Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Category: Chroniques (page 1 of 67)

VNR de Laurent Chalumeau / Grasset.

Credo bien connu de tous maintenant en France et dans de nombreux pays occidentaux: libéralisme, mondialisation, délocalisation et bien profond dans le fion des populations sinistrées.Triste litanie qui n’empêche pas les gens de toujours voter pour les apôtres du libéralisme de droite comme hélas de gauche ou de toute autre coterie nouvelle perlimpinpinesque et malfaisante. C’est dans ce cadre nauséeux et pourtant si banal qu’ évolue le roman de Laurent Chalumeau.

Pour les vieux fondus de zik, le nom de Chalumeau doit éveiller les souvenirs de sa signature dans Rock n’ Folk où il était, tel qu’on les nommait à l’époque, un rock critique installé à NY. Evidemment, on est proches du Jurassique pour les mélomanes… Au début des années 80, pas de bornes d’écoute, de streaming, de piratage, de clips teasers, juste des vinyles, assez onéreux pour les budgets étudiants et on se devait de croire, de donner sa confiance à quelques plumes et les avis de Chalumeau décevaient très rarement. Par la suite, le nom de Chalumeau m’est apparu comme le signataire des textes d’ Antoine de Caunes  sur Canal. Puis, son nom sur des romans, sur un biographie d’Elmore Leonard (ah ouais !) avec qui il partage le vœu honorable et pieux de ne garder dans le roman que ce qui est sûr de ne pas ennuyer le lecteur. Enfin dernièrement plusieurs avis sur le web comme le conseil d’une personne dont j’apprécie souvent les choix et je suis entré dans l’univers livresque de Laurent Chalumeau, pleinement parce que je me suis enfilé, dans la foulée, le précédent “ VIP”, encore un acronyme…

Sous la colère, on a tous un jour ou l’autre rêvé d’avoir la personne responsable de nos tourments ou malheurs devant soi ligotée, bâillonnée, à notre merci et Chalumeau l’a fait !!! L’époque est à la bienveillance dans le discours comme dans les attitudes et nul doute que les esprits un peu chagrins n’ apprécieront pas l’engin de destruction massive de Laurent Chalumeau haut de 200 pages où il prend un certain plaisir très communicatif à montrer son courroux, son indignation avec un ton explosivement réjouissant, parfaitement roboratif.

Alain est en “fin de droits” dans une région sinistrée par la délocalisation de la seule entreprise viable du coin (si le sujet vous intéresse, ne ratez pas l’important film “en guerre” de Stéphane Brizé sur le combat des représentants d’une classe ouvrière, butée dans son primitisme alors qu’ aujourd’hui en 2018, il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi). De plus et c’est bien plus terrible, Véro, son épouse, son amante effrontée, son phare et son trophée a demandé et obtenu le divorce. Alain serait ricain, il prendrait de bonnes bitures, se laisserait pousser cheveux et barbe, prendrait sa guitare et composerait une putain de chanson country à pleurer mais Alain est français, particulièrement remonté. Quinqua, il sait très bien que le bonheur de sa petite vie ne reviendra plus. Terminées les soirées avec les potes en famille, les virées coquines avec Véro, une petite mais finalement heureuse existence, les espoirs de gloire, de richesse enterrés depuis longtemps. Mais vaille que vaille la TV nous montre tous les jours le spectacle de vies qui nous dictent un peu de pudeur dans nos litanies larmoyantes. Mais là, Alain a vraiment morflé et il veut se venger sur les trois personnes toxiques responsable de son malheur. Et l’hallali peut commencer.

Alain décide d’enlever et de torturer jusqu’à la mort trois responsables, de les faire payer. En premier, un supérieur hiérarchique de Véro, harceleur, à l’origine de la crise de Véro et du divorce, ultime tragédie orchestrée par une psy qui a ouvert les yeux de la pauvre Véro concernant son gros macho de mari, en l’occurrence Alain. Hum, mauvais calcul, cette psy sera la troisième victime… Entre les deux, un ex ministre et chacun reconnaîtra le bellâtre précieux qui, il y a quelques années vantait les produits français en posant en marinière avec un robot Moulinex. Le bougre avait alors beaucoup promis et rien donné, s’était barré et revient là en campagne, chevalier blanc ingénu à la mémoire de poisson rouge.

Trois actes, trois thèmes, trois victimes. Trois fois bravo !

Utilisant un humour très corrosif, dans un monologue infernal de 200 pages, Alain se raconte, se veut pédagogue en expliquant à chacun de ses victimes les erreurs qu’il a commises, didactique,compréhensif mais très déterminé. Ainsi le féminisme, le harcèlement dans l’entreprise, les promotions canapé sont montrées, dénoncées. Chalumeau n’est néanmoins pas le chantre du féminisme et  enchaînera avec des propos durs quand il « s’occupera »de la psy.

Profondément social, Chalumeau, comme son héros hallucinant halluciné, frappe, provoque, cogne, défonce, se défoule et cet exutoire révèle des tirades très pertinentes ou particulièrement agréables à l’oreille. Très remonté, il montre le libéralisme, la machine à engraisser les actionnaires et à broyer les masses inutiles. Et à nouveau, ça décoiffe, VNR est un vrai coup de gueule, loin d’être consensuel et particulièrement réussi au moyen d’un plume intelligemment adaptée au propos, au brûlot. On ne saurait oublier de mentionner que le roman de Laurent Chalumeau a le mérite, non négligeable de mettre en lumière une France qui n’existe pas vraiment, des Français qui n’intéressent plus grand monde, des combats qui ne font plus les unes et qui n’ont plus droit qu’à l’indifférence polie de l’Etat… anachronismes perturbants et persistants de la France obsolète du vingtième siècle.

Fable noire particulièrement réjouissante, au rythme infernal, aussi réjouissante qu’angoissante, “VNR” cogne, cogne très fort et fait un bien fou

Wollanup.

DÉLICIEUSE de Marie Neuser / Fleuve.

Un couple, Martha et Raph,  avec un enfant, ils se connaissent et construisent leur vie  depuis 20 ans, une vie de famille harmonieuse et tranquille. Soudain, tout bascule, un dimanche soir. Le mari, annonce à sa femme qu’il a rencontré quelqu’un d’autre, qu’il est amoureux, qu’il veut quitter le cocon familial pour vivre sa nouvelle vie avec sa nouvelle compagne. Pour Martha Delombre, c’est le choc, comment est-ce possible, comment a-t-il pu la tromper, comment peut-il l’abandonner ?

Après plusieurs nuits sans dormir, et à devoir reprendre sa vie, elle choisit de tout raconter dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux. De l’annonce de ce cataclysme pour elle, à la fin de sa vengeance. Car il s’agit bien d’une vengeance, celle d’une femme bafouée, malheureuse, qui est confrontée à la chute de tout ce en quoi elle croyait : sa vie, son couple, son amour.

Elle travaille comme psychologue criminelle, ainsi, elle a l’habitude d’entendre les pires confessions dont la nature humaine est capable. Mais ces monstres qu’elle interroge sont-ils vraiment des monstres ? Comment basculent-ils vers ces horreurs ? Il ne s’agit en fait que d’hommes et de femmes qui se sont laissés emporter par leur souffrance, qui ont craqué. Cela peut-il lui arriver à elle ? Peut-elle  tout envoyer balader pour essayer de faire ressentir à Raph cette même douleur, ce désespoir, celui du rejet et de l’abandon. Le temps n’arrange rien, la blessure ne fait que grandir en elle, jusqu’à prendre toute la place.

Marie Neuser a choisi de nous raconter cette histoire à la première personne : nous assistons, nous aussi, à la confession de Martha, comme des milliers de gens ont pu la voir sur les réseaux sociaux. C’est bien la force du roman, cela permet de rendre les actes de Martha plus humain, plus compréhensifs.

L’écriture est fluide, belle, on tourne les pages, on avance dans la confession, sans vraiment s’en apercevoir. Malheureusement, je n’ai pas réussi à véritablement rentrer dans le livre, je me suis essoufflée. Dès les premières pages, on imagine assez facilement le cheminement du livre jusqu’à sa fin qui ne m’a pas surprise. La confession de Martha s’apparente à la complainte d’une femme, et cela dure 450 pages, je dois avouer que j’ai trouvé cela assez long. Mais peut-être est-ce dû à mon manque d’empathie, de compassion pour une histoire somme toute assez courante : un homme qui quitte sa femme et son foyer pour une autre, plus jeune.

Marie-Laure.

 

MINUIT VINGT de Daniel Galera / Albin Michel.

Traduction: Régis de Sá Moreira.

Quand “Terres d’ Amérique” pointure de la littérature nord américaine et anglophone s’en va au Brésil pour éditer un romancier  local auparavant dans le catalogue Gallimard, on ne peut qu’être circonspect et curieux.

“Dans un Porto Alegre accablé par la chaleur et paralysé par une grève des transports, trois amis se retrouvent plus de vingt ans après s’être perdus de vue. À la fin des années 1990, ils avaient lancé un célèbre fanzine numérique, et ce qui les réunit aujourd’hui, c’est la mort du quatrième membre de la bande, devenu entretemps un écrivain très en vue sur la scène brésilienne : Andrei Dukelsky, surnommé « Duc », assassiné en pleine rue pour un stupide vol de portable.
À l’occasion de ces retrouvailles, chacun des trois personnages raconte sa propre histoire à la façon d’un puzzle et se remémore le tournant du millénaire,  esquissant le portrait incertain de l’ami disparu et le roman d’une génération qui doit tout réinventer, à commencer par son rapport au monde à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux.”

Daniel Galera a vécu longtemps à Porto Alegre, a eu 20 ans à la fin des années 90 et a également collaboré à un webzine à cette époque avant de devenir un auteur considéré comme important et influent de la littérature brésilienne. De là à dire qu’il fait dans “Minuit 20” le récit de son parcours et la radioscopie de sa génération il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas tout en notant qu’il est particulièrement bien placé, d’expérience, à monter la photographie de ses presque quadras à un moment clé de leur existence: la mort violente et prématurée de l’un des leurs.

Les retrouvailles de ces amis ayant mené une vie les laissant finalement tous aigris et désillusionnés sur leur parcours  les dévoile dans leur intimité très loin de l’image publique qu’ils veulent donner avec un coloration assez blafarde. Même si le roman montre bien le marasme du Brésil quelques mois avant la coupe du monde de football 2014 organisée par le pays, l’histoire est aisément transférable à bien d’autres régions occidentales urbaines.

Daniel Galera, dans un roman hélas, beaucoup trop court, traite de nombreux sujets  souvent avec intelligence et parfois de manière très étonnante et hilarante (les sites pornos): les rats, Sade et l’écriture, l’uniformisation des goûts par les algorithmes imposés, l’homosexualité, la solitude, l’isolement, la maternité, l’avortement, le véganisme, les déviances sexuelles, le harcèlement… et beaucoup d’ autres états d’âme et problèmes de gens à l’abri du besoin, des soucis de « riches » avec des fantasmes de fin du monde et d’extinction de masse, le genre de pensées que le mec qui passe ses journées à juste survivre, déjà en enfer, n’envisage même pas dans son quotidien indécent. Même si ces thèmes si souvent dépeints ne souffrent pas de nouvelles illustrations, la modestie du volume ne permet pas de les traiter de manière suffisamment approfondie. Galera survole afin de monter toutes les pièces d’un puzzle culturel, existentiel de la première génération à subir les effets d’une société des réseaux sociaux, la première génération facebook.

“Minuit vingt” tire sa richesse du bilan des relations des quatre amis avec le web, le pouvoir des algorithmes, les conventions des réseaux sociaux, la fausseté des rapports qu’ils incluent, un  tableau accablant de leurs rapports avec le net dont ils ont contribué à l’essor à la fin des années 90 avec leur fanzine numérique  qui se heurte durement à la réalité des années 2010. La question de la trace individuelle de chacun sur le net est bien exposée, montrée par des exemples dont un très frappant, et met le doigt sur la liberté individuelle, le libre arbitre ainsi qu’une certaine immortalité des propos, des passages sur certains forums effectués bien des années auparavant que chacun peut fouiller à loisir après la disparition d’une personne. Tous ces matériaux qui permettent de créer une personne publique mais aussi de montrer certaines facettes d’une existence plus intime sont au cœur du roman et en sont le moteur. Mais hélas, le roman qui convie à bien des promesses et à de belles référence musicales Indie est hélas bien trop court pour créer une réelle empathie pour les personnages et embrasser concrètement tous les thèmes survolés.

Un peu court.

Wollanup.

DEUX FEMMES de Denis Soula / Joëlle Losfeld

Deux courbes, deux arcs de vie. Deux destinées, deux passés. Le duo féminin est sur une ligne de départ aux couloirs parallèles. Pour l’une c’est une épreuve de vie, pour l’autre, un choix. Le ciel annonce le tumulte et la grisaille, la collision la noirceur…

«Quelque part en France, deux femmes qui ne se connaissent pas vont se rencontrer le temps d’une nuit. Ensemble, elles vont lutter pour résister à l’assaut d’un commando terroriste. La première endure depuis plusieurs mois le deuil de la plus jeune de ses filles. Elle raconte la douleur, les nuits sans sommeil et les mille gestes du quotidien. La seconde est une tireuse d’élite chargée d’éliminer des criminels de guerre. Entrée dans les services secrets en 1981, elle raconte la fièvre et l’enthousiasme des premiers jours de l’alternance politique puis la lente et cruelle perte des idéaux de sa jeunesse. Sa mission la ramène sur les terres de son enfance à la poursuite de l’auteur d’un attentat. »

Denis Soula, romancier originaire du Lot, vivant en la capitale, est l’un des réalisateurs de Jazz à FIP. Il écrit aussi de temps à autre pour Rolling Stone ou Libération. Cet écrit est son troisième à être édité chez Joëlle Losfeld.

En brossant les esquisses de deux femmes aux parcours antagonistes, il nous soumet à deux couleurs, deux perspectives. Entre celle qui subit et qui observe sa vie et l’autre qui précocement a tenté le pari de l’émancipation violente. S’affrontent alors des philosophies opposées où se conjuguent l’avancée avec un but clair et la crainte du sur-place lestées par la perte de sa chair.

En s’attardant sur ce qui construit ces femmes, ce qui les motive, ce qui les anime, il apporte une profonde empathie pour ses personnages. Il semble creuser le sillon de ces existences avec une acuité émotionnelle, une compréhension non feinte de leurs idéaux. Ce sont pourtant deux femmes qui n’ont plus guère d’illusions mais, pour autant, ne se résolvent pas à l’abandon, au lâcher prise. Elles font montre d’un courage étincelant qui justement éclaire leurs voies respectives.

C’est sous une plume captive de raptus, d’affections, qui exaltent le propos, qu’il nous invite à nous laisser s’émouvoir par la contiguïté de ces deux êtres. Il nous laisse, sans crier gare, nous rendre compte que les parallèles deviennent sécantes.

L’économie du mot, des pages ne souffrent aucunement d’un sentiment d’inachevé bien au contraire, il extrait un substrat de souffle vital au travers SES deux femmes. Ces deux femmes étendards d’une modernité, d’une force viscérale, refusant le déterminisme et la permission de s’infliger un emprisonnement dicté par les accidents de la vie.

Concentré de force!

Chouchou.

 

LA LEGENDE DE SANTIAGO de Boris Quercia / Asphalte.

Traduction: Isabelle Siklodi

« Rien ne va plus pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Sa fiancée Marina ne l’aime plus, ses collègues policiers le méprisent, et il est rongé par la culpabilité depuis qu’il a aidé son beau-père, gravement malade, à mourir.

Aussi, quand il tombe sur le cadavre d’un trafiquant dans un resto chinois, son premier réflexe est d’empocher la demi-livre de cocaïne pure qu’il trouve également sur les lieux. Un coup de pouce bienvenu pour traverser cette mauvaise passe, d’autant qu’on vient de lui confier une enquête sensible sur des meurtres racistes… Mais ce faux pas ne va pas tarder à le rattraper. »

Entamée par “ Les rues de Santiago” puis magistralement confirmée par “Tant de chiens”, très justement récompensé par le grand prix de littérature policière 2016, la suite très noire de l’auteur chilien Boris Quercia revient avec ce troisième opus qui ravira tous les aficionados dont je fais partie.

“La légende de Santiago” met à nouveau en scène Santiago Quiñones, flic borderline, accro à la coke, ayant une grande habileté, un immense talent à se mettre dans des coups foireux. Haï de la plupart de ses collègues, Santiago subit bien souvent ses enquêtes, celles-ci passant bien après les démons intérieurs qui sont les siens: came et sexe. Un peu comme avec Jack Taylor de Ken Bruen, on se demande dans quel état on va retrouver Santiago à l’entame d’une nouvelle aventure.

Les deux premiers romans démarraient pied au plancher, l’un notamment commençait par une ahurissante fusillade dans la rue. Ici, la violence, le drame sont instillés de manière aussi forte et aussi fréquente mais de manière un peu plus insidieuse, avec un ton peut-être différent d’antan. On est toujours dans du très solide hardboiled rythmé par les rails que s’enfile Santiago mais beaucoup plus qu’autrefois, on voit poindre des passages plus personnels où sont évoqués la relation amoureuse, les liens du sang, la famille comme dernier rempart à l’isolement et à l’aliénation, le don de soi à autrui.

Plus que dans les précédentes aventures, on entrevoit certains problèmes sociaux du Chili: la xénophobie née de l’arrivée de migrants, la mondialisation et les nouvelles mafias originaires de Chine et une société à l’arrêt. Néanmoins, c’est l’univers de Santiago, attachant malgré toutes ses tares, qui s’avère être le véritable moteur de l’histoire dont l’intrigue policière n’est quand même pas le premier des atouts. Violent, le roman se permet aussi quelques pointes d’humour auquel le lecteur sera sensible selon son empathie devant le spectacle d’un homme qui n’en finit pas de tomber.

Un vrai petit bonheur de polar, impeccable !

Wollanup.

 

AU COEUR DE LA FOLIE de Luca D’Andrea/ Denoël

Traduction: Anaïs Bouteille-Bokobza

Luca d’Andréa a une indéniable faculté de conteur. Il nous tend la main pour nous guider sur son sentier. Un sentier, pas une route, car l’homme est un homme de la terre, un homme des montagnes, un artisan. Il nous convie d’ailleurs de nouveau dans sa région natale, le Sud Tyrol. Et son roman tournera autour de quatre personnages cardinaux. Chacun possède un sens caractérisé de son existence, leur philosophie et leur construction divergent sur bien des points. Or ils se découvriront des bulles d’aspirations et des atomes qui auraient pu correspondre. Leurs lignes de vie resteront parallèles et s’insinueront dans des gouffres de désillusions et de funestes vertiges.

«Italie, hiver 1974. À bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller. »

Le récit s’articule donc à travers quatre personnages qui défient leur passé dans l’espoir de se construire un avenir. L’un est à la tête d’une organisation délictueuse. En ayant la main mise sur différentes activités licencieuses, il possède une certaine aura et le respect, la déférence dans la population craintive. Sa jeune épouse a, pour elle, l’appréhension marquée de se perdre dans le tourbillon du péril marital. Un événement la poussera à s’en détacher afin de conserver son libre arbitre. Le troisième protagoniste est un pur montagnard dans la droite ligne d’une famille des monts enneigés. Il puise sa culture et sa force dans l’inflexible confiance en la nature et son enseignement rigoriste d’une vie d’alpage. Cette quadrature se lie par un homme entouré par un halo de mystères et d’effroi magnétique. Ils évolueront donc les uns autour des autres formant un cercle maléfique.

Ils s’attirent, se repoussent, se cherchent, s’évitent, mais auront tous d’âpres face à face. Dans le roman on ressent que le point de rupture peut apparaître à la prochaine page ou au prochain chapitre. De part ses qualités intrinsèques, l’auteur nous fait perdre haleine et construit une tension crescendo. De même en faisant appel à l’univers des contes noirs il instille une atmosphère qui vrille les sens, nos croyances. Il permet que s’installent des failles, des gouffres dans un trajet sans cesse sinueux. De plus en plus il crée le malaise. Nos sens sont déroutés mais surtout notre raison s’effrite, se lézarde.

Les trois quarts du roman possèdent ces capacités sans nul pareilles mais j’ai ressenti dans l’épilogue un délitement de la cohérence et quelques invraisemblances. La clôture aurait mérité, probablement, d’être plus mesurée pour rendre le tout crédible.

D’ Andréa, je me répète, a un talent hors pair de conteur, cette facilité pour raconter des histoires, flirtant avec la fable, néanmoins si son récit conservait son unité jusqu’au final il n’en aurait que plus de force.

Fable noir percutante!

Chouchou.

REPORTER CRIMINEL de James Ellroy / Rivages Noir.

Traduction: Jean-Paul Gratias.

Ceux qui attendent fébrilement la suite de “Perfidia”, patienteront encore mais certainement mieux avec ce petit opus portant bien la griffe, le ton du grand maître ricain.

Reporter criminel est un petit volume formé de deux nouvelles qui étaient des commandes du magazine Vanity Fair USA. Elles reprennent deux affaires qui ont eu un certain retentissement à leur époque. Elles sont réécrites par Ellroy qui prend la voix de la police, des flics qui ont mené les enquêtes, leurs procédures, toutes les péripéties. La commande d’un magazine de détente du WE oblige à un format court imposé et devant sans cesse captiver un lectorat en quête de lecture facile en se concentrant sur un écrit nerveux aux chapitres courts et ça , James Ellroy le fait très bien, nous mettant au milieu de ces flics à moitié cowboys et à moitié voyous, très machos, parfaits reflets d’une Amérique blanche dominatrice.

“Le 28 août 1963, le jour où Martin Luther King prononce son célèbre discours « I have a dream », deux jeunes filles sont sauvagement poignardées dans leur appartement de Manhattan. À l’issue d’une enquête bâclée et orientée, George Whitmore, un jeune Noir, est accusé du crime.”

“Le 12 février 1976, l’acteur Sal Mineo est assassiné devant chez lui à Los Angeles. Le LAPD mène l’enquête. Toutes les théories sont avancées autour de ce meurtre, mais la vérité est ailleurs.”

Les années 60 et les années 70, deux affaires ayant toutes les deux des relations directes ou indirectes avec le sexe permettant à Ellroy de montrer l’univers très phallocratique de la police de l’époque, l’enquête ne semblant s’intéresser qu’à une des deux victimes bien plus belle que l’autre. L’ affaire Wylie -Hoffert avec un ton assez moqueur, railleur, de gros con aussi parfois, met en évidence les inévitables suspects, les a priori raciaux et sociaux, le harcèlement en interrogatoire, le fonctionnement de flics qui veulent un coupable, à tout prix, avant qu’un avocat entre dans la partie dans l’affaire Wylie -Hoffert et afin de satisfaire dans les plus brefs délais médias, hiérarchie et politiques.

Sur un ton un peu plus retenu, dans « Clash by night », Ellroy réécrit L.A. des années 70, l’univers de Sal Mineo petit voleur rital du Bronx devenu acteur, partenaire à 16 ans de James Dean et Natalie Wood dans “la fureur de vivre” et qui finit poignardé dans la rue, sans mobile apparent.Pour quoi, pour qui ? Beaucoup de tâtonnements de la police mais une rythme de récit très soutenu, direct, allant au cœur de l’histoire tout en parsemant l’enquête des doutes, des interrogations de flics sous pression comme toujours quand la victime est blanche et de plus connue, suffisamment au point que John Lennon (sic), à l’époque, avait promis une récompense pour retrouver le coupable.

« A L.A., février est le meilleur mois. L’air est limpide. La pluie dilue les couleurs criardes que vous n’avez pas envie de voir. »

Ellroy rules!

Wollanup.

LYKAIA de DOA / Gallimard.

« Berlin Ouest. Le BUNK’R est un club discret et sélectif où se pratiquent des séances de sadomasochisme chics et sophistiquées. Un client s’apprête à être livré aux mains expertes du narrateur, un ancien chirurgien de haut vol, qui s’est reconverti dans la pratique du bondage high-tech, après un grave accident qui le laissa défiguré. Telle est la laideur de son visage qu’il doit porter un masque en latex : parfois il aime se recouvrir la tête d’un postiche de Loup, dont il ne se sépare jamais vraiment.”

“chroniques noires et partisanes”, telle est l’annonce de Nyctalopes. Et le côté partisan est particulièrement vérifié quand je parle de DOA auteur que je suis depuis longtemps et avec qui j’entretiens une correspondance épistolaire épisodique depuis quelques années. Cette “relation” s’est accompagnée d’entretiens sur Unwalkers puis sur Nyctalopes complétant de manière plus formelle des échanges plus libres. De plus comme nous mettons vendredi un nouvel entretien, je sais quelles étaient sa volonté, son désir en écrivant Lykaia. Ainsi mon avis, inconsciemment, est totalement biaisé. Parfaitement conscient aussi des remous que la lecture pourrait très bien provoquer chez certains, j’imagine déjà certains levées de boucliers… je désire donc, modestement, proposer un avis positif car horriblement bousculé une fois de plus par la prose de DOA, je tiens à dire tout le bien que je pense de Lykaia.

Ce roman a déjà eu une belle histoire bien avant sa sortie. Prévu en début d’année aux Arènes, il sort en octobre chez Gallimard mais pas à la Série Noire. Beaucoup de rumeurs et de conneries ont circulé durant l’hiver et demain dans un entretien, DOA nous donne sa version. Personnellement, je n’ai pas vraiment d’opinion du moment que le bouquin sorte. Néanmoins, sur cet épisode, je ne peux m’empêcher, toutes proportions gardées, de penser à l’histoire du producteur qui en son temps avait refusé de signer les Beatles, toutes proportions gardées je répète.

Pukhtu est devenu culte, Lykaia, est, lui, résolument cul.

Attention, si le voyeurisme est votre truc, préférez Youporn et autres sites de streaming à Lykaia. La vision de l’univers spécial du BDSM ( Bondage, Domination, Sadisme et Masochisme) proposée par DOA est parfois franchement gore, particulièrement insoutenable dès la première scène et dans le final. Si vous passez cette première scène, votre navigation sur le Styx restera très éprouvante mais pas choquante comme le final qui donne tout son sens à l’expression “Voir Venise et mourir”.

Alors si vous ne vous intéressez pas du tout aux pratiques sadomaso, n’y entrez pas. Si vous ne connaissez de l’oeuvre de DOA que Pukhtu, méfiez-vous, vous n’êtes pas à l’abri d’une cruelle désillusion. Si Pukhtu montrait la guerre au XXIème siècle dans toutes ses multiples dimensions jusque les plus secrètes, les plus ignorées, Lykaia saura aussi vous montrer l’envers d’un décor. Dans cette autre guerre, plus locale, aussi secrète, synonyme de souffrance et de douleur mais exempte de mort, DOA, comme à son habitude, avec professionnalisme et avec son apparente distance vous montrera tout jusqu’à l’Armageddon terminal.

Certains ne verront dans Lykaia qu’un catalogue de paraphilies montrées, expliquées, analysées, vécues par les personnages dans leur chair. Et comment les condamner? Si vous êtes choqués par les faits montrés, votre capacité d’analyse, de réflexion s’en trouvera troublée et passablement amoindrie. La colère ou le dégoût prenant le pas sur tous les autres sentiments, vous ne serez pas à même de voir tous les autres axes, en rapport avec les actes commis, mis en évidence par l’auteur. Tous ces rapports ambivalents sujet/objet, maîtr(esse)/ esclave, dominant/dominé, désir/besoin, exhibitionnisme/voyeurisme, plaisir/souffrance, gratuit/payant, réel/factice…. Tous les aspects physiologiques, psychologiques, psychiatriques, économiques , sociologiques sont abordés, décortiqués, offerts au lecteur en attente de compréhension, d’explication.

Et au milieu, cerise sur le pal, une histoire d’amour, plusieurs histoires d’amour, à la DOA, bien sûr, dans le milieu BDSM de surcroît entre le Loup et la Fille, troublante inconnue évoluant dans cette jungle, les deux personnages de l’histoire juste hantés par la présence virtuelle mais constante de la femme et de la fille du Loup.

L’intrigue évolue entre Berlin, Prague et Venise et l’issue s’imagine très bien effroyable tant le couple tend à vouloir explorer les limites de l’autre dans un jeu dangereux et douloureux. En aucune façon, on s’imagine que le conte puisse bien se terminer mais j’avoue que je n’avais pas un instant imaginé l’enfer terminal dans la cité des Doges.

Si vous avez apprécié “Citoyens clandestins”, “Pukhtu” pour leur grande capacité à montrer de manière précise, exhaustive l’envers du décor, de la zone de combat, vous retrouverez ici les mêmes qualités, la même exigence, la même froideur aussi et toujours ces récurrences de DOA: le corps, les plaies, la douleur, la souffrance, la violence, la résignation, la marginalisation, la stigmatisation, les visages défigurés, le guerrier solitaire.

Par ailleurs, chacun aura une lecture toute personnelle face à ces démonstrations et nul doute que chacun, à un moment qui sera le sien et secret, sera interpellé par une pratique semblant peut-être plus ou moins apparenté à un de ses propres fantasmes. Mais chacun s’en défendra bien, niera tout malaise intellectuel et gardera sa propre vérité pour lui. Mais ça, c’est autre chose, juste un des effets corrupteurs de DOA, personne parfois toxique.

Le conte, on l’a bien compris, est cruel et sa morale si elle souligne bien la faiblesse de l’homme donne quand même un bien vilain rôle aux femmes de l’histoire à des années lumière des héroïnes à la mode dans le genre actuellement. Une fois de plus, DOA reste dans la marge culturelle qui importe, proposant courageusement des univers aussi troublants que réels, montrant sans complaisance la diversité des comportements humains, explorant les cités interdites, les no man’s lands modernes de la conscience humaine et collective, très loin des conventions.

Gutsy !

Wollanup.

 

ROUTE 62 de Ivy Pochoda/ Liana Levi

Traduction: Adélaïde Pralon


Ren, Los Angeles, 2010

James, Twentynine Palms, 2006

Blake, Wonder Valley, 2006

Tony, Los Angeles, 2010

Britt, Twentynine Palms, 2006

Pas d’unité de lieu, de temps, on navigue avec plusieurs personnages dans des années différentes et des lieux variants. Pour la majorité ils sont dans un brouillard existentiel, vers une quête de vérité ou de solution. Car ils semblent marqués par l’impériosité de rattacher les wagons afin de donner une cohérence à leur vie, ne plus se mentir. Dans cette recherche ils feront face à leur conscience pour y trouver l’échappatoire de parcours cabossés. Ils se donnent les moyens d’y parvenir en extrayant le substrat vital de destinées bien trop souvent hantées par la crédulité ou la naïveté.

«Blond, athlétique et complétement nu, il court sur l’autoroute au milieu des embouteillages du matin à Los Angeles. Comme s’il n’attendait que ça pour s’arracher à un univers trop lisse, Tony, un avocat, quitte brutalement sa voiture pour le suivre. La poursuite de cet étrange coureur l’entraîne du côté sombre de la Cité des Anges, là où tous les déglingués de la vie semblent s’être donné rendez-vous. Britt, porteuse d’un lourd secret, et un temps réfugiée dans un ranch aux allures de secte en plein désert des Mojaves. Ren, ex-taulard et graffeur à la recherche de sa mère. Blake, dealer tourmenté qui veut venger la mort de Sam, son partenaire de galère… Parce qu’il s’est mis en danger, la carapace sociale de Tony se fissure, annulant la distance qui d’ordinaire le sépare des gens qui peuplent les rues crasseuses de Downtown. Et à travers son regard, qui pourrait être le nôtre, se déroulent les destins singuliers de ces personnages en rupture qui un jour, sans s’en rendre compte, ont emprunté la mauvaise route… »

Ivy Pochoda née à Brooklyn où elle a vécu jusqu’en 2009, vit désormais à Los Angeles. Son premier roman « L’autre côté des docks » fut lauréat du prix Page-America en 2013.

De par cette écriture kaléidoscopique, Ivy Pochoda, nous laisse des images défiler avec des interstices de libre interprétation. J’y ai retrouvé du Jérôme Charyn dans ce foisonnement d’esprit retors aux conventions et aux conformismes. C’est une des forces de ce roman noir à facettes; facettes des profils psychologiques, facettes d’idéaux naïfs, facettes du déterminisme intransigeant, facettes de ruptures tensionnelles. C’est muni de ce stylo dague que l’auteur délivre ses phrases assassines, assène les coups brutaux qui intensifient le côté morose des personnages présentés.

Ils n’évolueront pas forcément dans un monde lumineux ou doué d’une couleur chatoyante, or le livre d’inflexion, de point d’achoppement, où le sens, sa recherche, de leur vie est devenu central. Primordial, voire vital pour leur permettre d’avancer , ils enjambent les obstacles, font fi des a priori, laissent sur le bas côté des valises pleines de souffrances.

Route 62 est la lumière, est le phare d’âmes égarées cherchant une rédemption. Elle est loin d’être rectiligne et nous fait parfois errer vers des méandres obscures. Mais la chaleur stylistique nous tient à l’écart de tout excès turpide.

Captivant!

Chouchou.

 

ÉCORCES VIVES d’ Alexandre Lenot / Actes Sud / Actes Noirs.

Alexandre Lenot est passé par Arte, Radio France et la Blogothèque(!!!) et travaille actuellement dans les milieux du cinéma. “Ecorces vives” est son premier roman dans la lignée des polars ruraux très en vogue et situé dans le Massif Central qui inspire aussi beaucoup d’auteurs de noir actuellement.

“C’est une région de montagnes et de forêts, dans un massif qu’on dit Central mais que les routes nationales semblent éviter. Un homme venu de loin incendie la ferme dans laquelle il espérait un jour voir jouer ses enfants, puis il disparaît dans les bois. La rumeur trouble bientôt l’hiver : un rôdeur hante les lieux et mettrait en péril l’ordre ancien du pays. Les gens du coin passent de la circonspection à la franche hostilité, à l’exception d’une jeune femme nouvellement arrivée, qui le recueille. Mais personne n’est le bienvenu s’il n’est pas né ici.”

Ainsi annoncé, on s’imagine un roman qui va dérouler son fil sur une histoire somme toute déjà lue si souvent ces dernières années entre l’affrontement si prévisible entre les autochtones et les “étrangers”. Dans ce sous-domaine de la littérature, on a déjà tout eu du roman semblant écrit sur un coin de comptoir le samedi soir sur le ton d’une anecdote chez les ploucs racontée aux potes et puis il y a les autres romans qui savent donner vie à un décor, le magnifier par leur plume et raconter les gens avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs plaies, leurs défaites, leurs regrets. Et Alexandre Lenot a évité les écueils, les redites, a parfaitement su animer, rendre vivant le marasme ambiant de ce coin de la France que l’on ne connaît plus, dont on ne parle pas, qu’on quitte dès qu’on le peut pour du boulot, de la vie, un avenir moins ancré dans le passé.

“Nous dirons, nous sommes devenus mauvais. C’est l’alcool. C’est le labeur qui effrite les hanches et brise les dos. C’est qu’on ne se souvient de nous que tous les cinq ans, et que le reste du temps il faut se taire, se terrer et se taire, en espérant que le vent mauvais nous laissera du répit.”

Tous les personnages de ce roman choral ont pris des coups, s’en remettent comme il peuvent, enracinés depuis la naissance ici ou arrivés pour fuir le malheur connu ailleurs. Alexandre Lenot, minutieusement, par petits épisodes, raconte ces accidentés de la vie et peu à peu, tout en peignant une nature que l’on sent connue et vécue, le drame se dessine. A la misère ordinaire se greffe parfois une connerie tout aussi ordinaire, bas du front et du fond de ce coin de campagne triste et résigné, commence à monter la haine de l’autre, de l’étranger et des vœux de justice expéditive.

Vous ne lirez pas “Ecorces vives” pour son suspens, son intrigue. Sa richesse se situe ailleurs, dans la finesse du crescendo de la haine, dans les petits moments de bonheur de descriptions de détails soulignés dans des grands tableaux sylvestres ou champêtres, dans la narration de ses destins brisés. On ne peut pas non plus ne pas entendre le message politique sous-jacent habilement instillé avec valeur d’avertissement, de signal pour l’avenir quand les plaies des cités périphériques urbaines s’implantent au coeur  de la ruralité mais aussi témoignage d’un monde abandonné, oublié par l’Etat, le tout écrit avec une plume déjà remarquable.

Très fin.

Wollanup.

 

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