Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Monica (page 1 of 2)

Dix pour Nyctalopes par Monica.

Même pour une année comme celle-ci, lors de laquelle j’ai l’impression de pas avoir lu la moitié de ce que je lis d’habitude, il est très difficile d’extraire seulement dix titres à retenir et encore plus compliqué d’en faire un « top ». Voici donc les dix livres que je retiens, sans pour autant les hiérarchiser : chacun fait son chemin dans ses différences et sa singularité.

« Underworld : romans noirs » de William R. Burnett dans la collection Quarto, Gallimard.

Cinq romans réunis en un seul volume, quelle riche idée ! et une plongée magnifique dans les sources du roman noir, nouvelle traduction, que du bonheur ! (Traductions Jacques-Laurent Bost, Minnie Danzas, J.-G. Marquet, Denise May)

« Le nuage et la valse » de Ferdinand Peroutka aux éditions de la Contre Allée.

Un roman époustouflant jamais traduit en français avant que la Contre Allée ne s’en empare, grâce à la traduction de Hélène Belletto-Sussel. Rescapé des camps lui-même, Peroutka écrit un seul roman, un chef d’œuvre : « Le nuage et la valse ». Pour en savoir plus il vous faudra le lire !

« Prémices de la chute » de Frédéric Paulin aux éditions Agullo.

La suite de « La Guerre est une ruse » confirme le talent indiscutable de Frédéric Paulin. On appréhende souvent les « suites » mais chez Paulin ce deuxième opus s’imbrique parfaitement au premier et continue de décrypter avec minutie la montée en puissance des mouvances islamistes au début des années ’90. Vivement le troisième ! (prévu au printemps 2010)

« La Fabrique des salauds » de Chris Kraus chez Belfond.

Koja et Hubert, Caïn et Abel sur fond de régimes totalitaires. Ce roman risque de vous faire perdre définitivement la foi en l’humanité. Et pourtant : les salauds, tout comme les monstres, ne sont que des êtres humains. L’histoire de la seconde moitié du 20e siècle en 900 pages :  de Riga à Munich, de Munich à Loubianka, de Loubianka à Tel Aviv. De la SD à la KGB, de la CIA au Mossad. Foncez ! (Traduction Rose Labourie)

« Il était une fois dans l’Est » de Árpád Soltész aux éditions Agullo.

Et Bam ! Absolument magistral ! Amateurs de folklore et d’ambiances kitch, passez votre chemin. C’est violent, parfois répugnant, c’est peuplé d’hommes avides de pouvoir, de quartiers pauvres, de villages laissés à l’abandon. C’est le visage d’une certaine Europe, aujourd’hui. (Traduction Barbora Faure)

« Le Second disciple » de Kenan Görgün dans la collection EquinoX des Arènes.

Un rescapé 2019 à côté duquel j’ai failli passer, rattrapé in extremis grâce aux retours excellents des lecteurs que j’apprécie et dont je suis les conseils sans crainte. Et en effet, ce serait dommage de rater ce roman incroyable de maîtrise, dont les personnages crèvent les pages – à défaut de crever un écran – et le face à face de Xavier et de Brahim, deux faces de la même monnaie, deux destins réunis dans le terrorisme. Une analyse très fine de la société belge – par extension de la société occidentale -vient cimenter un récit déjà bien stable sur ses pieds.

« Le Ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena chez POL.

Roman magistral autour de la culpabilité ultime et de la résurgence d’une identité par son versant tragique. Il n’y a pas une ligne, un mot de trop. Vraiment indispensable.

« L’Echo du temps » de Kevin Powers chez Delcourt Littérature.

J’aurais tellement aimé qu’on en parle plus, tout comme « Un autre tambour » de William Melvin Kelly dans la même maison d’édition. Ce sont des textes forts, tant sur le fond que sur la forme – un labyrinthe narratif parfaitement maîtrisé chez Powers, un point de vue narratif unique chez Melvin Kelly. On apprend, on s’étonne, on se révolte : des romans à lire et à faire passer. (Traductions par Carole d’Yvoire pour L’Echo du temps et Lisa Rosenbaum pour Un autre tambour)

« Le Sang du Mississipi » de Greg Iles chez Actes Noirs.

Une fin de trilogie en fanfare, excellent rattrapage de l’auteur après un tome 2 un peu mou. Avec ce troisième opus Greg Iles vous en donne pour votre argent et plus encore : c’est tendu, malin, et encore explosif à quelques reprises. J’envie vraiment ceux qui ne l’ont pas encore découvert de pouvoir s’accorder ce plaisir. (traduction Aurélie Tronchet)

Ah ! et puis mon roman doudou de cette année, sans doute, « La crête des damnés » de Joe Meno chez Agullo 

On ne se refait pas, cette plongée rythmée par de gros riffs au cœur des années ’90 en a ému plus d’un(e) et j’en fais partie. Brian et Gretchen, nom de Dieu ! Mais quel plaisir de lecture ! (traduction Estelle Fleury)

Monica.

LE SANG DU MISSISSIPPI de Greg Iles / Actes Sud.

Mississippi Blood

Traduction: Aurélie Tronchet.

« Mais pourquoi la ville est-elle en proie à de telles attentes ? Les détails choquants de cette affaire expliquent-ils à eux-seuls que Natchez soit devenue cette semaine l’épicentre de tout l’Etat ? Je ne le pense pas. J’en suis venue à croire que quelque chose de plus profond est à l’œuvre pour ses habitants. Natchez est une ville divisée, comme le Mississipi est un état divisé et l’Amérique une nation divisée. Et malgré les protestations de ceux qui réfuteraient cette tragique vérité, la racine de cette division est raciale – le boulot inachevé de l’esclavage. »

La trilogie Natchez finit en fanfare avec ce dernier tome qui retrouve le souffle de Brasier Noir après un tome deux un peu plus délité et souffrant de quelques longueurs qui l’ont malheureusement desservi.

Pour mémoire, nous sommes à Natchez, petite ville du Mississippi toujours en proie à ses démons ségrégationnistes : Les Aigles Bicéphales, groupuscule suprématiste armé y est toujours actif malgré l’âge avancé de ses membres fondateurs.

Penn Cage, maire de Natchez et ancien procureur, découvre dans Brasier Noir que son père Tom, le médecin le plus respecté de la ville, est accusé du meurtre de son ancienne infirmière Noire, Viola Turner, avec qui il avait eu une aventure dans sa jeunesse. Viola, atteinte d’un cancer en phase terminale revient mourir à Natchez après l’avoir quitté suite aux pressions des Aigles Bicéphales.

Est-ce que sa mort est due à un protocole médical destiné à abréger ses souffrances ou bien au besoin du docteur Tom de cacher l’existence d’un enfant métisse, fruit de leur amour de jeunesse ?

Est-ce vraiment Tom Cage qui a tué Viola Turner ? Ou alors les Aigles Bicéphales ont-ils décidé de sévir puisque Viola n’aurait jamais dû revenir dans leur ville ?

Difficile pour Penn de savoir. Déjà, il doit composer avec la nouvelle de l’infidélité de son père. Avec l’existence d’un demi-frère. Accepter une bonne fois pour toutes que flics comme hommes d’affaires trempent dans la même boue raciste que les Aigles Bicéphales en toute impunité et ce, des décennies après la fin officielle de la ségrégation. Perdre au fur et à mesure les êtres aimés (oui, il faut quand même lire les bouquins, je ne vous fais qu’une mise en jambes).

Tom Cage refuse de parler et se paie en plus une cavale rocambolesque dans L’Arbre aux Morts. Il a vraiment tout du coupable au point que même son fils ne sait plus à quel saint se vouer.

Lorsqu’on ouvre Le Sang du Mississipi nous arrivons au moment du procès : Tom a dû se rendre, il est le coupable parfait et il ne fait rien pour faire changer la donne. Surtout il ne DIT rien (sauf à son avocat, aussi mutique que son client qu’il s’agisse des faits ou de la stratégie du procès). Open bar pour Greg Iles qui nous sert durant pratiquement la moitié du roman un huis clos au tribunal avec des twists qui vous gardent collés au bouquin.

Les années 60, crades et nébuleuses, refont surface dans toute leur horreur. Le combat entre l’accusation et la défense, pas toujours fair-play, vous colle des sueurs froides. La reconstitution des faits vous coupe le sifflet.

Greg Iles est définitivement un très grand conteur : parfois les ficelles et les symboles sont un peu gros mais cela n’enlève pas grand-chose au récit, au message et à la tension sous-jacente qui dans ce troisième opus est présente dans pratiquement chacune des huit cents et quelques pages.

Ce qu’on avait cru comprendre dans les deux précédents romans n’est finalement pas si sûr. La sénilité supposée du Maître Quentin Avery, chantre des droits civiques absolument incompréhensible durant le procès de son ami Tom Cage maque de vous faire choper un infarctus à plusieurs reprises. Le désarroi de Penn Cage n’est pas loin de vous tirer des larmes. Sauf que. Sauf qu’il y a les femmes : dans la trilogie de Greg Iles, les personnages les plus forts, les plus têtus, les plus coriaces, sont les femmes.

A commencer par Viola Turner, fabuleuse ! Cora, amie, fidèle, sincère. Caitlin, chevalière blanche obsédée par la vérité, Serenity, nouvelle arrivée dans le récit, trop parfaite pour être vraie, mais qu’importe, elle représente l’avenir dans toute sa complexité : Noire, intellectuelle, guerrière, visible, une voix indispensable. Peggy, la femme de Tom, mère de Penn, digne, droite, inébranlable.

Sans aucun doute, ce procès, cette fin de trilogie, devrait vous tenir en apnée jusqu’au bout. Je ne vous ai parlé que de la surface : à vous de découvrir le reste. Vous ne verrez pas passer les huit cents pages, je m’y engage !

PS si toutefois vous avez trop peur de vous engager dans la trilogie, les flashbacks et les explications de Penn dans Le Sang du Mississipi sont largement suffisants pour lire ce dernier tome comme un roman à part entière. Mais ce serait dommage…

Monica.

Brasier noir

L’arbre aux morts

« Now I taught the weeping willow how to cry cry cry

And I showed the clouds how to cover up a clear blue sky

And the tears that I cried for that woman are going to flood you Big River

Then I’m going to sit right here until I die. » Johnny Cash


L’ ECHO DU TEMPS de Kevin Powers / Delcourt.

A shout in the ruins.

Traduction: Carole d’Yvoire.

« Nurse donna naissance à George dans une tente d’amputation de l’hôpital de Chimborazo au deuxième jour d’avril 1863. Elle se tordait de douleur depuis la veille au soir et les chirurgiens l’avaient laissée gémir sur le sol couvert de sang, tandis qu’ils poursuivaient leurs opérations. Le crissement de la scie sur les os. Une sonde, un doigt ou une paire de pinces fouillant dans les chairs déchirées du bras ou de la jambe d’un jeune homme, à la recherche d’une balle Minié, la plaie aussi béante que l’entrée d’une mine. Les voix calmes mais fermes des médecins et soignants échangeant instructions et confirmations. Un membre jeté sur le plancher avec un bruit sourd et une petite éclaboussure de sang. Et Nurse, dans un coin de la tente, ignorée alors qu’elle se balançait, pliée en deux, d’avant en arrière, à intervalles de plus en plus rapprochés, tel un métronome déréglé. »

Son premier roman, Yellow Birds révélait déjà un véritable talent d’écriture : il conquiert le public américain ainsi que le public français. Vétéran de la guerre d’Irak, à l’instar d’un Phil Klay ou, plus récemment, de l’ovni Nico Walker, Kevin Powers s’emploie à revivre les horreurs du conflit armé en les restituant à l’écrit. Acte cathartique ? peut-être un peu mais pas uniquement puisque le titre publié par les éditions Delcourt cet automne, L’écho du temps, revient sur le sujet de la violence humaine, à une autre époque, lors d’une autre guerre.

Deux temporalités se font face : le passé, deuxième moitié du XIXe siècle et son écho en plein milieu des années 50 : nous sommes en Virginie et assistons d’un côté à une naissance, de l’autre à un départ.

Kevin Powers se fout du suspense : sa structure narrative n’en dépend pas, elle est, au contraire, semblable à un chemin – deux en l’occurrence, le passé et le présent – sur lequel il vous accompagne en vous faisant signe de temps en temps pour vous éviter de vous prendre les pieds dans une branche.

La Virginie, terre sudiste, est toujours marquée par la ségrégation lorsque George, « dans les quantre-vingt-dix ans environ » prend la décision de quitter Richmond et le quartier où il vit depuis des années, quartier voué à la démolition pour laisser la place à la Route Une. Il sait que la fin est proche et aimerait savoir d’où il vient ; tout ce qu’il en sait se résume à un petit mot écrit à la hâte : « Prenez soin de moi. Je vous appartiens maintenant. » accroché à ses vêtements lorsqu’il avait été retrouvé, en Caroline du Nord, petit garçon de trois ans.

Powers joue avec les flashbacks et les digressions sans que jamais cela ne nuise à l’homogénéité du récit : bien au contraire, la force du texte s’amplifie au fur et à mesure que les pièces du puzzle se mettent en place. Les personnages aussi prennent de plus en plus d’épaisseur, jusqu’à déborder des pages du livre : le sens du détail de Powers, les descriptions approfondies – qu’il s’agisse de paysages ou d’état d’âmes – son incroyable sensibilité font mouche.

Les racines de l’histoire, en pleine guerre de Sécession dont la Virginie refuse d’admettre la défaite se trouvent sur la plantation d’un français, Levallois. Homme d’affaires, homme de pouvoir, il tire les ficelles de plusieurs destins, des Noirs, des Blancs. Parmi les Noirs, un couple, Nurse et Rawls, parmi les Blancs, le propriétaire voisin, Bob Reid et sa fille, Emily. La guerre et ses conséquences en face.

L’écho du temps raisonnera dans votre tête longtemps après l’avoir refermé. Il raconte avec beaucoup de douceur l’horreur humaine. Traversé de temps à autre par un éclair de lumière (grâce surtout à des personnages secondaires dont le poids est aussi important que celui des personnages principaux), par des moments de grâce (comme celui où George rencontre les parents de son ancien collègue tué dans un accident de travail ou l’histoire d’amour de Lottie et Billy), le roman de Kevin Powers questionne la nature humaine.

Puissant, dérangeant parfois, extrêmement beau.

Monica.


LES AMAZONES de Jim Fergus / Le Cherche Midi.

Strongheart

Traduction: Jean-Luc Piningre

Lorsque les Mille femmes blanches ont débarqué en France, il y a maintenant vingt ans, impossible d’envisager une suite à ce roman qui a tant fasciné les lecteurs français : le personnage principal meurt à la fin du récit. Et pourtant, en 2016, après avoir écrit d’autres romans, Jim Fergus revient en territoire Cheyenne en nous délivrant La Vengeance des Mères : le pas avait été franchi.

Ce qui au départ devait être un roman indépendant est devenu une trilogie bouclée cet automne par le dernier opus, Les Amazones.

Ce dernier ouvrage cache pas mal de surprises alors je ne vais pas rentrer dans les détails, il faudra que vous découvriez par vous-mêmes ! Ce que je peux faire en revanche, c’est vous dire pourquoi il faut lire, offrir, vous offrir les romans de Jim Fergus.

Son intérêt et la passion pour la culture des Indiens d’Amérique sont nés à l’époque de l’adolescence, lorsqu’il passe des mois à voyager avec son père à travers l’Amérique et découvre avec stupéfaction les réserves d’Indiens. La conquête des Blancs et ses conséquences sur les peuples autochtones n’étaient pas enseignées à l’école, aussi le jeune Fergus s’imaginait-il des tribus vivant toujours en liberté et chassant le bison. Que nenni. La réalité des choses le frappe et reste pour lui un sujet brûlant dont il finit par s’emparer en commençant à écrire.

Malgré les nombreuses légendes, l’échange des mille femmes blanches contre mille chevaux n’a jamais existé. Par contre cette intrigue permet à Fergus de faire un gros état des lieux sur la situation des femmes en cette fin de XIXe siècle aux Etats Unis : à certains égards la parole d’une femme valait autant que celle d’un Indien ou d’un Noir aux yeux de la « bonne société blanche ». Romans féministes, certes, les récits de Fergus parlent aussi d’esclavage – à travers le personnage de Phemie, « Black White Woman » – ou d’homosexualité (Hélèn et Lady Ann). Il n’y a aucun tabou et si son talent de conteur est capable d’embarquer même le lecteur le plus réfractaire, les valeurs humanistes que ses récits transportent font de lui l’une des voix les plus importantes de la littérature américaine.

Pas de tabou non plus quant à l’image des Indiens : loin de Fergus la volonté d’en parler comme d’un peuple uni, soudé et homogène. Cette vision idéaliste (et assez touristique) des choses ne correspond pas à la réalité historique. En évitant l’image d’Epinal du « bon sauvage », Jim Fergus montre qu’il a été journaliste avant d’être écrivain et prouve par la même que la fiction, aussi romanesque soit-elle, ne doit pas faire fi des faits – surtout lorsqu’il s’agit d’un contexte et un sujet aussi délicats.

Pour finir, avec Les Amazones la boucle est véritablement bouclée : le personnage de Molly Standing Bear est le prétexte pour faire un point sur la situation des Indiens d’Amérique aujourd’hui. Dramatique dites-vous ? A ce sujet l’article de Fergus paru dans l’avant-dernier numéro de la revue America est assez révélateur (comme par ailleurs ce numéro dans son intégralité).

Avec Les Amazones Jim Fergus prouve que les suites ne sont pas nécessairement « moins bonnes », en ce qui me concerne je crois, au contraire, que c’est mon préféré. A cause de Molly Standing Bear. Lisez, vous verrez !

Monica.

IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’EST d’ Arpad Soltész / Agullo.

Mäso – Vtedy na východ

Traduction: Barbora Faure

« Vous les flics, vous êtes de la vermine. Vous n’avez aucune discipline. Ni honneur. Vous êtes comme des pétasses. Vous suivez le premier qui vous paie. D’accord. Mais toi, c’est nous qui t’avons acheté. Tu vas faire ce pour quoi on te paie, fils de pute ! »

Il était une fois dans l’Est se situe à cette frontière un peu floue entre le documentaire et la fiction : fiction les personnages, les situations, la construction du récit. Document(aire) : le no man’s land qu’est devenue une partie de l’Europe Centrale et Orientale suite à la chute des régimes communistes. La corruption endémique cultivée par ces derniers durant la deuxième moitié du 20e siècle s’est enkystée et devenue mortelle après la libération et l’indépendance. L’entrée dans l’Union Européenne n’a malheureusement pas résolu ce problème mais a favorisé le développement d’actions criminelles à travers la facilitation d’échanges avec d’autres pays voisins contaminés par le même fléau.

Pourquoi ? vous demandez-vous. Parce qu’une véritable transition démocratique ne peut s’effectuer qu’en présence d’hommes – ou femmes – intègres et mus par le désir du bien collectif. Chose qui n’est arrivée dans pratiquement aucun des anciens pays du Bloc Soviétique.

« Après quatre-vingt-neuf, les agents du KGB étaient rentrés chez eux, mais les contacts s’étaient maintenus. Lors de l’effondrement de l’Union Soviétique, bien des hommes s’étaient convertis du service secret au business. Et bien plus encore étaient restés dans le service, tout en se lançant dans le business. Quelques privilèges t restaient attachés et l’accès aux informations demeurait acquis. Les types qui n’étaient pas dégoûtés de plonger au fond du cloaque pour récupérer des diamants s’étaient fabuleusement enrichis. Et cela ne gênait pas grand monde. Cela avait toujours été leur travail, mais ce qu’ils faisaient auparavant contre un salaire, ils le faisaient maintenant contre de l’argent. Beaucoup d’argent. »

S’il existe en Slovaquie une personne qui soit parfaitement au fait des agissements de ce monde parallèle – parallèle à l’état de droit, à l’Europe et à la démocratie – il s’agit d’Árpád Soltész, journaliste d’investigation et désormais à la tête du Centre Slovaque pour l’investigation journalistique créé suite au double assassinat en février 2018 de son confrère Jan Kuciak et de sa compagne.

La trame du roman pourrait sembler simple : une jeune fille de 17 ans, Veronika, se fait kidnapper pendant qu’elle fait du stop pour rentrer chez elle. Séquestrée et violée en attendant d’être livrée au boss du marché de la prostitution en Albanie (étant mineure, on ne prendra pas le risque de la mettre sur le marché européen), elle parvient à s’échapper avant la transaction.

Sans le vouloir, sans le savoir et surtout portée par une seule pensée – la vengeance – elle provoque une série de remous au sein du milieu gangréné de la justice, des renseignements (la SIS), des politiques, de la mafia. A ses côtés, avec plus ou moins son accord, les flics Miki, Valent le Barje et Kovak, Pali, le journaliste et Andrea, le procureur.

La construction du roman est un modèle du genre : Il était une fois dans l’Est se mérite et sa forme est aussi complexe que le fond. Alternant passé et présent, la focale peut se déplacer en espace d’un paragraphe changeant de contexte et de personnages. Le style est sobre, efficace. La langue (merci pour la traduction, Barbora Faure !) claque et n’a pas froid aux yeux.

Amateurs de folklore et d’ambiances kitch, passez votre chemin. C’est violent, parfois répugnant, c’est peuplé d’hommes avides de pouvoir, de quartiers pauvres, de villages laissés à l’abandon. C’est le visage d’une certaine Europe, aujourd’hui. Merci infiniment, Árpád Soltész pour votre travail, merci Agullo éditions d’avoir apporté ce texte en France !

Et pour finir, juste ceci : « Bodnar se sent épuisé et résigné. Il connaît les policiers d’ici. Seul l’uniforme les distingue des voyous. Chaque famille a son contrebandier, son douanier, son passeur et son flic. Chacun d’eux soutient sa famille comme il peut. Les uns avec l’argent, les autres par leur pouvoir officiel. »

Bodnar est le père de Veronika. Vous lisez un roman. Cet été, en Roumanie, une jeune fille de 15 ans a été kidnappée et séquestrée pendant qu’elle faisait du stop pour rentrer chez elle. Elle a été assassinée le temps que les flics arrivent sur les lieux (quelques bonnes heures après l’appel qu’elle a passé pour appeler au secours). On sait, à partir de son cas qu’un réseau de trafic humain est implanté dans la région. L’enquête est toujours au point mort.

Monica.


LA CRÊTE DES DAMNÉS de Joe Meno / Agullo.

Traduction: Estelle Flory

La Fin de l’Innocence

Ça a l’air con comme ça mais c’est un peu le roman que j’attendais depuis longtemps. Pour être honnête jusqu’au bout, je n’attendais pas Joe Meno là-dessus : les deux romans publiés par Agullo jusqu’à présent, Le Blues de la Harpie et Prodiges et Miracles, textes superbes de poésie et bourrés de talent, n’auguraient pourtant pas ce roman générationnel qui, j’en suis sûre, parlera à des milliers – que dis-je ! centaines de milliers de lecteurs.

Vous pensez sûrement que j’exagère mais non, en fait pas du tout : je défie quiconque aurait vécu et écouté les années 90 à rester insensible à La Crête des Damnés. Vous me direz.

Déjà, le début : « Mon autre problème, c’était que j’étais en train de tomber amoureux de ma meilleure amie, Gretchen, que le reste du monde considérait comme grosse, en tout cas c’est ce que je pensais. On était dans sa caisse pourrie, on chantait, et à la fin de la chanson « White Riot », celle des Clash, je me rendis compte, à la façon dont je l’observais faire la moue et sourire, cligner des yeux et ciller, que nous étions bien plus que des amis, au moins pour moi. »

« Mon autre problème » c’est le pote qui vous cause déjà depuis un moment et qui reprend le fil de son monologue. J’adore. Il ne commence pas son histoire, il la poursuit : c’est une histoire universelle qui devrait parler à tout le monde. Vous me direz, c’est le but de toute « coming of age » et c’est probablement pour cette raison qu’on pense à Holden Caulfield lorsqu’on parle de Brian, le narrateur et personnage principal de La Crête des Damnés. J’ai, pour ma part, plutôt pensé à Price de Tesich. Peut-être parce que nous sommes à Chicago. Ou parce qu’il y a une histoire de père aussi.

Mais surtout parce que, contrairement à Holden et sa solitude, même si Brien est un freak à sa façon, il fait partie d’un ensemble : l’ensemble de freaks de ces années ’90 pour qui la musique était un signe de ralliement, une langue commune, un marqueur évolutif – et la BO du livre est là pour nous le rappeler (et est à écouter d’urgence !).

Donc lisez ce bouquin en écoutant un morceau des Guns, ensuite des Misfits ou des Clash, de Megadeth… que sais-je, faites-vous la meilleure compil’ rock-punk des ’90 – il faut rendre justice à Brian mais aussi à Gretchen, guerrière aux cheveux roses à jamais blessée.

C’est le roman de l’adolescence à lire par tous. Mais surtout par vous, ceux qui étiez ados dans les ’90, car ils représentent bien la fin de l’innocence – la suite nous y sommes encore.

Monica.


LA FABRIQUE DES SALAUDS de Chris Kraus / Belfond.

Das Kalte Blut

Traduction: Rose Labourie.

« Le jour de mon anniversaire, un grand homme a péri. Mais le jour du tien, c’est un pays entier qui y est passé. »

Nous sommes en 1975 dans un hôpital bavarois : un soixantenaire une balle logée dans la tête et un jeune hippie, vis de titane dans le crâne, partagent la même chambre. Et c’est à peu près tout ce qu’ils partagent. Le premier a vu ou commis les plus grandes horreurs du siècle. Le deuxième est convaincu de la bonté inhérente à chaque être humain et au monde en général.

C’est donc tout naturellement que Konstantin Solm, Koja pour les proches, décide de confesser sa vie et les agissements qui l’ont conduit dans cette chambre d’hôpital au jeune et innocent Basti. Pourquoi ? Pour lui démontrer que le monde et ses habitants étaient loin d’être les êtres formidables qui faisaient fantasmer Basti ? Pour soulager sa conscience ? Pour se justifier ? En tout cas, cette confession sur 886 pages tord tripes et boyaux. Et pourtant, malgré la palette d’émotions-toutes plus contrastées les unes que les autres-que cette confession vous fera éprouver, la lecture de ce roman fleuve, de ce roman-monstre, est aisée et addictive. Plus vous avancerez dans le récit, plus vous en redemanderez.

L’histoire des Solm – en tout cas, celle qui concerne directement Koja – commence en 1905. Famille allemande en Lettonie russe, les Solm enterrent Groβpaping, le grand-père Solm, pasteur, assassiné par les révolutionnaires bolchéviques. La même année naît le frère aîné de Koja, Hubert.

Retirée à Riga, la petite famille Solm accueille quatre ans plus tard la venue de Konstantin, Koja. Les deux frères entament alors leur vie commune, tantôt alliés tantôt ennemis, au gré des caprices de l’histoire collective ou personnelle. Et c’est un peu des deux qui fera débarquer la petite Eva à la maison en 1918. La Russie veut reprendre ce qu’elle considère lui appartenir, sous Lénine les bolchéviques envahissent la Courlande (la région lettone où les Solm résident), la Tcheka est impitoyable avec tout individu ressemblant de près ou de loin à un ennemi de la révolution. Les parents de la petite Eva se font exécuter, Juifs convertis mais d’apparence vraisemblablement trop « chic », abattus dans la rue, Eva survit et elle arrive donc chez les Solm par le biais de leur gouvernante, Anna Iwanowna.

Voilà, les trois personnages principaux sont là : Koja, Hub et Ev. Un triangle maudit. Ensuite tout est question de choix, de stratégies, de bouleversements historiques. Hub intègre la SS par conviction. Koja par facilité. Hub se trouve dans son élément au sein de cette mouvance extrême. Koja y trouve une vocation : sa versatilité en fait un agent parfait. Au milieu, une Ev pétrie de convictions qui va jusqu’à demander d’exercer en tant que médecin à Auschwitz – peut-on inverser la vapeur en se jetant dans la gueule du loup ?

La Fabrique des Salauds traverse ainsi la Seconde Guerre et la Guerre Froide, de Riga à Munich, de Munich à Loubianka, de Loubianka à Tel Aviv. De la SD à la KGB, de la CIA au Mossad.

Les anciens adversaires deviennent partenaires, des nouveaux Services émergent et Koja est toujours présent en offrant ses talents suivant un instinct de survie seul de lui connu. L’Europe se transforme, le monde aussi, sous les coups de boutoir des régimes totalitaires en place. Des alliances nouvelles se forment.

Avec un sens du détail historique chirurgical, une puissance romanesque qui vous souffle, Chris Kraus arrive à garder le lecteur captif du début à la fin de son roman. Le choix de la confession, l’effet de celle-ci sur l’interlocuteur de Koja dans sa chambre d’hôpital – tellement horrifié par ce qu’il entend qu’il se fane au fur et à mesure – contribue à la tension dramatique du récit.

La Fabrique des Salauds n’est ni plus ni moins que la fabrique des hommes – et les hommes ne sont pas des héros.

Monica.

EN ATTENDANT EDEN de Elliot Ackerman / Gallmeister.

Traduction:Jacques Mailhos.

« Eden ignorait qu’il rappelait à Gabe ses amis, des gars d’une autre guerre, au cours de laquelle il avait commencé à apprendre à réparer les hommes. Pas par des réparations permanentes, mais par des petits rafistolages qui achetaient à l’homme le temps dont il avait besoin pour embarquer dans un hélicoptère et s’envoler vers un lieu où les vraies réparations pourraient se faire. Dans sa guerre, Gabe avait appris presque tout ce qu’il y avait à savoir sur comment acheter du temps à un corps démoli. »

« FIN FIN »

En attendant Eden : double métaphore pour signifier l’attente du soldat au front, du mari absent, du soldat-mari brisé par la guerre ; mais aussi l’attente du Paradis par celui qui est déjà mort : le narrateur, celui qui vogue dans un espace blanc, innocent purgatoire inoffensif censé blanchir La faute.

Le narrateur, l’inconnu qui vous a cueillie dès les premières lignes, est bel et bien mort. Seul rescapé de la mine qui explosa sous les roues de leur Humvee en mission en Irak.

Eden, plus mort que vif mais vivant. Wagon impossible à raccrocher au train de mille et tant de morts des « deux guerres » – Irak et Afghanistan. Une trentaine de kilos sur les cent qu’il pesait lorsqu’on l’appelait BASE Jump, arrimé à un lit d’hôpital dans la section des grands brûlés.

Il y a deux romans qui me sont venus à l’esprit en lisant ce court (mais oh combien bouleversant) récit : tout d’abord le Phil Klay, Fin de Mission, publié également chez Gallmeister. Les deux auteurs sont des vétérans, jeunes (moins de quarante ans) et au-delà de leur évident talent d’écriture, ils ont le don de faire comprendre à quel point l’engagement est une décision complexe, surtout aux Etats-Unis.

L’autre roman qui m’est venu à l’esprit est Ballade pour Leroy de Willy Vlautin dans la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel. Les personnages de Mary, l’épouse de Eden et de Gabe, l’infirmier en chef dans le service où Eden est hospitalisé, pourraient, en effet, sortir d’un écrit de Vlautin : prisonniers d’une vie choisie mais qui, visiblement, a décidé de la leur faire à l’envers, ils font au mieux de leur forces, de leur pouvoir, pour s’en sortir et pour aider leurs proches.

En attendant Eden est une sorte de photographie de notre présent. L’amour parvient à survivre, mais est-ce qu’il suffira pour endiguer cette folie qui nous entoure ?

Monica.

Toute une vie et un soir d’ Anne Griffin / Delcourt.

Traduction: Claire Desserrey

When all is said, Toute une vie et un soir n’est pas un roman, c’est une rencontre – qui plus est, une rencontre dont vous vous souviendrez certainement à chaque St Patrick ou au moindre accord vaguement irlandais.

Sacré Maurice Hannigan ! (Sacrée Anne Griffin !) Raconter sa vie c’est une chose, mais quand il la raconte directement à son fils, Kevin, l’interpellant régulièrement, « Tu vois », « Tu sais », « Tu t’en souviens ? » Maurice vous attrape par le bras et vous visse les fesses sur le tabouret à côté du sien : vous êtes Kevin, y a pas à discuter.

« Ici c’est calme plat. Pas un pékin en vue. Il n’y a que moi, qui marmonne dans ma barbe et qui tambourine sur le bar, pressé de boire ma première gorgée. Si je réussis à me la faire servir… »

Cinq verres, cinq toasts, cinq personnes qui ont eu du poids dans la vie de Maurice : « Je suis ici pour me souvenir – de ce que j’ai été et de ce que je ne serai plus. »

La stout, pour Tony, le frère aîné, celui qui avait toujours été là lorsque le petit Maurice n’y arrivait pas : le soutenant à l’école, aux travaux de la ferme, chez les Dollard, la famille pour qui les deux garçons et la mère travaillaient en cette première moitié du XXe siècle irlandais. Les Dollard, famille de riches propriétaires dont le chemin n’a jamais cessé de croiser celui de Maurice, même jusqu’à cette soirée que nous passons avec lui au Bar du Rainsford House Hotel.

Le verre de Bushmills, pour Molly : « Lorsque j’ai dégusté le single malt 21 ans d’âge, j’ai soulevé ma casquette pour rendre hommage à sa splendeur. Celui-ci, fiston, est pour Molly, la sœur que tu n’as pas connue. » Un moment douloureux de la vie de Maurice, un moment comme nous sommes tous emmenés à vivre au cours de notre existence : celui où nous faisons le mauvais choix, celui où nous tournons la tête, où notre attention dévie de l’essentiel, celui où nous blessons irrémédiablement ceux qui nous aiment.

Une autre bouteille de stout (« Si un jour t’as de l’argent, n’abuse pas de cette drôlesse. Elle videra tes poches et fera de toi un ivrogne. »), cette fois-ci pour Noreen : la belle-sœur de Maurice, dont les crises de « mélancolie » ou d’enthousiasme, les accès de rire ou de colère, sa passion pour les « pièces qui brillent » avaient accompagné la vie de famille de leurs explosions passagères. « Noreen se blottissait dans ses mots comme un chat. »

Pour Kevin, le quatrième toast : « Cette bouteille de Jefferson wheated de 18 ans d’âge, tu me l’as offerte l’an dernier pour Noël. Elle a passé la soirée à mes pieds dans un sac. »

Que dire à l’unique enfant, son garçon devenu homme, parti loin, aux Etats-Unis, faire sa vie. Le fils qui n’a hérité d’une once de passion pour la terre ou pour l’élevage mais qui, contrairement à son père, a trouvé sa voie dans les livres et dans l’écriture. Le journalisme. Incompréhensible pour quelqu’un comme Maurice qui s’est échiné – avec succès – toute sa vie à agrandir ses terres en partant de rien. « Dès que les examens ont démarré, je me suis retrouvé seul pour travailler et tu m’as manqué. Je t’ai rien dit, mais c’était plus pareil. Et en 1989, après ton diplôme, lorsque t’as décidé de partir aux Etats-Unis avec les milliers d’autres jeunes de ton âge qui faisaient comme toi, j’ai bien cru que Sadie s’en remettrait jamais. »

Le dernier toast : Sadie, sa femme partie deux ans plus tôt. Un whiskey Midleton.

« Alors, tu veux la vérité pure et simple, fiston ? La raison pour laquelle je suis là à marmonner dans mon coin, c’est elle, ça t’étonnera pas. Je veux que ta mère revienne, voilà tout. »

Les pages dédiées à Sadie sont d’une beauté à couper le souffle, l’une des plus belles déclarations d’amour littéraires que j’ai pu lire. Elles parlent de la vie ensemble, de la vieillesse ensemble et de ce lient indéfectible qui tisse sa toile année après année jusqu’à vous faire dépendre de chaque respiration de l’autre.

L’histoire de Maurice, racontée en cette soirée de juin au bar du Rainsford House Hotel, est l’histoire d’une vie, la sienne, l’histoire de ses regrets, de ses joies, de ses peines. Derrière la silhouette de ce vieil homme de 84 ans, l’histoire de l’Irlande. Maurice ne s’apitoie jamais, il dit. Sa gouaille ne l’a pas quitté : excellent conteur, il vous fait traverser le siècle sans jamais vous lasser.

Ce roman je l’offrirai plus d’une fois : il m’a fait rire, pleurer, il m’a énormément touchée. Bravo, bravo pour la traduction, Claire Desserrey !

Monica.


COMME LES LIONS de Brian Panowitch / Actes Noirs Actes Sud.

Traduction: Laure Manceau.

Retour à Bull Mountain

…et c’est pas trop tôt ! Souvenez-vous du choc que le premier roman de Brian Panowich avait produit parmi les aficionados du roman noir : cette histoire à la Caïn et Abel au fin fond de la Géorgie, mettant en scène Clayton Burroughs, shérif d’une petite bourgade et sa famille, le clan Burroughs, bandits de père en fils depuis des décennies. La confrontation entre les deux entités de la même famille a été rude et la fin de Bull Mountain appelait une suite sans tarder.

Deux ans plus tard, la voici !

« Clayton allait prendre place face à Bracken et ses hommes, mais Mike le poussa discrètement du coude vers la chaise la plus imposante en bout de table. Il s’y installa, et le soulagement de ne plus avoir à se tenir sur sa jambe gauche se lut sur son visage. Ce qui échappa à tout le monde par contre, sauf à Mike, c’est l’étrange mélange d’émotions qui lui retournaient le bide. Il était assis sur la chaise qui avait appartenu à son frère Halford, et à son père avant lui. La même chaise depuis laquelle son grand-père Cooper avait dirigé l’empire Burroughs avant eux tous. »

Clayton est bien abimé lorsque nous le retrouvons dans ce deuxième opus : physiquement (sa jambe gauche le fera souffrir jusqu’à la fin de ses jours) et surtout psychologiquement. Il a un peu trop tendance à lever le coude et à force de ruminer il n’est plus qu’un fantôme pour Kate, sa femme, et leur bébé.

Si le début du roman m’a un peu inquiétée, je trouvais le rythme un peu trop lent et l’action longue à démarrer, ça s’arrange assez vite : qu’est-ce qui peut pousser à agir quelqu’un d’aussi indécis et affaibli comme Clayton ? Une intrusion depuis l’extérieur, un clan ennemi qui mettrait en péril non seulement les restes de l’empire Burroughs mais surtout sa famille, des innocents, sa descendance.

Rassurée : ça dégaine toujours aussi vite sur Bull Mountain et, même d’outre-tombe, les Burroughs disparus ont encore leur mot à dire. C’est sec, sans pitié et, ma foi, assez sanglant !

Seul regret : j’aurais vraiment aimé que Kate occupe une place plus importante : on sentait depuis Bull Mountain qu’elle en avait sous le pied et ça se confirme dans Comme les lions. Que dis-je ! elle mériterait un roman rien que pour elle !

Tout ce beau monde existe en France grâce à la traduction de Laure Manceau !

Monica.

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