Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Catégorie : Bison d’Or (page 3 of 4)

JE SUIS INNOCENT de Thomas Fecchio / Editions Ravet Anceau / polars en nord.

 

Il faut dire que nous en avons assez de ces romans policiers avec des flics déprimés, carburant au whisky, des meurtriers qui philosophent, ou encore des macchabés, mis en scène de manière ésotérique. Maintenant, les meurtriers et les flics ont des airs de héros, ce sont des durs à cuir. Alors, on en vient à se demander où est passé l’humain dans la littérature policière ? Cette part animale, dissimulée au plus profond de notre être ?

Un matin, Jean Boyer, violeur à répétition et meurtrier, relâché après trente ans de prison, est tiré du lit par la police et le capitaine Germain.

Jean Boyer est accusé du viol et du meurtre de Marianne Locart, une étudiante en droit.

Pour la justice, les médias et les politiques préparants les présidentielles. Jean Boyer est le coupable idéal, dû à son passé.

Pourtant, le capitaine Germain doute de sa culpabilité, tandis que le suspect ne cesse de clamer son innocence.

Alors que tout est contre lui, Jean Boyer décide de débusquer le meurtrier de Marianne Locart.

Autant ne pas tourner autour du pot, ce roman est GÉNIAL !

On devine rapidement que l’auteur va nous bousculer, grâce à une intrigue finement pensée. Il nous ballade du début à la fin, et balaie toutes les théories auxquelles nous pensons d’un revers de chapitre ! Il nous apprend à nous méfier de tout le monde, même des victimes – ces victimes, que nous aimerions plaindre, mais qui deviennent antipathiques assez rapidement.

Et la technique employée par l’auteur est incroyable !

Qui aurait pensé qu’un meurtrier, et qui plus est violeur, mènerait l’enquête pour prouver son innocence ? Un meurtrier a le bon rôle – certains diraient que c’est gonflé… pas nous !

Pour enquêter, Boyer utilise son savoir appris en prison et ses pulsions – de la violence à l’état pur, mais pas que. Un peu de bon sens fait aussi l’affaire !

Ce qui est terrible dans cette histoire, est que cette ordure, ce parfait salaud de Jean Boyer, nous rend empathique. On le plaint et nous sommes gagnés par la colère de le voir accusé à tort.

Heureusement, pour faire passer la pilule, l’auteur nous caresse dans le sens du poil avec le capitaine Germain, jeune policier encore naïf, mais intègre et honnête. Et ce flic va croire jusqu’au bout à l’innocence de Boyer. Petit à petit, nous assistons à l’évolution de ce personnage, têtu comme une mule, qui ira jusqu’au bout de son idée, quitte à être à l’encontre de ses convictions et du système.

D’ailleurs, c’est l’un des thèmes de ce roman qui porte un regard critique sur la société. La justice et les politiques n’ont aucun scrupule à faire condamner un innocent, à manipuler les victimes, tant que le résultat leur permet de redorer leur blason ou de se faire élire.

Finalement, on se demande qui est le pire dans cette histoire où personne n’est ni blanc ni noir.

Je suis innocent est une bombe ! Avec ce premier roman, Thomas Fecchio prouve que le policier a encore de l’avenir devant lui. Un bel avenir, loin des trucs fadasses et mainstream dont les médias raffolent.

Merci à lui.

Bison d’Or.

NOTRE PETIT SECRET de Roz Nay / Hugo thriller.

Un peu d’amour dans tout ce noir ne peut pas faire de mal, un peu d’espoir et de réconfort non plus, surtout lorsque ces états d’être transforment des personnages dont la beauté équivaut au paysage luxuriant d’une journée d’été.

Qui a dit que « Les histoires d’amour finissent mal en général » ?

Angela est interrogée par l’inspecteur Novak car la femme de son ex petit ami est portée disparue. A partir de là débute le jeu du chat et de la souri entre ces deux protagonistes. Jeu de mots, jeu de manipulation.

Pour ce faire Angela, 26 ans, entreprend de raconter une partie de vie, de l’adolescence à l’âge adulte. Un récit qui demande de l’attention pour démêler le vrai et le faux.

Il faut avouer sans honte que certaines romances nous plaisent surtout lorsqu’elles nous rendent nostalgiques d’une époque révolue depuis longtemps, l’adolescence et le premier amour – les soirées au bord du lac, les baisers et la fumette, perche en haut d’un arbre. Voilà ce que provoque le roman de Roz Nay. Ce sentiment est accentué grâce à une intrigue simple : qu’est devenue Saskia ? L’auteur mise sur l’efficacité. Malgré quelques longueurs, nous sommes tenus en haleine surtout grâce à un lot de révélations à la fin de chaque chapitre.

Et que dire des personnages, clefs de voûte du roman. Ceux crées par Roz Nay sont peu attachants, voire antipathiques. Saskia en est un parfait exemple, qui n’a pas envie de la voir disparaître ? Attention, Angela est aussi une bonne manipulatrice.

D’ ailleurs, la manipulation est le thème du roman. Le personnage principal qui se plaint toujours est détestable, hautaine et au final il est difficile de savoir s’il faut l’aimer ou non. Le lecteur est juge de penser ce qu’il veut, certains l’aimeront d’autres la détesteront.

Notre petit secret est un roman empreint de nostalgie et teinté de noir pour pimenter ce discours qui pourrait faire penser à l’autofiction. 

Un roman qu’on embarquera pour les vacances – pour un sympathique moment de lecture.

Bison d’Or.

 

KABOUL EXPRESS de Cédric Bannel / Robert Laffont / la Bête Noire.

 

 

Il existe un autre Afghanistan ; celui où les militaires ont troqué leur place avec la police. Pourtant, la violence, telle un roc, ne daigne pas laisser sa place. Comme une gangrène, elle s’étend jusqu’en Irak, en Syrie et ailleurs, en Europe.

Zwak, Afghan, dix-sept ans et l’air d’en avoir treize, un QI de 160 et la rage au coeur depuis que son père a été une « victime collatérale » des Occidentaux. Devant son ordinateur, il a programmé un jeu d’un genre nouveau. Un jeu pour de vrai, avec la France en ligne de mire. Et là-bas, en Syrie, quelqu’un a entendu son appel… De Kaboul au désert de la mort, des villes syriennes occupées par les fanatiques de l’Etat islamique à la Turquie et la Roumanie, la commissaire de la DGSI, Nicole Laguna, et le qomaandaan Kandar, chef de la Crim de Kaboul, traquent Zwak et ses complices. Contre ceux qui veulent commettre l’indicible, le temps est compté.

Autant ne pas mâcher ses mots. Kaboul Express est un excellent thriller ! Cédric Bannel a rassemblé tous les ingrédients pour titiller petits cœurs fragiles de lecteurs : il y a des rebondissements et du suspense. Une alchimie très bien dosée qui permet de nous imprégner de l’ambiance. Et quelle ambiance !

Les personnages ne sont en rien caricaturaux, ce qui est vraiment plaisant. Zwak, le jeune prodige de 17 ans, engagé par Daech pour commettre un attentat en France, est un personnage complexe qui ne laisse transparaître aucune émotion. Et même, il est décrit comme un génie (ce qu’il est) ayant pour mentor Leonard de Vinci.

On aimera le personnage de Nicole Laguna, malgré le fait qu’elle soit peu mise en avant.

Le qomaandaan Kandar a quelque chose d’extraordinaire – un homme au passé singulier, sniper et bras droit du commandant Massoud. C’est un personnage épris de justice dans un pays où tous les coups sont bons pour parvenir à ses fins. Contrairement aux autres, Oussama Kandar évite autant que possible le recours à la violence.

Il en va sans dire que cette tâche est particulièrement difficile.

Ce qui frappe dans ce roman, c’est le rendu de la violence qui est omniprésente, une telle violence, qui devient presque habituelle, nous choquerait presque. Que ce soient les policiers ou les hommes de Daech, tous ont recours à des méthodes brutales, qui résultent souvent par la mort. La mort est aussi un personnage qui fait partie du quotidien des Afghans, des Syriens et des Irakiens.

L’autre richesse de Kaboul Express est la description de l’efficacité des services secrets français, DGSI. Bien sûr, à notre place de lecteur, on peut se poser la question de ce qui est vrai ou non… Mais on aurait tendance à y croire ! Et il est effrayant de voir que la hiérarchie, le réseau et la stratégie de Daech soient aussi efficaces…

Bison d’Or.

RAGDOLL de Daniel Cole / Robert Laffont / La Bête Noire.

Traduction : Natalie Beunat.

C’est en Angleterre, à Londres, que Daniel Cole plante le décor de son premier roman. Et pour une fois, il fait chaud, même très chaud. Pourtant, la pluie guette au coin de la rue, cela n’étonnera personne.

Tout va bien jusqu’à la découverte d’un cadavre particulièrement étrange : Ragdoll.

Un « cadavre » recomposé à partir de six victimes démembrées et assemblées par des points de suture a été découvert par la police. La presse l’a aussitôt baptisé Ragdoll, la poupée de chiffon.

Tout juste réintégré à la Metropolitan Police de Londres, l’inspecteur « Wolf » Fawkes dirige l’enquête sur cette effroyable affaire, assisté par son ancienne coéquipière, l’inspecteur Baxter.

Chaque minute compte, d’autant que le tueur s’amuse à narguer les forces de l’ordre : il a diffusé une liste de six personnes, assortie des dates auxquelles il a prévu de les assassiner.

Le dernier nom est celui de Wolf.

Ragdoll est ce genre de roman qui plonge  le lecteur dans un dilemme de taille. Le roman est vendu comme étant un coup de maître ou le digne héritier littéraire du film S7ven, pourquoi pas ? L’accroche met l’eau à la bouche. Et malgré tout, on a la sensation que ce roman sera on ne peut plus classique.

On ne dit pas : « je n’aime pas avant d’avoir goûté », alors laissons nous tenter !

Cela va sans dire que l’intrigue tourne autour de la découverte de multiples membres rapiécés entre eux pour ne former qu’un corps. L’idée du puzzle est une bonne idée, on progresse donc en direct, comme les médias, dans l’avancement de l’enquête. Enquête ou le temps est compté car le tueur a fait parvenir en plus de cette poupée de chiffon une liste de six noms qui seront tués les jours prochains. L’auteur nous plonge donc dans l’intimité de ces flics en proie à des difficultés de faire avancer l’enquête et devant assurer comme ils le peuvent la protection  de six victimes désignées. Tous les éléments pour nous faire vibrer sont là, de l’action, du suspense et bien évidemment, les théories iront bon train !

Et les personnages dans tout ça ? Ils n’échappent pas à la règle des clichés auxquels on nous a habitués. Wolf, l’inspecteur, censé être le personnage principal, à défaut d’être alcoolique est violent, et divorcé. Finalement, le moins attachant. Contrairement à Emily Baxter, très attachante dans le rôle d’une inspectrice caractérielle néanmoins fragile et sensible et amoureuse. Elle ne laissera personne indifférent ! Mais la palme d’or revient à Edmund, le stagiaire moqué par ses collègues qui, de prime abord, semble faible, se révèle être un personnage incroyable tout en restant simple et humain.

Autant ne pas cracher dans la soupe, Ragdoll n’est pas incroyable mais fortement plaisant Et prendre du plaisir, quoi demander de plus ? On passe un bon moment de lecture, on s’étonne de cette fin que Cole a bien pensé. Effectivement, il y a des airs de S7ven, de Heavy Rain pour les connaisseurs de jeux-vidéo.

Enfin on referme le livre puis on passe à autre chose.

Bison d’Or.

BILLIE MORGAN de Joolz Denby / Editions du Rocher.

Joolz Denby est une Anglaise qui n’est pas seulement auteure. Joolz Denby semble être une femme haute en couleurs – tatoueuse, poétesse, peintre – tout ce qui fait la moelle épinière de son premier roman – Billie Morgan – traduit en français.

Que dire de Billie Morgan ? Si ce n’est que son prénom est un hommage à Billie Holiday. On découvre une Billie Morgan décidée à remettre de l’ordre dans ses carnets – passage du manuscrit au tapuscrit – elle va nous livrer son autobiographie à la fois grave et singulière. C’est sa façon de se libérer de son tumultueux passé.

Au commencement, c’est ce père que Billie aime tant, qui quitte le domicile familial laissant ses filles et leur mère seules. Puis, c’est la préférence et la dévotion que sa mère porte à l’encontre de Jen, la sœur aînée. Billie vit dans une atmosphère de reproches, tantôt pour ses humeurs, tantôt pour sa manière de s’habiller. Et surtout, d’être l’héritière du Chien noir de son père – la tristesse.

L’auteure dresse le portrait d’une jeune fille en révolte qui se réfugie chez les hippies – pas si peace & love qu’on ne l’imagine. Violents et violeurs. On fini même par croire que le monde des motards, car c’est en partie le thème porté par le roman, est plus tendre. On se doute que ce n’est pas le cas. Cependant, cet univers, de prime abord sauvage, est régi par des règles strictes et une hiérarchie fortement respectée.

Tout le monde se doute que les femmes n’ont pas leur place dans ces gangs – ici, les Devil’s Own. Et pourtant, Billie va parvenir à les fréquenter grâce à son mari, Micky.

Tout n’est pas si noir dans l’histoire de Billie Morgan. Quoi que…

Billie Morgan commet l’irréparable.

Et voici un tout autre enjeu pour la jeune femme qui se profile, comme si la verrue, ici représentée par Bradford, ville à mille lieux du Londres huppée et touristique, s’infectait. C’est en venant à l’aide de Jas et Natty que Billie va essayer de réparer cet acte qui restera un mensonge. C’est le mensonge et la culpabilité qui empêchent Billie Morgan de trouver le repos de l’âme. Car aider autrui ne répare pas tous les maux, et parfois en crée.

Billie Morgan est un magnifique roman sur la rédemption. À lire à tout prix ! Merci Joolz Denby !

Bison d’Or.

FAR WEST GITANO de Ramon Erra / Asphalte

Traduction: Juliette Lemerle.

 

Asphalte est l’un des éditeurs que nous suivons avec plaisir tant leurs publications sont de grande qualité, et ce nouveau roman n’échappe pas à la règle !

Far West Gitano de Ramon Erra est envoûtant et même bien plus que ça, un hommage aux gitans – aux nomades !

“Ram a passé sa jeunesse sur les routes. Mais depuis son mariage, il vit à Perpignan, sédentarisé, avec sa femme, ses enfants et son chien. Quand sa fille adolescente lui annonce qu’elle est enceinte, il décide sur un coup de tête de tout quitter et d’embarquer sa tribu à bord d’un camion bâché, direction Saragosse, où une faiseuse d’ange peut les aider. Passé l’enthousiasme initial pour ces vacances improvisées, la famille va vite déchanter.”

Far West Gitano n’est pas un polar mais un roman social qui nous permet de découvrir et de comprendre une culture qui nous est, avouons le, inconnue – et surtout de défaire les clichés qui gravitent autour. Et grâce à Ramon Erra, nous prenons la route en compagnie des gitans.

Avant tout, il faut comprendre que beaucoup d’entre eux sont maintenant sédentaires, au grand dam de Ramounet, le père de famille. Les interdictions de faire des feux de camps – les réglementations pour la chasse et la pêche, en sont la cause. Mais comme il nous le fait rapidement savoir quand le sang gitan coule dans les veines, la route n’est jamais très loin. Alors c’est parti pour la grande chevauchée.

La route, voilà la grande question soulevée par l’auteur. Comment apprivoiser la route lorsque l’homme est sédentaire, l’avoir dans les veines ne suffit pas. On comprend rapidement que la grossesse de Marioula n’est qu’un prétexte pour le départ. Le départ, Ramounet y pense depuis longtemps. Et quitte à partir, autant le faire complètement, c’est-à-dire vendre son étal, ses toiles cirées et offrir sa camionnette, se débarrasser du gagne-pain contre une liasse de billets. Cela signifie tout abandonner – la maison, les meubles, … et qu’ils le veuillent ou non, ces personnages sont très attachés aux objets. Alors, pour Ivan, le plus important est d’emporter la télévision et surtout de trouver un moyen de la faire fonctionner.

Et, bien sûr, il y a une solution à tout.

Le vol, « Voleur de poules », un cliché, facile à dire lorsqu’on ne cherche pas à comprendre pourquoi. Tous les nomades le pratiquent. Il faut survivre, et pour survivre, le troc ne suffit pas toujours. Alors voler est une option comme une autre, comme chasser ou pêcher, et de toute manière, pour l’expliquer, il y a une réponse adéquate : « A qui sont les choses ? A qui est le monde ? » Deux questions auxquelles il serait bon de réfléchir.

La route ne se résume pas seulement à tracer son chemin. Pour cette famille, c’est la redécouverte pour les aînés et la découverte du voyage pour les enfants. Pour Ram et sa sœur, Tati, il s’agit de renouer avec leur enfance. Car il ne reste rien, aucun écrit, rien qui puisse faire comprendre la culture gitane – un peuple qui ne fait que passer. Leurs parents ont toujours vécu sur la route, vivant de tout et de rien, du soleil. Ram comme ferrailleur. Ram qui conduit sa famille sur les chemins de ses souvenirs d’enfance. Sur la route, les rencontres ont un goût particulièrement savoureux, les hôtels où il fait bon rester quelques jours, même avec des gadjés. Le camping sauvage et la contemplation du ciel étoilé en écoutant un joueur de banjo, qui n’en rêve pas ?

Au cours de la lecture, on comprend très vite que Ramounet souhaite transmettre ce mode de vie à ses enfants… mais sont-ils assez matures pour le comprendre, pour remettre en question le mode de vie qu’ils ont toujours connu ?

Bison d’Or.

CHOUCROUTE MAUDITE de Rita Falk / Mirobole éditions.

Traduction: Brigitte lethrosne / Nicole Patilloux.

Choucroute Maudite, une ode à la bonne bouffe – de la boustifaille, mais pas que…

« Bienvenue dans le village de Niederkaltenkirchen, en Bavière. Village natal où se retrouve le commissaire Franz Eberhofer pour des raisons de discipline.

Dans sa petite bourgade, le commissaire se la coule douce – des aires de vacances – jusqu’au jour où les membres d’une famille du village meurent dans des circonstances peu banales.

Enfin du travail pour le commissaire Franz Eberhofer. »

Grâce à Rita Falk, nous découvrons un peu de pays, la Bavière, et surtout la vie de ce village au nom difficilement prononçable lorsque nous ne manions pas l’allemand correctement. Ce village a des allures pittoresques, peu accueillant : couvert de neige et gris. Les habitants ressemblent aux personnages peints par Brueghel. En tout cas, ceux-ci semblent heureux de vivre ici. Pourquoi ne le seraient-ils pas ? La campagne, bien que souvent obscure pour les citadins, ne l’est pas pour d’autres ; c’est l’histoire d’apprivoiser les lieux. Dans Choucroute Maudite, les personnages y sont arrivés… et comment !

Choucroute Maudite fait penser à un film, version germanique, des frères Coen : Fargo plus exactement, avec des personnages pour le moins étranges. Franz Eberhofer est un flic aux abords un peu gauches – sa façon de raconter, de parler, est pour le moins spéciale. Evidemment, c’est un ressort d’écriture pour que le personnage soit attachant. Et qu’est-ce qu’on se bidonne en sa compagnie ! Les anecdotes, ses histoires de cœur, ses virées au bar « Chez wolfi »… tout est génial ! Même son chien, Louis II, fait du boudin lorsqu’il n’a pas le droit à sa promenade. Avez-vous déjà vu un chien jouer au grand blessé lorsqu’il n’a pas ce qu’il veut ?

Et que dire de la mémé ? Vieillarde, sourde comme un pot, qui ne mâche pas ses mots, toujours en quête des super-réductions chez Aldi et balance des coups de pieds dans les tibias pour montrer son mécontentement. Et surtout grande cuisinière, qui titille vos papilles tout le long du roman. Avec la peau du ventre bien repue et tendue, l’enquête sera, à coup sûr, une réussite !

Car parlons-en de l’enquête. L’intrigue est classique mais bien trouvée, avec un lot de rebondissements tous aussi originaux les uns que les autres. Mourir écrasé sous un container n’est pas banal. D’ailleurs, c’est cet évènement qui lancera le commissaire dans une enquête effrénée, où sa hiérarchie ne cessera de la prendre pour une buse. A la campagne, rien ne se passe sans que tout le monde le sache !

N’oubliez pas : si un jour vous entendez les Beatles jouer un peu trop fort sur la platine, ne vous étonnez pas de voir Eberhofer tirer sur le disque avec son arme de service !

En un mot : GENIAL !

Bison d’or.

 

FOURBI ÉTOURDI de Nick Gardel / Editions du Caïman.

 

C’est toujours un plaisir de retrouver les éditions du Caïman, car leur catalogue réserve souvent de bonnes surprises. Qui plus est, sont originales!

La preuve en est avec Fourbi étourdi de Nick Gardel.

Quelle mauvaise idée a eu Jean-Edouard en volant cette antique DS Pallas dans un parking. Heureusement, il y a cette mallette remplie d’argent. Mais c’est sans compter cet encombrant cadavre de curé déculotté, ainsi que deux fous furieux qui le prennent en chasse.

L’épilogue donne la couleur du roman. Ici, ça va décaper! C’est noir et l’humour est digne d’un bon film de gangsters franchouillard et satirique. Les ecclésiastiques et les maires qui s’imaginent surpuissants ne seront pas en reste!

Dans “Fourbi étourdi”, tout y est – les femmes, au lieu d’être réduites à faire la figuration, deviennent des êtres au caractère bien tranché et bagarreuses. Dans ce roman fou et drôlement noir, les femmes fouettent du curé, abandonnent du camionneur nu sur le bord de la route. Y’a de l’amour et ça fume des joints sur la terrasse.

Et les bonhommes ont tout à leur envier. Surtout José et Gaspard, deux employés municipaux qui se la jouent gros bras, la ringardise incarnée!

Bien évidemment, on ne peut que deviner l’amour que l’auteur a pour ce modèle de DS. La voiture y est traitée comme un personnage à part entière. Et tout le long de l’intrigue, sa carrosserie semble narguer les protagonistes, s’amuser de leur malheur.

Et pourtant, cette rutilante voiture de collection, presque divinité, va conduire Jean-Edouard sur les routes, une fois dans les bras de la superbe Lorelei, en route pour Saint-Jacques de Compostelle.

Fourbi étourdi : un roman à mettre en toutes les mains!

Bison d’Or.

COMME UN BLUES d’ Aníbal Malvar / Asphalte.

Traduction: Hélène Serrano.

 

En Espagne, la pluie est forte et lourde; qui l’aurait cru ?

Carlos Ovelar, l’aurait-il cru qu’un soir pluvieux en 1996, un avocat ferait appel à lui pour retrouver sa fille de 18 ans, Ânia.

Pourquoi faire appel à lui, un simple photographe dans une agence madrilène ?

Parce que Carlos Ovelar est un ancien des services secrets.

Dès les premières pages, on tombe nez à nez avec une note de l’auteur à propos de la figure de Janus. Puis, sur un avertissement à propos du langage utilisé dans le roman, non dénué d’humour : Il espère toutefois que cette petite immersion sera utile à l’aimable lecteur, si d’aventure on le mettait un jour au trou.

Autant le dire tout de suite, l’intrigue de “Comme un Blues” est on ne peut plus simple. L’auteur fait le boulot nécessaire pour nous tenir en haleine et, finalement, on ne lui en demande pas plus lorsqu’on découvre le final très noir. “Comme un Blues” est un grand roman : les personnages sont géniaux! Sombres et résignés, mais géniaux! On se retrouve avec Carlos, quarantenaire et en pleine crise. Un bon flic, cynique et ayant un amour démesuré pour le whisky. Et Carlos est habité par la petite voix Janus, violente réminiscence de son temps dans les services secrets. Le malheur de Carlos est d’être écrasé par deux autres personnages, deux mastodontes: son père dit le Vieux et Gualtrapa. Deux phénomènes qui ont la réplique facile, cinglante et qui imposent le respect. Tous deux d’anciens barbouzes qui ont déjoué le coup d’état du 23 février 1981, d’une manière impossible à dévoiler ici sans risquer de révéler une partie de l’essence qui fait ce roman.

Avec « Comme un Blues », le lecteur découvre une partie de l’histoire espagnole post-franquiste – on devine la difficulté du service de renseignements à s’adapter à un nouveau régime politique, ainsi que le déroulement des opérations, des magouilles pour éviter le putsch du F-23.

Car c’est bien la grande époque (ou ce qu’on veut nous faire croire) des services secrets qui plane sur le roman, qui en fait l’essence. Les vieux barbouzes ne peuvent se défaire de cette partie de leur vie. Et Carlos essaye tant bien que mal à se libérer de cette emprise, en vain.

“Comme un Blues” est un roman de la mémoire et de l’impossible oubli. La pluie tombante sur Compostelle a une étrange ressemblance avec l’antichambre de la mort. Que ce soit pour la jeunesse accro aux drogues, et pour ces fossiles accrochés à la vie qui ne peuvent s’empêcher de mettre des bâtons dans les roues de leurs enfants, de les manipuler jusqu’à une fin tragique.

“Comme un Blues” est un roman noir savamment écrit. On y apprend l’histoire de l’Espagne.

On découvre que là-bas, la pluie est parfois omniprésente. Et Anibal Malvar nous pousse à réfléchir à ce qu’est «l’héritage». Celui laissé par nos aînés.

Bison d’Or.

CAVALE BLANCHE de Stéphane Le Carre / Editions Sixto.

Cavale Blanche ressemble à une peinture issue du romantisme noir retranscrite sur papier.

Dan est en fuite. Après un braquage qui a mal tourné, Dan se retrouve sur une île dans le Finistère. Dans sa retraite, Dan va se confronter aux éléments naturels, l’océan déchaîné. Il va s’interroger : sur son existence, l’amour, l’amitié… Son destin.C’est en Bretagne que l’intrigue du roman prend place. Cavale Blanche s’adresse à tout le monde et il n’est pas nécessaire de connaître cette région de France pour apprécier cette œuvre de Stéphane Le Carre. La Bretagne, comme elle est décrite, a des reflets intemporels et difficiles à situer si Brest n’était pas citée. Continue reading

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