Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Chroniques (page 2 of 76)

BANLIEUES PARISIENNES / Asphalte.

Sous la direction d’Hervé DELOUCHE. Avec des textes de Guillaume BALSAMO, Timothée DEMEILLERS, Marc FERNANDEZ, Karim MADANI, Cloé MEHDI, Patrick PÉCHEROT, Christian ROUX, Jean-Pierre RUMEAU, Anne-Sylvie SALZMAN, Insa SANÉ, Rachid SANTAKI, Anne SECRET, Marc VILLARD.

Nyctalopes a proposé jusqu’ici un certain de nombre de chroniques de romans issus de la collection « Fictions « d’Asphalte. L’éditeur développe également depuis ses débuts « Asphalte Noir », des recueils de nouvelles noires inédites invitant à la découverte d’une ville ou d’un territoire, sous la plume d’auteurs locaux. Après Paris Noir, Marseille Noir, Haïti Noir, Bruxelles Noir… on revient en France avec cette nouvelle destination : Banlieues parisiennes Noir. C’est le prolongement au-delà du périphérique de Paris Noir paru en 2010, qui constituait le premier volume de la collection.

Dans l’introduction d’Hervé Delouche, il y a une très intéressante référence à un ouvrage de géographie humaine, un carnet de voyage, publié il y a 30 ans : Les Passagers du Roissy-Express, par François Maspero et la photographe Anaïk Frantz. S’arrêtant à chacune des stations du RER B, reliant au nord-est l’aéroport Charles-de-Gaulle et au sud-ouest, Saint-Rémy-lès-Chevreuse, (la ligne B du RER et ses ramifications traversant une partie aussi minime soit-elle de tous les départements de l’Ile-de-France, 75, 77, 91, 92, 93, 94 et 95), les auteurs entreprirent d’aborder la vraie vie des habitants d’un territoire kaléidoscopique, protéiforme, engagé dans une transformation historique, au point de vue urbanistique, économique et sociologique. En 2019, le collectif d’auteurs réunit dans ce recueil ne fait probablement pas autre chose en nous proposant des instantanés en provenance de la petite Couronne et au-delà, instantanés qui disent quelles sortes d’existence cabossée et de trajectoire accidentée strient les zones sombres ou simplement périphériques du regard que nous portons sur les banlieues parisiennes. déjà bien orienté par nos préjugés et la méconnaissance. Ne l’oublions pas, il s’agit de textes noirs et leurs auteurs n’ont pas été convoqué ici pour démériter. Parmi eux,  les vétérans du genre ne déçoivent pas et les nouveaux venus, non plus.

Témoins de leur temps, les auteurs (pour certains ancrés dans le territoire qu’ils utilisent) ont forcément un pied dans une réalité déjà arpentée par d’autres, médias, films, séries. Les banlieues comme territoires,  « rintés » ou « terters » de criminels, de caïds, de réseaux, de trafics, de substances, cela ne surprendra personne. Et les « bonnes » banlieues (qui ne méritent plus par conséquent leur adjectif manichéen), à l’ouest, ou plus profond au sud, ne sont pas épargnées, cette fois. Les banlieues comme réacteurs à fusion ou fission de l’histoire migratoire, cela n’étonnera pas non plus. La différence, par rapport à 1990 peut-être, c’est que d’autres populations sont arrivées dans le paysage, en provenance d’Europe centrale ou balkanique, d’Afrique subsaharienne. Elles vivent aussi la relégation, dans les interstices concédés, en dehors de la ville-centre, Paris, qui leur oppose ses barrières mentales, culturelles et financières. Des auteurs n’oublient pas de creuser le mille-feuille historique des lieux qu’ils veulent raconter. Dans les ruines de la banlieue ouvrière ou « villageoise » poussent, comme le lierre, des histoires toujours douloureuses. On y a brisé des hommes autant que des sociabilités, des usines et des rêves. Brutalité, révolte, cruauté, renoncement, tragédie sont au rendez-vous pour ces personnages de l’ordinaire alignés dans 13 histoires qui portent la griffe particulière de leurs auteurs. Pas question d’établir un palmarès dans cet ensemble de fort bonne tenue. Les angles, nuances, sensibilités apportés par les auteurs atteindront des lecteurs tous différents.

Pour peut-être sortir de ces généralités, j’oserai évoquer deux textes en particulier.  Il y a dans Métamorphose d’Emma F. de Christian Roux une effarante  et jubilatoire férocité. La vengeance, ô combien cruelle d’Emma, c’est la revanche d’une reléguée : géographique (elle habite à Mantes-La-Jolie), socio-économique (elle est boniche à Paris et fait l’A/R quotidien), physique également (elle est obèse et n’incarne en rien le stéréotype de la Parisienne élégante et désirable que produit ce centre aisé, médiatisé, puissant, donneur de ton culturel et artistique, avec une violence et un mépris tranquilles).  La transgression d’Emma c’est de rappeler que ce clinquant peut se noyer rapidement : le même fleuve qui arrose la Ville-Lumière peut devenir sordide Seine de crime quelques méandres plus à l’ouest.

Beaucoup plus intimiste, dérangeant d’une autre manière, le texte Martyrs obscurs d’Anne-Sylvie Salzman évoque le mauvais voyage retour dans le passé, dans un lieu plus inattendu que d’autres mais qui néanmoins appartient à ce vaste ensemble des banlieues, le vallon d’Arcueil, sous son viaduc, à 2 km au sud de la Porte d’Orléans. C’est là une leçon du texte ; partir de sa banlieue, laisser derrière soi une part de sa vie, c’est possible.  Mais pas pour tout le monde : ce qui reste, ceux qui restent, le bâti et les humains, peuvent y sombrer et y pourrir.

Paotrsaout

UNE FLÈCHE DANS LA TÊTE de Michel Embareck / Editions Joëlle Losfeld / Gallimard.

Toutes sortes de canards se télescopent dès les premières pages et nous résument au passage la biographie de Michel Embareck. Il y a bien sûr les canards de papier qui nous rappellent d’emblée que Michel fut l’un des meilleurs critiques rock de ce pays avant de bifurquer vers les faits divers et la chronique judiciaire. Et puis il y a les autres, les vrais (comme l’Ouest du même nom), élégants de la plume et gras du foie, ceux de l’Hôtel Peabody en l’occurrence, connus pour être l’une des grandes attractions de Memphis, Tennessee, lorsque chaque soir ils quittent la fontaine de la réception pour rejoindre en ascenseur leurs appartements situés sur les toits de l’établissement.

On l’aura compris, c’est à un road-trip américanisé que nous convient un père, ancien flic des renseignements généraux français, et sa fille qu’il retrouve après des années de contact en pointillé. Chacun y trouvera de quoi clore un chapitre mais sans vraiment faire route commune. Avec leurs souvenirs respectifs en dommages collatéraux filigranés, ils entament un périple entre réconciliation impossible et solitudes antinomiques. L’une tait des cicatrices amoureuses toujours purulentes, l’autre transporte un mystérieux violon et plie sous le joug de migraines à répétition. Et du coup, même si cela n’a strictement rien à voir, on pense au thème d’Un funambule sur le sable, le roman de Gilles Marchand (Editions Aux Forges de Vulcain) et à son personnage affublé d’un violon dans la tête, juste pour cette conjugaison de méchantes céphalées et d’instrument à cordes sensibles embarqués de concert (c’est le cas de le dire) dans une improvisation bleue en trois accords majeurs.

Dès la sortie de Memphis, père et fille enquillent bien sûr la Route 61. Et ainsi de suite défilent toutes les crèches mythiques du blues, devenues clichés de cartes postales et spots pour touristes en goguette. On croise le fantôme de Robert Johnson pour une autre vérité vraie jurée crachée sur l’acte de naissance de la Musique du Diable, quelques relents sudistes pugnaces, des tables épicées aux couleurs locales, d’autres voix tutélaires, Lucille Bogan, Muddy Waters, Sonny Boy Williamson, John Lee Hooker… On se laisse guider en somme, au gré des étapes et des crossroads. Mais si la route file doux (« La glissade de la voiture au long des lignes droites lui semble un parfait toboggan vers l’oubli. »), comptez sur l’écriture pour faire tanguer le voyage.

« Jamais il ne comprendra pourquoi la vie prend plaisir à se maquiller en traînée pour offrir l’illusion qu’il existe un refuge à l’écart de son flot de pourriture toxique, de mensonges quotidiens dont il a été le témoin rémunéré avant d’en payer par ricochet la facture. »

Grand maître de la phrase qui vous gifle en fin de paragraphe, Michel Embareck enchaîne couplets mélancoliques (mi), refrains sucrés-salés (la) et shuffle syncopé (si) en une harmonie tonale parfaitement calée sur le rythme ternaire de toute la musique qu’il aime, elle vient de là, etc…

Un livre bien accordé, à écouter au stéthoscope.

JLM


GRISE FIORD de Gilles Stassart / Rouergue Noir.

Gilles Stassart nous amène en voyage à Amarok , « communauté de 1500 habitants, au bout de l’île de Baffin », dans l’archipel arctique canadien. Il ne s’agit pas d’un simple voyage touristique mais bien d’une plongée  au cœur du pays des Inuits, de leur culture et de leurs croyances.

Ce roman est celui de ce peuple mal connu, de ce pays où la vie est dure, où les règles ancestrales qui régissaient ce monde glaciaire sont vouées à disparaître sous l’avancée inexorable du monde occidental.

L’hégémonie de notre culture, de nos besoins, écrase ce monde polaire, contraignant les habitants à changer leur mode de vie et à abandonner leurs traditions. Pour nous conter ces bouleversements, Gilles Stassart nous dresse le portrait d’une famille, celle de Jo et Maggie et de leurs deux fils  Guédalia et Jack.

Jo a subi de plein fouet cette intrusion des pays soi-disant développés, il a abandonné la chasse, les courses en traineau pour aller travailler dans une mine. La ville s’est construite de toute pièce autour de cette nouvelle économie, avec une école, un magasin vendant des produits occidentaux, une église, pour ce peuple qui avait ses propres dieux.

Ses deux fils appréhendent cette modernité de deux façons différentes : l’un ne veut pas tirer un trait sur cette culture et veut la sauvegarder telle quelle quand le second choisit de l’analyser et de la relier à la culture occidentale, de construire un pont entre elles deux.

Cette famille va se déchirer, mais pour mieux se retrouver face à l’adversité.  Cette histoire nous interroge sur notre mode de vie qui bouleverse les confins les plus éloignés de notre planète, notre mode de consommation, détruit cette terre froide et le peuple qui l’habite. Aucun jugement n’est porté tout au long du livre, seulement des constats, des faits bruts qui nous montrent comment nous colonisons toute la planète en imposant notre mode de vie, au détriment de la nature et des hommes qui l’habitent.

Ce livre est empreint d’une poésie  froide, glaciaire, mais qui vous touche par sa beauté. Mais cette histoire se mérite, il faut s’accrocher, se vider l’esprit afin d’être tout entier consacré à sa lecture. Elle est parfois difficile, déstabilisante, mais souvent magique et pleine de richesse. Le narrateur change à chaque chapitre, ce qui peut parfois désorienter, et justement, si vous n’êtes pas consacré à 100% à votre lecture, vous aurez du mal à vous y retrouver, à savoir qui parle, et du coup vous perdrez une part importante de la beauté de ce récit.

Il faut se laisser porter par le récit, se couper du monde et se laisser immerger par le froid, les émotions, la poésie et la générosité de ce peuple Inuit.

Marie-Laure

PRESIDIO de Randy Kennedy / Delcourt littérature.

Traduction: Eric Moreau.

Dorénavant, il faudra vraiment faire attention aux sorties de la toute jeune collection littérature de Delcourt. Agréablement surpris par “Au loin” de Hernán Diaz, je suis vraiment sur le cul avec ce “Presidio”, pas d’autres mots… Première oeuvre d’un Texan vivant à New York, le roman est un grand moment à chaque instant, un émerveillement à chaque paragraphe, un bonheur d’un peu plus de trois cents pages. Si vous goûtez nos choix en littérature ricaine, celui-ci vous fera vivre des heures extraordinaires.

“Après six années d’une drôle de vie menée au loin en solitaire, Troy Falconer retourne dans la petite ville où il a grandi. Il s’est tôt fait la promesse de ne jamais rien posséder et emprunte depuis la vie des autres : leurs portefeuilles, leurs valises, leurs costumes et leurs voitures… Pourtant, lorsqu’il apprend que la femme de son frère a mis la main sur le maigre pécule hérité du père, Troy met le cap sur New Cona (tableau miniature de l’Amérique rurale), bien décidé à aider son frère à retrouver l’argent. Ils embarquent alors dans un road trip chaotique à travers les paysages austères du Texas. Seul hic, une passagère non déclarée est à l’arrière de la voiture : Martha, une gamine qui n’a pas froid aux yeux et une idée fixe en tête, retrouver son père au Mexique. Les frères Falconer ne sont plus simplement recherchés pour un banal vol de véhicule, mais pour enlèvement…”

“Presidio” n’est pas un polar classique, pas un road trip d’une manière si souvent déjà lue. PRESIDIO plante un décor de motels glauques, de diners blafards, de relais routiers fantomatiques accueillant des solitudes qui, parfois, se croisent, se rencontrent, se racontent et sont racontées avec le talent du James Sallis de “la mort aura tes yeux”. Ces bouts de lettres rédigées par Troy et destinées à la police si jamais il lui arrive malheur font alterner le récit entre passé et présent nous permettant petit à petit de comprendre les raisons de ces fuites, celle de Troy en premier, celles de sa famille, des femmes aimées mais aussi de tous les autres losers magnifiques rencontrés, esquissés à un moment de leur vie. Des existences banalement tristes, tristement banales.

Le Texas, sans cowboys arrogants, une région à l’histoire partagée avec le voisin mexicain, le sable, la poussière, la chaleur terrible et tous ces fantômes dans ce décor lunaire où les routes désertes sous un ciel immense semblent être le seul lien avec l’humanité, la dernière chance d’un avenir moins triste. Randy Kennedy, j’en donnerais ma main à couper, est à l’aube d’une grande carrière: la plume, la musique, le décor, l’empathie, les personnages et surtout Troy… Tout est juste, beau et douloureux, à se flinguer sur la fin.

« Je suis incapable de vous expliquer ce qui s’est produit. Je sais juste qu’un matin, à mon réveil, le monde n’était plus le même, et que je n’ai pas retrouvé le chemin de celui que j’avais quitté. Je crois qu’il existe une porte de ce genre en chacun de nous, et que si on la laisse ne serait-ce que s’entrouvrir, il est très difficile de la refermer. »


Roman qu’on quitte la mort dans l’âme, le cœur brisé, les yeux explosés au bord des larmes, des images plein la tête, une grosse boule dans la gorge, la colère montant tout en se demandant  ce qu’on va bien pouvoir lire après ça…

Énorme.

Wollanup.

30 ANS DE CAVALE. MA VIE DE PUNK de Gilles Bertin / Robert Laffont.

Fin novembre 2016. Plusieurs titres de la presse française se font l’écho de l’issue d’une incroyable cavale, commencée trente ans auparavant : le Français Gilles Bertin se rend aux autorités de son pays. Depuis le printemps 1988, il était en fuite après avoir commis un braquage avec plusieurs complices, tous arrêtés depuis. Alors que le repenti risque 20 ans de prison, le procès de Gilles Bertin en juin 2018 se clôture par une condamnation à 5 ans d’emprisonnement avec sursis,  l’avocat général reconnaissant « le bon comportement de l’accusé ». Gilles Bertin revient sur son histoire peu banale et se raconte dans un récit publié en février 2019.

Il est peu de dire que cette histoire m’a, depuis sa révélation, proprement fasciné. Gilles Bertin était un des membres (son bassiste, chanteur et parolier) du groupe punk bordelais Camera Silens, formé en 1981. Comme d’autres formations (citons comme marqueur historique et émotionnel pour l’ado que je fus la compilation Chaos en France vol. 1 avec les Collabos, les Trotskids, Drei oklok, Blank, Decontrol, Komintern sect, Kidnap, Reich orgasm,  Sub kids, No class, Foutre et Snix), le groupe Camera Silens hurle la rage et la misère de son temps sur un rythme binaire violent, jouant dans les bars, les squats, les petites salles de concerts. Il rivalise avec une formation bordelaise qui connaîtra un autre destin, Noir Désir, participe à une émission des Enfants du rock puis enregistre un premier album, Réalité, en 1985. Dans leur refus destroy des conventions et d’une vie rangée, Gilles et ses copains errent, squattent, montent sur scène, se défoncent. L’alcool et le shit ne suffisent pas. L’héroïne entre en jeu. Elle prélèvera un lourd tribut. En parallèle à une vie de musicien qui ne le comble pas, Gilles Bertin se tourne vers le vol et le cambriolage pour alimenter sa toxicomanie et refuser le chemin du turbin. Après un séjour en prison pour un délit mineur et la rencontre de comparses déterminés, il décide de viser plus haut. Dans la région toulousaine, ils sont une dizaine (marginaux, artistes, squatteurs, militants d’extrême gauche, anciens membres de l’ETA) à monter le gros coup pendant des mois. Puis le 27 avril 1988, ils passent à l’action et, déguisés en gendarmes, braquent un dépôt de la Brink’s, sans tirer un coup de feu. Le butin : 11 751 316 francs (soit 1,79 million d’euros). Un temps, le braquage est attribué au grand banditisme. Tous les participants seront appréhendés dans les deux ans suivant le braquage, sauf Gilles, qui franchit la frontière espagnole et entre dans la clandestinité, abandonnant parents, compagne et enfant en bas âge. Pour certains, il ne les reverra plus jamais. Une fois passée la folie festive des premiers mois, Gilles comprend qu’il doit s’inventer une nouvelle vie. Il a plusieurs identités, rencontre une nouvelle compagne, espagnole, la musique le passionne, il tient une boutique de disques au Portugal, puis revient en Espagne et travaille dans un café.  Un de ces plus terribles combats a commencé : survivre. Le sida, vilain cadeau des années de shooteuse, progresse dans son organisme. Il louvoie avec son identité et sa situation légale, des traitements lui sont fournis qui le maintiennent en vie aux moments les plus désespérés. Pari sur la vie, Gilles Bertin et sa compagne ont un enfant en 2011. En sursis sur le plan physique, sur le plan moral et bien entendu sur le plan judiciaire, Gilles va comprendre qu’il doit se libérer de son passé, il ne veut plus vivre dans le mensonge et remet son destin, à 57 ans, entre les mains de la justice française.

Après les essais, les expos, l’usage banalisé du terme et de l’imagerie, leur pillage éhonté par les marques, le récit de Gilles Bertin redonne une vérité au punk en tant que révolte vécue au plus profond des tripes et à s’en fracasser le crâne. Ici, il n’y a pas d’imposture : accros à la musique, à la défonce, à l’adrénaline, la vie de Gilles Bertin et de ses compagnons des « années dingues » est destinée à finir dans le mur. Pour beaucoup, ce sera d’ailleurs le cas.  Pourquoi Gilles Bertin a-t-réussi à aller si loin ? Peut-être la lucidité et l’intelligence de comprendre la gravité de sa situation, de se trouver un autre but et de se construire une autre vie, bien fragile. Le courage d’arrêter la poudre avant qu’il ne soit pas trop tard (et pas complètement). L’heureux hasard d’avoir trouvé l’amour, des amis, des soutiens sur le chemin. Et de la de chance aussi. L’histoire de Gilles Bertin est celle de quelqu’un qui après des mauvais choix doit regagner le statut d’homme et ne plus vivre comme une ombre. Il est en train de le faire, il va réussir. C’est ce qu’on se dit sans doute en refermant les pages de cette extraordinaire aventure, racontée sans fioritures, dans le vif, et saupoudrée par instants d’une ironie aussi piquante qu’une iroquoise.

Le récit de Gilles Bertin est aussi un voyage dans la musique étalé sur trente ans (judicieuse idée que de placer une play-list en fin d’ouvrage). Les titres punk, rock, new wave, techno, grunge jalonnent le parcours de Gilles Bertin, musicien et vendeur de disques, et résonnent à travers les époques et les lieux : les provinces françaises (Bordeaux, Toulouse, Fumel, Orléans), l’Angleterre, l’Espagne. La bande-son est pleine de rage et de folie, de riffs, de beats et de loops. S’y intercalent, entre le B de Buzzcoks et le U de UK Subs, Killing Joke, La Souris Déglinguée, Mudhoney, les Ramones, les Sisters of Mercy et beaucoup d’autres, bien connus puisqu’ils appartiennent à la bande-son de votre propre vie, beaucoup plus banale et beaucoup moins dangereuse, il faut l’avouer.

« Pour la gloire ». « Espoirs déçus ». « Réalité ». Dans ces trois titres chantés il y a 30 ans par Gilles Bertin lui-même, comme les braises de la trajectoire hors norme d’un repenti du « No Future ». Un récit qui lessive proprement tous les certificats de jeunesse rebelle auto-décernés.

Paotrsaout.


VIENS VOIR DANS L’ OUEST de Maxim LOSKUTOFF / Terres d’ Amérique / Albin Michel.

Traduction: Charles Recoursé .

Auteur de nouvelles remarquées publiées dans la presse, il paraissait logique que Maxim Loskutoff, qui a grandi au Montana entre autres, publie son premier recueil en 2018 et soit traduit en français en 2019 dans la collection Terres d’Amériques qui ne s’est pas fait remarquer jusqu’ici par son manque d’à propos éditorial.

Avec le background annoncé, le titre aussi du recueil, les douze nouvelles rassemblées semblaient nous inviter à suivre un nouvel auteur dans l’Ouest américain depuis les origines jusqu’à nos jours. Mais passée la première nouvelle,  L’ours qui danse, loufoquerie posée dans le Montana en 1883, commence réellement la collection de textes de Viens voir dans l’Ouest marquée d’un même motif sombre, plus ou moins prononcé selon les histoires, à savoir l’existence, dans un futur proche d’une entité sécessionniste au cœur du continent américain, la Redoute (the Redoubt), aux limites vagues mais qu’on entrevoit vers l’Idaho, le Montana et l’Oregon. Au regard du nombre de survivalistes et de milices armées qui prospèrent dans certaines régions de ces Etats (rappelez-vous l’épisode de l’occupation milicienne du Refuge faunique national de Malheur dans l’Oregon en 2016) sur la base de théories du complot foisonnantes, d’un militarisme sans complexe et d’un constitutionnalisme tatillon, au regard également des fractures de l’Amérique contemporaine, le scenario n’est pas qu’une audace littéraire.

En remarquable contrepoint, les vies auxquelles s’intéresse Maxim Lostukoff sont ordinaires par leur solitude, leur amertume, leur fragilité et leurs défaites. L’existence de la Redoute est comme un orage qui menace à l’horizon, quelque de chose de pesant et nécessaire, un soulagement en même temps qu’un événement sans lendemain. Parfois, ce n’est qu’un roulement de tonnerre épisodique. Parfois l’orage vient jusqu’à vous et ne vous épargne pas. Les personnages dispersés autour et dans la Redoute sont usés, ils ont peur, ils sont en colère, ils connaissent les affres de l’amour et les inévitables blessures que celui-ci apporte. Quelque chose ne va pas ou plus dans leur vie. Ce quelque chose est souvent quelqu’un. Ils essaient de se rattraper à quelque chose d’autre. Une mère doit faire rempart dans sa communauté pour protéger ses enfants parce que leur père est parti affronter les forces fédérales (Papa a prêté serment). Une femme au foyer se prend d’une obsession meurtrière contre un arbre dans son jardin (Comment tuer un arbre). Un charpentier au chômage rejoint la milice après que sa femme l’a quitté. Et bascule dans l’auto-apitoiement quand les premières frappes aériennes anéantissent son bled (Trop d’amour). Un ancien soldat élève la fille d’un camarade tombé au combat dans le bunker de survie sous une ferme abandonnée et a grâce à elle de sinistres projets pour continuer la lutte (Récolte).

Que l’énumération ne trompe pas : les nouvelles de Maxim Lokustoff nous plongent dans un Ouest sans romantisme, une contrée dure,  propice à l’isolement et aux rêves de nouveaux départs mais les personnages, qu’il nous donne de façon très vive, ne sont pas tous directement concernés par l’existence et les péripéties de la Redoute. Leur portrait psychologique prend le dessus et nous rapproche de dissections répandues dans la littérature contemporaine au sujet du couple en crise et de la famille.

Le tout constitue au final un ensemble à l’écriture maîtrisée, entre passé, présent et avenir, un peu insolite, par instants brillant, par instants plus ternes.  Trois textes – les plus affirmés sur le plan dystopique (Trop d’amour, Récolte et La Redoute) – m’ont paru à la hauteur de la promesse d’un « Ouest américain réinventé et au bord de la guerre civile » et à ce titre, les plus intéressants.

Nul doute que nous devrons reparler de Maxim Loskutoff qui prépare son premier roman, Spirits.

Paotrsaout

LUNE NOIRE d’ Anthony Neil Smith / Sonatine.

Traduction: Fabrice Pointeau

“ Une vision toute particulière de la justice et de la morale a valu à Billy Lafitte d’être viré de la police du Mississippi. Il végète aujourd’hui comme shérif adjoint dans les plaines sibériennes du Minnesota, avec l’alcool et les filles du coin pour lui tenir compagnie, les laboratoires clandestins de meth pour occuper ses journées. Si Billy franchit toutes les lignes, on peut néanmoins lui reconnaître une chose : il a un grand cœur. Ainsi, lorsqu’une amie lui demande de tirer d’affaire son fiancé, impliqué dans une sale affaire de drogue, c’est bien volontiers qu’il accepte.”

Mais déjà, nous allons trop vite car quand le roman débute, Billy Laffite est interrogé par la Sécurité Intérieure des USA afin d’expliquer les multiples et très variés morts violentes, explosions, incendies, disparitions et autres cataclysmes qui ont jalonné son parcours d’officier de police des trois dernières semaines et dont tous les indices tendent à prouver qu’il en est le seul et unique responsable. De fait, tous ceux qui pourraient l’innocenter ont été flingués, pour les plus chanceux… Billy Lafitte est un pourri mais ce n’est pas un salaud et en voulant aider des gens qu’il aime, il s’est foutu dans une merde effroyable. En fait, chacune de ses initiatives, a contribué à accroître son triste et lamentable bilan des trois semaines passées vers lesquelles nous convie très rapidement Anthony Neil Smith avec un ton parfait pour ce genre de polars de grands fêlés. De Charybde en Scylla, version Minnesota.

On pourrait penser que “Lune noire” (aucun clin d’oeil au roman de Steinbeck) est un énième roman sur la guerre de gangs autour de la meth mais que nenni et Billy le regrette lui même d’ailleurs. L’intrigue est très originale et l’ennemi est pour le moins inédit, très inédit, autrement plus dangereux et déterminé que les laborantins dézingués du bulbe du coin de Yellow Medicine où Lafitte fait sa loi en temps ordinaire. En fait, sans qu’il le sache ou le devine assez tôt, pas mal de monde se fout de la tronche de Billy, l’envoyant à la guerre seul. Mais la rage l’habite et Billy est un chien qui ne lâche rien et qui ne cogite pas vraiment plus qu’un canidé non plus, il faut bien le concéder aussi.

Raconté par la voix de Billy, l’histoire est très speedée, ne laissant pas de temps pour souffler mais dévoilant néanmoins une certaine humanité le rendant finalement… sympathique malgré le machisme, la filouterie, le désespoir, la haine, la rage et on en passe et on en oublie. Dans “Lune noire”, écrit à la fin des années 2000, on voit que le trauma du 11 septembre n’est toujours pas guéri. Se foutant bien de la bienveillance et du discours policé, Anthony Neil Smith, à plusieurs reprises, ne mâche pas ses mots et nul doute que son roman ne peut que déplaire à certaines hordes de barbus adorateurs de Dieu.

“Lune noire”, tout sauf une série B, est le premier volet d’une série et en septembre lui succèdera “Bête noire” annoncé encore plus barje par l’éditeur. Maison spécialisée dans le thriller, Sonatine nous a dégoté un auteur superbement déjanté sans verser dans le grand guignol et un anti-héros impeccable.

100% “Psycho-Billy”.

Wollanup.

NADINE MOUQUE de Hervé Prudon / La Noire / Gallimard.

Bon, il nous faut impérativement éviter une épitaphe pompeuse et larmoyante qui aurait sans le moindre doute déplu à Hervé Prudon. Difficile néanmoins de ne pas saluer avec un peu d’émotion cette plume majeure partie en douce et trop tôt le 15 octobre 2017. Bien plus qu’un auteur du noir, l’homme était un authentique poète écorché. La digne préface de Sylvie Péju nous en donne à lire quelques preuves et introduit élégamment cette réédition bienvenue d’une des clefs de voûte du roman noir moderne.

Notons également que le retour de cet incontournable accompagne celui, non moins retentissant, de La Noire, collection hautement mythique et prescriptrice. Coup double donc pour le texte et son écrin.

Précis et échevelé à la fois, sordide et loufoque, Hervé Prudon balise en 1995 avec Nadine Mouque un ton qui fera école. Ses mots d’une absolue beauté flirtent allegro avec une aisance proche du je-m’en-foutisme pour étayer un drame de la misère ordinaire et des horizons bouchés.

Le cadre : la banlieue, celle du siècle dernier, lorsque les allocs se comptaient encore en francs et que NTM se prononçait encore nardinamouk. Le narrateur, Paul, simplet et alcoolique, gnome laid et abîmé, accro par défaut et oisiveté au feuilleton d’époque Hélène et les garçons, sans doute un peu raciste, mais pas vraiment puisque tout le monde lui est étranger, traîne son désœuvrement aux Blattes, cité ainsi nommée en référence à l’infestation par colonies de ces voisins incommodants et majoritaires.

« En France, il y a environ 50 millions de voisins, c’est une somme. Qu’il soit arabe ou portugais, breton ou provençal, le voisin est toujours une sorte de boche qui contourne la ligne Maginot pour vous faire chier à l’improviste. »



Aux Blattes, on tue, on viole, on cogne, entre humour glauque et désespoir à vif. Au milieu du chaos, Paul perd (plusieurs fois) sa mère, trouve une Hélène plus vraie que nature dans une benne à ordure, tue à son tour, un gusse, puis deux, trois, quatre, et part à vau-l’eau. S’il nomme les chiens Papa, il est aussi capable de citer Francis Jammes. Il est ailleurs, doux et dingue, sirop poisseux et rage froide, surtout si l’on s’avise de vouloir lui piquer sa starlette de pacotille.

« Mais on n’arrache pas son os à un chien. Surtout pas à un bâtard de banlieue. »


L’intrigue barrée n’est sans doute qu’un prétexte à la dérive de ses propres mots (maux ?), mais en ordonnant le n’importe-quoi jusqu’à le rendre mélodique, en poussant la gaudriole dans les bras d’une littérature habile, Hervé Prudon dresse un échafaudage aussi instable qu’adroit de sourires grinçants et d’ethnologie suburbaine à peine caricaturée. En définitive, tout le monde se noie, au fond d’une bouteille ou au bout d’une jetée bretonne. Bout, bouteille, de toute façon c’est déjà la fin, depuis le début…

Un sublime dérapage contrôlé et une belle occasion, pour ceux qui auraient raté les éditions de 1995 et 2004, de réparer une regrettable lacune.

JLM.

UN SILENCE BRUTAL de Ron Rash / LA NOIRE / Gallimard.

Traduction: Isabelle Reinharez.

Au milieu des années 2000, devant la méforme de la SN, Aurélien Masson, son éditeur avait décidé d’abandonner la collection La Noire, préférant limiter le nombre de sorties et se concentrer sur une seule collection, sur l’icône du polar français à sauver.

La Noire, c’était un peu le panthéon de la littérature noire ricaine: James Crumley, Cormac McCarthy, Harry Crews, Chris Offutt, Larry Brown, James Sallis… et de divines surprises comme “Envoie moi au ciel Scotty”, “Les cafards n’ont pas de roi”… le nirvana pour tout amateur de polars ricains.

Son retour cette année est initié par les deux nouvelles boss de la SN Stéfanie Delestré et Marie-Caroline Aubert et chacune y a mis sa patte pour illustrer cette renaissance, ma foi, très bienvenue. Côté français, on démarre par la réédition de “Nadine Mouque” d’Hervé Prudon décédé prématurément en 2017 dont JLM nous parlera demain avec passion et talent. Chez les Ricains, décédé également, William Gay, le maître du “southern gothic”, l’auteur du brillant “La Mort au crépuscule” renaît avec l’inédit et féroce “Stoneburner”, laissé dans un tiroir à l’époque parce que l’auteur trouvait qu’il ressemblait à “ No country for old men” et ne voulait pas faire de l’ombre à son ami McCarthy.

Mais la Noire n’est pas le caveau de la littérature noire. Et s’il est bien un auteur qui saura redonner des lettres de noblesse à la collection, c’est bien Ron Rash. Découvert par Marie-Caroline Aubert quand elle travaillait au Masque, le destin de l’Américain dans l’édition française est lié à celui de l’éditrice, allant ensuite au Seuil pour arriver chez Gallimard. Je suis sûr que le grand écrivain de Caroline du Nord est heureux d’inaugurer ce nouveau cycle français et cette collection aux côtés de son grand ami William Gay dont il m’avait abondamment parlé en des termes très élogieux, admiratifs, chaleureux, lors d’une rencontre il y a quelques années.

“Un monde est en train de s’effacer pour laisser la place à un autre. Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard amoureux des truites, contre le représentant des nouvelles valeurs, Tucker. L’homme d’affaires, qui loue fort cher son coin de rivière à des citadins venus goûter les joies de la pêche en milieu sauvage, accuse Gerald d’avoir versé du kérosène dans l’eau, mettant ainsi son affaire en péril.”

Un nouveau roman de Ron Rash et peu importe l’éditeur est déjà en soi un petit événement, la qualité de son écriture étant maintenant universellement connue et reconnue. Les amateurs d’intrigues policières, pointues ou nerveuses savent depuis longtemps que ce n’est pas spécialement la tasse de thé de l’auteur. Comme tous les grands auteurs de Noir, Rash s’intéresse avant tout à tout ce qui vit autour de l’intrigue, l’immuable, les pierres, les gens, les vies, la campagne, la montagne, la nature et comme à son habitude “au milieu coule une rivière”.

Ron Rash sait créer des personnages, des destins, des vies qu’on n’oublie pas et qui nous interpellent par leurs réponses à l’adversité du moment ou d’une vie entière. Les, le sheriff, principal témoin de la ruralité de ce coin de Caroline et Becky, la voix de la poésie diffusée par Ron Rash sont magnifiques, grands, humainement remarquables comme leur créateur. Et on retrouve bien sûr l’amour des Appalaches, l’amour de ces montagnards, la nature décrite elle aussi avec beaucoup de tendresse et de respect. Mais Rash ne fait pas dans l’angélisme et ne cache rien de l’isolement, de la crise de l’emploi, des ravages de la meth pour les addicts bien sûr mais surtout pour les proches et les familles.

Par le passé, j’ai émis certaines réserves sur des romans de Ron Rash, celui-ci est parfait sur le fond comme sur la forme, sur le rythme comme sur la mélodie, un petit bijou noir comme “Willnot” de James Sallis avec qui il partage une grande humanité.

Précieux.

Wollanup.

Dreaming of cool rivers and tall grass, Bill Callahan.

FEUX DE DÉTRESSE de Julien Capron / Le seuil.

Nous embarquons à bord de l’Excelsior, paquebot de luxe repris par Lok, une des plus puissantes entreprises du monde. Lok est spécialisée dans la sauvegarde de données, et afin d’être le plus indépendant possible vis-à-vis des différents gouvernements, Duardo, son PDG, décide de mettre tous ses serveurs sur un bateau et de sillonner les mers du monde.

Afin de donner encore plus d’aura à son entreprise, Duardo créait The C, une compétition qui confronte les 12 projets les plus innovants du monde. The C a tout d’une émission de téléréalité : des candidats qui s’affrontent pour la victoire, ils sont « enfermés » dans un lieu clos, le bateau, coupés du monde extérieur, et le vainqueur est désigné par un système de vote du public lors d’un énorme show télévisé le dernier jour de la compétition.

Cette année, parmi les équipes se trouve celle de eVal, créateur d’une application qui permet d’attribuer une nOte toute subjective aux gens que l’on côtoie, ou que l’on croise. Cette application a déjà gagné The C il y a 10 ans. Ils reviennent aujourd’hui pour la Mise à Jour : « Quand quelqu’un devenait un paria parce que sa moyenne numérique le mettait au ban de l’humanité, (…), l’équipe enquêtait. S’ils découvraient que l’évaluation était injuste, ils intervenaient pour la faire remonter, (…), ils la mettaient à jour ».

Bien sûr, le tournoi ne va pas se passer comme prévu. Dès que le bateau quitte le port, certains candidats voient leur note passer dans le rouge, et alors, la sécurité de Lok entre en jeu : tous les accès sont verrouillés, vous vous retrouvez enfermés dans votre cabine, sans avoir accès à quoi que ce soit ou, pire, qui que ce soit.

L’équipe de la Mise à Jour doit alors enquêter et montrer que son application fonctionne dans le monde réel.

Le livre de Julien Capron  nous montre à l’extrême ce que nos comportements d’aujourd’hui, avec nos téléphones remplis d’applications, peuvent provoquer et ce vers quoi nous tendons. Nous vivons dans un monde où chaque personne se considère comme un juge : nous attribuons une note à un restaurant, un hôtel,  un taxi, un artisan, quel que soit le service nous nous permettons d’en juger la qualité, et d’en faire profiter le monde autour de nous. Vous conviendrez que ces appréciations sont basées sur des critères qui nous sont propres, et pourtant, notre note permet de donner une image plus ou moins flatteuse de l’objet de notre jugement. Ce pouvoir que nous nous attribuons est en fait d’ instiller des sentiments tels que la peur, la colère, ou la joie si la note est positive, dans les sujets  que nous évaluons.

Le récit est construit par la présentation des nombreux personnages dès le départ, et dès l’embarquement à bord du paquebot, vous êtes projetés au cœur de cette société pas si futuriste 2.0

L’écriture est assez froide ce qui nous permet de rester en retrait et d’analyser les comportements de chaque personnage et du programme en prenant de la hauteur. Nous regardons ce qui se passe comme on observe une expérience scientifique de laboratoire au travers d’un microscope. Ce n’est pas un beau roman, au sens charmant, mais un huis-clos pertinent et passionnant sur le monde connecté qui arrive et que nous construisons.

Marie-Laure.


« Older posts Newer posts »

© 2019 Nyctalopes

Theme by Anders NorenUp ↑