Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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LES CORPS BRISÉS d’Elsa Marpeau / Série Noire.

 

Si on vous dit huis clos, vous pensez tout de suite contexte oppressant avec une tension qui monte crescendo jusqu’à un final retentissant

Il est certain que c’est ce qu’a essayé de faire Elsa Marpeau dans son roman mais sans grand succès à mon sens.

L’héroïne se retrouve tétraplégique suite à un accident de voiture, elle part donc dans un centre de soins perdu au milieu des montagnes.

Les ¾ du livre décrivent ce sentiment de destruction, d’inutilité de la vie quand le corps est meurtri. Elsa Marpeau se sert de longues descriptions pour essayer de renforcer ce sentiment d’angoisse et de tension, d’enfermement dans des corps brisés. Mais ces descriptions sont trop répétitives, pages après pages ce sont toujours les mêmes faits avec les mêmes adjectifs,  le handicap qui rend dépendant pour réapprendre à vivre.

Elle ne va pas au bout de ses idées, l’héroïne, Sarah, donne des noms liés à la mythologie grecque à ses condisciples du centre, mais dans quel but ? Elle ne s’en sert pas afin d’aller plus loin dans la psychologie des personnages, l’idée n’est pas aboutie. A moins d’avoir soi-même de grandes connaissances en mythologie on ne sait pas quel trait des Dieux ou demi-Dieux peut servir le roman, elle n’approfondit aucun personnage ce qui ne permet pas de s’attacher à eux.

Il n’y a pas de véritables interactions entre eux, on a le sentiment qu’ils ne font que se croiser, ils « jouent » ensemble dans un même environnement mais sans vraiment qu’il y ait une cohésion d’ensemble.

Une intrigue se tisse au fil des pages, des patients disparaissent, des légendes sont racontées à Sarah, une porte noire, porte des enfers devrait nous intriguer, nous faire frémir mais j’avoue être restée à coté sans vraiment m’interroger sur ces disparitions, sans avoir envie de franchir cette porte pour basculer dans un roman plus noir.

L’écriture est par contre assez fluide, ce qui permet une lecture facile et rapide, mais je m’interroge sur la place de ce roman dans la série noire : il s’agit plus d’une histoire nous permettant de découvrir le handicap, le réapprentissage de la vie avec un corps qui ne nous répond plus plutôt qu’un véritable roman noir. Ce texte permet donc de comprendre les difficultés et les doutes que l’on peut ressentir quand nous sommes confrontés au handicap suite à des accidents de la vie, mais je recherchais trop un roman noir pour vraiment adhérer à cette histoire, je vous laisse donc voir et juger par vous même…

Marie-Laure.

DANS LES EAUX DU GRAND NORD de Ian McGuire / 10 / 18.

Traduction: Laurent Bury.

« Patrick Sumner, un ancien chirurgien de l’armée britannique traînant une mauvaise réputation, n’a pas de meilleure option que d’embarquer sur le Volunteer, un baleinier du Yorkshire en route pour les eaux riches du Grand Nord. Mais alors qu’il espère trouver du répit à bord, un garçon de cabine est découvert brutalement assassiné. Pris au piège dans le ventre du navire, Sumner rencontre le mal à l’état pur en la personne d’Henry Drax, un harponneur brutal et sanguinaire. Tandis que les véritables objectifs de l’expédition se dévoilent… »

Amoureux des grands vents, de territoires vierges et de terres sauvages où l’homme n’est plus qu’un simple élément quand les éléments se déchaînent, ce roman est sûrement pour vous. Ian McGuire vous convie dans le grand Nord canadien à la fin du 19ème siècle, très loin des dernières lueurs de la civilisation où l’homme, animal en danger comme les autres, tente de survivre.

Par les atmosphères, les situations « Dans les eaux du Grand Nord » évoque forcément le Melville de Moby Dick mais aussi Jack London. Au chaos orchestré par la nature, McGuire adjoint une figure du mal particulièrement abjecte, un tueur animé d’aucun remords, bestial dans ses agissements, provoquant ainsi un rythme infernal au roman tout en lui donnant une couleur particulièrement sinistre.

Fonctionnant sur les thèmes de la survie et de la vengeance, « Dans les eaux du grand nord » peut être rapproché de « le revenant » de Michaël Punke (Presses de la Cité) devenu le film éponyme d’Alejandro González Iñárritu interprété par Leonardo DiCaprio avec une énigme policière néanmoins plus étoffée quand on apprend petit à petit la réalité de l’expédition. Par ailleurs, en de maintes occasions, la terrible vie des baleiniers comme l’existence des populations nomades qui peuplent ces territoires hostiles sont racontées avec talent et pédagogie.

Bref,  » Dans les grandes eaux du Nord » est un bon « page-turner », réellement enthousiasmant, au rythme soutenu, sans faiblesses, à conseiller pour une lecture originale et roborative de weekend, capable de moments lyriques à qui je reprocherai sans doute, une fin un peu escamotée et une psychologie des personnages qui aurait mérité d’être plus détaillée dans un univers masculin particulièrement barbare.

Frissons septentrionaux.

Wollanup.

 

 

LITTLE AMERICA de Henry Bromell / Gallmeister.

Traduction: Janique Jouin- de Laurens.

Mack Hopper, agent de la CIA, arrive au Korach en 1957 avec sa femme et leur fils Terry. Sa mission est de tisser des liens  avec le jeune roi de ce pays sans ressources, mais déterminant pour l’influence américaine au Moyen-Orient. Il se rapproche peu à peu du souverain plein de charme jusqu’à ce que ce dernier soit mystérieusement assassiné. Quarante ans plus tard, Terry, devenu historien, entreprend des recherches sur ce qui s’est passé au Korach. Petit à petit, il explore souvenirs et archives de cette petite Amérique du bout du monde pour trouver la clé du mystère qui entoure la  mort du roi et, surtout, découvrir quel fut le rôle de son père dans cette affaire.

Alors les petits bandeaux pour vendre les petits bouquins comme les citations d’auteurs, il faut souvent s’en méfier mais peut-être que les éditeurs pourraient faire gaffe parce que mettre comme argument de vente, que Bromell avant de mourir en 2013, était l’auteur de la série Homeland pour inciter à l’achat de ce magistral Little America désorientera certainement les fans de la série comme il pourra servir de repoussoir à d’autres éventuels lecteurs comme ce fut mon cas au départ avant de lire des recensions particulièrement enthousiastes.

Situé dans une optique, une époque, un cadre, un lieu complètement différents de la série, le roman pourra séduire tout lecteur exigent qui réalisera rapidement que hormis l’espionnage, les deux œuvres ne semblent pas avoir une paternité.

Sur 410 pages de très, très haut niveau avec parfois des envolées lyriques magnifiques, de beaux moments d’enchantement : une prière solitaire du roi, un rendez-vous nocturne dans les orangeraies … c’est un intense plaisir de lecture tant la plume est maîtrisée et est experte à montrer les sentiments, les émotions, les relations entre les personnages, montrant leur nature tout en laissant un part d’obscurité puis en provoquant doutes et interrogations, une lecture forte, éminemment triste et injuste bien sûr mais belle, émouvante comme la « Pastorale américaine » de Philipp Roth.

Variant avec brio les modes de narration pouvant désarçonner au départ pour ensuite séduire tant ils permettent de multiples angles d’appréciation des scènes racontées : des plus intimes à celles plus terribles de cette guerre froide qui se joue sur un bout de désert sans pétrole ni richesses. La situation du Moyen- Orient de l’époque est montrée, expliquée : le parti baas, les « frères musulmans », la CIA, le KGB, l’Egypte de Nasser, la Syrie, le pétrole… tout est déjà en place et fonctionne ici à l’échelle d’une antenne de la CIA que l’on découvre d’une manière beaucoup moins spectaculaire que l’on s’imagine, plus ordinaire mais limite attachante. Hopper et ses collègues ont quitté le doux confort des bords de l’Hudson du magnifique Westchester pour recréer une petite Amérique, « la Pax Americana » à des milliers de kilomètres de là avec des Chevy, du Coca, des Chesterfield, Frank Sinatra, Cole Porter, les barbecues… C’est ainsi que fonctionne, à découvert, la CIA à l’époque. Les enfants grandissent ainsi dans des zones de fortes turbulences sans grande compréhension du petit monde dans lequel ils vivent ni comment celui-ci fonctionne réellement.

L’intrigue, toute en finesse, explore intelligemment les relations entre les personnages, les liens dans la famille, peint de belles personnalités prises entre les affres des choix personnels et ceux imposés par la position, la culture, les intérêts financiers… du grand art.

On appréciera aussi ce roman pour son intrigue que l’on sait dramatique et que la connaissance de la belle âme du roi rendra encore plus cruelle, mais et de manière brillante, « Little America » propose, à l’évidence, une géniale et splendide introspection d’un auteur, un long et bel hommage à un père dans les non-dits, les souvenirs, les interrogations, sous couverts fictionnels d’une histoire qui ressemble sûrement à celle de Henry Bromell, lui-même fils d’un agent de la CIA.

Great America !

Wollanup.

Wollanup.

A COUPS DE PELLE de Cynan Jones / Editions Joëlle Losfeld.

Traduction: Mona de Pracontal.

C’est parfois des romans dont vous n’attendez pas réellement grand-chose, d’auteurs inconnus loin des sentiers battus, de maisons d’édition que vous ne lisez pas fréquemment, de sujets qui apparemment ne font pas partie de votre univers que vous arrivent les plus grands chocs, la rencontre improbable entre un auteur, son écriture et vous, pas du tout préparé au choc que vous allez avoir ou plutôt subir tant la violence et la beauté parfaite quasiment irréelle de ce court roman anodin, rural entre élevage de moutons et dératisation de granges au Pays de Galles, foudroiera tous ceux qui ont aimé « grossir le ciel ».

Cette comparaison avec le roman de Franck Bouysse m’a paru évidente pas vraiment sur le style, qui, ici, est aussi virtuose mais dans un genre différent où chaque phrase, chaque mot, chaque silence contribuent à créer un immense océan de réflexion dans un texte réduit à une épure pour en faire un immense roman, un diamant brut. C’est plutôt dans la poésie et la tendresse réelle dans une terrible douleur que se retrouvent la parenté.

Deux hommes, deux destins autour des animaux. Daniel élève des moutons. Sa première apparition le montre dans l’étable en train d’aider une brebis à mettre bas. Le Grand, lui, connu comme un gitan, débute le roman en massacrant volontairement un blaireau déjà mort et mutilé qui a servi dans des combats illégaux contre des chiens auxquels il participe en débusquant les animaux et en les vendant aux organisateurs bestiaux.

Deux personnalités différentes dans leur rapport à la vie, aux animaux. Le Grand a déjà fait de la prison pour ces méfaits, Daniel vient de perdre sa femme, son amour, victime d’une ruade de leur cheval… Ils se côtoient mais ne se fréquentent pas et finiront par se rencontrer…

Tout est enchantement dans ce roman. Amour, solitude, tendresse, cruauté et désespoir humains et animaux se côtoient dans une magnifique ode à la vie, à la mort, à l’humanité. Les parallèles et les croisements entre destins des hommes et des bêtes sont prodigieusement amenés. C’est beau, triste à pleurer mais c’est magnifique. Du noir dans toute sa noblesse.

Mawreddog !

Sortie le 23.

Wollanup.

 

LA CHAMBRE D’AMI de James Lasdun / Sonatine.

 

 

Traduction: Claude et Jean Demanuelli.

Harry, banquier fortuné qui s’intéresse aux micro-crédits qu’il va pouvoir fourguer aux gens fauchés pour s’enrichir un peu plus, Chloé son épouse pseudo photographe talentueuse et parfaite dilettante depuis qu’elle est mariée et Matthew le cousin de Harry qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie depuis qu’il a vendu son restau new yorkais, secrètement amoureux de Chloé et envieux de la réussite sociale, économique et sentimentale de son cousin, voilà les trois personnages de ce huis-clos estival.

Les trois ont quitté la chaleur éprouvante de l’été new-yorkais pour rejoindre les Catskills, région très légèrement montagneuse sur les bords de l’Hudson, à une heure de voiture de Big Apple et villégiature préférée des New Yorkais friqués et qui pensent ainsi retourner à une vie plus en harmonie avec la nature tout en y retrouvant beaucoup de leurs relations fortunées qu’ils côtoient toute l’année à Manhattan ou à Brooklyn. Les Catskills, un coin que l’on apprécie pour sa ruralité, ses températures plus tempérées mais on est dans le même luxe accommodé d’une certaine rusticité qui donne bonne conscience.

Bien sûr, le schéma classique se dessine de suite, le mari, l’épouse et l’amant mais non, parce que je ne serai jamais allé jusqu’au bout du roman et je ne vous en parlerai pas maintenant. J’avoue avoir eu peur parce que les cinquante premières sont lourdes à supporter. Les états d’âme d’un banquier, ceux de son cousin sans réel charisme, passant son temps à arpenter la campagne pour chercher les meilleurs produits du coin pour créer de délicieux mets auxquels vous pouvez ajouter les pérégrinations de l’épouse pour photographier au meilleur moment de la journée les boîtes aux lettres décorées des autres bourges du coin. Mouais, rien de bien passionnant. On comprend bien que Matthew est amoureux mais que de toute manière, ce n’est pas réciproque. Voilà, voilà.

Et puis, un jour alors qu’elle est censée être à son cours de yoga, Matthew surprend Chloé qui entre dans un motel pour n’en ressortir qu’une heure plus tard. Il attendra un peu pour voir un homme quitter lui-aussi l’établissement quelques minutes plus tard. Hésitant à raconter ce qu’il a vu à son cousin car il tient, parasite, à profiter de la belle maison tout l’été quand même, il préfère se taire mais n’aura de cesse ensuite d’espionner Chloé et son amant et là, le suspense démarre et ira crescendo jusqu’à l’explosion finale.

Bien sûr, on est dans un thriller psychologique, pas de furie meurtrière mais une ambiance bien tordue narrée par un Matthew, principal personnage de cette immense comédie de dupes où chacun des trois se fait des idées fausses de ce que pensent les deux autres. C’est finement travaillé, l’issue est imprévisible et sans vous coller à votre siège, « la chambre d’amis » fait montre du talent d’un auteur bon observateur de ses contemporains particulièrement apte vous faire enchaîner les chapitres. Bizarrement, le roman fait penser à deux films interprétés par Alain Delon, « la piscine » d’abord et puis « plein soleil » tiré d’un roman de Patricia Highsmith dont on retrouve ici beaucoup de l’univers.

Trompeur !

Wollanup.

Concours anniv, Question du mardi 20 décembre.

Un roman du grand maître du polar.

Une question sur son plus illustre enquêteur.

CRIS DE GUERRE AVENUE C de Jérôme CHARYN/ Mercure De France

Traduction: Marc Chénetier

Carrefour d’avenues de Manhattan, jonction d’une sous civilisation dans le New York de quartiers disparates d’une mégalopole exsangue dans ces années reaganiennes, se cristallise un îlot protecteur dans cette école hébraïque, ce Talmud Torah. De cette communauté matriarcale, symbolisée par Sarah « Saigon », se juxtapose un panégyrique de personnalités disparates et belliqueuses ourdie par leurs histoires gangrenées par les parasites d’Hô Chi Minh Ville.

« Les avenues A, B, C et D forment une espèce d’appendice crasseux du Lower East Side de Manhattan : ces îlots à initiale sont devenus territoire indien, le pays du meurtre et de la cocaïne… Interrogés sur les origines de leur Alphabetville, les habitants répondront que le Christ s’est arrêté à l’entrée de l’avenue A… Mais enfoncez-vous un peu plus loin dans le quartier. L’avenue B, où tous les repères rassurants s’évaporent, arbore les couleurs de la pauvreté les plus primaires… Or c’est quasiment la civilisation comparée à la C.

Avenue C, ce sont des patrouilles d’ados qui font régner l’ordre – enfin, leur ordre –, protégeant les dealers du coin et dissuadant les malfrats du nord de la ville de venir s’aventurer par là. Leur chef est une femme, Sarah, surnommée Saïgon, parce qu’elle a été infirmière militaire au Vietnam. Avec Howie, son amour d’enfance, on va se laisser emporter dans des aventures qui défient l’imagination la plus enfiévrée, entre les rois de la drogue, les agents doubles, les truands de haut vol, les coups tordus des uns, les crimes des autres. »

Saigon, ex-infirmière militaire au Vietnam, règne sur un royaume composé de rebuts d’une société au sortir d’un conflit lytique des âmes, lytique des destinées. Enfouraillée de deux colts 45 en permanence, son assise dans ce monde rugueux est aussi le fruit de sa propre histoire. Son idylle précoce avec Howie, alias le Prof durant le conflit Viet, la pousse à une émancipation forcée. Parcours de vie, parcours familial la poussent à afficher cette poigne de titane dans un gantelet de simili velours.

Ce « petit » monde est tiraillé dans des frictions létales claniques. Baladé alternativement entre des faubourgs de Brooklyn, Hô Chi Minh, le berceau de « boulangers » russes (hum, hum,…Peaky Blinders ?!) l’affrontement gronde dans un voyage immobile des songes suscités par les galets de goudron, les sucettes de réglisse ou autres boules d’opium. De ces tribulations introspectives d’opiacés hérités du conflit du Sud-Est asiatique, on voit flou, on mange mou, on déambule dans des mondes parallèles oniriques.

Ce château de cartes qu’est le Talmud Torah nous invite dans des lieux de villégiatures disparates, peuplés d’habitants perclus de stigmates mentaux légués du Vietnam, véritable broyeur d’illusions perdues, d’innocences remisées, et la résultante en est un monde psychédélique.

Ce récit rime avec poésie. Poésie du propos, poésie crue du style. Charyn nous submerge d’un halo multicolore, drapé dans des sentiments éphémères. De cette fable, de ce conte onirique, on est exfiltré du monde réel, manichéen le temps de cette lecture lysergique.

Lyrisme brut déconnectant et surprenant dans un contre pied continu !

Chouchou.

IREZUMI de Akimitsu Takagi/ editions Denoël / Sueurs froides

Traduction : Mathilde Tamae-Bouthon

La science, la dévotion liées au tatouage dans le pays du soleil levant, à la sortie du conflit de la seconde guerre mondiale, culmine à son apogée. L’Irezumi, la pratique de l’estampe épidermique corps entier, attise les convoitises et les fétichistes présentent une fébrilité concrète.

« Tokyo, été 1947. Une femme est retrouvée démembrée dans une salle de bain fermée à clé. Son buste, qui était recouvert d’un tatouage, a disparu. Sa mort est liée à deux autres meurtres : son frère est retrouvé écorché, et son amant est tué d’une balle dans la tête. Kyosuke Kamisu, dit « le Génie », est appelé à la rescousse pour aider la police.

Crime violent, crime parfait dans sa configuration de la chambre close, constitue le St Graal des auteurs du genre. A l’instar de Poe pour « Double assassinat de la rue morgue », de S.S. Van Dine et « L ‘assassin de canari »/ « Le chien mort », ou l’œuvre de Dickson Carr, le personnage principal Kenzô Matsushita passionné de romans policiers se remémore de même le pendant nippon, Mushitaro Oguri, qui éleva le genre à son plus haut degré de raffinement, en particulier dans son chef d’œuvre, « Le crime parfait ». Tiraillé entre sa naïve idylle et son appétence de résolution de l’énigme criminelle, il se voit entraîner dans les méandres d’esprits tortueux incarnés par des personnalités loufoques, exaltées ou viciées par leur passion.

Longtemps le tatouage dans cette société était synonyme d’appartenance à l’organisation Yakuza, ce qui est vrai et d’usage de nos jours, et les alliances impliquaient alors ce passage, ce rite d’impression corporelle. Hors champ esthétique, l’enquête menée par le frère de Kenzô s’empêtre dans un jeu de mikado joué par un Parkinsonien. Un lien d’amitié à propos voit apparaître un personnage hors norme, mathématicien de formation ayant bifurqué vers la médecine légale et une concrète propension à la criminologie, qui infléchira le rythme et les procédés d’investigations vers une partie d’échec. L’analyse minutieuse des pièces du puzzle et des retrouvailles inopinées feront naître une profonde mise en perspective des destinés des protagonistes.

Roman paru en 1948 mais qui aurait pu être écrit de nos jours dans sa modernité de ton et son tableau incluant un Tokyo hanté par les fantômes du second conflit mondial armé, l’auteur décédé en 1995 diplômé de l’université de Kyoto a longtemps exercé comme ingénieur, lauréat du Japan Mystery Writers Club, géniteur de quinze polars à succès.

Thriller, où perversité et fétichisme enfantent une lecture saisissante, envoûtante sous le joug propre à cette culture de codes et de rites.

Soie et Wasabi !

Chouchou.

 

BRÈVE HISTOIRE DE SEPT MEURTRES de Marlon James / Terres d’ Amérique / Albin Michel.

Traduction: Valérie Malfoy.

« Kingston, 3 décembre 1976. Deux jours avant un concert en faveur de la paix organisé par le parti au pouvoir, dans un climat d’extrême tension politique, sept hommes armés font irruption au domicile de Bob Marley. Le chanteur est touché à la poitrine et au bras. Pourtant, à la date prévue, il réunit 80 000 personnes lors d’un concert historique. »

Dans le flux des sorties de la rentrée août, septembre dans le domaine du polar/noir, il y  a ceux que vous attendez depuis un moment voire des années, d’autres plus classiques mais qui font le job tel que vous l’espériez et puis il y a toujours quelques missiles que vous n’avez pas vu venir et c’est ce qui fait les grands moments de lecteur et ce roman de Marlon James restera certainement comme l’un des grands bouquins de l’année.

« Brève histoire de sept meurtres » du Jamaïquain  Marlon James bien qu’auréolé  du « Man Booker Prize for Fiction » en 2015 est sorti en catimini au cœur de l’été mais depuis, tous ceux qui se sont lancés de haute lutte dans cette énorme saga explosive sur la Jamaïque de 1970 à nos jours, sont unanimes quant à la qualité du roman.

Ile poudrière, république bananière, la Jamaïque comme le reste de la zone Caraïbe, est un pays dangereux et Marlon James par le biais d’un attentat raté contre le Chanteur nous raconte son pays des années 70  aux années 90. Forcément univers beaucoup moins conté que les USA, par exemple, l’œuvre de James offre de suite un dépaysement immédiatement jouissif dans un décor très violent qui, lui, nous est beaucoup plus familier, avec juste des particularismes criminels locaux.

L’auteur, lors d’un bref échange durant America m’avait avoué sa grande admiration pour Ellroy et c’est bien du côté de l’œuvre ancienne du Dog qu’il faut chercher des équivalents aussi détonants, aussi richement complexes et passionnants. Et comme chez Ellroy, il est très difficile de parler intelligemment du roman tant les intrigues se croisent, se télescopent, se succèdent. Les multiples voix avec chacune sa saveur, leur ton propre apportent leurs vérités et leurs mensonges sur une cour des miracles étendue à l’ensemble d’un pays.

Des meurtres, des attentats, des magouilles, de la came, des flingues, des gangs, des politiciens véreux, des salopards, des victimes,des journalistes, le système D institué modèle économique, des quêtes de rédemption, des regrets, la CIA bien sûr, toujours là pour amplifier le chaos ambiant et… Bob Marley en messie.

Une pyrotechnie de l’apocalypse, un grand trip, génial.

Ruddy !

Wollanup.

NYCTALOPES ÉTÉ

caponeMalgré le temps maussade, on est vraiment entré dans la période estivale aussi  Nyctalopes qui vous accompagne depuis le 21 décembre va lui aussi prendre ses quartiers d’été

Nous allons profiter de cette période de trêve où les sorties sont rares pour lire et chroniquer des bouquins de l’année qui nous ont échappé si on en croit les chroniques de sites amis mais aussi pour vous faire profiter de romans plus anciens qui sont pour nous des bouquins qu’il ne faut pas rater… à notre humble avis.

Même si Nyctalopes n’a pas trop l’habitude de perdre son temps à éreinter des daubes ou des foutages de gueule, nous allons uniquement vous proposer des romans qu’on a vraiment aimé parce qu’ils sont dans le genre noir qu’on adore ou parce qu’ils parlent d’une certaine Amérique que nous chérissons ou enfin parce qu’ils ont une dimension sociale, à nos yeux, importante.

Tout au long de l’année, avec des réussites très variables, nous avons tenté de vous proposer une chronique par jour de la semaine mais ce sont aussi les vacances pour nous donc nous aurons certainement un rythme beaucoup plus anarchique, ce qui ne signifie aucunement que nous resterons muets plus souvent.

A vous toutes et tous qui nous faites confiance de plus en plus nombreux, nous vous souhaitons donc de belles vacances agrémentées, illuminées, par des histoires passionnantes.

Wollanup.

PS: la plus belle chanson du monde pour un personnage d’un roman de Pelecanos.

 

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