Частая проблема у наших клиентов как попасть на проект hydra! Сегодня мы подробно покажем и расскажем как попасть на данный проект. Начнем с небольшой истории.. сайт hydrɑ2web.com (https://xn--hydr2web-yod.com/). В свое время, когда я начал только осваивать интернет, поиск и сёрфинг в интернет-пространстве для меня был невыносим. Попасть на сайты было тяжело и тогда я открыл для себя сайт упомянутый выше. У него множество приемуществ, быстрота загрузки, весь функционал что был преоставлен на hydra.center, но он более не актуален. Активная ссылка указан в скобках.

Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Category: Chroniques (page 1 of 70)

MORT EN EAUX GRISES de Pierre Pouchairet / Jigal.

Au vu de notre actualité de la semaine, ce roman a, je dois l’avouer, une résonance particulière.

Nous retrouvons dans cette histoire, Johana Galji, chef de groupe de la police judiciaire de Versailles. Elle revient après avoir été grièvement blessée. Et elle n’est pas épargnée pour son retour : elle doit faire face à une enquête qui la mène sur les traces de terroristes qui fomentent un nouvel attentat en région parisienne.

Elle et son équipe retrouvent un homme assassiné dans la Seine. Après un travail minutieux, l’équipe se retrouve donc à suivre une cellule de quatre hommes, membres actifs du terrorisme islamiste.

Pierre Pouchairet nous offre ainsi une enquête policière très ancrée dans le réel, face à une menace que connaît particulièrement notre pays. Nous suivons parallèlement l’enquête des policiers mais aussi le groupe de terroristes. Nous découvrons l’histoire de ces hommes, prêts à mourir pour leur cause, ce qui les a conduits sur ce chemin, comment ils se cachent parmi la population, comment ils élaborent leur plan, trouvent leurs cibles, et passent à l’action. Pierre Pouchairet nous propose une description et une vision de la constitution de cette cellule, de leurs parcours, à chacun, de ce qui les a conduits à vouloir passer à l’acte.

C’est une course contre la montre pour Johana et ses hommes, comprendre, retrouver et arrêter ces hommes avant qu’ils ne commettent l’irréparable, tout en préservant le calme dans la population. Elle doit réfréner ses peurs, ses angoisses, et faire passer ses états d’âmes au second plan.

Tout sonne vrai, le roman nous plonge dans une réalité effrayante qui pourrait arriver demain. Nous vivons désormais dans un monde où la menace d’attentat est constante. Ce roman nous en rappelle l’affreuse réalité : elle peut survenir n’importe quand, sous plusieurs formes.

Le roman est très court et c’est le seul reproche que l’on puisse faire, on arrive rapidement à la conclusion, accentuant l’impression d’urgence dans l’enquête. Cette fiction, car ce livre en est bien une, ouf, est teintée d’un tel réalisme qu’elle en devient effrayante.

Marie-Laure.


LA FILLE OUBLIÉE de David Bell / Actes Noirs Actes Sud.

Traduction: Manuel Tricoteaux.


C’est en auteur installé que David Bell revient sur le devant de la scène avec ce quatrième roman publié chez Actes Sud : après Fleur de cimetière (2013), Un lieu secret (2015), Ne reviens jamais (2017), La Fille oubliée sortait le mois dernier en France.Jason. Danvers avec sa compagne Nora est revenu s’installer dans la petite ville de son enfance, Ednaville dans l’Ohio. Ils s’efforcent de retrouver un second souffle en couple. Jason essaie de mener sa barque tranquillement dans sa ville natale qu’il a quitté brusquement à la fin du lycée. Après une ultime et brutale dispute avec son meilleur ami d’alors, Logan, dont personne n’a su ce qu’il était devenu. Enfui ? Mais c’est en la personne de sa soeur cadette Hayden, qu’il n’a pas vue depuis des années, qui prétend avoir arrêté la drogue et l’alcool qui l’avaient marginalisée et éloignée de sa famille que le passé frappe à l’improviste un soir à la porte de Jason. Alors même qu’elle n’a cessé de trahir leur confiance, elle lui demande une faveur : veiller sur Sierra, sa fille adolescente, pendant quarante-huit heures, le temps de régler une affaire qui doit l’aider à tirer définitivement un trait sur son ancienne vie. Mais Hayden ne revient pas. Pire, cette disparition réveille l’autre affaire non résolue : la disparition de Logan, Jason avait été entendu par la police, puis l’affaire avait été classée sans suite. Mais quelques jours après la disparition de Hayden, on retrouve un cadavre dans les bois voisins… Jason se lance à la recherche d’Hayden, avec le vague pressentiment que son aventure est liée au passé de la petite ville.

David Bell manifeste à nouveau, nous dit-on, son intérêt pour les liens familiaux, les les traumas et fantômes du passé. C’est l’intérêt principal de ce roman dans lequel les rapports entre les personnages, leur psychologie, sont patiemment dévoilés et amenés. David Bell déploie un suspense maîtrisé et sans précipitation, qu’apprécieront les amateurs.

Toutefois, des lecteurs plus exigeants pourraient regretter que le roman ne s’appuyât justement que sur ces aspects dont David Bell sait pourtant très bien jouer. Ils voudraient que les personnages, les décors…etc fussent perçus moins au travers de calques grisâtres et qu’ils fussent plus affirmés ou caractérisés, plus typés. Nous sommes à Ednaville, Ohio, chez les Danvers, et ce pourrait être partout ailleurs et concernerait une autre famille Smith, originaire d’une petite ville des Etats-Unis. Mais peut-être que ces lecteurs plus exigeants ne sont pas si nombreux, peut-être qu’il ne s’agit que de moi, qui attendrait plus de détails vifs et d’audaces littéraires.

Tous les morts ne veulent pas se laisser enterrer comme ça. Mais tous les vivants ne veulent pas se laisser enfouir comme ci.

Paotrsaout

TREIZE JOURS de Arni Thorarinsson / Métailié noir.

Traduction: Eric Boury.

« 13 jours, c’est le délai que sa dernière petite amie, banquière recherchée par la police, a donné à Einar pour la rejoindre à l’étranger.

13 jours, c’est le temps qu’il va lui falloir pour décider s’il veut accepter la direction du grand journal dans lequel il a toujours travaillé.

13 jours, c’est le temps qui sera nécessaire pour trouver qui a tué la lycéenne dont le corps profané a été retrouvé dans le parc. Quelque chose dans son visage rappelle à Einar sa propre fille, Gunnsa, quand elle était un peu plus jeune et encore innocente. Mais aujourd’hui Gunnsa est devenue photographe et travaille dans le même journal que son père ; elle s’intéresse de près à ces adolescents paumés et ultra connectés qui fuguent ou disparaissent, elle a plus de ressources et d’audace pour faire avancer l’enquête – et moins de désillusions. »

Arni Thorarinsson a déjà une belle carrière d’auteur. Et à part le très, très dispensable “le crime” sorti l’an dernier, son bilan est très positif et le plante comme un auteur important du polar dit nordique originaire d’Islande, ce petit pays popularisé par son collègue et compatriote Arnaldur Indridason. On peut d’ailleurs relier les deux auteurs par ce souci de montrer la société islandaise, les maux qui la rongent, les failles, les souffrances des minorités au sein d’intrigues fouillées. Mais si Indridason gratte souvent le passé et son propre passé, Thorarisson, lui, manoeuvre, explore, montre le présent de son pays, écrivant des drames au cœur des heurs et malheurs occidentaux comme les conséquences de la crise des subprimes dans un très bon « le septième fils » .

Plus jeune, plus expansif, moins tourmenté, mieux dans son époque que le Erlendur d’Indridason, Einar le héros de Thorarinsson est journaliste et le papa protecteur de Gunnsa une ado qui grandit et qui voudrait suivre les pas de son père. Si parfois, dans certaines aventures précédentes, les affaires concernant le journal ont pu paraître bien trop importantes dans le propos, nul doute que le milieu est propice à des intrigues plus rapides, plus rythmés que les “chemins de croix” d’Erlendur.

Et du rythme, il y en a, des rebondissements aussi, une réflexion sur l’adolescence et ses fragilités, de quoi faire un polar, loin d’être exceptionnel, pas tout à fait du niveau du très bon “ l’ange du matin” mais suffisamment solide pour satisfaire les amateurs du genre.

Wollanup.

LISTE NOIRE de Yvon Coquil / Editions In8.

D’un gars qui fut toute sa vie charpentier-tôlier à l’arsenal de Brest, il ne faut certes pas attendre des pétales de roses à peine susurrés. Et effectivement, Yvon Coquil crache une fois encore des scories métalliques, sombres et mordantes. À l’instar des onze nouvelles qui charpentaient son précédent Métal amer (éditions Sixto), le présent Liste noire télescope des trafics torves sur des destins mal ébarbés en une trame équarrie au marteau-pilon. Sans révolutionner le genre noir, Yvon Coquil maîtrise l’art d’en conjuguer les thèmes, de les souder plutôt, puisque c’est justement son présent sujet.

Une vague de licenciements rince l’ambiance des docks brestois et Lucas, soudeur donc sur les chantiers navals, attend le ressac qui l’entrainera à son tour. L’annonce d’une prochaine liste de têtes à faire tomber le pousse à gamberger de travers et bouscule ses neurones déjà mis à mal par l’alcool et le besoin primaire d’argent. Entre autres garrots budgétaires, on retrouve ici, sous le spectre du chômage, le délicat sujet du financement du mouroir des parents. On pense du coup à l’excellent Aux animaux la guerre, le premier roman de Nicolas Mathieu, récent lauréat du Goncourt pour Leurs enfants après eux (parus tous les deux chez Actes Sud). Pour Lucas, la seule solution s’appelle Marco, un collègue à deux encablures de la retraite, qui pourrait bien anticiper son départ, et ainsi sauver un poste. Hélas, le Marco en question se volatilise et la pirouette semble prendre l’eau.

En 76 pages raides comme une lame d’acier, cette novella, publiée dans la collection Polaroid dirigée par Marc Villard aux éditions In8, fonce sans digressions superflues entre une écriture simple, mais régulièrement lacérée à grands coups de griffe tour à tour souriants ou aigres, et des phrases courtes qui éclatent au métronome comme des gouttes de pluie sur le bitume breton. Sûr qu’Yvon Coquil s’y connait question rythme. En marge, nous le remercierons d’ailleurs de citer Humble Pie, les Faces, les Kinks et les Yardbirds, seuls traits lumineux au milieu d’un décor gris et d’existence ternes.

Et lorsque la fameuse liste tombe enfin, c’est Clarisse, l’ex de Lucas devenue responsable syndicale, qui la débite…

 

   « Nous ne formons plus qu’un seul corps, tendu vers l’oratrice, le souffle court dans l’attente de l’annonce de l’Apocalypse.

   – Mécaniciens, dix-sept. Electriciens, douze. Chaudronniers, trois. Charpentiers-tôliers, six. Soudeurs, un. »

Un seul soudeur ! Reste à retrouver Marco, englué dans ses trafics miteux de drogue et de caravanes, et le convaincre de faire valoir ses droits. Ça se dessine et l’avenir s’éclaircit brièvement. Mais l’horizon reste bouché à jamais et les lendemains ne sauraient passer que de peu à rien.

JLM

 

 

 

MAUVAISES NOUVELLES DU FRONT de Hugues Pagan / Rivages.

“Des portes ouvertes sur des lieux de transit, tel Ostende, où les destins se croisent. Sur des bureaux où règne le silence fiévreux des brigades de la Nuit. Sur des rues noyées de pluie, arpentées par des personnages qui se posent l’éternelle question : savoir ce qu’on a bien pu faire pour mériter « ça ».”

“Dernière station avant l’autoroute”, grand roman datait de 1997, il aura donc fallu attendre 20 ans avant de retrouver Hugues Pagan auteur de polars, absence durant laquelle il a participé à plusieurs projets audiovisuels. Avec « Profil perdu”, en 2017, on retrouvait Hugues Pagan tel qu’on l’avait quitté, comme si le temps n’avait eu aucune influence sur sa plume. Tant mieux pour certains, dommage pour d’ autres. Le même bonheur néanmoins de le lire à nouveau, de retrouver ces univers policiers rudes, glaçants souvent et une écriture de premier ordre que vous retrouverez aussi dans ces nouvelles qui forment ce “ Mauvaises nouvelles du front” introduit par Michel Embareck, de belle et très juste manière, on s’en doute.

“Ce recueil de nouvelles parues au hasard, balles traçantes entre 1982 et 2010, augmentées de l’inédite “Mauvaises nouvelles du front”, le place au premier rang des orfèvres à quai”.

Ces nouvelles, impeccables, n’ont pas forcément la force des romans de Pagan plairont surtout aux fans de l’auteur, les novices lui préféreront “ Profil perdu”, lui aussi empreint de cet univers si personnel qu’il évoque qu’ il envisage dans “Et pour finir…” où il raconte l’histoire de ces histoires…

“Alors, ces nouvelles, disparates, bancales, plus ou moins drolatiques, ces personnages entraperçus, ce sont des portes ouvertes un instant sur des solitudes, des murmures de vie, qui sont les leurs et par voie de conséquence un peu les miens, rien que des petits blues sans portée. Des tristesses. Les leurs, les miennes. Peut-être les nôtres.”

La seule différence notable avec tous les romans que j’ai avalés d’une traite après la précieuse découverte “Dernière station avec l’autoroute”, il y a une quinzaine d’années réside dans l’apparition épisodiquement d’une certaine forme d’humour rendant le propos parfois plus facile à assimiler.

Pagan, c’est du polar, il a été flic lui-même, c’est un univers qu’il dépeint en le connaissant, exprimant ce que lui même a vu, vécu, senti, ressenti dans ces lieux de désespérance que semblent être les commissariats dans l’histoire de Pagan, l’homme. Pagan raconte les vies brisées, les flics, brisés eux aussi. L’intrigue policière semble en arrière plan chez Pagan, toute la lumière est donnée au noir, au drame subi au cauchemar vécu. Terrible univers où le noir se fait poisseux, insondable… Pagan raconte la vie, le malheur, le désabusement, la démission, la désillusion.

La grande classe .

Wollanup.

PRODIGES ET MIRACLES de Joe Meno / Agullo.

Traduction: Morgane Saysana

Les éditions Agullo publiaient il y a trois mois un deuxième titre de l’américain Joe Meno, après Le Blues de la Harpie (janvier 2017) chroniqué en son temps par les Nyctalopes. C’est aussi l’exclamatif « Solide ! » qui terminait alors le rapport de Wollanup, les autres critiques lues ça et là, qui nous donnaient envie de découvrir ce nouveau texte de Meno.

1995. A Mount Holly, au fin fond de l’Etat rural de l’Indiana, The Hoosier State selon l’historique surnom en usage qu’on pourrait méchamment traduire par « l’Etat des bouseux », Jim Falls attend un peu que le ciel lui tombe sur la tête ou que la terre l’engouffre. Il s’efforce de faire vivoter sa ferme à volaille, s’efforce d’accepter son veuvage et la déchéance sans fin de sa fille unique, une junkie paumée qui apparaît et disparaît au gré de ses démêlés avec des petits amis violents. Il s’efforce de se rapprocher de son petit-fils, Quentin, un métis de père inconnu, s’inquiète en tout cas de l’avenir de cet adolescent renfermé, craintif, affamé d’amour, qui ne semble intéressé que par les jeux vidéo et l’élevage de reptiles. L’expérience violente de Jim Falls, MP pendant la guerre de Corée, remonte par bouffées, par dessus un mouron quotidien car les dettes s’accumulent.

Jusqu’ au jour où une magnifique jument blanche taillée pour la course est livrée à la ferme suite à une erreur  mais dont la légalité pourra difficilement être remise en cause. C’est un choc émotionnel pour le vieillard et l’adolescent, soudain ébranlés par l’espoir et la beauté. Quelque chose se craquelle en eux, la lumière pourrait bien y pénétrer.  Mais l’animal attise les convoitises et deux frangins accros au crystal-meth parviennent à s’en emparer une nuit. Jim et Quentin se lancent alors sur leurs traces à travers une Amérique du milieu, entre Indiana, Kentucky et Tennessee, une Amérique des routes secondaires et des villes moyennes pour tenter de récupérer la bête merveilleuse avant qu’elle ne soit refourguée. Au cours de cette folle poursuite, grand-père et petit-fils traversent une contrée oubliée, en pleine débine économique, culturelle, morale où drogue et violence semblent être les seuls horizons d’une jeunesse sans repères que la vieillesse ne comprend plus. Et pourtant, grâce à l’amour que chacun porte au cheval miraculeux, l’aïeul et le garçon trouveront le chemin d’une rédemption mutuelle.

Vous lisez bien « rédemption » et vous auriez peut-être l’envie de vous rétracter, agacés par ces désormais habituelles étiquettes (« rédemption », « leçon de vie », « apprentissage ») auxquelles les romans se devraient de contribuer. Ce serait vouloir ignorer les qualités du texte de Joe Meno. D’abord une délicatesse à évoquer des sentiments, ou leurs brouillons, leurs états gazeux, leurs devenirs, essayant de s’affirmer, de se poser et de s’accorder. Même des types dans le dur et leur descendance bancale veulent se sentir bien dans leur peau et sans doute, qu’un peu d’amour et un peu de joie peuvent y contribuer. Et lire, sous la plume de Joe Meno,  Jim et Quentin essayer, trébucher, mais avancer sur ce chemin est une grande joie littéraire et humaine.

De façon impressionniste, à petites touches, Joe Meno décrit aussi avec un art consommé des paysages douloureux, tantôt ruraux, tantôt suburbains. L’addition de simples enseignes de commerces suffit parfois à créer une atmosphère. Le roman avance au départ au rythme du soleil par dessus la campagne, les bâtiments agricoles et la tête des plants de maïs. C’est l’été et tout mijote dans une brume de chaleur. Puis le texte va s’accélérer et lancer la course-poursuite, à laquelle le lecteur ne pourra donner le moindre coup de frein,nerveuse, violente, impitoyable, jusqu’au dénouement final.

« Indianapolis. Les lumières et les ossatures d’immeubles imposants, de maisons, de cours, de rues, de véhicules circulant même à cette heure tardive, pas loin de deux heures du matin. Les visages derrière les pare-brise des voitures qui les croisaient étaient sombres, indistincts. Un panneau publicitaire annonçait une sortie sur grand écran. Une ambulance les doubla en hurlant. Un enfant, recroquevillé, assoupi sur la banquette arrière d’un van. La musique d’un autre automobiliste rugissant à travers des enceintes immenses. Des lumières dans les bureaux, les habitations, les feux arrière décrivant des arcs rouges devant eux. Des cheminées qui, même dans le noir, encrassaient le ciel de leur fumée poussiéreuse, signalant la présence inaltérable de l’humain. Mégots de cigarettes. Canettes de bière. Les détritus d’une civilisation autocentrée. La métropole se dressait devant eux avec ses barrières de béton, ses garde-fous en métal. Son allure revêtit soudain celle d’un cimetière, les lumières pareilles aux halos de mille et un ectoplasmes insondables. La ligne d’horizon capturée par le rétroviseur. Le retour des ténèbres. Puis le silence sinistre. Et eux de rouler toujours plus avant.

Les terres qu’on vient de labourer. Les sillons frais s’étirant à l’infini dans toutes les directions, la terre retournée, exhalant des remugles de pousses moisies, de putréfaction, les champs gorgés de purin. Le tout pareil à une plaie ardente. Une fistule de tiges coupées, de métal, de graines, d’excrément et de terre.

Un trognon de pomme sur le tableau de bord, un paquet de cigarettes froissé, une bouteille de whisky à demi-bue, trois bouteilles de Coca-Cola en plastique achetées dans un Quick-E-Mart ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les chansons de Hank, Williams, comme une accusation, résonnant depuis la bande AM, puis s’estompant. »

Un périple dans un espace corrompu par le déclin et où quelques hommes essaient de ne pas totalement sombrer. Puissant. Une de mes plus belles lectures de l’année.

Paotrsaout

GANGSTER d’ Alvin Karpis / La manufacture de livres

Traduction: Eric Balmont

Publié cet été dans la partie Documents du catalogue de la Manufacture des Livres, le récit d’Alvin Karpis en rejoint d’autres consacrés au monde criminel. C’est une traduction de son autobiographie datée de 1971, Public Enemy Number One, The Alvin Karpis Story qui revient sur sa trajectoire de braqueur de haut vol dans l’Amérique de la Prohibition et de la Dépression, au sein du célèbre gang Karpis-Barker.

Né Karpowicz à Montréal en 1907, dans une famille d’immigrants d’origine lituanienne, le jeune Alvin grandit au Kansas, où sa famille a fini par arriver. Il l’avoue ou s’en vante soixante ans plus tard : dès l’âge de 10 ans, Karpis décide de faire carrière dans le crime, fasciné par les truands, putains, macs et flambeurs de son voisinage. Adolescent, il se lance dans le cambriolage et le vol : il aime le fric, l’action, l’adrénaline et le mouvement. A 18 ans, il est condamné « de 5 ans à 10 ans » de pénitencier. Il entre véritablement à l’école des bandits dont les braqueurs étaient à l’époque la haute caste.  Il s’évade en compagnie de DeVol, un braqueur en 1929, et pendant plusieurs mois, plonge dans la vie erratique des truands. Toujours en mouvement, toujours à l’affût de coups qu’il faut soigneusement monter, toujours sur ses gardes.

Karpis, comme les autres gangsters, adore les voitures. Ce sera une constante de son récit : les déplacements automobiles y sont incroyables. Des centaines, des milliers de kilomètres régulièrement parcourus, dans le Midwest : Kansas, Oklahoma, Arkansas, jusqu’à plus au nord, Minnesota et Illinois. Karpis déclare ne pas aimer plus que ça la violence et la sang mais être lourdement armé rassure le braqueur qui en cas de pépin pourra s’ouvrir le chemin de la fuite. Et cela paraît presque facile dans ses bourgades paisibles, aux hommes de loi et citoyens armés fébriles, face à la détermination, la vitesse et la brutalité des braqueurs. Ces hommes sont en quelque sorte les héritiers des bandits à cheval du siècle dernier, jouant à fond de la géographie et de l’émiettement juridique du pays pour échapper à leurs poursuivants.

Cette première cavale prend fin en 1930. Karpis retourne en prison où il se lie d’amitié avec Freddie Barker, membre aguerri d’une fratrie de braqueurs, avec ses frères Herman et Doc. Quand ils se retrouvent libres, en 1931 les deux hommes montent le premier d’une série de coups ensemble et c’est ce qui va véritablement lancer Karpis, au point que l’on parlera bientôt d’un gang « Karpis-Barker ».

C’est à cet instant quand nous découvrons le caractère incroyable du récit qui concerne la très courte période, cinq années, 1931-1936, pendant lesquelles le gang – en fait une association mouvante de comparses autour de Karpis et de Barker selon les coups – va agir, monter en audace et en puissance ou lamentablement se louper par moments. L’accumulation de kilomètres, de déménagements, de préparations, d’actions est proprement ahurissante. A l’époque, d’autres braqueurs violents font parler d’eux, qui s’inscriront pour certains dans la légende : Dillinger, Bonnie & Clyde, « Baby Face » Nelson…  A leurs trousses, le jeune Edgar J. Hoover à la tête du FBI dont il a fait sa créature cherche à accroître l’efficacité encore balbutiante de l’organisme fédéral chargé du crime organisé ou des crimes qui impliquent le franchissement d’une frontière entre les Etats (et les braquages avec fuite vers une planque transfrontalière ou écoulement lointain de butin en font partie).

Sans arrogance presque, sans complaisance en tout cas, Karpis égrène minutieusement les détails de sa vie frénétique, sur le fil du rasoir. Il y a presque une monotonie de celle-ci. Les coups s’enchaînent, les cadavres s’empilent. Les comparses de Karpis sont beaucoup plus sensibles de la queue de détente que lui. Les pérégrinations sans fin du gang l’amènent plus proche de Saint-Paul, Chicago, Toledo, grands centres urbains du nord où la pègre est florissante. Quelque chose déjà trouble l’esprit de Karpis, presque une nostalgie des braquages dans l’Amérique profonde, des cavales sur des routes non goudronnées dans des cambrousses paumées. Autour d’eux la pression monte, les Fédéraux, le Syndicat du Crime, qui souhaite éloigner l’agitation que ces braqueurs apportent… Mais ils continuent, se diversifient même, dans le kidnapping, et parfois, les poches pleines, ont le loisir de profiter d’un moment de détente et de flambe, de courte durée.

C’est ainsi que Karpis, Freddie et Doc Barker se retrouvent sur les affiches des truands les plus recherchés des Etats-Unis, les Ennemis publics Numéro Un, en compagnie de Dillinger et son lieutenant Van Meter, « Baby Face » Nelson et « Pretty Boy » Floyd. Mais en quelques mois en 1934, ce sera l’hécatombe, le FBI ne fera pas de détails, peut-être pour faire oublier des déboires. La course météoritique de Karpis s’achèvera en 1936, par un coup de chance : il ne sera pas descendu mais arrêté et jugé. Il prendra perpète, séjournera 25 ans à Alcatraz (un record), sera libéré en 1969 puis expulsé vers le Canada. Il décèdera dans des circonstances troubles en 1979, en Espagne, en exil, non sans avoir livré ce récit haletant, extraordinaire de détails, de figures et de rebondissements où jusqu’à la fin la haine du FBI transpire.

Deux chapitres ont retenu mon attention en particulier : celui où Karpis évoque la vie des femmes dont les braqueurs s’entouraient, épouses, maîtresses, putains, toutes plus au moins liées, ne serait-ce que par endogamie sociale, au Milieu mais dont la condition n’avait rien d’enviable. Entraînées dans les cavales, recluses pendant des mois, ou tout simplement abandonnées quand il s’agit que les hommes échappent à la traque ou l’embuscade et devant faire face seules ensuite à des poursuites judiciaires. Celui aussi où Karpis décrit une corruption rampante qui, à tous les niveaux, judiciaires et municipaux notamment, autorisait les malfrats à échapper aux poursuites, raccourcirent leur peine, voire à entrer dans un jeu de poids et contre-poids profitable avec des officiels. Un triste tableau de l’Amérique de cette période.

Un atlas routier et criminel du Midwest des thirties et 250 pages d’un récit, certes subjectif, mais trépidant et gorgé d’adrénaline, qui mitraille de tous les côtés flics, indics, gangsters eux-mêmes, simples citoyens au mauvais endroit au mauvais moment, ou alors, sur un autre plan, la version de l’Histoire qui n’est pas celle de Karpis.

 

« – Assez déçu, je suis allé à Joplin, dans le Missouri, où je suis tombé sur une drôle de situation en allant rendre visite à un vieil ami nommé Herb Farmer. Farmer était un type très accueillant et j’ai été surpris en constatant qu’il hésitait à me faire entrer chez lui. Il y avait trois personnes assises dans le living-room, un couple que je n’ai pas reconnu et Mickey Carey, un gars de ma connaissance qui avait tiré pas mal de temps à Leavenworth pour trafic de stupéfiants. Quant au couple, ils avaient l’air d’ouvriers agricoles. Le gars était tout jeune, un petit aux cheveux brun clair. La fille, elle, était toute menue,  pas plus de 50 kg toute mouillée, à mon avis, et elle louchait horriblement. Ils avaient tous les deux des visages totalement inexpressifs, comme les gens qu’on voit assis sur le pas de leur porte dans les campagnes reculées du Texas et de l’Oklahoma.

– Ces deux-là, m’a dit Carey en désignant le couple, ils ont des carabines automatiques Browning et ils voudraient savoir s’il y a des amateurs pour les acheter.

-Qu’est-ce que je peux bien faire avec des engins pareils ? j’ai demandé.

-Ils sont drôlement chouettes si on veut sauter d’une bagnole et se lancer dans une bagarre, a dit Carey.

Le couple n’a pas prononcé un mot. Ils continuaient à me regarder fixement.

-Ma foi, ça peut être utile si on se trouve coincé dans un immeuble, j’ai dit. Mais si on se met à courir avec ça à la main, on risque de se transformer soi-même en passoire.

Le couple me fixait toujours, sans même me voir, semblait-il. Là-dessus, Carey a annoncé qu’ils s’en allaient et ils sont sortis tous les trois.

-Des vrais dingues, ces foutus Texans, a dit Farmer, après le départ de leur voiture.

Je lui ai demandé qui était ce couple de cinglés.

-Clyde Barrow et sa nana, Bonnie Parker. Ils ont loué une maison à Joplin et tu peux être sûr qu’ils vont se mettre à braquer tous les drugstores et toutes les boutiques du coin. Ça me dit rien qui vaille.

J’avais entendu parler de Bonnie et Clyde et pas en bien. Barrow était un produit des camps de forçats du Sud et était recherché pour meurtres de flics dans tout le Sud-Ouest.

Une chose était sûre : quand Barrow et Parker s’amenaient quelque part, les ennuis n’étaient pas loin derrière. »

Paotrsaout

MEMORIAL DEVICE de David Keenan / Buchet Chastel

Traduction: Nathalie Peronny.

 

“Pas si simple d’être le Iggy Pop d’une petite ville de province…”

Le début des années 80 à Airdrie en Ecosse. A moins d’y être passé, vous ne devez pas connaître. Situé dans la campagne du comté du  North Lanarkshire, ouais, vous ne voyez pas vraiment mieux. On pourrait dire comme on le fait si souvent pour parler de petites villes d’une trentaine de mille habitants que Airdrie est le trou du cul du monde ou du moins de l’Ecosse mais la ville n’est située qu’à une vingtaine de kilomètres de Glasgow donc pas réellement isolée. Là, les jeunes rêvent de partir loin de la Calédonie et de ses tartans mais le plus souvent ils restent plantés là reprenant les emplois de leurs parents dans les usines et  depuis des décennies, peu d’évolution. Mais la vague punk de la fin des années 70 a créé un espoir pour tous ces jeunes, qui ont vu que trois accords de guitare, des épingles à nourrice, de la provocation, du nihilisme et de l’anarchie primaire suffisaient parfois à lancer une carrière dans l’industrie musicale si on était suffisamment malin et chanceux. “ Phony Beatlemania has bitten the dust” chantait the Clash, on déboulonne les idoles friquées, le souffle de la révolte d’une jeunesse prolo a atteint aussi Airdrie. Les major companies ont compris et sont à la recherche des nouveaux Damned, Sex Pistols, Clash, Exploited, Sham 69, Jam…

“Memorial Device” raconte les tout débuts, les hésitations, les plantages mais aussi les fols espoirs et la destinée de ces jeunes sans avenir et surtout sans réel talent. Toute la faune locale est finalement sur scène dans ce grand “ great rock’n’roll swindle” d’Airdrie. On croise  bien sûr des zicos, des paumés, des grands malades, de grands mythos, des pseudo intellos, des toxicos, des membres de l’Ira planqués, des pères alcoolos, des stars du porno, une grande comédie douce-amère particulièrement touchante et souvent hilarante, des légions d’ados qui se cherchent sans finalement vraiment se trouver.

“J’ai souffert de troubles mentaux toute ma vie. Mais rien que pour l’aspect créatif, ça vaut le coup”

David Keenan connaît parfaitement la scène punk et post-punk de ces années et c’est un vrai bonheur de retrouver tous ces groupes aux carrières météoriques ou tombés complètement dans l’oubli depuis. Keenan maîtrise, redoutable expert de cette époque d’explosion salutaire d’un monde rock bien essoufflé par des dinosaures endormis et le lecteur qui a connu, qui a participé à cette fureur reconnaîtra le niveau d’expertise de l’auteur et le remerciera pour le belle Madeleine de Proust. Keenan a travaillé pour l’excellent magazine musical british The Wire et  a vécu enfant à Airdrie au moment de la déflagration punk. Maîtrise parfaite du sujet donc associée à une connaissance du décor et magnifiée par une construction virtuose inspirée du roman de Georges Perec “la vie, mode d’emploi” qui racontait la vie des habitants d’un immeuble sur six ans. Keenan reprend ce schéma narratif en l’adaptant à la jeunesse rock d’ Airdrie sur plusieurs années autour du groupe “Memorial Device”, sa naissance, sa vie, son oeuvre… imaginaire à travers une narration surprenante au départ à base de témoignages, d’interviews, lettres, articles, témoignages où chacun tente de bien se placer dans la lumière, compilée par Ross Raymond un aspirant rock critique. La mosaïque prend forme rapidement pour créer une tableau particulièrement déjanté, foutraque.

En fait, le monde de la musique punk n’est qu’un moteur, un puissant moteur certes, pour développer l’environnement social  britannique des années 80. Nick Hornby pour l’univers musical ainsi qu’ une certaine tendresse et  Irvine Welsh pour l’ hommage à ces losers magnifiques et le côté déjanté, Memorial Device est  un très grand moment de rock’n’ roll, un roman superbe, qui  laisse néanmoins l’immense regret que le groupe n’ait jamais existé.

ROCK ON !

Wollanup.

SIRENES de Joseph Knox / Le Masque.

Traduction: Jean Esch.

Aidan Waits est un jeune flic, jeune et pour autant déjà lessivé et perdu. Il est officiellement mis au banc de son service et utilisé par le superintendant Parrs pour une immersion dans les bas fonds de Manchester. Il est recruté en souterrain pour surveiller Isabelle Rossiter, fille d’un député, qui a fugué et a trouvé refuge auprès de Zain Carver, chef incontesté de la pègre locale, la Franchise. Mais personne n’est transparent dans ce milieu, dès que l’on peut utiliser et manipuler quelqu’un, on ne se gêne pas.

Aidan plonge alors un peu plus dans la violence urbaine. Il s’insère dans le cercle de La Franchise, passe un pacte avec  Carver afin que les enquêtes le visant n’aboutissent pas, tout en essayant de respecter ses engagements auprès de ses supérieurs.

Pour ce faire, il tournoie autour des personnages clés qui entourent Carver : son garde du corps, les barmans à sa solde, et bien sûr « ses filles ». Toutes jeunes, jolies, qui lui servent pour faire la collecte de l’argent et la drogue. Comment résister à ces femmes ? Elles sont le seul point lumineux dans le monde d’Aidan malgré leurs multiples facettes.

Knox nous dépeint un monde lugubre, où, si vous n’êtes pas né du bon côté, tout est fait pour vous enfoncer davantage. Chacun veut sa part du gâteau et pour y arriver, tous se servent des quelques atouts qu’ils possèdent : la force et la violence pour les hommes, le charme et la manipulation pour les femmes.

C’est une véritable descente aux enfers, où la drogue et l’alcool  permettent de donner un semblant de bonheur, tout du moins la force nécessaire pour s’accepter et atteindre le lendemain. Les réveils sont douloureux, glauques, et peu d’espoir est permis. On surfe tout du long au bord du précipice, on y plonge parfois, mais on ne se retrouve à la crête des vagues que très rarement. C’est un monde où la duperie, la trahison et le chagrin sont les rois. Les nuits de Manchester sont sombres et cruelles, un seul faux pas peut vous être fatal.

Il s’agit d’un premier roman, mais on attend le prochain avec impatience. Joseph Knox a su nous tenir en haleine tout du long, pas de répit dans ce roman, pas de joie, pas de certitude, juste un profond désespoir présent à chaque page.

Marie-Laure.

PS: On tente toujours de mettre un morceau qui colle avec le roman. Là, je suis plutôt content de ma trouvaille puisque New Order, en plus de parler de sirènes est originaire de Manchester, lieu de l’intrigue. Bah, on a les petits bonheurs qu’on trouve. (Clete)

 

TOUS LES MAYAS SONT BONS et ENCORE RATÉ de Donald Westlake / Rivages.

Traduction: Nicolas Bondil

Donald Westlake était un grand écrivain de polars new-yorkais décédé il y a 10 ans laissant un  vide abyssal jamais comblé derrière lui. Depuis, Rivages, son éditeur français a publié quelques inédits, puis la source s’est tarie. Et soudain arrive maintenant ce “tous les Mayas sont bons “ avec un titre français sentant bon les jeux de mots à deux balles que nous offraient les éditeurs français dans les années 60, 70 et 80 pour les polars. Alors, si vous ne connaissez pas ce grand maître, nul doute que ce ne sera pas forcément un roman marquant pour vous et que de multiples autres entrées beaucoup plus riches sont recommandées. Tout bon libraire saura vous guider entre autres vers “le couperet” ou “ Aztèques dansants”, très réussi qui montre un peu lui aussi un réel intérêt de Westlake pour les civilisations précolombiennes.

Si vous êtes un fan, par contre, malgré que vous puissiez légitimement  vous demander pourquoi ce roman sorti en 1985 aux States ne fasse son entrée chez nous que plus de trente ans plus tard, vous ne pourrez certainement pas résister et je vous comprends très bien… j’ai craqué immédiatement. Et, rassurons tout le monde, ce roman n’est pas une daube, n’est pas juste un fond de tiroir.

“Kirby, un Américain installé au Bélize – minuscule État d’Amérique centrale -, a acquis un terrain dans la jungle sur lequel il a édifié un faux temple maya avec la complicité de villageois locaux. Ces derniers fabriquent pour lui des « antiquités » qu’il entend vendre à des clients américains. Son but est quand même de s’enrichir le plus possible, on ne va pas se le cacher. Mais lorsque lesdits clients arrivent au Bélize en même temps qu’une archéologue idéaliste, certaines complications se font jour. Car l’archéologue est une vraie spécialiste qui sait distinguer le vrai du faux. Comme dit Kirby, « une fichue peste ».”

 

Capable d’écrire des comédies policières ébouriffées et hilarantes dans sa série consacrée à John Dortmunder cambrioleur new-yorkais particulièrement touché par une scoumoune qui ne le lâche jamais avec sa bande sympathique de bras cassés et des polars beaucoup plus sombres  avec sa série Parker, Westlake était brillant dans tous les genres qu’il touchait. Celui-ci avec sa profusion d’informations sur le Bélize en Amérique Centrale, se rapproche de “Kawaha”, roman d’aventures situé dans l’Ouganda des années 70 du triste sire Idi Amin Dada.

Roman d’aventures donc situé dans la jungle du Bélize qu’il a arpentée avec son épouse et à qui il a dédié le roman pour avoir enduré un trip avec lui dans l’enfer vert, se double aussi d’une farce et d’un énorme jeu de dupes, d’arnaques avec moult rebondissements, trahisons en cascade. Ce n’est sûrement pas le meilleur de Weslake que l’on retrouve ici mais le rythme est bien là, le ton gentiment moqueur et un humour souvent très fin, pince sans rire qui est une de ces marques de fabrique, bien présents, font que c’est du Weslake  et… c’est bon.

Les novices découvriront plus facilement le grand Donald Westlake en achetant le recueil de Rivages nouvellement sorti “Encore raté” proposant la première cata de Dortmunder “Pierre qui roule”  et deux autres très bonnes aventures “ Personne n’est parfait” et “Dégâts des eaux”. “Pierre qui roule” a d’ailleurs été adapté en 1972 par Peter Yates sous le titre ”Les quatre malfrats” avec un très incongru Robert Redford dans le rôle de Dortmunder. Christophe Lambert, dans un nanar ricain s’y est aussi essayé mais le costume était bien trop grand pour lui. Nombreuses ont été les adaptations des œuvres de Westlake, peu ont été convaincantes, la finesse de l’humour n’étant que très rarement retrouvée à l’écran. Dortmunder est un poissard, souvent aigri, totalement désabusé: le personnage que joue souvent jean Pierre Bacri correspondrait assez bien au tempérament et à l’état d’esprit du New-Yorkais.

“Tous les Mayas sont bons” à glisser légitimement et obligatoirement sous le sapin de tous les fans de Westlake et le volume “ Encore raté” sous le sapin de tous les amateurs de polars old school.

Wollanup.

Older posts

© 2018 Nyctalopes

Theme by Anders NorenUp ↑