Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Marie-Laure (Page 1 of 7)

DES LENDEMAINS QUI HANTENT d’Alain Van Der Eecken / Rouergue Noir.

Nous sommes à la veille des vacances de Noël et des fêtes associées. Deux jeunes s’introduisent dans une école maternelle armé jusqu’aux dents, et tuent une institutrice et un petit garçon. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis, témoins une fois de plus d’une tuerie de masse, mais dans une petite ville de Bretagne. 

Je ne lis presque jamais les 4èmes de couverture, et là encore je n’ai pas dérogé à cette règle. Du coup, quand j’ai commencé ce roman, ma première impression a été de dire : « encore un meurtre d’enfant, une explosion de famille, je n’en ai pas envie ! ». Et bien c’est tout le contraire qui s’est produit.

Oui c’est une histoire très dure, avec une fois de plus, la disparition d’un enfant. Mais Alain Van Der Eecken ne cherche pas à nous apitoyer. Il nous donne la perspective du père de ce gamin, Martial, qui est greffier au tribunal de cette petite ville. Nous décortiquons cette histoire, cette enquête au travers des yeux de ce père, mais aussi de cet officier de justice. Et quel coup magistral ! On est à la fois ému et triste pour cette famille mais aussi témoin de la mise en marche de cette énorme machine judiciaire, des petits arrangements, des coups bas, des négociations entre chacun.

Martial cherche à comprendre ce qui s’est passé et nous sommes sur le fil du rasoir entre cette quête de vérité et la vengeance sous-jacente qui porterait une lueur d’espoir au travers de cette souffrance d’un père orphelin. 

Chaque personnage a ses propres failles, et avance dans une atmosphère de fin du monde, avec des tempêtes, et le naufrage de l’Erika en arrière-plan. Chacun ressent une certaine détresse, une confusion qui les font interagir entre eux, et rendent cette histoire profondément humaine et émouvante. 

Vous l’aurez compris, j’ai été très touchée par ce livre, son histoire bien sûr, mais surtout son style et sa narration qui le rendent  vibrant. Vous tournez les pages, entrez dans cette histoire, prenez part aux combats de chaque protagoniste contre les souffrances de la vie, contre leur destin, et vous continuerez à l’avoir en tête longtemps après l’avoir refermé.

Superbe ! 

Marie-Laure.

THE CRY de Helen Fitzgerald / EquinoX/Les Arènes.

Traduction: Alexandre Civico.

Alistair et Joanna sont un jeune couple vivant en Angleterre. Ils viennent d’avoir un bébé Noah, et partent pour l’Australie, retrouver la famille d’Alistair. Ce voyage doit aussi servir à ce jeune père afin qu’il récupère la garde de sa fille ainée Chloé.

Le voyage en avion est long, Joanna est malade et Noah est un jeune bébé qui dort peu et pleure beaucoup. Joanna est épuisée et n’a pas beaucoup d’aide pour s’occuper d’un jeune enfant. On sent dès le vol une grande fragilité dans cette jeune mère, l’arrivée de cet enfant l’a profondément déstabilisé et elle lutte pour s’en sortir et être une bonne mère qui fait peu d’erreur, est à l’écoute, calme et épanouie comme la bonne société l’exige.

Noah finit tant bien que mal par s’endormir, mais, malheureusement, il ne se réveillera jamais. 

Nous nous retrouvons donc face à un jeune couple, qui perd son nourrisson. La perte d’un enfant est probablement une des pires choses qu’il puisse arriver. La mère est jeune et inexpérimentée, elle est maladroite, naïve et influençable et fait entièrement confiance en son conjoint pour prendre les décisions et diriger leur vie. Alistair, lui, est un jeune homme influent. Il est chargé des relations entre le parti travailliste et la presse, et il a toutes les qualités requises pour cela : il est sûr de lui, souriant, séducteur, arrogant, égocentrique menteur et manipulateur. Le portrait n’est pas très flatteur mais ce sont des aspects de sa personnalité qui trouvent toutes sa place dans son travail. Dans sa vie privée, elles peuvent, par contre, être à double tranchant.

Nous sommes sous le soleil écrasant d’Australie, des feux de brousse menacent, tout est fait pour créer une atmosphère écrasante et stressante. Ce contexte sert l’histoire, donne encore plus de puissance à la pression ressentie par chaque protagoniste. C’est un véritable thriller psychologique où chaque personnage est à la fois « Victime, Sauveur et Persécuteur ».

Nous sommes entraînés avec Alistair et Joanna dans une sorte de spirale infernale, où tout se déroule dans une suite logique qui mène à une conclusion à laquelle on peut s’attendre dès le départ.

Donc pas de grande surprise mais une écriture facile à lire qui permet ainsi de tourner les pages sans vraiment s’en apercevoir. En un mot, pas LE grand Roman de 2020, mais qui permet sans aucun doute de passer un bon moment pour les amateurs de thriller psychologique.

Marie-Laure.

MAUVAISE GRAINE de Nicolas Jaillet / La Manufacture de livres.

Dans Mauvaise graine, Nicolas Jaillet nous conte l’histoire de Julie, trentenaire, institutrice, en apparence bien dans sa peau et dans son époque. C’est une maîtresse moderne, qui une fois la porte de sa classe fermée, retrouve ses copines, fait la fête, boit jusqu’à ne plus se souvenir de sa soirée, bref, qui n’a de compte à rendre à personne et le vit très bien. Jusqu’au jour où …

Où elle se retrouve enceinte. Mais de qui ? C’est LA question, car elle a beau être libre, et passer des soirées arrosées, dans son souvenir, il y a bien longtemps qu’elle n’a pas fini sa nuit avec un homme. Et de là, on attaque un second roman, complètement barré où tout part en cacahouète ! Le bandeau de couverture fait référence à Kill Bill, héroïne féminine qui se bat par vengeance. S’il faut une référence à Tarantino, je partirai davantage sur Une nuit en enfer dont il est co-scénariste, et pour lequel, à un instant du film, tout bascule. 

De la même façon, on se retrouve dans un univers parallèle où notre héroïne se découvre de supers pouvoirs et va s’en servir pour comprendre ce qui lui arrive et donner une nouvelle orientation à sa vie.

C’est l’histoire d’une jeune femme de notre époque, qui doit répondre à certaines contraintes, à certains diktats de notre société envers les femmes. Sa jeunesse lui permettait jusque-là de s’en affranchir et de laisser libre court à sa fantaisie et sa liberté. Pour autant, l’histoire la rattrape et elle doit faire des choix : rentrer dans le cadre défini pour elle ou s’assumer et reprendre en main sa vie et ses opportunités.

L’écriture va tout à fait avec l’histoire. Ce sont des phrases courtes qui construisent des chapitres brefs, ce qui permet de donner un certain rythme à l‘histoire. Le tempo est là, agrémenté d’un humour féroce mais présent tout du long. Tout comme au cinéma, nous sommes plongés dans la bataille. Julie nous communique son énergie, des bagarres aux scènes de sexe, rien ne nous est épargné, tout est minutieusement détaillé pour nous jeter au cœur de l’action.

Grinçant, et ça fait du bien !

Marie-Laure !

REPRÉSAILLES de Florian Eglin / Editions de la Baconnière.

 « L’homme a besoin de ce qu’il a de pire en lui s’il veut parvenir à ce qu’il a de meilleur ».

Une famille suisse, Tom, le père, Adèle la mère et leurs deux filles April et Lucie, sont en vacances en Corse. Ils rejoignent leur premier lieu de villégiature dans l’île en pleine nuit. Et la nuit, les routes corses sont loin d’être tranquilles. Le hasard leur fait croiser la route de véritables monstres, des tueurs sanguinaires. Que faire ? La décision prise par Tom modifiera à jamais le cours de leur vie. Sous fond de mafia corse, de vendetta,  nous voilà plongés dans une histoire de représailles, une histoire de famille, où l’amour que se portent les protagonistes n’a d’égal que la haine entre les autres et la violence inouïe dont va faire preuve chaque personnage.

Que sommes-nous prêts à faire pour protéger ceux que l’on aime ?

Les femmes occupent une place importante dans ce roman, elles sont la force qui permet aux hommes d’avancer et de donner un sens à leurs actes. Elles sont tout aussi violentes, mais leur but est souvent différent. Chaque action est justifiée par le souhait de sauvegarder sa famille, ses enfants, elles reprennent la main pour rattraper les erreurs commises par les hommes. L’instinct de protection les guide et génère une brutalité tout aussi exacerbée que celle produite par les hommes. Nous sommes dans une guerre. Qui sera vainqueur ? Les assaillants qui s’attaquent à ce que toute femme protège, son cadre, ses amours, sa sécurité, ou bien justement, ces mères, ces amantes, ces coéquipières, qui sont prêtes à tout pour réduire en poussière ces monstres barbares.

Vous l’aurez compris, ce livre est extrêmement violent, avec un langage très cru, à ne pas mettre entre toutes les mains. L’histoire va en fait très vite dès le départ. La confrontation initiale entre Tom et ses poursuivants met la petite famille sur une sorte de rail qui les conduit inexorablement vers le dénouement. Aucune sortie de route possible, aucune option b. Le choix a été fait, il faut l’assumer et continuer d’avancer comme on le peut, avec les quelques atouts que l’on a entre nos mains.

Pas de demi-mesure possible en ouvrant ce livre. Ayez l’estomac bien accroché et plongez dans ce thriller très noir, implacable et brutal, il ne vous laissera pas indifférent.

Marie-Laure.

TU ENTRERAS DANS LE SILENCE de Maurice Gouiran / Jigal.

1916. La guerre s’est enlisée sur le front, personne ne croit plus à une fin rapide dans ce conflit. Les hommes souffrent, meurent, la France a besoin de sang neuf pour aider ses propres soldats. Le tsar Nicolas II envoie donc des hommes pour nous aider à combattre sur notre front.

Maurice Gouiran, avec ses talents de conteur, nous raconte l’histoire de ces hommes, venus de la lointaine Russie, pour participer à cette guerre et aider l’armée française.

Ils se sont enrôlés pour des raisons personnelles, pour fuir la prison, la misère, par idéal patriotique voire par vengeance. Mais peu se sont engagés pour servir le Tsar qui a envoyé ses hommes dans une guerre effroyable dont beaucoup ne reviendront pas.

Pour l’heure, ils débarquent à Marseille sous les hourras de la foule, mais le but n’est pas de s’attacher trop à cette ville et ses habitants, ils doivent vite repartir pour le front.

Nous suivons ainsi une poignée de soldats pendant leur périple sur le front de l’est. Les mois passent et la rumeur de la révolution russe arrive jusqu’à ces hommes engagés sur un autre front que le leur, aux ordres d’un tsar qui a perdu son pouvoir. Ils ont tous en mémoire la révolution échouée de 1905 et commencent à avoir le cœur plein d’espoir pour cette nouvelle tentative de renverser le pouvoir.

Mais que faire en étant si loin ? Continuer de se battre pour survivre à cette guerre effroyable, rester aux ordres de ces généraux qui les maltraitent ou renverser la table ?

C’est un roman sur la perte des illusions et des rêves que l’on peut avoir à 20 ans. La folie à laquelle ils sont confrontés va s’enraciner dans leurs cœurs, dans leurs têtes et changer leurs vies à jamais. Ils vont connaître la fraternité, l’entraide dès le départ de Moscou et plonger ensemble dans la souffrance, le mal du pays et bien sur l’horreur. La naïveté et la fraîcheur qui les caractérisaient seront vite balayées une fois confrontés à la guerre. Leurs priorités, leurs idéaux ne seront plus les mêmes. Comment survivre après avoir connu les champs de bataille, comment continuer à avoir de l’espérance en la vie, à avoir un projet, à espérer en un avenir

Nul n’en sortira indemne, tant physiquement que moralement. Maurice Gouiran nous offre ainsi un grand roman, sur fond historique, qui restera longtemps dans votre tête après l’avoir lu, sur le sacrifice de toute une génération, le don de soi, de sa personnalité et de ses valeurs.

Marie-Laure.


TEL PERE TELLE FILLE de Fabrice Rose / Robert Laffont.

Fabrice Rose est un ancien braqueur, qui a fait la promesse à sa fille de ne pas récidiver. Il s’est donc tourné vers l’écriture et nous offre un premier roman dont le fond est très proche de sa propre vie. 

C’est l’histoire d’Alex, jeune artiste parisienne, fille d’un braqueur en cavale, qui se retrouve mêlée malgré elle à une histoire rocambolesque et sanglante. Son petit ami, Ludo, jeune anarchiste se retrouve dans les locaux de la PJ en même temps qu’un terroriste confirmé. Ni une ni deux, Ludo profite de l’agitation ambiante pour s’enfuir par la fenêtre et voler au passage un sac contenant 120 000 euros : l’argent récolté par le groupuscule islamiste pour financer leurs actions. 

Ludo aurait mieux fait de s’abstenir, et encore plus de planquer l’argent chez Alex, qu’il mêle malgré elle à cette histoire. Elle qui ne rêve que d’une vie de bohème, entre son art et ses amis se retrouve au milieu d’une vendetta sanglante entre des fanatiques, et des truands.

S’en suit une cavalcade rocambolesque où chaque protagoniste est à la recherche de cet argent. On croise une multitude de personnages : des skinheads, des islamistes enragés, des gangsters à l’ancienne hauts en couleur, un tête de brique, en référence à Snatch, aussi fou que celui du film, des enragés, et des opportunistes. 

La narration se place systématiquement à la place du personnage que l’on suit.  L’histoire est ébouriffante et du coup assez drôle. Les personnages, parfois tellement burlesque que l’humour permet de prendre le contrepied de l’histoire.

Malheureusement, je n’ai pas réussi véritablement à entrer dans cette aventure. Le style de l’écriture ne m’a pas emportée et je suis restée spectatrice de l’histoire que je lisais. Je n’ai pas réussi à passer ce cap. Comme quand on lit une BD, il faut que les dessins vous parlent et accompagnent l’histoire, ils servent celle-ci. Dans un roman, ce ne sont pas les dessins mais le style qui doit avoir un ton qui vous transporte. Ce positionnement est totalement subjectif, je le reconnais volontiers. 

Je vous laisse donc juger par vous-même, nul doute que certains sauront être emportés, quant à moi je suis malheureusement restée à côté…

Marie-Laure.


LES NAUFRAGÉS HURLEURS de Christian Carayon / Fleuve.

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Christian Carayon, après son précédent roman “Torrents”, paru en 2018. « Les naufragés hurleurs » est en fait une réédition de 2014 paru aux éditions Les Nouveaux auteurs.

Cette fois, nous remontons le temps jusqu’en 1925. Martial de la Boissière est un homme qui vit reclus, il ne sort que pour enquêter seul, pour le compte d’une société secrète le Cercle Cardan. Un jour, il apprend avec stupéfaction la mort de son ami d’enfance Alain Monsignac lors d’un naufrage. Il n’était pas seul sur le bateau, il était avec sa belle-mère Madame Lestage. Mais Martial ne croit pas à un accident. Alain était un navigateur chevronné qui n’aurait jamais commis les erreurs qui ont conduit à cette noyade.

Il part donc pour l’île de Bréhat, rencontrer la famille Lestage et enquêter afin de réhabiliter le nom de son ami. Nous parcourons donc cette île sauvage, mystérieuse, qui fait la part belle à la sorcellerie. L’île est un personnage à part entière avec sa lande, sa mer agitée et ses habitants qui vivent reclus. 

Christian Carayon nous offre un roman plein de charme et d’émotions. L’enquête est menée comme dans un roman d’Agatha Christie avec souvent une corrélation entre Martial et Hercule Poirot. Nous sommes dans un huis-clos sur cette île, avec une ambiance de fin du monde lors des tempêtes hivernales qui secouent la lande et les côtes escarpées. Chaque protagoniste a des secrets que Martial se fera fort de débusquer. 

Ce livre est fait pour les amateurs d’enquêtes à l’ancienne, la comparaison avec Agatha Christie et son détective légendaire n’est probablement pas fortuite. Mais ce qui porte avant tout ce livre, c’est la qualité d’écriture qui permet de transcrire tout le charme de cette magnifique île bretonne.

Très beau.

Marie-Laure.


FEU LE ROYAUME de Gilles Sebhan / Rouergue Noir.

“Feu le Royaume”. Il s’agit du troisième volume d’une série commencée par « Cirque mort » puis poursuivi avec « La folie Tristan ».

Et avec ce 3ème opus, je ne peux que vous inciter à plonger dans cette série assez originale.

Dans ce volume, nous retrouvons les personnages des précédents, notamment  Dapper, flic, toujours en proie à ses démons. Il a retrouvé son fils, perdu son père sans le connaître et vit sa vie de couple comme spectateur. Marcus Bauman, psychopathe violent, le tient pour responsable de son arrestation, et lorsqu’il s’échappe de prison, il n’a qu’une seule idée en tête, se venger. Et la vengeance pour Bauman ne peut ne caractériser que par un carnage, un bain de sang.

Le rapport entre l’enfance et le monde des adultes continue d’être exploré avec de longs passages décrivant Théo, le fils de Dapper et Ilyas ce jeune garçon interné et étrange que l’on a découvert auparavant. Une relation est née entre ces deux garçons qui va se poursuivre dans ce tome, cet attachement assez inexplicable est d’autant plus fort qu’ils se retrouvent dans le reflet de l’autre. De même on explore une autre phase de la folie, celle d’un tueur sauvage que rien ne peut arrêter.

Je ne peux raconter trop l’histoire au risque de vous spoiler. Je m’attacherai donc à vous convaincre, ou pas, de lire ces livres par la qualité d’écriture de Gilles Sebhan tout d’abord. L’histoire est sombre, les personnages assez mortifères, mais pour autant, chacun d’entre eux essaie de se débattre avec les quelques ressources à leur portée, l’amour, la compassion, la croyance en leur propre force, aucun n’est vulnérable, chacun à sa façon fait preuve d’une volonté et d’une puissance inouïe. L’ambiance est toujours autant oppressante, tendue. L’enquête, car il s’agit bien d’un thriller, est bien menée, avec des retournements et de l’angoisse. Et l’écriture est splendide, noire, poétique elle vous porte au fil des pages et c’est elle qui vous permet de tourner les pages malgré la sensation parfois d’étouffement.

Les amateurs de thriller psychologique seront conquis.

Marie-Laure.


CINQ CARTES BRÛLÉES de Sophie Loubière / Fleuve noir.

La vie de Laurence est une longue suite de frustrations et de solitude. Elle naît et vit à St Flour et travaille à Chaudes-Aigues petite ville du Cantal dans un environnement assez austère. L’arrivée de cet enfant dans le foyer chamboule tout : son frère a du mal à accepter cette petite sœur qui prend sa place, et le couple de parents vole en éclat quelques années plus tard. Pour Laurence il s’agit là du grand malheur de sa vie, elle qui aimait son père d’un amour absolu, ne pourra plus le voir, partager sa vie. Elle se retrouve alors dans une solitude immense, entre une mère aigrie et un grand frère tyrannique. Elle sombre petit à petit, se réfugie dans la nourriture qui lui permet de se constituer une enveloppe qui la coupe certes du monde, mais la protège également.

C’est l’histoire d’une souffrance qui se transforme en folie. On sait, dès les premières pages que cela ne peut que tourner au drame, mais sous quelle forme, quel chemin va être suivi petit à petit pour en arriver là ? 

« Laurence Graissac était, depuis le premier jour de sa naissance, une bombe à retardement »

Son frère l’écrase, sa mère la rend responsable de ses propres malheurs, et au milieu Laurence doit avancer tant bien que mal. Elle voudrait s’échapper de ce monde, de cette famille, vivre sa vie sans aucune dépendance, en totale liberté. Mais en est-elle capable, peut-elle réellement couper les ponts et ne plus se préoccuper de sa mère et surtout de son frère, qui reste son pilier, son appui malgré les quolibets dont il l’afflige?

Sophie Loubière nous offre une illustration de ce que des traumatismes subis dans l’enfance génèrent dans une famille et dans une vie d’adulte. La manipulation est présente tout du long du roman, mais on en vient à se poser cette question : qui manipule qui, qui sous justificatif de sa douleur insuffle encore plus de souffrance aux autres ?

 « Pour les autres, l’important, c’est ce qu’ils font de nous, pas ce que nous sommes. » 

L’atmosphère du roman est très sombre, à l’image de ce coin du Cantal pendant l’hiver : rude, âpre, mordant. La solitude en est le fil conducteur, on peut l’apprécier, la chercher mais elle devient parfois lourde à porter et il faut une grande force pour l’apprivoiser et que ce ne soit pas elle, qui au bout du compte, emporte tout et nous écrase. 

Marie-Laure.



LA FUREUR DE LA RUE de Thomas H. Cook / Le seuil.

Streets of fire

Traduction: Philippe Loubat-Delranc.

1963. Ville de Birmingham, Alabama. Le corps d’une petite fille noire est retrouvé, violée et assassinée. Le sergent Ben Wellman est chargé de l’enquête.

Le contexte, pendant ce printemps-été 1963 n’est pas simple, historiquement il est appelé « la campagne de Birmingham ». Il s’agit de manifestations organisées par l’association américaine pour les droits civiques. Le but étant de réveiller l’opinion publique et mettre fin à la ségrégation. Le mouvement fut mené, entre autres, par Martin Luther King que nous croisons dans ce roman.

Ben Wellman doit enquêter tout en surveillant les discours de Martin Luther King. La situation est tendue. Les responsables de la police et de la mairie souhaite que l’enquête aille jusqu’à son terme, que Ben Wellman ne considère pas ce meurtre comme un de plus au sein de la communauté noire. Mais tel n’était pas son intention. La difficulté, c’est de se faire accepter dans ce travail par ses collègues qui ont un profond dédain, une haine pour les afro américains. Nous sommes en Alabama, état le plus ségrégationniste des Etats-Unis. Et il faut également se faire accepter dans la communauté. Les habitants de ce quartier ne voient pas d’un très bon œil un policier blanc venir les interroger, pour eux, c’est une figure de l’autorité répressive qui se fiche pas mal de trouver le vrai coupable. 

La situation est explosive. La ville est parcourue tous les jours de manifestations pacifiques mais violemment réprimées, à coups de canons à eau, avec des arrestations en masse. 

Thomas H Cook tisse finement une toile entre son histoire policière et l’Histoire de cette époque. Chaque évènement est lié, chaque personnage, réel ou fictif apporte une lumière à cette période difficile mais ô combien importante pour la cause des noirs aux Etats-Unis. On vit l’agitation au travers des yeux de ce flic qui comprend que le monde est en train de changer, et il souhaite participer à ce mouvement à sa façon, rajouter sa pierre à l’édifice. Il ne se démonte jamais, avançant pas à pas, avec comme point de mire, trouver l’assassin de cette petite fille au même titre que si elle avait été blanche et rendre leur dignité humaine à tous ces laissés pour compte.

Roman qui reste présent dans votre tête, longtemps après avoir lu la dernière page.

Marie-Laure.


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