaut mieux ne pas en prendre avec la vérité historique – ce qui n’exclut pas l’existence de lectures historiques différentes -, place à l’imaginaire. En ce qui me concerne, l’évocation est mon terreau . En tant que lecteur, un climat me touchera cent fois plus qu’un développement dont l’extrême précision, pour être historiquement au quart de poil, me laissera sur la touche. Ce qui m’importe, lecteur, c’est une petite musique des mots et ces détails  presque invisibles que d’autres négligeront. Je ne lis pas un roman pour « apprendre des choses ». Ecoute-t-on un morceau de musique pour apprendre quoi que ce soit ? Je transpose mes goûts de lecteur dans mon écriture en essayant de faire en sorte d’aborder, même dans des récits « historiques » des thèmes intemporels.

Quelle est la genèse d’un roman chez vous, l’histoire que vous voulez raconter ou l’époque que vous voulez montrer avec ses destinées tragiques et ses drames ordinaires ?

Sans doute un peu des deux. Ou peut-être rien de tout ça.

En suivant un peu vos derniers romans, on pouvait croire que vous remontiez l’histoire de la France, la première guerre mondiale avec « Tranchecaille », la Commune dans « Une plaie ouverte » et puis non, retour à la fin des années 50 avec « Hevel », pourquoi ce choix de traiter la guerre d’Algérie depuis le Jura ?

Comme j’avais traité la guerre d’Espagne sans quitter Belleville ou au contraire la Commune via les Etats Unis. Le décalage est intéressant. Il force à changer de regard, ou de focale. A prendre de la distance, du recul. A se rappeler, peut-être, que les conflits se vivent au-delà des frontières à l’intérieur desquelles ils font rage.

Les français ont vécu la guerre d’Algérie de manière différente selon qu’ils l’ont faite ou qu’un de leur proche y a participé. Elle a marqué de nombreuses familles. Que pouvait penser une sœur, un frère, un père, une mère, une amoureuse en voyant partir un jeune appelé vers une guerre dont on lui disait qu’elle n’en était pas une ? Que pouvait-t-on ressentir à la lecture ou à l’écoute d’une information surveillée, censurée, formatée ? Quel rapport cela induisait-il avec la population immigrée ? Voilà ce qui me semblait important à travailler. Par ailleurs, l’opposition du climat Jura neige et Algérie soleil me paraissait renforcer la description des  fossés qui ne cessaient de se creuser.

Vos derniers romans sont toujours situés en période de guerre, l’histoire de la France ne vaut-elle d’être racontée que pendant les conflits qui l’agitent ? Quelles sont les périodes qui vous fascinent le plus?

La question de la guerre a fait partie de mon parcours. Dans ma famille, je suis le premier, depuis 1870, à  ne pas avoir vécu une guerre. Par ailleurs, j’ai milité, plus jeune, dans des mouvements pacifistes et non violents. Cela explique peut-être en partie cela. Mais, contrairement à ce que vous dites, je ne vise pas à raconter l’histoire de la France. Simplement celle de personnages placés dans des situations paroxystiques et qui peuvent basculer à chaque instant. La guerre, pour horrible qu’elle soit, est un révélateur de l’humain et de son extraordinaire complexité.

Vous avez été journaliste et donc un observateur averti de vos contemporains. Si on vous téléportait dans 100 ans, quel événement, quelle situation, quelle période française actuelle aimeriez-vous raconter ?

J’ai été un journaliste un peu particulier puisque j’exerçais dans le monde syndical. A ce titre, j’aimerais sans doute raconter un de ces faits « mineurs’ qu’accomplissent au quotidien celles et ceux qui mouillent leur chemise pour changer un peu la vie.

Pour vous, qui fait l’Histoire, la grandeur d’une nation? les peuples ou les gouvernants?

A dire vrai, je me moque un peu de la grandeur, elle est souvent mesurée à l’aune de la place qu’une nation entend occuper dans le monde. Et cela passe trop souvent par la guerre, classique ou économique, et un certain mépris pour les autres cultures. Mais gandeur et histoire (qui ne sont en rien synonyme)  sont issues à la fois des peuples et des gouvernants. Je n’oppose pas les uns aux autres, de façon tranchée. Ils peuvent en outre interagir même lorsqu’ils sont en opposition frontale. De plus, le discours simplificateur répandu ici et là, traçant une ligne de front entre « les gens » et « ceux d’en haut », ne sent pas très bon.

Qui considérez-vous comme vos maîtres en littérature ?

Giono, Céline, Maupassant, Meckert, Simenon, Modiano, Duras, Camus, Ramuz, Brautigan … Et bien d’autres. J’ai beaucoup de maîtres. Vous en voulez un seul ? Giono

Un roman récent qui vous a séduit?

« La nature exposée » d’Erri de Luca.

Enfin, où comptez-vous nous emmener dans votre prochain roman ?

Aucune idée. Mais dans un texte qui vient juste de paraître aux éditions du Petit Ecart, je vous invite à Brest sur les pas de la Barbara de Jacques Prévert.

 

 

Entretien réalisé par mail en mai et juin 2018. Merci à Patrick pour sa patience et sa disponibilité.

Wollanup.

 

DES NOUVELLES DU MONDE de Paulette Jiles / Quai Voltaire.

Traduction:  Jean Esch.

“Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption. Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs. Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale.”

Ainsi introduit ce roman peut donner l’impression d’être un western, ce qu’il est à sa façon dans son décor texan mais prenant parfois des allures de “True Grit”, il raconte avant tout la rencontre d’un vieil homme, bienveillant passeur de culture et d’une enfant devenue une Indienne malgré elle mais qui a fait sienne la philosophie et la vie des Kiowas, oubliant, comme beaucoup d’autres victimes comme elle, à l’époque sa vie antérieure et ne souhaitant qu’une seule chose, repartir vers sa famille indienne, loin de la civilisation des Blancs dont elle ne comprend rien.

Au cours de ce périple périlleux où les rencontres montreront souvent le côté haïssable de l’humain, naîtra puis se développera avec le temps, patiemment une relation entre le vieil homme et l’enfant. Entamée par des regards, des gestes puis par des échanges verbaux, une communication dictée au départ par la survie s’épanouira pour se transformer en affection, en tendresse où chacun, équitablement, apprendra de l’autre. Le capitaine Kidd et Johanna, chacun avec ses atouts, affronteront des obstacles naturels et humains mais aucun ne pourra les détruire tant l’amour qui est en eux soulèvera des montagnes.

Ceux qui espèrent un western classique resteront certainement sur leur faim, les amateurs de suspense n’y trouveront pas non plus leur compte malgré certaines scènes violentes. Par contre si vous désirez lire une belle histoire d’amitié dans un décor majestueux et hostile où les petites conquêtes affectives vous paraîtront bien plus marquantes que les scènes de violence, ce livre est fait pour vous. Le genre de livres qu’on a envie de partager avec les gens qu’on aime. Un immense merci à Paulette Jiles pour ce personnage inoubliable du capitaine Jefferson Kyle Kidd.

« Il ouvrit le .38, le nettoya, le remonta. Il dressa une liste: farine, munitions, savon, viande de bœuf, bougie, foi, espoir, charité. »

Intelligent, tendre, touchant, BEAU!

Wollanup.

LA LIGNE DE FUITE de Robert Stone / Editions de l’Olivier.

Traduction: Philippe Garnier

Originellement titré Dog Soldiers, Les Guerriers de l’Enfer, en 1974, lauréat du National Book Award en 1975 et adapté pour la toile trois années plus tard par Karel Reisz, ce roman décrit le pays à la bannière étoilée qui ne réfère plus à ses valeurs. Il est une version d’une Amérique désenchantée, sortant de ce conflit vietnamien, en exposant au monde des stigmates profondes, traumatisantes.

Robert Stone est un ancien correspondant dans cette guerre pas comme les autres et il construira patiemment son roman durant six années durant son séjour londonien.

«Saigon. La guerre du Vietnam touche à sa fin. Un journaliste, Converse, confie un paquet d’héroïne à Hicks, un Marine. Celui-ci doit livrer la drogue à Marge, la femme de Converse, en Californie. De retour aux États-Unis, Converse découvre que Marge et Hicks ont disparu avec la marchandise. Il est enlevé par des agents fédéraux aux méthodes peu orthodoxes. Leur folle course-poursuite se terminera tragiquement dans le désert du Nouveau-Mexique. »

De ce trafic de stupéfiants depuis le Vietnam, l’auteur ramène bien une désillusion, une amertume suivant les aspirations beatniks. C’est ce dont fait état ce roman commençant tranquillement et se poursuivant tel un thriller, pour se conclure sur un retentissant “marche ou crève” dans le désert du Nouveau-Mexique. Tout comme il est ardu de faire preuve d’une réelle empathie envers les combattants d’un conflit armé quand soi même on n’y a pas participé, il apparaît probablement qu’il faut avoir vécu aux States à cette époque pour saisir la justesse de ton affichée par Stone.

De ses phrases consciemment empesées, il présente le contexte avec une ironie non feinte mais conserve cette volonté de morale et de voyeurisme, qui pourrait sembler antagoniste mais qui, bel et bien, fait montre d’une orientation précise, déontologique. De part ses deux personnages principaux, Converse et Hicks, il renvoie dos à dos deux personnalités contraires en marquant le courage et la prise de décision du second manquant cruellement au premier. On pourrait d’ailleurs se poser la question si le personnage central n’est pas Hicks, celui par qui les destinées des acteurs sont bouleversées.

Certains pourraient y voir un négatif des livres de Kerouac, sans le sentimentalisme bien que Stone démontre son indulgence face à ses personnages perdus, il ne se veut pourtant pas cynique ni pervers.

Stone était un photographe littéraire se son époque et un dialoguiste hors pair. D’aucuns y verraient un chef d’oeuvre et je ne suis pas loin de le penser mais est-ce que ce terme signifie quelque chose?

Belle découverte!

Chouchou

LES DERNIERS MOTS de Tom Piccirilli / Série Noire.

Traduction: Etienne Menanteau

Tom Piccirilli, auteur prolifique américain, est surtout connu en France pour « la rédemption du marchand de sable » .Mort en 2015 à l’âge de 50 ans, il était spécialisé dans le roman d’horreur et le fantastique, mais on lui doit néanmoins un diptyque polar dont la première partie nous est racontée dans « Les derniers mots ».

« Élevé dans un clan de voleurs et d’arnaqueurs, Terrier Rand a choisi de s’en éloigner après un massacre perpétré par son frère Collie, lors duquel huit personnes ont été tuées sans raison apparente.
Cinq ans plus tard, à quelques jours de son exécution, Collie reprend pourtant contact avec Terry. Il jure qu’il n’est pas responsable de la mort d’une des victimes, et affirme que le véritable meurtrier court toujours.
Doutant des déclarations de son frère, hanté par ses propres remords, Terry retrouve les siens et commence à enquêter sur ce qui est réellement arrivé le jour de la tuerie. »

 « Terry is back », ainsi débute ce polar qui accumule au départ de nombreux poncifs de la littérature noire et plus spécialement ricaine : le thème du retour, la rédemption, les regrets, la famille, l’auto-justice, le temps qui passe cruellement agressant les rêveurs. On est à fond dans le polar lu, relu, et à de si nombreuses reprises qu’on est en droit d’être inquiet sur son contenu tout en se demandant ce qui peut encore motiver des auteurs à reprendre un terrain si souvent traité et maltraité. L’action se situe à Long Island en territoire new-yorkais mais les agissements des uns et des autres pourraient très bien se produire dans des coins du pays beaucoup moins gagnés par la civilisation.

Autant vous rassurer de suite, malgré les boulets de la situation initiale, le roman tient très bien la route, l’auteur ayant su le traiter de façon originale et créer une situation de lecture tout à fait recommandable, addictive si on ne fait pas trop attention à la crédibilité de l’intrigue. A l’issue de ce premier volet, certaines énigmes auront trouvé leurs réponses mais il reste aussi des pans importants à dévoiler. On connaîtra ainsi le vrai coupable du dernier meurtre pour lequel Collie proclame son innocence mais le côté un peu transparent, figé de nombreux membres de la famille Rand s’il crée une incertitude concernant les agissements de chacun laisse néanmoins beaucoup de zones sombres qui, je l’espère, seront éclairées dans le deuxième volet.

S’il ne crée pas le même choc, la même attente que le bijou « Brasier noir » de Greg Iles, « les derniers mots », par son intrigue originale et parfois surprenante, s’avère un polar bien troussé dont on suivra la suite avec plaisir en priant néanmoins pour que cela ne tourne pas au mélo larmoyant et moralisateur comme « Jake » que la SN nous a proposé il y a quelques mois.

Wollanup.

 

PEKIN DE NEIGE ET DE SANG de MI Janxiu / Picquier.

« Le corps d’un homme, la gorge tranchée au pied de son immeuble, entraîne le lieutenant Ma et son adjoint Zhou dans une enquête déglinguée au cours de laquelle ils vont remuer le ciel et la terre de Pékin menacé par les séparatistes ouïghours. »

Peu d’informations sur MI Jianxiu qui est aussi édité par les éditions de l’Aube qui a trois romans de l’auteur à son catalogue. Impossible de savoir si ce roman fait partie d’une série en cours, s’il est amené à avoir des prolongements, une suite. Pas plus d’infos sur la traduction qui montre quelques manquements dans la concordance des temps futur / conditionnel.

Polar d’investigation très conventionnel dans son déroulement, « Pekin de neige et de sang » représente néanmoins un intérêt par sa situation géographique, montrant une société chinoise et plus particulièrement pékinoise en pleine mutation, lorgnant vers les modèles occidentaux tout en étant encore sous la terrible dépendance des préceptes créés et ancrés à l’époque du Grand Timonier. Bien sûr, la vision de MI Jianxiu peut être taxée de subjectivité comme tout roman mais objectivité ou pas, le portrait rendu d’une société entièrement soumise au parti, craignant la délation, l’attitude déviante, l’emprisonnement, le procès politique, fait un peu froid dans le dos.

Le roman s’avère ni bon ni mauvais, juste moyen mais d’une lecture néanmoins particulièrement instructive sur la Chine au XXIème siècle. L’enquête, sans être à tomber, reste néanmoins très crédible et révèle un peu de la délinquance dans la capitale chinoise, l’ordinaire et locale naissant souvent de l’extrême dénuement de catégories de la population considérées comme des parias, et l’universelle, celle en col blanc, pratiquant les mêmes méthodes que partout ailleurs, corruption, pots de vin et élimination des gêneurs.

Ma le chef et son adjoint Zhou font bien le job mais la narration est souvent perturbée par les états d’âme, les peines sentimentales des deux hommes, l’un en pleine séparation non digérée, l’autre tentant de sauver l’aimée toxico mal barrée. Il est dommage que ces moments prennent tant de place dans le roman, ralentissent l’intrigue. S’il s’agit du premier tome d’une série, la connaissance de ces blessures sont utiles au lecteur mais dans le cas contraire, que de temps perdu, que de bâillements qui auraient pu nous être évités.

Très mitigé.

« Je suis policier, pas truand. Je suis tenu de servir le peuple, pas de le terroriser. Il y a des lois pour des choses comme ça. Si ta sœur traîne avec des individus louches, elle est coupable aussi aux yeux de la loi. »

Wollanup.

 

LA MAISON DU SOLEIL LEVANT de James Lee Burke / Rivages

Traduction: Christophe Mercier. James Lee Burke est un énorme auteur de polars ricain, le plus grand sans conteste actuellement.Il a commencé à écrire au tout début des années 70 mais c’est à la fin des années 80 avec “la pluie de néon” mettant en scène pour la première fois un des plus grands héros de littérature noire Dave Robicheaux que la carrière du Texan prend une autre dimension. 21 histoires plus tard, c’est certain, Burke est grand! Alors, peut-être que certaines des dernières intrigues sont moins puissantes que par le passé, peut-être aussi que l’arrivée de la fille de Clete Purcel dans la série était une fausse bonne idée…peut-être, perso, je ne trouve pas et histoire après histoire le bonheur de retrouver le bayou au coucher de soleil, Robicheaux sur la galerie avec Tripod, Clete qui débarque dans sa Cad rose et le début des emmerdes… les moments de haine, la tension, les blessures corporelles comme morales, la douleur de la perte, la victoire aux dépens des nantis,la compassion pour les opprimés, les oubliés, la satisfaction du devoir accompli, une marche de plus vers une rédemption tant espérée… Du Robicheaux quoi, un ami depuis plus de vingt ans malgré, mais on pardonne tout à ses potes, ses bondieuseries, sa hantise de l’alcool, son auto-justice souvent facile, sa morale de vieux cowboy.                                                       

 … Et tout cela pour vous dire que “La maison du soleil levant” n’est pas un roman avec Dave et Clete. En 1971, bien avant la naissance de Robicheaux, Burke avait écrit “ Déposer glaive et bouclier” qui racontait l’histoire d’un Hackberry Holland, sale con arriviste, raciste qui prenait un jour conscience que l’humanité n’était pas exclusivement texane et blanche. Cette oeuvre de jeunesse manquant un peu de corps fut suivie par “Dieux de la pluie” et “ le jour des fous” à l’aube des années 2010 avec un Hackburry nettement plus âgé à visage beaucoup plus humain réglant de sales affaires à la frontière entre le Texas et le Mexique. Parallèlement, une décennie plus tôt, Burke avait sorti quatre bouquins dont un est encore inédit en France avec Billie Bob Holland, jeune avocat texan et cousin d’ Hackberry.

A côté de la geste Robicheaux implantée en Louisiane, s’est donc largement développée ces dernières années une histoire de la famille Holland au Texas avec des épisodes allant de la bataille de san Jacito, grande victoire texane contre les Mexicains et égrenant les décennies jusqu’à nos jours. Tout cela est un peu compliqué pour le novice j’en conviens mais vous n’avez pas besoin de connaître toute l’histoire de la famille pour vous lancer dans la lecture. Le roman dont je vais peut-être commencer à parler à un moment parle d’un nouveau membre de la famille Holland qui sévit entre la fin du 19 ième siècle et le début du vingtième, donc un premier shot ne nécessitant pas de connaissances préalables. Par contre, pour les initiés, ce Hackberry est le grand père du Hackberry que nous avions redécouvert dans “Dieux de la pluie” et dont les trois histoires sont réédités en poche ce printemps.

“Mexique, 1916. Après une violente rencontre qui laisse quatre soldats mexicains morts, le Texas Ranger Hackberry Holland, le grand-père du héros de Dieux de la pluie, quitte le pays en possession d’un objet d’art volé, présumé être la coupe mythique du Christ ! Il provoque la colère d’un trafiquant d’armes autrichien sanguinaire qui se servira d’Ismaël, le fils de Hack, pour récupérer le « Saint Graal ».”

Roman d’aventure par excellence, passant du Mexique au Texas avec une étape douloureuse dans les tranchées de la première guerre mondiale, “ La maison du soleil levant” ne lâche pas son lecteur alternant comme d’habitude belles descriptions, scènes d’action parfaitement réussies, tendues et grandes tragédies par le destin de trois femmes, trois sacrées dames faisant passer la Séréna de Rash pour une première communiante. Burke donne enfin  un beau théâtre à trois femmes, à trois visions: la mère, l’amante et la “sainte”, en caricaturant à peine. Car ce sont vraiment ces femmes, par leur volonté, par leur action, qui aident Hackberry à survivre dans l’enfer de l’alcool tout en profitant de son manque de discernement dû à son entêtement éthylique. L’intrigue prend dès le départ le chemin d’un western qu’il est tout à fait avec ces scènes de duels, de bagarres dans les saloons…Hackberry Holland est un sociopathe très performant, profitant parfois de son étoile dorée sur la veste pour administrer la justice à sa manière, à sa mesure, une sorte d’ hybride de Robicheaux et Purcel, la colère froide et l’explosion meurtrière. Etonnant, détonant.

Mais, rapidement, le roman prend un tour beaucoup plus crépusculaire. Après ses errements de la fin du 19 ième siècle qui le vit abandonner son fils et sa mère, on voit Hackberry sur le chemin de la rédemption, à la recherche de son fils Ismaël officier de l’armée américaine. Hackberry voit son monde évoluer plus vite que lui, vieillissant.Il est toujours à cheval mais prend de plus en plus le train, la voiture, s’habitue au téléphone, l’Ouest américain est en train de disparaître avec la fin de la première guerre mondiale. On change de dimension, la criminalité devient internationale, mondiale. Hackberry essaie de ralentir cette course en tentant de réparer ses erreurs, en retrouvant ce qu’il a perdu, en réparant le mal qu’il a fait. Les péripéties autour de ce “Saint Graal” dérobé permettent à cette oeuvre à belle teneur historique et sociologique d’être aussi un redoutable polar mais, néanmoins, le choix de l’objet dérobé s’avère assez discutable, improbable, superfétatoire et prouve à nouveau que Burke est quand même un vieux calotin.

Roman aussi éminemment émouvant si les lamentations et les promesses d’un alcoolique vous émeuvent, “La Maison du soleil levant” possède tous les atouts pour surprendre les plus grands fans, les plus grands connaisseurs du maître. Burke a beaucoup innové dans ce roman en tous points remarquable, à 80 ans, quand certains l’ont déjà enterré. Hackberry n’est pas le chevalier blanc que l’on rencontre souvent chez Burke. Les femmes, enfin, ne sont pas cantonnées dans un rôle de plante verte, montrent les dents, vivantes, présentes, ardentes, ambiguës. Pour la première fois, Burke quitte le continent américain avec  quelques pages dans les tranchées sur la Marne en 1918. Beaucoup de références aux débuts du capitalisme international, à l’internationale de la friponnerie naissante, à la haine du communisme, à la peur de la contagion du bolchévisme qui débarque sur un continent où les luttes syndicales naissantes sont meurtrières. C’est comme toujours écrit avec le talent de conteur qu’on lui connaît et reconnaît mais cette fois se sont glissés des dialogues meurtriers, des répliques qui tuent vraiment leur victime .

Proche de “Le Saloon des derniers mots doux” de Larry McMurtry par sa description d’un monde qui disparaît, le roman prend aussi parfois les allures d’un moment d’écriture plus détendu, plus ouvert, plus serein, comme Donald Ray Pollock a su le faire avec “Une mort qui en vaut la peine” après le terrible “Le diable tout le temps”. Avec un sens créatif inépuisable l’élevant au niveau d’ étalon, Burke prouve une fois encore qu’il est le meilleur, inégalable, envoyant dans les orties tous les pâles imitateurs ricains présents au catalogue de collections à la mode chez les bobos  bien pensants.

“Vous m’emmerdez vraiment, les gars. Je déteste les imbéciles. Je n’ai jamais réussi à surmonter ce défaut. J’y travaille, j’y travaille, et alors deux types comme vous se pointent, et tous mes efforts sont perdus.”

Imposant, important.

Wollanup.

TEXAS FOREVER de James Lee Burke / Rivages.

Traduction: Olivier Deparis.

Les aventures de Dave Robicheaux et son pote Clete Purcell ont fait la renommée de James Lee Burke mais ce ne sont pas les seuls héros du talentueux écrivain originaire du Texas. Rivages nous a fait découvrir il y a une bonne vingtaine d’années Billy Bob Holland ancien Ranger devenu avocat au Texas dont trois des quatre aventures ont été publiées en France. Cousin de celui-ci, Hackberry est le héros de trois romans  » Déposer glaive et bouclier », « Dieux de la pluie » et « le jour des fous » toutes trois publiés ces dernières années chez Rivages et rééditées en poche pour cet été. Dans  » La maison du soleil levant », qui sort le 13 juin, nous découvrirons un autre Hackberry (gratiné) qui sévit entre la fin du 19ème et le début du 20ème et qui est le grand-père du premier nommé. Mais l’oeuvre fondatrice sortie en 1982 c’est ce « Texas forever », sorti en catimini, uniquement en poche aux USA à l’époque et qui raconte la geste de Son qui est l’ancêtre commun de cette famille Holland, Texans bon teint.

« Son Holland est bien décidé à s’évader du camp de prisonniers de Louisiane dans lequel il arrive. Il y parvient bientôt avec l’aide d’un comparse, Hugh Allison, mais doit abattre un gardien. Les deux hommes s’enfuient au Texas où, à la veille de la bataille de Fort Alamo, ils rejoignent les Texas Rangers… »

TEXAS FOREVER est avant tout un bon  petit western contant les aventures de deux compères tentant de sauver leur peau dans le marasme ambiant du Texas, objet de nombreuses convoitises au 19ème . Ils fuient la vengeance du frère de la victime, bien résolu à faire couler le sang pour apaiser sa colère.

Burke profite aussi de cette intrigue riche malgré les quelques deux cents pages pour raconter l’histoire ensanglantée de son Texas natal avec les batailles de Fort Alamo et surtout de San Jacita haut fait d’armes de la révolution texane.Si on peut regretter que le personnage de Son ne soit pas suffisamment creusé, il n’en reste pas moins que ce roman est la pierre de fondation d’un grand pan de l’oeuvre de Burke et dont certains personnages restent encore inédits en France. Dans le même genre,  » la maison du soleil levant », plus de trente ans après, montre un Burke plus ambitieux, nettement plus délirant et spectaculaire.

Fondateur.

Wollanup.

LA BÊTE À SA MÈRE de David Goudreault / Editions Philippe Rey

Le hasard des sorties de début d’année fait que j’en suis à ma troisième histoire d’ados ou d’adultes bordeline qui, avec beaucoup d’application s’emploient à devenir des psychopathes tout à fait recevables. Si « Jesse le héros » de Lawrence Millman  lorgnait vers le discours moralisateur expliquant que les images diffusées à la tv avaient une forte influence sur des personnes au bord d’entrer dans la barbarie, provoquant un certain malaise chez le lecteur quand les situations déclenchaient une franche hilarité, « La bête à sa mère » se rapproche plus de « Jaqui » , l’auteur montrant très rapidement que les influences externes jouent un peu sur le mental du personnage principal mais que le mal est fait depuis très longtemps, sans nécessité d’une assistance extérieure. Ainsi, c’est toujours l’éternel débat : bousillé par la société ou largement flingué avant… et c’est le parti de la malfaçon originelle que semble privilégier le Canadien David Goudreault en racontant la geste pathétique et barrée du fils dans une prose souvent animée d’un humour ravageur.

« Ma mère se suicidait souvent.

Ainsi commence la confession d’un jeune adulte, qui ne se remet pas de la séparation d’avec sa mère, survenue en bas âge. Ses propos vibrent d’une rage contre ceux qui la lui ont arrachée. Sa mère devient sa véritable obsession, il pense l’avoir localisée à Sherbrooke. Mais saura-t-il se faire accepter par celle qu’il a tant idéalisée ? »

David Goudreault, dès le début, énonce un diagnostic de dysphasie, mais on s’aperçoit très rapidement qu’il souffre aussi d’une totale insensibilité à la douleur infligée à autrui ou aux animaux qui seront ses premières victimes comme chez tout bon psychopathe en formation. Notre « héros » est particulièrement dégueulasse, grand adepte de la pornographie et des jeux d’argent, alcoolo, toxico, voleur, et surtout particulièrement remonté pour retrouver sa mère qui l’a abandonné aux services sociaux très rapidement avant de disparaître encore plus vite.

Son parcours chaotique dans la société, entièrement voué à la recherche de sa mère va l’occuper à plein temps et lui faire nourrir des ambitions de cellules familiales reconstituées quand enfin, il va retrouver sa trace. Goudreault maîtrise parfaitement son sujet et montre adroitement la réalité des relations du personnage principal avec sa mère et les interprétations totalement erronées qu’il peut en faire. Nul doute que l’expérience d’éducateur de l’auteur lui a permis de croquer de manière très crédible, des hommes et femmes à la rue, en plein désespoir et « ruinés » par leur rencontre avec notre « malade ». Si le propos peut paraître léger, drôle, tant les délits mineurs de gosse capricieux peuvent et font sourire souvent, Goudreault sait aussi glacer le lecteur quand les « gamineries » laissent la place à l’abjection, à l’horreur.

Ecrit sans grandes qualités stylistiques notables, le récit se savoure néanmoins tant le mode d’écriture sied à la « quête ». Et s’il est nécessaire de mettre en garde les personnes fragiles et les amateurs des chats sur la rugosité du propos, n’oublions pas non plus de souligner la qualité d’un roman qui n’est que la première partie d’une trilogie déjà sortie au Canada et dont on espère pouvoir bientôt dévorer la suite dans « La bête et sa cage » et dans « Abattre la bête ».

Repoussant et attrayant.

Wollanup.

 

BRASIER NOIR de Greg Iles / Actes Sud.

Traduction: Aurélie Tronchet.

On a tous nos failles, Greg Iles, auteur très populaire aux USA était resté hors de mon modeste radar. Et pourtant, durant les années 2000, plusieurs de ses thrillers sont sortis en France aux Presses de la Cité et ont eu un certain écho. Certains de ces romans, d’ailleurs, mettaient en scène des personnages importants ou plus secondaires présents dans cet opus comme Jordan Glass la photographe, Shad Johnson le procureur et bien sûr Penn Cage, héros de “Brasier noir” et maire de la ville de Natchez dans le Mississippi que le fleuve du même nom sépare de la Louisiane.

Greg Iles, en 2011, a été victime d’un grave accident de la route qui a failli lui coûter la vie et  c’est suite à ce malheur qu’il a décidé, semble -t-il, d’écrire une oeuvre plus ambitieuse en trois volumes, contant la ville de Natchez où il s’est installé avec sa famille et son père médecin, à l’âge de trois ans en 63. Ce “ Natchez Burning” est donc sorti en 2014 aux States et a été suivi l’année suivante par “ The Bone Tree”, titre qui parlera de suite aux lecteurs de ce roman et en 2017 par “Mississippi Blood” qui termine cette trilogie centrée sur Penn Cage et sa famille.

Le Sud, le légendaire, puisque Natchez créée par les Français au tout début du 18ème fut le premier comptoir permanent sur le Mississippi sur un territoire où vivait une tribu indienne qui a donné son nom à la ville. Petite agglomération de 17000 habitants au moment de l’intrigue en 2006, Natchez, concentre par contre beaucoup de la haine née du racisme et qui a bien du mal à crever comme nous le verrons dans les deux époques présentées dans le roman. A Natchez, il reste de beaux vestiges architecturaux de la grande époque romantique du Sud genre “Mamzelle Scarlett” mais ce qui retient d’emblée l’attention du lecteur, c’est bien sûr le racisme vivant dans les années 60 et son extension rampante quarante ans plus tard.

“Ancien procureur devenu maire de Natchez, Mississippi, sa ville natale, Penn Cage a appris tout ce qu’il sait de l’honneur et du devoir de son père, le Dr Tom Cage. Mais aujourd’hui, le médecin de famille respecté de tous et pilier de sa com­munauté est accusé du meurtre de Viola Turner, l’infirmière noire avec laquelle il travaillait dans les années 1960. Penn est déterminé à sauver son père, mais Tom invoque obstinément le secret professionnel et refuse de se défendre. Son fils n’a alors d’autre choix que d’aller fouiller dans le passé du méde­cin. Lorsqu’il comprend que celui-ci a eu maille à partir avec les Aigles Bicéphales, un groupuscule raciste et ultra-violent issu du Ku Klux Klan, Penn est confronté au plus grand di­lemme de sa vie : choisir entre la loyauté envers son père et la poursuite de la vérité.”

Le médecin adoré de tous les indigents et les rejetés accusé de meurtre, raciste, de surcroît, un cataclysme qui électrifie de suite l’ambiance dans un paysage qui n’attend que l’explosion tant les rapports entre  la police, la justice et la municipalité sont gangrénés par la corruption, la jalousie, les intérêts dans une ville ou en plus des haines raciales, se développe un trafic de meth très lucratif. “Brasier Noir” dresse le portrait de la même ville à deux époques de son histoire. Tout d’abord les terribles années 60 pendant la lutte pour les droits civiques dans un état où le KKK, comme on le verra, a pignon sur rue et il ne fait pas bon être Noir à Natchez. Une relation amoureuse cachée entre un jeune noir et une riche héritière blanche sera l’étincelle qui mettra le feu aux poudres et créera ce brasier de haine, de violence et de cruauté alimenté par “les aigles bicéphales” organisation particulièrement sanguinaire dissidente d’un KKK jugé trop mou, bras armé de puissants locaux en relation avec Marcello, le parrain sanguinaire de La Nouvelle Orléans. Ces rednecks, particulièrement sauvages montrent rapidement  des desseins effroyablement plus ambitieux que les crucifictions ou dépeçages de Noirs, leurs spécialités, quand sont évoqués Martin Luther King ou Robert Kennedy .

C’est dans cette période barbare que se niche la vérité que cherche Penn Cage pour sauver son père de l’humiliation et de la prison. Ainsi, le roman, à une cadence infernale, alterne la situation d’urgence et meurtrière actuelle et les années 60 tout autant funestes. La construction est impeccable, le double suspense est toujours relancé, le doute s’insinue tout au long du roman , créant un climat très inquiétant où l’auteur n’hésitera pas à montrer la bestialité. Roman de 1050 pages qu’on peut raisonnablement traiter de pavé, “Brasier Noir” se lit d’un seul élan. Les thèmes évoqués sont multiples et les relations entre les personnages créent un décor digne des grandes tragédies, une histoire d’amour impossible, un fils qui doute de son père, un autre fils qui cherche son père, les liens du sang ou la justice des hommes, beaucoup de situations amenant à la réflexion et dont nous n’aurons pas toutes les réponses à la fin de ce premier volume.

Vous le découvrirez par vous-même mais certains personnages de ce roman sont inoubliables: Viola l’infirmière, Albert le musicien, Henry le journaliste. Toute la galerie est exceptionnelle, bien ancrée, développant l’empathie comme créant un grand désir de voir certains salauds crever dans la douleur. Et ces hommes et femmes, magnifiquement humains ou abominablement inhumains, aux éclairs magiques de lumière et aux zones d’ombre effroyables, intégrés dans une intrigue dense, de très grande envergure font de ce roman un absolu “must-read” pour les amoureux du Sud et de sa littérature incomparable.

Brûlant !

Wollanup.

PS: coup de cœur.

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