Chroniques noires et partisanes

Catégorie : NIkoma (Page 1 of 2)

PEPE CARVALHO ; TOUT FOUT LE CAMP de Carlos Zanon/Seuil.

Traduction: Georges Tyras.

Carlos ZANON, qui a déjà fait ses preuves en matière de roman noir et récompensé notamment pour « J’ai été Johnny Thunders », a été choisi pour ressusciter le célèbre Pepe CARVALHO près de 15 ans après la mort de Vazquez Montalban (L’auteur original).

Grosse pression et gros pari pour l’auteur mais pari réussi. On retrouve l’atmosphère, les codes, certains personnages comme Biscuter et surtout Pepe Carvalho. Bien entendu, le contexte est contemporain, dans une ville de Barcelone touristique, bouillonnante, partagée entre indépendantisme et cosmopolitisme. De retour au pays, l’homme a vieilli, tourmenté entre un passé sulfureux et un présent qui ne l’attend plus, qui va trop vite, trop 2.0.

Pepe Carvalho semble assagi, affaibli, dépassé mais la donne va changer lorsqu’il est chargé par une amie de reprendre du service et d’enquêter sur un crime familial, sans compter qu’un tueur en série sévit dans le secteur. Il retrouve alors toute son acuité, ses réflexes et l’envie de survivre à sa propre déchéance, l’envie de croire que tout va bien finir.

Le rythme est soutenu au travers de nombreux chapitres courts pour un roman de plus 500 pages. La lecture est parfois exigeante et renvoie à de nombreuses références, ponctuée de passages très durs comme poétiques, le tout sur fond de toile sociale très noire. Bref un cocktail surprenant, piquant, exaltant et doux amer qui se boit jusqu’à la dernière goutte.

Quant à l’histoire en tant que telle, elle est partagée par différents petites enquêtes, qui se lient ou pas à l’enquête de fond qui est bien plus complexe qu’elle n’y parait au premier abord. Alcool, abus, cocaïne, prostitution discount, violence, sexe sale, enfance perdue, innocence envolée…Difficile à résumer tant c’est dense. Pour savoir si on aime, faut goûter et Pepe Carvalho reste par ailleurs toujours un excellent cordon bleu tandis que Biscuter passe à Master Chef…bref, tout fout le camp !

Nikoma

L’ÉPIDÉMIE de Asa Ericsdotter / Actes Noirs Actes Sud

Traduction: Marianne Ségol Samoy.

« L’épidémie » de l’auteure Asa Ericsdotter (auteure suédoise vivant actuellement aux États Unis) est son premier roman paru en France.

L’histoire se déroule de nos jours en Suède. Johan Svärd en est le 1er ministre et est à la tête du Parti de la Santé. C’ est un homme beau, mince, le représentant d’un peuple suédois qui l’a élu pour son programme, celui de faire de la Suède une nation svelte et en bonne santé. En effet, le peuple suédois est classé en fonction de son IMGM (Indice de Masse Grasse et Musculaire) et les obèses deviennent les parias d’un pays obsédé par sa ligne.

Les mesures du gouvernement, sous la coupe de Johan Svärd, deviennent de plus en plus drastiques et délirantes. L’accès à l’emploi se fait en fonction de l’IMGM, mais aussi l’accès à la propriété ou à la location, les gros dits « les Porcs » paient également plus d’impôts et sont poussés à perdre vite du gras dans des églises devenues salles de fitness. La nourriture est contrôlée et tout ce qui est mauvais est banni ou surtaxé, les opérations bariatriques sont subventionnées et sont même proposées dès la naissance pour les enfants prédisposés. Les obèses sont fustigés d’être la source des dettes du pays, en récession économique. C’est qu’ils coûtent chers tous ces gros avec leur embonpoint et tout ce qui en découle en maladies et prises en charge.

C’est au cœur de ce basculement vers le totalitarisme que l’on découvre Landon, un jeune chercheur. Il a quitté sa femme Rita, devenue squelettique et amorphe, pour se réfugier dans sa maison de campagne et fuir la pression de la ville, du travail, des publicités incitant à maigrir toujours plus. Il y rencontre sa voisine Helena et sa fille. Toutes les deux sont bien évidemment de bonnes vivantes et ont fui également pour échapper aux incitations et aux menaces. L’alchimie entre Landon et Helena est immédiate. Lui redécouvre le goût de la vie et elle, le regard d’un homme sur elle sans dégoût.

Mais un matin, Molly en larmes et affolée explique que sa maman a été enlevée. En parallèle, on suit Gloria, une écrivaine reconnue, en surcharge pondérale avérée. Elle ne sort presque plus de chez elle jusqu’au jour où elle reçoit une convocation de l’institut pour la nutrition destinée aux gens du groupe dont l’IMGM est supérieur à 50. 

Elle s’y rend comme beaucoup d’autres et se retrouve confinée dans un immense stade. Ce qui va suivre n’est ni plus ni moins qu’une rafle. Contrainte par la force et à coups de matraque, elle est emmenée, comme toutes les personnes présentes, dans un camion à bétail hors de la ville, dans une ferme d’élevage de porcs. C’est dans ces fermes de porcs désaffectées et rachetées par le gouvernement que Gloria, Helena et biens d’autres vont vivre l’enfer.

C’est aussi à ce moment-là du roman que l’histoire devient dérangeante, glaçante et nous rappelle la folie des hommes. Il paraît pourtant impensable qu’une population soit stigmatisée de la sorte, parquée et éliminée, sans que quiconque ne s’y oppose ou ne soupçonne quoi que ce soit ! Ah bon et bien il faut croire que l’histoire peut se répéter, le casting est juste différent.

Landon fait tout son possible, via différents contacts pour retrouver Helena et la sauver. Lorsqu’il découvre les fermes, les abattoirs, l’abomination est à son paroxysme. La lecture devient parfois difficile, amère, c’est cru, ça sent le sang chaud, les viscères, la putréfaction… Bref, la deuxième moitié du roman monte en intensité jusqu’à l’écœurement parfois. 

Âmes sensibles, passez votre chemin.

Ce roman est décalé au premier abord puis vous pète à la gueule sans prévenir. C’est une énorme claque, lourde, qui vous sonne pour longtemps !

Nikoma

LA FILLE SANS PEAU de Mads Peder Nordbo / Actes Sud.

Traduction: Terje Sinding.

« La fille sans peau » est le premier polar de Mads Peder Nordbo et le premier d’une trilogie. Autant vous l’annoncer directement, il me tarde de lire la suite, « La fille sans peau » est un véritable coup de harpon, ça fait mal, l’impact est violent et il est impossible de s’en défaire… L’histoire se situe à Nuuk, capitale du Groenland où l’auteur lui-même a vécu et ça se sent. La description de l’environnement est sublime, glaciale, immaculée et pourtant au fil des pages, ce Groenland devient étonnamment glauque, étouffant et tâché de façon indélébile.

Un corps est retrouvé dans une faille et il pourrait être un authentique Viking, parfaitement conservé, preuve de l’existence de ce peuple scandinave sur ces terres glacées. Le scoop est mondial, Matthew Cage, journaliste de 28 ans est là pour le couvrir. Brisé, après un accident de voiture ou sa femme a trouvé la mort, enceinte de sa fille. Il est à Nuuk, capitale du Groenland sur les traces d’un père disparu trop tôt, comme à la recherche d’une forme de rédemption. Seulement voilà, le corps disparaît le lendemain et c’est celui du flic chargé de le surveiller qui est retrouvé en lieu et place de la momie. Il est nu, ouvert de l’entrejambe jusqu’au sternum, vidé de ses entailles, formant une monstrueuse tache vermeille dans un paysage monochrome.

Ce meurtre est la copie conforme de meurtres ayant eu lieu 40 ans auparavant. Une sordide affaire non résolue et passée sous silence où les corps de 4 hommes avaient ainsi été retrouvés. Ils étaient tous pères de petites filles, soupçonnés de viol sur leur progéniture L’enquêteur de l’époque était Jakob mais il a également disparu, devenant le suspect principal. Matthew enquête alors auprès de la police locale et de ses habitants, met la main sur l’ancien carnet de Jakob, se heurte aux hostilités de certains et fait la rencontre de Tupaarnak. Elle est groenlandaise, jeune, athlétique, chasseuse de phoques et entièrement tatouée mais aussi fraîchement sortie de prison, condamnée à l’âge de 14 ans pour le meurtre de son père, de sa mère et de ses 2 petites sœurs.

Au cours de l’enquête, on rencontre une population locale, les Inuits, parqués dans des blocs d’immeubles décatis, construits par le gouvernement danois, qui a fait main basse dans le cours de l’histoire sur le Groenland et tente de civiliser un peuple incompatible à l’enfermement. On découvre la réalité d’un pays bien éloigné de l’image de la carte postale et finalement méconnu.

Plus les pages défilent, plus l’histoire nous plonge au cœur de pratiques malsaines, opérées il y a quarante ans par des personnes haut placées, laissées libre d’agir en toute impunité, sous la protection d’un gouvernement souverain. Derrière les meurtres, se cache une toute autre vérité. Les petites filles des environs faisaient l’objet d’expériences, sous couvert de soigner la tuberculose. Elles étaient envoyées dans un internat où elles subissaient des traitements de chocs, faisaient l’objet d’expérimentations et étaient violées et humiliées en toute impunité. Certaines rentraient à la maison entre deux expériences et vivaient un autre enfer, celui de l’inceste. 

Matthew et Tupaarnak dérangent de plus en plus au fur et à mesure de l’avancement de l’enquête, devenant eux-mêmes des cibles à abattre, afin de laisser une nouvelle fois ce qui aurait dû resté enfoui à tout jamais dans la glace.

C’est une histoire sombre sur fond blanc qui ressurgit et l’auteur réussit l’exploit de lier l’enquête du présent et celle du passé avec un final explosif où tout s’imbrique à la perfection. C’est finement construit, les personnages principaux sont charismatiques et Mads Peder Nordbo met en exergue les exactions d’un pays colonisateur habituellement connu comme une des nations les plus abouties socialement.

Comme quoi la glace peut aussi provoquer des brûlures.

Nikoma

NOIR COMME LE JOUR de Benjamin Myers / le Seuil.

Traduction: Isabelle Maillet.

 Noir comme le jour » est le deuxième roman de l’auteur traduit en France après le succès de « Dégradation » récompensé par le lauréat du prix Polars Pourpres Découverte.

 Alors, ce roman très attendu, tient-il ses promesses ? Patience…

L’intrigue se situe dans une petite ville post industrielle de la campagne anglaise. L’atmosphère est froide, humide et enveloppée d’un brouillard quasi permanent qui met en quarantaine une population composée de locaux et de nouveaux arrivants farfelus venus se reclure. L’ensemble vit en vase clos et tout ce petit monde se connaît et s’observe, cherchant à se rassurer d’être mieux que le voisin dans un quotidien sans intérêt jusqu’au jour ou Joséphine Jenks, ancienne star du porno est retrouvée salement amochée au visage et laissée pour morte. Ce soir-là, un homme a croisé son chemin. Cet homme est Tony Garner. Il est l’enfant du pays, connu de tous et affublé de surnoms suite à un accident qui l’a rendu simplet.Il vit avec son chien au jour le jour, boit et fume joint sur joint. Il survit des animaux qu’il chasse ou plutôt qu’ils braconne. Il devient rapidement le suspect n°1.

L’affaire fait grand bruit. Rody Mace, journaliste du quotidien local en perdition, y voit une occasion de relancer le Valley Echo. Il en a besoin pour se refaire lui-même, ancien alcoolique et devenu abstinent dans cette ville avinée, vivant sur une péniche, loin d’une vie qu’il a décidée de fuir. Mais le Sun le devance et en fait sa une, rendant à la victime qui a survécu à son agression, une notoriété nouvelle.Puis s’ensuivent deux autres agressions. Toujours des femmes, connues de tous. La méthode est la même, une survit, pas l’autre.

Les enquêteurs locaux piétinent, la panique s’emparent de la petite ville, la méfiance de l’autre pèse, la tension est palpable. Tony Garner finit par être écarté de tous soupçons mais se fait lyncher par un groupe de locaux convaincus de se faire justice.

Intervient alors James Brindle, qui vient rejoindre Rody Mace, les hommes se connaissent déjà. C’est un enquêteur mis sur le côté suite un échec cuisant. Il est imbu de sa personne, égocentrique. Pour autant, il se révèle être très perspicace et met en exergue un certain nombre d’incohérences. Sa théorie prendra tout son sens lorsqu’un homme devient la quatrième victime…

La fin est inattendue, déroutante et met au premier plan les travers de notre société. Elle met à mal la presse à scandale et une société avide de faits divers à sensation, devenant paranoïaque, méfiante, méchante.

Alors, ce roman très attendu, tient-il toutes ses promesses ? Clairement, c’est un oui massif ! C’est facile à lire, captivant et original tout en s’inspirant d’événements réels des années 1930, sur un fond sombre, faisant ressortir toute la finesse de l’intrigue et nous renvoyant dans les cordes sur l’analyse de notre société.

Nikoma

SANDREMONDE de Jean-Luc Deparis / Actes Sud.

C’est le premier roman de Jean-Luc Deparis, passionné de sciences fiction et de fantastique et on retrouve sans surprise dans son premier ouvrage bon nombre de codes et de références du genre. Il faut savoir que l’auteur s’est donné du mal pour sortir ce pavé de près de 600 pages, rien que ça ! 

On y découvre le personnage principal, Elyz-Ana, issu d’un peuple persécuté et oublié, empreint de mystère et de magie. Elle est retrouvée inanimée, encore enfant, dans une contrée de SANDREMONDE, par un chevalier qui la ramène près des siens pour l’élever à l’abri des regards. Malheureusement, l’église qui règne en maître va vite découvrir le stratagème. La présence de la petite déclenche de façon viral des peurs et des souvenirs d’un peuple craint et maudit. 

Elyz-Ana doit partir précipitamment, laissant derrière elle un bain de sang et va trouver refuge auprès du peuple des Sicaires, qui vit dans les profondeurs de la terre. Elle y grandit pendant plusieurs années, développant à la fois des capacités physiques et psychiques hors normes.Devenue femme, l’église la retrouve de nouveau, son peuple d’adoption est éradiqué et elle, faite prisonnière.

Du fond de sa geôle, elle subit la faim, les sévices corporelles et l’humiliation, celle d’être différente, renforçant jour après jour sa haine.S’ensuivent sa fuite, l’errance et la rencontre brutale et douloureuse de l’un de son peuple, un Saudahyd.

Cette rencontre lui permet de retrouver son passé, de comprendre qui elle est et quel est son destin. Sa tâche est de sauver son peuple et de lui rendre son pays, sa liberté et son honneur.Cette quête se fera au travers de combats épiques, d’invocations surnaturelles, de sacrifices et d’abnégation avec un final plutôt attendu.

L’auteur a le sens du détail, les décors sont immenses, les personnages sont nombreux, mais trop de détails tuent le détail et certains passages traînent en longueur et font perdre la dynamique de l’histoire. Certains amateurs du genre apprécieront sans doute, d’autres n’iront clairement pas au bout de l’ouvrage.

En clair, il y a un vrai potentiel, une belle écriture et un travail conséquent qui se respectent, cependant c’est trop stéréotypé et ça manque d’originalité pour en faire un incontournable.

À vous de lire ou pas.

NIKOMA


LES MIRACLES DU BAZAR NAMIYA de Keigo Higashino/ Actes sud.

Traduction : Sophie Refle.

Keigo HIGASHINO nous livre un roman d’un genre très différent de ces opus précédents. Plutôt adepte du thriller noir, l’auteur japonais s’éloigne aux antipodes de son environnement habituel avec « Les Miracles du Bazar NAMIYA ». C’est tout bonnement un conte magnifique, lumineux, et plein d’espoir sur la nature humaine. L’écriture est d’une humilité incroyable comme si les mots étaient murmurés puis soufflés sur le papier.

Les pages s’enchaînent avec fluidité et l’histoire prend vie entre réel et irréel et nous emmène loin, très loin… avec ces différents enchaînements de personnages, d’histoires, d’époques. Au final tout est finement lié et limpide.

Nous suivons du début à la fin trois personnages principaux, SHOTA, KOHEI et ATSUYA. Ils sont amis, jeunes, paumés, issus du même foyer d’orphelin et commettent de petits larcins pour améliorer leur quotidien.

C’est à l’issue d’un cambriolage raté qu’ils se planquent dans une échoppe abandonnée, dont l’enseigne presque effacée laisse deviner « Bazar NAMIYA ».

Reclus dans cette vieille boutique pour la nuit, ils entendent un bruit. Une lettre tombe de la fente du rideau métallique, c’est une demande de conseil. Elle est adressée à l’ancien propriétaire du bazar, qui était connu pour répondre à ce genre de courriers. Chose surprenante, elle est datée d’il y a 32 ans. 

Le trio décide d’y répondre et dépose leur courrier dans la boîte à lait à l’arrière de la boutique tel que cela doit se faire.

C’est la première lettre d’une longue série, les courriers affluent, les auteurs diffèrent, les parcours de vie aussi mais inlassablement la requête est la même, quel est le bon choix ? Le type de choix qui affecte toute une vie. Les trois amis vont se prêter à l’exercice avec l’innocence et la justesse de leur jeunesse.

La nuit qu’ils  passent en vase clos est suspendue du temps qui passe et va changer le cours de la vie de nombreuses personnes mais aussi la leur pour toujours, avec en fond ce même point commun, ce trait d’union entre le bazar NAMIYA et le foyer de jeunes orphelins.

Keigo HIGASHINO réussit le pari d’une envolée vers le fantastique en toute modestie, à la japonaise, façon Hayao MIYAZAKI. C’est un roman onirique et en même temps profondément épris d’humanisme.

En définitif, « les miracles du bazar NAMIYA » est un vrai bijou de papier, pur et bienveillant, qui fait du bien.

Alors un conseil du bazar NAMIYA, lisez-le et faites-vous du bien.

NIKOMA


CITY OF WINDOWS de Robert Pobi / EquinoX / les Arènes.

Traduction: Mathilde Helleu.

On peut dire que Robert POBI touche sa cible et fait mouche avec son dernier thriller CITY OF WINDOWS à l’image de l’intrigue. En effet, un sniper sème le chaos dans une ville de NEW YORK transie par un hiver aux températures négatives record. Le décor est lisse, urbain et l’ambiance rude, glacée, paralysée. 

Les victimes se succèdent, le schéma se répète méthodiquement. Une balle pleine tête, le tireur se révèle être une fine gâchette dont la réussite défie toutes les probabilités. Chaque tir est signé, les balles sont systématiquement des cartouches de chasse modifiées .300 Magnum, chemisées en laiton et cœur de plomb avec un noyau ferreux suspendu en plein milieu dont le métal est d’origine météorique.

À tueur exceptionnel, enquêteur exceptionnel ! Le FBI requiert les services de Lucas PAGE, un ancien de la maison. On découvre un personnage complexe, surdoué, particulier autant physiquement que psychologiquement. Physiquement, l’homme porte les stigmates d’une ancienne intervention qui a mal tourné. Prothèse de bras, prothèse de jambe et œil de verre, il est d’un côté organique et de l’autre métallique.Psychologiquement, l’homme est atteint du syndrome d’Asperger. Sa vision du monde est un amas de calculs de vitesse, de distances, de courbes… Devenu enseignant en astrophysique et vivant une vie de famille quasi normale, il semble donc l’homme de la situation.

Qui mieux que lui peut comprendre ce tireur d’élite, ses positions, ses planques et peut être déchiffrer ses motivations. Il sera de plus accompagné par l’agent WHITAKER, une jeune femme black à la carrure massive et aux compétences éprouvées.Les talents de Lucas PAGE sont mis à rude épreuve ainsi que ses nerfs lorsque sa propre famille devient également une cible.

L’enquête nous emmène également hors de NEW YORK sur les pas du sniper, à la rencontre d’une Amérique plus dure, plus blanche, ultra religieuse et armée, avide de vengeance. 

Découvrir l’identité du sniper est un vrai jeu de piste, haletant et effréné. L’auteur réussit l’exercice haut la main et rend vite le lecteur obsédé par la résolution de l’enquête. On croit souvent comprendre, deviner au gré des pages l’issue pour finalement se planter. Et putain… quelle fin ! Un dénouement dingue ou tous les éléments s’imbriquent parfaitement et donnent enfin la réponse, cette réponse qui permet de retrouver son souffle et de se libérer.

NIKOMA

LES AIGLES ENDORMIS de Danü Danquigny / Série Noire.

« Les aigles endormis » est un premier roman, celui de Danü Danquigny. C’est intense, violent, rythmé, souvent sale et immoral mais il y a une profondeur et une authenticité à travers les personnages qui subliment ce qu’il peut y avoir de plus noir dans l’humanité. 

Toute l’histoire se situe en Albanie, pays plutôt méconnu, troublé politiquement loin des destinations touristiques et du regard du monde devenant un terreau fertile aux gouvernements corrompus, mafias, trafics et population aux abois.

Le personnage principal est Arben dit Béni. Il est au départ un simple gamin, fils de profs, insouciant et nourri d’espoirs dans un pays sous le joug d’un régime communiste sans concession. Vont graviter autour de lui un certain nombre de personnages aux profils variés qui vont évoluer au fil des pages, et tous sont pourvus d’intérêt, qu’ils vous émeuvent ou vous dégoûtent.

Arben grandit et voit s’éloigner ses rêves au gré des gouvernements qui se succèdent jusqu’à la chute du régime qui laisse place au libéralisme. Le pays connaît alors un flou politique, faisant place à la loi du plus fort, à la corruption et à la perte de toute moralité.

Un mariage, des enfants et le besoin de survivre dans le chaos vont pousser Arben à définitivement rompre avec toutes ses valeurs. Il devient l’ombre de lui-même, acteur d’une mafia dénuée de toute humanité mais le meurtre de Rina, sa femme, provoquera sa fuite avec ses enfants en France.

« Je les ai emmenés aussi loin que possible, dans un coin qu’ils appellent la fin de la terre. Le climat y est humide, mais la région est belle, verte et rocailleuse. Et il y a l’océan. Une masse importante, sauvage et glaciale, qui fouette les sangs et forge le caractère. Ces vagues ! Elles sont faites pour crier la beauté de l’univers aux yeux attentifs, et pour tempérer les orgueils mal placés. »

20 ans plus tard, retour au pays du fils maudit, l’heure de la vengeance a sonné. L’auteur décrit ce déferlement de violence avec une montée en puissance et une intensité rare pour aboutir à une issue fracassante et bouleversante.

Tous les éléments du Noir sont réunis avec cette profondeur indéfinissable qui fait de ce roman un incontournable, c’est brillant et sombre à la fois, du très bon.

NIKOMA

TERRE ERRANTE de Liu Cixin / Actes Sud.

TERRE ERRANTE est une nouvelle de science-fiction de l’auteur chinois Liu Cixin, devenu un incontournable du genre en Chine mais aussi bien delà des frontières de son pays d’origine. Il affiche un beau palmarès en termes de récompenses littéraires et de reconnaissance par ses pairs. L’adaptation de cette nouvelle précédent une trilogie a été adapté tout d’abord par Netflix puis reprise au cinéma sous le titre « The Wandering Earth » faisant un carton au box-office mondial en 2019. Des prix, des récompenses…mais qu’en est-il vraiment ? 

Et bien que l’on soit adepte ou pas du genre, je dois reconnaître que cette nouvelle est un amuse-bouche qui fait mouche ! On en reprendrait bien un peu plus.C’est une belle façon de découvrir cet auteur dont l’écriture est précise, documentée et scientifiquement compréhensible voire peut être probable !

Lire cette nouvelle prendra peu de temps, pour autant l’histoire se décomposant en plusieurs parties, elle semble plus étoffée et complexe qu’il n’y paraît. 

Cette histoire parle de notre planète dont le peuple a décidé de fuir le soleil devenu menaçant pour le devenir de l’humanité pour partir en quête d’un nouveau système solaire. Jusque-là, scénario classique, sauf que l’humanité a décidé de faire route à bord de la Terre en implantant à sa surface des moteurs surdimensionnés pour la propulser et l’éloigner de la menace. 

Le personnage principal est né pendant la période dite du freinage, période qui consiste à arrêter la rotation de la Terre. On vit donc à travers les yeux d’un humain qui n’a pas connu l’avant et qui va vivre les différentes étapes du voyage : l’ère du freinage, l’ère de la fuite, la rébellion et l’ère de l’errance.

Pendant toutes ces étapes se déroulant sur plusieurs années, le personnage grandit, se marie, devient à son tour père et se pose des questions existentielles sur le bien-fondé de cette fuite et du devenir de l’humanité. 

Sans en dire plus pour ne pas vous spolier et parce qu’il faut impérativement le découvrir, sachez qu’il y a du lourd dans ce si petit bouquin. 

« Je n’avais jamais vu la nuit. Je n’avais jamais vu les étoiles. Je n’avais jamais vu le printemps, ni l’automne, ni l’hiver.Je suis né à la fin de l’Ère du freinage. La Terre venait tout juste d’arrêter de tourner. »

NIKOMA


THE SINNER de Petra Hammesfahr / Jacqueline Chambon noir .

Traduction: Jacqueline Chambon.

The Sinner est enfin traduit en français pour cette fin d’année 2019!!! Eh bien oui il faut savoir tout de même qu’il est sorti en Allemagne à la fin des années 1990 où il fit un carton puis aux États-Unis en 2008 dont l’adaptation en série en 2017 semble également briller par son audience de vues sur Netflix (adaptation clairement en dessous du roman pour ma part mais à tester).

Alors, préparez-vous psychologiquement pour supporter la lecture de The Sinner, la série étant très édulcorée pour ceux qui l’auront vu. L’auteur pousse son personnage principal Cora Bender très loin dans les méandres de la folie, de la persécution et de la torture mentale.

Dès les premières lignes, on perçoit que Cora est un personnage en souffrance et mortifère qui tente de vivre une vie normale et rangée avec son mari et son petit garçon jusqu’à cet après-midi ensoleillé au bord du lac. En effet, à proximité, deux couples s’amusent et se taquinent sur fond de musique quand Cora se lève et poignarde violemment l’un des hommes. S’ensuivent son arrestation et ses aveux, la suite ne fait aucun doute, incarcération à vie. Pour autant le commissaire Rudolf Grovian chargé de l’affaire tente de comprendre comment une femme d’apparence si douce et sans histoire a pu commettre un tel bain de sang.

C’est précisément à partir de là que tout devient terriblement captivant. Le commissaire va sonder Cora au plus profond de son être et plus on s’y enfonce et plus c’est obscur. Cora révèle une personnalité complexe liée à une enfance traumatisante et une partie de vie effacée dues à un gros traumatisme. Rudolph Grovian va tout mettre en œuvre et sa vie de côté pour disculper Cora. Chacun des flash-backs provoqués par le commissaire permet de reconstituer le puzzle de cette vie morcelée et à chaque nouvelle pièce retrouvée, l’histoire devient plus sordide, il faut vraiment le finir pour réaliser que tout est ciselé, finement écrit… bref une toile de maître dans un cadre de bois vermoulu.

La petite enfance de Cora est dure, crue, celle qui marque un enfant toute sa vie. Entre une petite sœur atteinte d’une maladie incurable dont elle est asservie, une mère totalement barrée, réfugiée dans une dévotion religieuse extrême et un père en dépression avec qui elle dort et assiste parfois aux masturbations, Cora tente encore de satisfaire tout le monde en vain.Puis son adolescence et sa vie de jeune femme où les rêves d’évasion vont la mener à de mauvaises rencontres, au sexe sale, aux drogues, à la perte de toute intégrité puis à ce fameux trou noir. 

Enfin la reconstruction d’une vie ébréchée, la vie de famille et le meurtre…

L’intrigue est dingue, tendue du début à la fin, on grince des dents, on ferme les yeux, on se fait le film mais parfois l’image devient insoutenable, pas diffusable, quitte à s’auto censurer.

À lire impérativement si vous êtes bien dans votre tête, sinon passez votre chemin, ce roman ne pourra être qu’un déclencheur d’un drame assuré pour vous ou vos proches.

NIKOMA



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