Chroniques noires et partisanes

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LA FABRIQUE DE LA TERREUR de Frédéric Paulin / Agullo.

Tout a une fin, même cette excellente trilogie qui intègre la crème du polar français haut la main, grâce au talent de son auteur, Frédéric Paulin et au pif exceptionnel des éditions Agullo qui ont fait rentrer ce poids lourd dans leur catalogue.

Comme beaucoup – et encore, pas assez nombreux! – j’avais succombé à La Guerre est une Ruse et aux Prémices de la Chute. J’attendais donc -sans trop attendre puisque dernier tome – la fin de la trilogie: elle est là, elle s’appelle La Fabrique de la Terreur et est assez impitoyable.

Le récit se déroulant de manière chronologique, on s’attend à être KO à plusieurs reprises: c’est inévitable, les années de la Fabrique sont très proches de nous et comptent les plus récentes drames que le terrorisme a déclenché sur le sol français.

Je vais m’arrêter donc uniquement sur les points qui m’ont le plus émue ou fait réagir.

Les personnages, bien sûr! Tedj, ce cher Tedj qui nous avait cueillis dès La Guerre est une Ruse et sur lequel les années sont passées sans arriver à étouffer son infinie inquiétude. Vanessa Benlazar, digne fille de son père, droite dans ses bottes et obsédée par la justice. Tête brûlée – à tort ou à raison – aussi émouvante que son père.

Laureline Fell, jonglant entre les attentes d’une hiérarchie aveugle et ses convictions intimes: comment endiguer le sentiment d’impuissance qui vous accable lorsqu’on a l’impression de pisser dans un violon pendant que des gamins s’en vont tuer ou se faire tuer dans la guerre la plus absurde et indéchiffrable qui soit? Comment continuer lorsque vos alertes ne servent à rien?

Réif, le prof – et derrière lui LES profs – impuissants et fragilisés, seuls, devant des élèves paumés au point de devenir bourreaux et pencher l’oreille devant la première sirène qui leur promettrait vengeance dans un café, une mosquée ou sur Internet. Prêts à rejoindre la guerre là où elle se trouve. Les portraits de certains parmi eux, on aurait envie de hurler – Frédéric Paulin sonde leurs parcours, leur raisonnement, avec la précision d’un entomologue.

La fine analyse des Printemps Arabes et de leurs failles (le roman s’ouvre en Tunisie avant de rejoindre la France); le Big up aux Kurdes et à leur indéfectible courage qui a permis de faire mordre la poussière à Daech. Le regard de Pantani et de son équipe, nettoyeurs de l’Etat dans les zones de guerre où la France a des intérêts sensibles.

Il y a tout ça et bien plus encore dans La Fabrique de la Terreur: l’ensemble des trois romans est pour moi aujourd’hui un impératif dans la littérature française pour ceux que l’histoire contemporaine intéresse ou simplement pour ceux qui cherchent à comprendre ce qui nous est tombé sur le coin du museau à la fin du XXe siècle. 

Monica.

Pour les chanceux qui y seront présents (si on échappe à l’annulation) Frédéric Paulin sera au Quai du Polar à Lyon du 3 au 5 avril 2020.



IDIOT WIND de Peter Kaldheim / Delcourt.

Traduction: Séverine Weiss.

“ Pour résumer, ma vie n’avait rien de reluisant et relevait plutôt de la survie, et de cela je ne pouvais blâmer que moi-même et mes acolytes: l’alcool, la cocaïne et une propension bien ancrée à  ce que mon vieux prof de philosophie grecque appellerait l’acrasie – cette faiblesse de caractère qui vous pousse à agir contre votre intérêt. Si le grec n’est pas votre truc, appelons ça Idiot Wind, le vent idiot, comme Bob Dylan. C’est le nom que j’ai fini par lui donner, et pendant plus de dix ans son souffle a déchiqueté ma vie. “

Bon. J’avais deux très bonnes raisons de vouloir lire à tout prix Idiot Wind: Jay McInerney le conseille – et je lirais à peu près n’importe quoi si Jay dit que ça vaut le coup. Ensuite le titre est une référence directe à l’une des plus belles chansons ( à mes oreilles) du grand Bob.

Que celles et ceux pour qui la vie ne peut être qu’un long fleuve tranquille coulant pépère sous le signe de la responsabilité et des certitudes accompagnées d’un verre de flotte, passent leur chemin.

Idiot Wind est un blues magnifique chanté par un type qui réussit à se vautrer tellement dans l’échec et dans les mauvaises décisions qu’il est obligé de fuir New-York pour éviter de se faire zigouiller. C’est stupide ce qu’il fait, il le sait, et pourtant il ne peut pas s’empêcher de s’enfoncer dans la mouise, c’est plus fort que lui. On approche la fin des années 1980, Peter deale allègrement du côté de Tribeca, QG au Raccoon Lodge l’un de ces bars improbables comme seule New York sait abriter: “ Où, si ce n’est au Raccoon Lodge, pouvait-on jouer des coudes près du comptoir avec des négociants en matières premières et des ouvriers travaillant sur les gratte-ciel, des secrétaires et des sculpteurs d’art cinétiques, des camionneurs et des peintres abstraits, des instituteurs et des acteurs en galère? Faire une partie de billard avec Keith Richards? Échanger des regards égrillards avec Debra Winger? Tailler une bavette avec Jay McInerney (oui, oui, encore lui!) … Pour un moulin à paroles cocaïnomane comme moi, il n’y avait pas d’endroit plus agréable où exercer mon commerce.”

Voilà pour le tableau de départ. La suite sera un enchaînement d’autres tableaux, moins glamour, sur les routes d’Amérique, en stop, en train de marchandises, en marchant. En mendiant. Le but initial est un job promis par quelqu’un à San Francisco. Le résultat est une purge qui s’effectue au fur et à mesure que les kilomètres défilent.

Car ce voyage doit non seulement mettre de la distance entre Peter et son fournisseur de came mais c’est aussi l’occasion de se sevrer et de laisser derrière son passé de junky. 

Evidemment, la route est rythmée par les noms des grands écrivains vagabonds, de Kerouac et Neal Cassady à Orwell, les références à la littérature sont nombreuses et font en quelque sorte, parfois, office de béquille à Peter. Mais la route prend le dessous et de fil en aiguille, de rencontre en amitié, Peter aiguise son regard et son récit fait l’état de la situation des hobos d’Amérique suivant l’État dans lequel ils se trouvent. Il découvre un monde insoupçonné jusqu’alors et, par la même occasion, il se découvre des forces et des capacités dont il ne se pensait pas capable. Le vagabondage l’agrandit.

Photographe aussi des années Reagan – nous sommes en 1987 – Kaldheim est un observateur précieux de l’Amérique de cette fin de décennie.

Huit mois de périple, de sevrage, de guérison. Le récit du voyage intègre des passages du passé, les moments où le vent s’était mis à souffler. Jamais pleurnichard, aucunement moralisateur, Peter Kaldheim réussit enfin à écrire le roman dont il rêvait depuis toujours. En le lisant vous pouvez vous surprendre à penser à vous-mêmes, peut-être aux moments où le vent soufflait aussi en vous chauffant les oreilles.

Idiot Wind est un cadeau, un récit rempli d’humanité qui fait un bien fou par les temps qui courent. 

Monica.


DONBASS de Benoît Vitkine / EquinoX / Les Arènes.

“ (Les) habitants étaient prêts à encaisser beaucoup: la guerre n’était qu’une catastrophe supplémentaire dans la litanie des épreuves qui avait balayé les steppes du Donbass. Les coups de grisou, la disparition d’un pays tout entier, la fermeture des mines, et même la misère sauvage des années quatre-vingt-dix, quand on se faisait assassiner en sortant sa poubelle, tout cela était injuste, incompréhensible, mais chacun y distinguait un ordre des choses. Certes mystérieux, mais où devait bien se cacher une logique supérieure. Le meurtre d’un enfant était différent. On touchait là au sacré, à l’interdit suprême. Les habitants du Donbass y voyaient une négation de ce à quoi leur vie se raccrochait envers et contre tout depuis vingt ans.”

Avec Donbass le polar fait son travail: le crime est là uniquement en qualité de révélateur. Autour de lui un paysage prend forme, dévoile son passé et son présent, l’Ukraine et la guerre qui dévore son flanc oriental depuis 2014.

Correspondant à Moscou pour le journal Le Monde, Benoît Vitkine a couvert cette guerre depuis ses débuts. Mais force est de constater qu’aucun essai ne lui aurait permis de raconter de manière aussi exhaustive et aussi touchante les blessures de ce pays qui, comme nombre d’anciens territoires soviétiques, ne réussit toujours pas à trouver ni la paix, ni la banalité de la normalité.

Nous sommes à Avdïïvka, petite localité du Donbass située sur la ligne du front côté ukrainien. Si de nombreux habitants ont fui la zone de guerre, la ville est encore habitée par des civils qui essaient de continuer leurs vies entre deux bombardements. La mort fait partie du paysage. Jusqu’au jour où une mort inhabituelle secoue la bourgade: un enfant, Sacha, est découvert poignardé, cloué au sol. Il suffirait de beaucoup moins pour déséquilibrer définitivement une communauté qui vit déjà sur le fil du rasoir.

En charge de l’enquête, Henrik Kavadze, policier désabusé au passé aussi compliqué que celui de son pays: vétéran de la guerre d’Afghanistan, il avait entraîné sa femme à Avdïïvka, loin de la ville, dans l’espoir de retrouver un peu de tranquillité. La guerre les avait rattrapés. Contrairement à nombre de ses collègues, il avait refusé de se jeter dans les bras des séparatistes même si le mouvement de Kiev lui provoquait tout au plus du scepticisme. Son choix lui a valu un réputation de patriote indéfectible. 

Je ne vais certainement pas vous raconter le roman. Sachez simplement que Donbass saura vous faire comprendre les enjeux d’un pays qui depuis des générations subit traumatisme sur traumatisme. Il y a des passages magnifiques décrivant les femmes – veuves, mères, épouses, les hommes –  ouvriers, mineurs ou soldats. Le besoin de donner la possibilité aux générations futures de pouvoir croire encore à quelque chose. Cette guerre qui réveille des souvenirs insoutenables – les dix ans de combats en Afghanistan, le seconde guerre et ses conséquences totalitaires.

Lumière aussi sur la corruption endémique, héritage naturel du régime communiste facilité par la transition nébuleuse des années ‘90.

Lumière sur tous ces enfants qui vivent sur la ligne du front, en Europe, depuis voilà six ans.

De son écriture fluide et pétrie d’empathie, Benoît Vitkine vous aide à comprendre, presque à vous mettre à la place de ces voisins très proches. Le mot “espoir “ prend un sens différent suivant l’endroit que l’on habite, suivant qui habite de l’autre côté de la frontière, suivant le passé que l’on porte sur les épaules.

Monica.



NOUS AVONS LES MAINS ROUGES de Jean Meckert / Editions Losfeld.

« Voilà bien pourquoi notre lutte est tragique. Elle est dirigée non seulement contre les mauvais, mais contre l’esprit, contre le sophisme, contre le compromis. Nous sommes des tueurs et des martyrs. Nous sommes le sel de la terre. Notre position est intenable et n’a aucun avenir. »

Lorsque Laurent sort de la prison de Rocheguindeau après avoir purgé deux ans d’enfermement pour avoir tué un homme dans une bagarre, sa première pensée va vers Paris et le jeune homme se prépare à attendre le premier train en partance pour la capitale. Pensées simples et naturelles en sortant : le soleil, un canon de vin, où sont les femmes ? On voit bien qu’il ne sait pas trop que faire de cette liberté de mouvement soudain revenue : Laurent Lavalette est le témoin parfait de ce qui va se jouer par la suite. Nous sommes dans les années qui suivirent la Libération et Meckert y porte un regard d’une lucidité impitoyable – « Nous nous mettons en entier dans une œuvre d’épuration dont ton parti qui se dit révolutionnaire aurait dû prendre la tête ! » fera-t-il dire à l’un des personnages plus tard dans le roman.

Pendant qu’il sirote son vin en réfléchissant aux options qui se présentent à lui, Laurent se voit faire une proposition somme toute assez étrange : un type assez âgé, plutôt bien mis, droit dans ses bottes – Jules-Antoine-Auguste d’Essartaut – lui propose de venir travailler dans sa scierie et accompagner Armand, son autre employé. Qu’a-t-il à perdre ? Au pire des cas pourra-t-il se remplumer un peu avant de retourner à la vie et à la ville.

C’est ainsi que l’on bascule dans une ambiance complètement différente : durant la guerre Laurent était resté dans le « ventre mou » vivotant et se débrouillant de manière plus ou moins honnête. Mais en se tenant éloigné d’un camp comme de l’autre. Débarquer chez d’Essartaut le fait plonger dans une guerre qui n’était pas finie : la guerre d’anciens résistants qui entendaient continuer le combat jusqu’à la « purification totale » de la société. Meckert, observateur attentif de ses contemporains, n’épargne personne dans Nous avons les mains rouges. Si vous tenez aux schémas classiques – les bons contre les mauvais – vous serez déçus. L’unique personnage « pur » l’est probablement parce que sourd et muet : il s’agit de Christine, la fille cadette de d’Essartaut. Elle ne parle ni n’entend, son monde est ainsi un pas de côté de la colère et la haine de sa grande sœur, Hélène, un pas de côté de la métaphysique vengeresse de son père.

Il faut lire Nous avons les mains rouges pour comprendre l’ambiguïté de cette époque que Jean Meckert arrive à saisir dans toute sa complexité. Il agit en témoin et quitte à parfois trop insister sur certains aspects – tel le comportement fascisant de la famille d’Essartaut ou la quête de « pureté » qui revient souvent dans le discours de ces derniers, choix sémantique lourd de sens, on ne peut, 70 ans plus tard qu’être admiratifs devant une telle justesse des propos.

En parlant de sémantique, il est très intéressant de souligner l’importance de l’esprit cultivé, tel que les d’Essartaut l’entendent, un je ne sais quoi de terriblement élitiste – Laurent se fait rabrouer à plusieurs reprises « Pouvez-vous oublier votre collection de calembours confectionnés. C’est pour moi la marque d’un esprit commun, c’est la plaie d’un monde, un sang cuit, une anémie pernicieuse. Imitation grossière, paresse du pouvoir créateur, retour à l’animalité, ainsi surviennent les décadences » dit Hélène lors de l’un échange un peu mouvementé. Seul point en commun que Laurent a avec cette famille de justiciers est leur haine commune pour les paysans – les ploucs, « cette race inférieure ». Mais si Laurent représente le point de vue du citadin, en ce qui concerne les d’Essartaut la situation est plus nébuleuse : tout en combattant les parvenus, ils sont malgré tout entourés par les notables – le pasteur, le maire etc.

Il y a clairement de quoi faire une thèse sur ce texte – qu’il s’agisse du sujet, de la sémantique employée, de la sociologie des personnages et de leur dogmatique. Qu’il s’agisse de la fin, terriblement violente, d’un réalisme qui hérisse les poils : l’étranger est encore et toujours celui qui trinque : et peut-être que l’étranger représente en l’occurrence toutes celles et tous ceux qui ont « trinqué » dans ces années désespérées et aveugles qui ont suivi la fin de la guerre.

Chapeau bas, Monsieur Meckert !

Merci infiniment aux éditions Joëlle Losfeld d’avoir remis ce texte incroyable en haut des piles !

Monica.


REVOLVER de Duane Swierczynski / Rivages.

Classique ? Peut-être. Efficace ? Et comment !

Le dernier Duane Swierczynski a tout simplement la classe : tout d’abord parce que le plus coriace des personnages est à nouveau… une femme (pardonnez ma subjectivité mais ça fait vraiment plaisir).

Par la construction également : quatorze chapitres divisés chacun en trois parties aux temporalités différentes : 1965, 1995 et 2015. Un cold case qui plombe cette famille de flics d’ascendance polonaise, les Walczak, depuis que Stan, le grand-père, s’est fait assassiner aux côtés de son coéquipier, George Wildey dans un bar des quartiers nord de la Philadelphie pendant qu’ils attendaient un indic. Un braquage qui a mal tourné ? Une enquête qui se serait trop avancée là où il ne le fallait pas ? Ou alors le tandem complice constitué par un flic polonais et un policier noir à une époque où le racisme battait son plein aura fini par agacer certains ?

Quoi qu’il en soit, ce double meurtre hantera les Walczak durant des décennies : la force de Swierczynski est de faire avancer en parallèle l’histoire qui aura coûté la vie des deux flics en ‘65 et les enquêtes de Jim – le fils et d’Audrey – la petite fille, des décennies plus tard.

Jim donc, devenu à son tour inspecteur de police, apprend en ’95 que le tueur présumé de son père a été libéré de prison. Il en devient obsédé jusqu’à s’imaginer rendre justice par lui-même. Enfant, il l’avait promis sur la dépouille de Stan : « Je vais trouver l’homme qui a fait ça. Et je vais le faire payer. » Seulement voilà, quelqu’un le devance et le cadavre de Terrill Lee Stanton n’aide Jim pas à baisser sa furieuse consommation d’alcool. Ni à tourner la page.

Vingt ans plus tard, en 2015, la ville de Philadelphie organise une cérémonie de commémoration des deux coéquipiers tués dans l’exercice de leur devoir. Aucun membre de la famille ne peut manquer cet événement, pas même Audrey, la fille cadette de Jim, la brebis galeuse qui carbure au Bloody Mary dès de réveil et qui avait coupé tout lien avec sa famille. Elle n’a pas froid aux yeux, la Audrey, et encore moins lorsqu’il s’agit de replonger dans cette affaire qui aura empoisonné sa famille dès le moment où le corps inanimé de papi Stan avait touché le sol du bar où il sirotait sa bière.

Il y a tout ce qu’il faut dans ce polar : une intrigue serrée comme un nœud marin, une excellente documentation de l’histoire contemporaine de la Philadelphie et de sa police, des personnages cinématographiques qui suintent tous le désespoir, c’est noir et humain à la fois comme un bon morceau de blues.

Monica.


TEMPÊTES d’ Andrée Michaud / Rivages.

Grandiose Michaud !

« Dans le nouveau silence qui avait suivi, un frisson peut-être venu des insomnies qu’il évoquait avec un trouble dans son regard et j’avais compris qu’il était inutile de lui demander de s’expliquer quant au legs qu’il entendait me transmettre, la froideur, la nuit, la peur. J’avais avancé mes mains vers les siennes en vue de vérifier si elles contenaient encore quelque chaleur, mais il se levait déjà, son corps alourdi par les confidences qu’il venait de me faire : tu verras, on s’habitue à tout, même à l’horreur… »

Blizzard et Orages – les deux parties du roman comme deux cerneaux de noix : deux saisons, deux personnages. Hiver et été, une femme et un homme réunis autour de Cold Mountain pour des raisons aussi différentes que similaires : l’héritage d’une maison pour Marie, l’héritage d’une fausse identité pour Ric.

Marie Saintonge arrive au Massif Bleu suite à la mort de son oncle Adrien qui vient de se suicider : elle hérite de la maison située au pied de cette montagne qu’elle décide de nommer Cold Mountain – cette montagne, « une veuve, une stèle érodée par des millénaires de deuil ».

Difficile de savoir ce qui se passe autour de ce massif : l’air est oppressé par le souffle de ce monstre de granit qui semble ne jamais dormir. La tempête talonne Marie et s’installe quelques heures après son arrivée et en peu de temps la neige occupe tout le paysage.

Dès lors on s’installe dans un huis clos pesant et on assiste à la défaillance progressive de Marie : la solitude, interrompue par des éruptions intempestives – hommes ? fantômes ? – la radio qui fonctionne par à coups pour égrener les noms des morts et des disparus dans la tempête, les bouteilles de vin qui se vident comme par miracle, « un homme de pierre ou de bois, de glace souillée de détritus » qui la surveille, qui en joue. Et puis les bonhommes-allumettes gribouillés par une main invisibles autour de la maison, sur la maison, apparaissant et disparaissant comme dans un jeu macabre.

Ric, le raté, le double visible d’un écrivain star qui le rémunère pour l’incarner en société depuis une vingtaine d’années, se trouve complètement désemparé à la mort de son « patron » suicidé dans sa belle demeure. Il décide de finir le manuscrit de Chris Julian dans les lieux-mêmes où se déroule l’intrigue du livre inachevé : les Chutes rouges, sur le Massif Bleu.

Le séjour de Ric au camping des Chutes rouges prend assez rapidement une tournure angoissante : pour cette deuxième partie du roman, Andrée Michaud installe l’écrivain en herbe en tant que narrateur. C’est donc à travers ses mots que le lecteur vit cet été cauchemardesque lors duquel les orages accouchent des cadavres, le petit monde du camping est gagné par une paranoïa aigue et Ric devient le coupable idéal devant tous ses voisins.

A la différence de Marie – et probablement la vie sociale existante n’y est pas étrangère – Ric parvient à garder son sang froid même lorsque des petits bonhommes-allumettes commencent à faire leur apparition par-ci, par-là, même lorsque la réalité commence à un peu trop rejoindre la fiction décrite dans le manuscrit qu’il s’acharne à finir.

Il existe une pratique thérapeutique appelée celle des « bonhommes-allumettes », née sous la plume d’un thérapeute canadien, Jacques Martel. Je n’en sais rien si cela a un quelconque rapport avec les dessins fantomatiques qui apparaissent et disparaissent autour de Marie et de Ric. En revanche, cette pratique est censée casser les relations d’attachement toxiques – l’obsession de Marie pour le suicide de son oncle ? l’identité perdue de Ric au détriment d’une existence de porte-plume raté ?

Quoi qu’il en soit, ce dernier roman d’Andrée A. Michaud est tout simplement grandiose : il met l’individu face à soi-même, à ses responsabilités et à ses angoisses dans un contexte extrêmement difficile. C’est aussi la raison pour laquelle chaque lecteur aura certainement sa propre interprétation : ce texte arrive à parler au plus intime de soi-même.

Monica.


LE BAL DES OMBRES de Joseph O’Connor / Rivages.

Shadowplay

Traduction: Carine Chichereau.

« Voilà comment je rentre dans un rôle, très cher. Je regarde les autres. C’est tout. Leurs manières, leurs habitudes, leur accent. La démarche d’une personne compte autant que tout ce qu’elle dit. La manière dont elle lève son verre de vin. Dont elle tire un rideau. Le mot sur lequel elle insiste lorsqu’elle prononce une phrase. La plupart de ses regards. Quand tu as trouvé ça, tu as tout le reste. […] … c’est une question de regard, mon cher Bram. Savoir que tout contient son opposé. C’est la clef pour jouer Ophélie, Desdémone, lady Macbeth. Cela rajoute quelque chose à chaque amant qui veut être éconduit. A chaque méchant qui veut être aimé. Tous les méchants du monde sont le fruit d’un amour brisé. Oublie ça, et le public ne te suit plus. »

Le Bal des Ombres, ce titre qui sonne comme une promesse : promesse tenue.

Histoire d’une fin de siècle, à Londres, histoire d’une fin d’époque aussi, j’ai lu Le Bal des Ombres comme un hommage à la création et à la passion de créer. La rencontre, à Dublin, entre Bram Stoker – chroniqueur littéraire à ses heures perdues – et Henry Irving, monstre sacré de la tragédie shakespearienne, donnera naissance à l’une de ces amitiés aussi chaleureuses que capricieuses, destinées à la vie éternelle.

Lorsque Irving propose à Bram Stoker le poste de secrétaire de son nouveau théâtre, le Lyceum à Londres, le futur créateur de Dracula sent qu’il s’agit d’un tournant dans sa vie impossible à ignorer. Il suivra donc l’acteur génial et monstrueux, en entraînant Florence, future Madame Stoker, dans son sillage. Quitter Dublin, quitter un emploi ennuyeux mais stable pour la passion des lettres, celle du théâtre, celle d’une vie rêvée : l’éruption de Henry Irving dans la vie de Stoker est un tremblement de terre.

Irving, Stoker, certes, mais il ne faut pas oublier la magnifique Ellen Terry, aussi fantasque que géniale, femme de scène inoubliable, passerelle vers le cinéma où elle a joué quelques rôles muets lors de la fin de sa carrière. Amie très proche de Henry Irving, elle le devient aussi pour Stoker dont elle admire et encourage l’écriture.

Voici donc le trio qui évolue au fil des pages de ce superbe roman : l’évolution du Lyceum, les tournées aux Etats-Unis, les réflexions de Stoker autour de l’écriture, son acharnement et ses obsessions, l’apparition de Mina, Londres terrorisée par un tueur en série, le temps qui passe, Le Bal des Ombres est de ces lectures qui vous transportent à tout point de vue.

Rajoutez à tout cela une traduction faite comme dans du miel et vous obtenez un roman indispensable à votre liste 2020 !

Monica.

LE SOURIRE DU SCORPION de Patrice Gain / Le mot et le reste.

En passant par le Monténegro…

« Une fois blotti dans un recoin de cette carapace comme un bernard-l’hermite dans un coquillage, j’ai ouvert mon sac et attrapé le livre que j’avais emprunté à la bibliothèque. J’avais été sacrément chanceux de le dénicher dans le coin réservé aux prix littéraires. Un bouquin de 1971 avec en couverture deux bras qui émergent de l’eau en brandissant une arme de chasse et au loin un canoë avec trois types à bord à qui l’on ne prédit pas un avenir radieux. Au-dessus, des lettres bleues criant Délivrance, coiffées du nom de l’auteur, James Dickey »

Patrice Gain fait partie de ces auteurs d’une élégante discrétion dont chaque nouveau roman est devenu une fête pour les lecteurs qui le suivent. Le sourire du scorpion ne fait pas exception à la règle : il s’agit d’un récit magnifique, sombre, habité par des personnages complexes et par une nature tantôt amie, tantôt adversaire.

Le narrateur, Tom, est devenu un jeune homme au moment il commence à raconter l’histoire du Scorpion. Mais, à l’instar de Matt, le personnage de Dénali, c’est encore un ado en 2006, au moment où sa vie et celle de sa famille bascule, quelque part au cœur du Monténegro, dans le canyon de la Tara.

Famille de saltimbanques, les parents de Tom et de Luna, sa sœur jumelle, vivent leurs vies en êtres libres et généreux. Vivant dans un camion avec leurs deux ados, travaillant au gré des besoins saisonniers, Mily et Alex font partie de ces doux rêveurs qui traversent la vie en donnant plus qu’en se servant. La descente de la Tara en raft, une idée d’Alex et de leur guide serbe, Goran, ne réjouit pourtant pas Mily, incapable de se départir d’un désagréable sentiment de fatalité.

L’écriture de Patrice Gain, précise dans les détails, sobre, miroir d’encre des paysages qu’il décrit, entraîne le lecteur au cœur d’un drame qui, s’il est prévisible, n’en est pas moins poignant. Et c’est par ce drame que la véritable histoire commence.

Le retour en France en famille estropiée, le deuil qui vous cueille du jour au lendemain, le parent qui reste devenu un étranger, un malade, deux ados qui encaissent ce revirement de l’existence chacun à sa manière, des années qui s’écoulent, le voile qui se déchire enfin sur l’accident de la Tara.

Tom, le narrateur, revient sur ces années angoissantes et remet les pièces du puzzle en place avec application : un travail de résilience qui impose le respect. Tout comme Matt, (Dénali, vous vous souvenez ?) il fait partie de ces personnages auxquels on pense longtemps après avoir fermé le livre, avec affection et mélancolie. Un survivant.

Voilà, tout ça pour dire, nom de nom, si vous ne connaissez pas encore Patrice Gain, bande de veinards, précipitez-vous sur ses livres !

Monica.

Dix pour Nyctalopes par Monica.

Même pour une année comme celle-ci, lors de laquelle j’ai l’impression de pas avoir lu la moitié de ce que je lis d’habitude, il est très difficile d’extraire seulement dix titres à retenir et encore plus compliqué d’en faire un « top ». Voici donc les dix livres que je retiens, sans pour autant les hiérarchiser : chacun fait son chemin dans ses différences et sa singularité.

« Underworld : romans noirs » de William R. Burnett dans la collection Quarto, Gallimard.

Cinq romans réunis en un seul volume, quelle riche idée ! et une plongée magnifique dans les sources du roman noir, nouvelle traduction, que du bonheur ! (Traductions Jacques-Laurent Bost, Minnie Danzas, J.-G. Marquet, Denise May)

« Le nuage et la valse » de Ferdinand Peroutka aux éditions de la Contre Allée.

Un roman époustouflant jamais traduit en français avant que la Contre Allée ne s’en empare, grâce à la traduction de Hélène Belletto-Sussel. Rescapé des camps lui-même, Peroutka écrit un seul roman, un chef d’œuvre : « Le nuage et la valse ». Pour en savoir plus il vous faudra le lire !

« Prémices de la chute » de Frédéric Paulin aux éditions Agullo.

La suite de « La Guerre est une ruse » confirme le talent indiscutable de Frédéric Paulin. On appréhende souvent les « suites » mais chez Paulin ce deuxième opus s’imbrique parfaitement au premier et continue de décrypter avec minutie la montée en puissance des mouvances islamistes au début des années ’90. Vivement le troisième ! (prévu au printemps 2010)

« La Fabrique des salauds » de Chris Kraus chez Belfond.

Koja et Hubert, Caïn et Abel sur fond de régimes totalitaires. Ce roman risque de vous faire perdre définitivement la foi en l’humanité. Et pourtant : les salauds, tout comme les monstres, ne sont que des êtres humains. L’histoire de la seconde moitié du 20e siècle en 900 pages :  de Riga à Munich, de Munich à Loubianka, de Loubianka à Tel Aviv. De la SD à la KGB, de la CIA au Mossad. Foncez ! (Traduction Rose Labourie)

« Il était une fois dans l’Est » de Árpád Soltész aux éditions Agullo.

Et Bam ! Absolument magistral ! Amateurs de folklore et d’ambiances kitch, passez votre chemin. C’est violent, parfois répugnant, c’est peuplé d’hommes avides de pouvoir, de quartiers pauvres, de villages laissés à l’abandon. C’est le visage d’une certaine Europe, aujourd’hui. (Traduction Barbora Faure)

« Le Second disciple » de Kenan Görgün dans la collection EquinoX des Arènes.

Un rescapé 2019 à côté duquel j’ai failli passer, rattrapé in extremis grâce aux retours excellents des lecteurs que j’apprécie et dont je suis les conseils sans crainte. Et en effet, ce serait dommage de rater ce roman incroyable de maîtrise, dont les personnages crèvent les pages – à défaut de crever un écran – et le face à face de Xavier et de Brahim, deux faces de la même monnaie, deux destins réunis dans le terrorisme. Une analyse très fine de la société belge – par extension de la société occidentale -vient cimenter un récit déjà bien stable sur ses pieds.

« Le Ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena chez POL.

Roman magistral autour de la culpabilité ultime et de la résurgence d’une identité par son versant tragique. Il n’y a pas une ligne, un mot de trop. Vraiment indispensable.

« L’Echo du temps » de Kevin Powers chez Delcourt Littérature.

J’aurais tellement aimé qu’on en parle plus, tout comme « Un autre tambour » de William Melvin Kelly dans la même maison d’édition. Ce sont des textes forts, tant sur le fond que sur la forme – un labyrinthe narratif parfaitement maîtrisé chez Powers, un point de vue narratif unique chez Melvin Kelly. On apprend, on s’étonne, on se révolte : des romans à lire et à faire passer. (Traductions par Carole d’Yvoire pour L’Echo du temps et Lisa Rosenbaum pour Un autre tambour)

« Le Sang du Mississipi » de Greg Iles chez Actes Noirs.

Une fin de trilogie en fanfare, excellent rattrapage de l’auteur après un tome 2 un peu mou. Avec ce troisième opus Greg Iles vous en donne pour votre argent et plus encore : c’est tendu, malin, et encore explosif à quelques reprises. J’envie vraiment ceux qui ne l’ont pas encore découvert de pouvoir s’accorder ce plaisir. (traduction Aurélie Tronchet)

Ah ! et puis mon roman doudou de cette année, sans doute, « La crête des damnés » de Joe Meno chez Agullo 

On ne se refait pas, cette plongée rythmée par de gros riffs au cœur des années ’90 en a ému plus d’un(e) et j’en fais partie. Brian et Gretchen, nom de Dieu ! Mais quel plaisir de lecture ! (traduction Estelle Fleury)

Monica.

LE SANG DU MISSISSIPPI de Greg Iles / Actes Sud.

Mississippi Blood

Traduction: Aurélie Tronchet.

« Mais pourquoi la ville est-elle en proie à de telles attentes ? Les détails choquants de cette affaire expliquent-ils à eux-seuls que Natchez soit devenue cette semaine l’épicentre de tout l’Etat ? Je ne le pense pas. J’en suis venue à croire que quelque chose de plus profond est à l’œuvre pour ses habitants. Natchez est une ville divisée, comme le Mississipi est un état divisé et l’Amérique une nation divisée. Et malgré les protestations de ceux qui réfuteraient cette tragique vérité, la racine de cette division est raciale – le boulot inachevé de l’esclavage. »

La trilogie Natchez finit en fanfare avec ce dernier tome qui retrouve le souffle de Brasier Noir après un tome deux un peu plus délité et souffrant de quelques longueurs qui l’ont malheureusement desservi.

Pour mémoire, nous sommes à Natchez, petite ville du Mississippi toujours en proie à ses démons ségrégationnistes : Les Aigles Bicéphales, groupuscule suprématiste armé y est toujours actif malgré l’âge avancé de ses membres fondateurs.

Penn Cage, maire de Natchez et ancien procureur, découvre dans Brasier Noir que son père Tom, le médecin le plus respecté de la ville, est accusé du meurtre de son ancienne infirmière Noire, Viola Turner, avec qui il avait eu une aventure dans sa jeunesse. Viola, atteinte d’un cancer en phase terminale revient mourir à Natchez après l’avoir quitté suite aux pressions des Aigles Bicéphales.

Est-ce que sa mort est due à un protocole médical destiné à abréger ses souffrances ou bien au besoin du docteur Tom de cacher l’existence d’un enfant métisse, fruit de leur amour de jeunesse ?

Est-ce vraiment Tom Cage qui a tué Viola Turner ? Ou alors les Aigles Bicéphales ont-ils décidé de sévir puisque Viola n’aurait jamais dû revenir dans leur ville ?

Difficile pour Penn de savoir. Déjà, il doit composer avec la nouvelle de l’infidélité de son père. Avec l’existence d’un demi-frère. Accepter une bonne fois pour toutes que flics comme hommes d’affaires trempent dans la même boue raciste que les Aigles Bicéphales en toute impunité et ce, des décennies après la fin officielle de la ségrégation. Perdre au fur et à mesure les êtres aimés (oui, il faut quand même lire les bouquins, je ne vous fais qu’une mise en jambes).

Tom Cage refuse de parler et se paie en plus une cavale rocambolesque dans L’Arbre aux Morts. Il a vraiment tout du coupable au point que même son fils ne sait plus à quel saint se vouer.

Lorsqu’on ouvre Le Sang du Mississipi nous arrivons au moment du procès : Tom a dû se rendre, il est le coupable parfait et il ne fait rien pour faire changer la donne. Surtout il ne DIT rien (sauf à son avocat, aussi mutique que son client qu’il s’agisse des faits ou de la stratégie du procès). Open bar pour Greg Iles qui nous sert durant pratiquement la moitié du roman un huis clos au tribunal avec des twists qui vous gardent collés au bouquin.

Les années 60, crades et nébuleuses, refont surface dans toute leur horreur. Le combat entre l’accusation et la défense, pas toujours fair-play, vous colle des sueurs froides. La reconstitution des faits vous coupe le sifflet.

Greg Iles est définitivement un très grand conteur : parfois les ficelles et les symboles sont un peu gros mais cela n’enlève pas grand-chose au récit, au message et à la tension sous-jacente qui dans ce troisième opus est présente dans pratiquement chacune des huit cents et quelques pages.

Ce qu’on avait cru comprendre dans les deux précédents romans n’est finalement pas si sûr. La sénilité supposée du Maître Quentin Avery, chantre des droits civiques absolument incompréhensible durant le procès de son ami Tom Cage maque de vous faire choper un infarctus à plusieurs reprises. Le désarroi de Penn Cage n’est pas loin de vous tirer des larmes. Sauf que. Sauf qu’il y a les femmes : dans la trilogie de Greg Iles, les personnages les plus forts, les plus têtus, les plus coriaces, sont les femmes.

A commencer par Viola Turner, fabuleuse ! Cora, amie, fidèle, sincère. Caitlin, chevalière blanche obsédée par la vérité, Serenity, nouvelle arrivée dans le récit, trop parfaite pour être vraie, mais qu’importe, elle représente l’avenir dans toute sa complexité : Noire, intellectuelle, guerrière, visible, une voix indispensable. Peggy, la femme de Tom, mère de Penn, digne, droite, inébranlable.

Sans aucun doute, ce procès, cette fin de trilogie, devrait vous tenir en apnée jusqu’au bout. Je ne vous ai parlé que de la surface : à vous de découvrir le reste. Vous ne verrez pas passer les huit cents pages, je m’y engage !

PS si toutefois vous avez trop peur de vous engager dans la trilogie, les flashbacks et les explications de Penn dans Le Sang du Mississipi sont largement suffisants pour lire ce dernier tome comme un roman à part entière. Mais ce serait dommage…

Monica.

Brasier noir

L’arbre aux morts

« Now I taught the weeping willow how to cry cry cry

And I showed the clouds how to cover up a clear blue sky

And the tears that I cried for that woman are going to flood you Big River

Then I’m going to sit right here until I die. » Johnny Cash


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