Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

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LES CHIENS DE CAIRNGORMS de Guillaume Audru / Editions du Caïman.

C’est en Ecosse que Guillaume vous emmène. Et je vous conseille de vous habiller chaudement ainsi que d’entreprendre une forte préparation psychologique car ces Chiens de Cairngorms n’ont rien, mais absolument rien de sympathique !

Que se passe-t-il quand deux petits vieux sont libérés de prison pour bonne conduite et cherchent à se venger ? Que se passe-t-il quand deux frères que tout oppose décident de travailler ensemble dans un commerce illégal mais très lucratif ? Que se passe-t-il quand une inspectrice de police, têtue et déçue par ces hommes, se lance sur leur piste ?

C’est en Ecosse que l’intrigue de ce roman prend place. Ce pays semblable à un personnage placé en arrière plan fait office de ring pour l’affrontement dans lequel les personnages vont se jeter. Durant les événements de cette histoire l’hiver bat son plein, et bien que hostile, le paysage parait essayer de faire obstacle à la violence grandissante.

Ici, les régions parcourues par Liam, Roy, Shane, Moira, Eddie, Johnny et Gemma fonctionnent comme des huis clos qu’il faut fuir à tout prix.

L’auteur donne la parole aux personnages tour à tour, les chapitres portent leur nom. Cette structure est particulièrement intéressante car elle nous permet d’apprendre à les connaitre et de découvrir le regard qu’ils portent sur  les autres. D’autant plus que ce procédé n’interfère en rien dans l’évolution de l’intrigue qui nous happe de page en page. En les côtoyant de cette façon, nous découvrons très vite que la plupart de ces protagonistes sont de véritables ordures : vicieux, traitres et pour noircir le tableau, ils sont des salopards de violeurs. Tous sont prêts à tout pour parvenir à leur fin ! Leur but : l’argent pour certains, une femme pour l’autre.

Décrit de cette manière, ils peuvent paraitre stéréotypés mais l’auteur manie la plume subtilement pour leur apporter une dose poétique qui leur permet d’échapper à cet écueil (sans pour autant adoucir l’essence maléfique qui bouillonne en eux). Ils sont lâches.

Est-ce un roman d’hommes ? Cinq bonhommes et deux femmes sont les personnages principaux. Les hommes dans les règles de la loi du plus fort ne font cesse de gueuler, comme des chiens. Les femmes, Gemma et Moira se font plus discrètes et sortent peu à peu de leur cachette pour se révéler être les véritables héroïnes de ce roman. Elles subissent et à l’image des roseaux, se plient pour mieux se redresser. Très vite on s’aperçoit que sans ces femmes, ces hommes ne seraient rien. Ces femmes vous marqueront, j’en suis certain !

Alors que l’Ecosse teinte et pose une frontière dans ce livre, un drame familial se joue dans son cœur. Les protagonistes sont issus de la même famille, d’autres sont amis, et tous sont prêts à en découdre. Les chiens de Cainrgorms porte bien son titre, les animaux n’ont rien à voir là dedans car les vrais chiens sont les hommes.

Un magnifique roman !

Golden Buffalo.

Le Top top 2017 de Bison d’or.

Nous y sommes, 2017 touche presque à sa fin, voici donc le temps des tops ! En l’occurrence mon premier parmi la fine équipe de Nyctalopes ! Mon premier top, ça se fête ! Après une année de chroniques j’ai sélectionné les romans qui ont laissé une marque indélébiles dans mon esprit. Cette suite de romans n’a pas d’ordre, ce sont tous mes meilleurs.

Black$tone de Guillaume Richez / Fleur Sauvage

Parce que c’est un thriller noir et géopolitique dont le sujet, un conflit entre la République populaire de Chine et les Etats Unis, est fort intéressant ! Et que ce roman fout une claque !

Choucroute Maudite de Rita Falk / Mirobole

Comment ne pas aimer la bonne bouffe ? Un roman policier teinté d’un humour façon Coen’s brothers, comment ne pas succomber ?

Comme un Blues de Anibal Malvar / Asphalte

Les éditions Asphalte, vous les retrouverez souvent par ici. “Comme un blues”, un roman noir qui nous en apprend un peu plus sur l’histoire de l’Espagne et nous pousse à réfléchir sur la question de l’héritage et de l’Histoire.

Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand / Editions du Caïman

Je ne cesserai de clamer mon amour pour le Caïman qui nous gâte à chaque publication. “Je servirai la liberté en silence”, un roman policier où l’humour côtoie des questions essentielles sur notre histoire.

L’âge d’or de Michal Ajvaz / Mirobole

“L’âge d’or” n’est pas un roman noir à proprement parler, néanmoins le thème du social y est omniprésent. Cet auteur tchèque nous emmène nous promener dans un monde surréaliste qui nous enseigne à lâcher prise et à s’affranchir des règles.

Chat Sauvage en chute libre de Mudrooroo / Asphalte

Sorti en 1965 puis réédité, cet œuvre phare nous plonge au cœur de l’Australie, du bush et des quartiers ou la criminalité y est forte. Un roman poétique et politique qui s’intéresse aux conditions de vies terribles des aborigènes. Toujours d’actualité.

Billie Morgan de Joolz Denby / Editions du Rocher

Il en faut bien un qui se dresse au dessus de tous. Ce roman est, comme disait un disquaire aux Etats Unis, my flucking slap in my fucking face de l’année ! Un roman sur la vie dans les cités ouvrières d’Angleterre, la drogue,  les motards et les hippies (pas si peace & love que ça) et surtout sur la rédemption.

Bison d’or.

 

LE SÉCATEUR de Eric Courtial / Editions du Caïman.

Après un premier roman très remarqué, Tunnel, Eric Courtial nous donne un nouveau rendez-vous avec son commissaire lyonnais, Patrick Furnon. Et c’est toujours avec grand plaisir que nous découvrons ou redécouvrons, à travers l’écriture et le polar, une ville et une région.

Alors que Patrick Furnon et sa femme, Coralie rentrent du Mexique, le commissaire se retrouve propulsé dans une affaire de meurtres inquiétants. Le meurtrier signe ses actes d’une manière peu habituelle et semble frapper au hasard. C’est alors qu’une course contre la montre commence pour l’équipe du commissaire.

Le sécateur est un roman policier dont l’intrigue est classique, la police court après un serial killer fort intelligent, mais loin d’être surhumain. Intrigue classique donc, mais qui réserve malgré tout son lot de surprises ; les personnages n’en finissent pas de s’arracher les cheveux.

Le sécateur est un court roman dont le rythme est haletant, les événements s’enchaînent sans heurt (quoique), sans pour autant nous noyer dans une marée de rapidité effrénée. L’auteur nous laisse toujours un peu de temps pour reprendre nos esprits avec des traits d’humour. Cependant, Eric Courtial est moins indulgent avec ses personnages, surtout avec Patrick Furnon.

Parlons des personnages – et quels personnages ! Ce qui est fascinant dans le roman d’Eric Courtial, c’est de voir que ces policiers, ces civils, sont tous humains. Oui, aucun ne tombe dans la fosse à clichés : pas de flic alcoolique ni taciturne, pas de super héros, pas de femme hystérique. Juste des gens qui vivent dans un monde on ne peut plus normal, et qui soudainement sont confrontés à un fou furieux qui les poussera jusque dans leurs derniers retranchements. Des gens normaux, mais à mille lieux d’être des corps vides : ce qu’ils sont, leur caractère, ce qu’ils font, les rendent très attachants et nous permettent de nous identifier à eux. Qui ne rêverait pas d’être Patrick Furnon, cet homme passionné par les requins ?

Un roman divertissant et fort à mettre entre toutes les mains ! Bravo !

Bison d’Or.

DETROIT de Fabien Fernandez / Editions Gulf stream.

Detroit – une ville dont tout le monde a déjà entendu. Une ville qui joue avec l’imaginaire et parfois fait fantasmer. On se souvient du Detroit filmé par Jim Jarmusch dans Only Lovers left alive, noire. Detroit est synonyme de musique, d’Eminem aux White Stripes, en passant par la Motown et les Gories. Pourtant, Détroit « Motor City » incarne l’image du chômage, des injustices et de la violence. Voilà comment résumer le roman de Fabien Fernandez, Detroit.

Malmenée par les rixes des gangsters, les liquidations judiciaires et les combats de chiens, Detroit observe ses habitants parcourir son ossature de métal et de goudron, guette celui qui la sauvera de sa lente décrépitude. Pendant qu’Ethan, jeune journaliste new-yorkais fasciné par cette ville au passé industriel et musical glorieux, explore les quartiers de Motor City jusque dans ses bas-fonds, Tyrell attend fébrilement le moment où, son année de lycée terminée, il pourra enfin prendre son envol. Mais victime d’accès de colère incontrôlés, il peine à éviter les heurts avec les membres des Crips et l’expulsion scolaire. Quand ses recherches mettent Ethan sur la piste d’un détournement de fonds au sein de l’établissement de Tyrell, il soupçonne rapidement que l’affaire est sérieuse… Tous deux vont s’opposer comme ils le peuvent aux gangs qui règnent en maîtres à Motown. Nul ne sera épargné.

Il est important de dire que l’intrigue de Detroit est menée à travers le regard de trois protagonistes qui ont chacun leur propre histoire. Ils sont indépendants et ne se rencontreront jamais. Quoique… Les chapitres sont titrés par leurs prénoms. Nous rencontrons Ethan, jeune journaliste plein d’ambition et amateur d’urbex (exploration nocturne de bâtiments désaffectés), puis Tyrell, un adolescent au passé mystérieux et dont l’avenir semble déjà tout tracé… et pour finir, Motor City, c’est-à-dire Detroit elle-même. C’est donc une construction déroutante qui, dans un premier temps, m’a rebuté. Mais c’est sans compter la force de l’auteur à glisser dans ces personnages qui viennent nous percuter au point qu’une forte attache nous lie. Les quitter en fin de roman est difficile.

On découvre Detroit à travers les regards de ces personnages sans tomber dans le récit documentaire. On sent que l’auteur a fait un travail de recherches impressionnant car le rendu nous plonge dans une réalité dont on avait qu’une minuscule idée. Detroit est une ville gangrénés par les gangs, les meurtres y sont à profusion. La police, par manque de moyens est résignée, classe les affaires à tour de bras. Les victimes anonymes se voient attribuer les noms de John Doe ou Jane Doe. Detroit est une ville où l’injustice règne, les riches qui restent sont toujours plus riches et détournent les fonds destinés à l’éducation. Les établissements scolaires sont vétustes. Les enfants délaissés, alors pourquoi ne pas se tourner vers le banditisme ?

Mais décrire Detroit sous cet angle serait réducteur ? Car Motor City compte son lot de battants : des policiers qui ont foi dans un avenir meilleur. Des enfants qui luttent contre eux même, contre cet avenir qui les mène tout droit au cercueil, le corps roué de coups ou de balles. Ces enfants qui trouvent un partenaire idéal, fidèle ; un chien. Ces mamans brisées par le malheur que l’instinct de survie pousse à s’acharner au travail pour sauver leurs enfants.

Voilà ce qu’est Detroit, une ville où le mot d’ordre est survivre. Autrefois grandiose, aujourd’hui dévastée. Pourtant Detroit n’a pas dit son dernier mot.

« Plus j’étudiais Motor City plus j’y trouvais d’humanité à raconter. Pour moi Detroit c’est ça, des gens du quotidien ou plus connu, tous exceptionnels. ET à l’instar de Tyrell, malgré les erreurs, malgré les horreurs, il est important de croire en cette humanité et de nous rebeller contre les puissants systèmes qui veulent nous en dépouiller. »

Bison d’Or

Entretien avec Guillaume Richez pour Black$tone.

Après l’engouement suscité par Black$tone, j’ai émis le souhait de faire un entretien avec Guillaume Richez, afin de répondre à quelques questions qui me sont venues à l’esprit lors de ma lecture.

 

Entretien par mail réalisé entre le 11 et 25 Octobre.

Avant d’attaquer l’ample sujet qu’est votre roman Blackstone, pourriez-vous vous présenter et nous retracer votre parcours ?

J’ai quarante-deux ans, je vis près de Marseille avec ma femme et nos deux jeunes enfants. Je suis diplômé de Lettres Modernes de la faculté d’Aix-en-Provence. Après mes études, j’ai enchaîné plusieurs jobs alimentaires avant de passer un concours pour entrer dans la fonction publique. Je suis aujourd’hui chef de projet dans le domaine de l’éducation. Blackstone est mon deuxième roman. Le premier, Opération Khéops, a été publié chez J’ai Lu en 2012.

Votre premier roman a reçu le prix Welovewords. Il s’agit bien de ce site où des internautes peuvent poster des textes ?

Oui. J’ai connu ce site à ses débuts quand Sophie Blandinières y travaillait comme directrice artistique. C’est grâce à Sophie que j’ai rencontré Florence Lottin, éditrice chez J’ai Lu. Florence cherchait des auteurs pour créer une série de romans inspirés des célèbres romans de gare de Gérard de Villiers, les fameux SAS. Je lui ai fourni un synopsis, un portrait de mon héroïne et deux chapitres (une scène d’action et une scène de sexe) et j’ai été retenu. J’ai ensuite écrit Opération Khéops en trois mois. Autant dire que le délai était court !

Êtes-vous passé par cette plate-forme pour mettre des textes en lumière ?

J’ai publié sur ce site une nouvelle érotique qui s’intitulait Sonia avant d’écrire Opération Khéops. C’est un texte qui m’a permis de m’exercer dans un genre que je ne connaissais pas.

J’imagine que l’excitation a été à son comble lorsque vous avez appris que Blackstone faisait partie de la sélection du Grand Prix de la Littérature Policière.

C’était vraiment incroyable ! Comme le dit Philip Le Roy le Grand Prix de la Littérature Policière c’est l’équivalent du Goncourt pour le polar. Je suis très fier que mon thriller se soit retrouvé parmi les onze romans français finalistes.

Comment est né le projet Blackstone ?

Après la parution d’Opération Khéops, j’ai envisagé de donner une suite aux aventures de mon héroïne Kate Moore. L’action de ce nouveau thriller devait se dérouler en Chine. J’avais déjà commencé à élaborer la trame principale et à me documenter sur la République populaire, les services de renseignements chinois et américains, l’armée, etc.

Quand j’ai compris qu’il n’y aurait finalement pas de suite à ce roman, j’ai utilisé tous les matériaux dont je disposais pour bâtir un nouveau scénario, plus complexe que celui d’Opération Khéops. Je n’étais pas limité en nombre de signes, je n’avais pas d’éditeur, j’étais donc libre d’écrire le livre que je voulais. J’étais très avancé dans mes recherches et je tenais un sujet qui m’intéressait. C’est le point de départ pour me lancer. Ensuite, je façonne les personnages. Je vais raconter mon histoire en l’écrivant avec eux, à leur hauteur, avec leur personnalité.

Est-ce qu’il y a eu un élément particulier dans l’actualité entre la Chine et les États-Unis qui vous a donné envie d’écrire sur le sujet ?

Je fais chaque matin ma revue de presse en compilant des articles provenant de plusieurs journaux. J’ai très probablement lu un article qui a attiré mon attention sur des actes de piratages informatiques. J’avoue que je ne me souviens plus précisément pour quelle raison je me suis plus particulièrement intéressé à la République populaire de Chine à ce moment-là. Je conserve beaucoup d’articles de presse en me disant que ceux-ci feraient de bons sujets de roman. Je prends des notes sur un carnet que j’emporte partout avec moi. Certaines idées font plus de chemin que d’autres dans mon esprit. J’y réfléchis longtemps en pensant aux personnages et au scénario. Il faut que tout s’imbrique. Et lorsque je pense que l’ensemble est assez solide, j’approfondis mes recherches. C’est une partie très importante pour moi dans mon travail. En travaillant il m’arrive bien souvent de m’éloigner considérablement de l’idée initiale.

Bien que Blackstone soit une œuvre de fiction, j’imagine que le travail de recherche a été particulièrement important pour rendre votre roman crédible.

C’est un point essentiel pour bien comprendre ma démarche : je dois pouvoir voir dans mon esprit ce que je vais décrire pour écrire. Ce travail de recherche commence par des renseignements très généraux pour finir sur des détails qui peuvent paraître bien infimes. Par exemple, j’ai lu un ouvrage très complet sur les services de renseignements chinois, plusieurs livres sur la politique étrangère des États-Unis d’Amérique, des essais sur les tueurs en série ou encore des récits d’anciens Navy SEALs. J’ai également compilé de très nombreux articles sur les personnages historiques qui apparaissent dans le roman : Barack et Michelle Obama (et leurs filles), le vice-président Joe Biden, etc. Les anecdotes que je rapporte à leur sujet sont pour la plupart vraies et les extraits de discours d’Obama dans Blackstone sont tirés de discours qu’il a réellement prononcés.

S’agissant des détails infimes, cela va de la description minutieuse d’une arme jusqu’à la marque d’eau minérale que l’on trouve dans la salle de crise de la Maison Blanche ! Je parle souvent de cette bouteille d’eau minérale mais c’est assez symptomatique de mon obsession du détail.

Quand je choisis un restaurant pour un chapitre du roman, je vais observer les photos du lieu, vérifier les horaires d’ouvertures et le menu. Si j’écris que le Po-Boy (une spécialité culinaire en Louisiane) au bœuf rôti coûte 5,95 $ au restaurant Po-Boy Express situé sur Perkins Road à Bâton-Rouge, c’est que j’ai vérifié !

De plus le paysage de Chine, citadin et rural, ressemble vraiment à l’idée que nous nous en faisons, à la fois hyper lumineux et humide. Êtes-vous déjà allé en Chine ?

Non. Tout ce que je décris dans ce thriller est le fruit de mes nombreuses recherches. Tous les lieux décrits existent, que ce soit l’hôtel Hilton Beijing Wangfujing, l’hôpital militaire 301, le parc des Bambous pourpres, l’usine 958 désaffectée, le sihueyuan délabré qui sert de planque à Craig Foster, les tulou dans la province du Fujian, les bars et les clubs sur Lockhart Road à Hong Kong, etc.

D’après vous, est-ce que les événements que vous relatez dans votre roman pourraient se produire dans le futur ?

La plupart des faits que je relate se sont déjà produits. La République populaire a réellement instauré une zone d’identification de défense aérienne au-dessus de la mer de Chine orientale et du Sud, une zone qui couvre une grande partie de la mer de Chine orientale, entre la Corée du Sud et Taïwan, englobant les îlots inhabités des Senkaku, ainsi que le petit archipel des îles Paracels en mer de Chine du Sud, revendiqué par le Vietnam. Et l’installation de batteries de missiles sol-air sur cette île de l’archipel des Paracels sur laquelle stationnent des troupes et qui sert de piste d’atterrissage à  des avions de chasse J-11 n’est pas non plus sortie de mon imagination. Washington a d’ailleurs répliqué en faisant décoller deux bombardiers B-52 de l’île de Guam dans le Pacifique qui ont survolé pendant moins d’une heure la zone d’identification de défense aérienne.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que depuis plusieurs années les États-Unis ont progressivement mis en place un sorte de siège stratégique autour de l’Empire du Milieu en contrôlant les principales routes maritimes. Le détroit de Malacca, qui sépare la Malaisie de l’Indonésie, est un long entonnoir de huit cents kilomètres et large de deux kilomètres. Chaque année ce sont plus de cinquante mille bateaux qui passent par ce détroit, des bateaux qui transportent la moitié du pétrole vendu dans le monde entier et un tiers du commerce mondial.

Or, la République populaire n’entend pas laisser faire les États-Unis. La Chine cherche à faire valoir ses intérêts dans la région, notamment dans les mers proches comme la mer Jaune et les mers de Chine orientale et méridionale. Sa course aux armements est concentrée sur des objectifs de proximité, tels que les territoires que Pékin revendique dans les mers de Chine (les îles Senkaku ou encore la « Ligne à neuf traits » en mer de Chine du Sud) où la République populaire veut bloquer l’accès à la flotte de guerre américaine.

Je cite le président chinois Xi Jinping au chapitre 33 : « Pour le camp américain, […], tout État qui se dote militairement des moyens légitimes d’assurer sa propre sécurité et de protéger en toute légalité ses intérêts régionaux est forcément une menace. Il est temps que les Américains cessent d’agiter ce vieil épouvantail pour faire trembler nos voisins qui courent se réfugier derrière le bouclier américain comme des lâches. »

Je crois que tout ceci résume assez bien la situation géopolitique dans cette partie du monde.

Ce que j’ai imaginé en revanche, c’est notamment l’attentat sur lequel s’ouvre le roman et qui va précipiter tout la région dans un conflit.

Dans Blackstone, nous côtoyons Barack Obama ainsi que Donald Trump qui, à l’époque de l’écriture, n’était pas président. Si tel avait été le cas, est-ce que l’intrigue et les gestions de crise à la Maison Blanche auraient été différentes ?

Oui, bien évidemment. Mais il faut se rappeler que Donald Trump a été élu sur le slogan America first. Ce qui signifie que les États-Unis ne s’occupent plus que des États-Unis. Son élection a été bien vue à Pékin où le pouvoir ne supporte pas l’interventionnisme des Américains. Cependant, le récent combat de coqs opposant le Président américain à Kim Jong-un montre bien que Trump peut déraper sur la scène internationale et se laisser entraîner dans une escalade qui – espérons-le – ne restera que verbale !

Je voudrais maintenant parler des personnages et surtout des femmes qui ont une place importante et essentielle dans votre roman. Vous proposez plusieurs profils : de la fonctionnaire de police à la secrétaire de bureau, toutes sont dotées d’un caractère fort et de faiblesses qui les rendent attachantes. Je pense que vous portez beaucoup d’attention aux personnages féminins. Pourquoi ?

Dans les romans et les films d’action, ce sont les personnages masculins qui ont la part belle. En travaillant sur le synopsis de Blackstone je me suis posé des nombreuses questions pour ma distribution, pour chaque personnage. Le casting des trois personnages féminins principaux (Rodríguez, Sanders et McGovern) était pour moi une évidence. Ces personnages se sont imposés à moi très vite.

Dans mon esprit, Nina avait le physique de l’actrice Michelle Rodríguez et Pamela celui de l’actrice Joan Allen (qui interprète le rôle de Pamela Landy dans la franchise Jason Bourne), avec cette claudication qui rappelle le personnage de Kerry Weaver dans la série Urgences.

Pour les rôles secondaires j’ai effectué des recherches. J’ai ainsi appris que contrairement à de nombreux pays (dont le nôtre), il y avait des femmes pilotes de chasse au sein de l’US Air Force, et des femmes à bord des sous-marins de l’US Navy. Il y a donc dans Blackstone une femme qui pilote un F-22 Raptor (le capitaine Gail Petrovsky) et le commandant en second de l’USS Jimmy Carter, le Capitaine de corvette Lee, est également une femme.

Par contre, j’ai quelque peu anticipé pour le personnage du quartier-maître première classe Hayden Murphy, le tireur d’élite de la Team 5 des Navy SEALs. Il n’y a en effet pas encore de femmes dans les rangs des forces spéciales de la Navy aux États-Unis. Mais cela ne saurait tarder car, pas plus tard que cet été, une femme a suivi l’entraînement pour intégrer les SEALs pour la première fois de l’histoire de la Navy.

Est-ce que cette manière de distribuer les rôles du roman en mettant en scène plus de femmes, ou du moins, des femmes à des postes plus souvent occupés par des hommes, fait de moi un féministe ? Peut-être. Mais je n’y pense pas en ces termes lorsque je travaille mes personnages. Je cherche surtout à lutter contre les clichés et c’est assez amusant d’en jouer. Par exemple, lorsque Murphy apparaît pour la première fois au début du chapitre 43, je la présente d’abord comme « le tireur d’élite du Team 5 ». Le lecteur ne découvre qu’il s’agit d’une femme qu’à la page suivante. J’espère avoir suscité la surprise chez le lecteur et la lectrice.  

Est-ce que ces personnages sont plus compliqués à écrire que les hommes ?

J’ai une nette préférence pour mes personnages féminins, c’est évident, comme le cinéaste Pedro Almodóvar. J’en ignore la raison. Je ne crois pas qu’un personnage soit plus facile à créer parce que c’est une femme ou un homme. Le processus est bien plus complexe que cela. C’est exactement le même processus de construction qui est à l’œuvre que pour un comédien qui travaille un rôle, à la différence près que je n’ai pas encore de texte !

Je me sers de mon propre vécu et me nourris de très nombreux récits, témoignages et portraits lus dans la presse ou dans des ouvrages. Je garde de nombreux articles, comme je le disais tout à l’heure. Je réfléchis, je mélange, je rajoute un peu de ci, un peu de ça. C’est une expérience de chimie. Le tout passe dans l’alambic de mon imaginaire.

Lorsqu’une première mouture commence à prendre forme humaine, je vais la tester en « vivant » avec le personnage pendant plusieurs jours. S’il est viable, je continue à le développer. Dans le cas contraire, je recommence le processus à zéro.

C’est durant cette phase de « vie avec le personnage » que tout se met en place. C’est exactement ce qui est en train de se passer avec le personnage féminin sur lequel je suis en train de travailler, à la différence près qu’il pourrait s’agit d’un personnage récurrent cette fois.

D’ailleurs, contrairement aux femmes, les hommes ont quelque chose de détestable.

J’avoue que je me suis montré particulièrement féroce avec certains d’entre eux. Mais même le personnage de Gordon Wade, qui est un véritable salopard, m’est sympathique. J’ai une grande tendresse pour mes personnages, tous sans exception.

Relisez la confrontation entre Sanders et Vernon Hale. Je voulais montrer Hale comme un être humain, pas comme l’incarnation du Mal absolu. C’est beaucoup plus difficile à rendre, mais je ne veux pas tomber dans la caricature du grand méchant diabolique.

Je ne suis pas particulièrement tendre avec mes personnages féminins non plus ! Regardez McGovern, dévorée par son ambition, prête à tout pour parvenir à ses fins. C’est la version féminine de Frank Underwood !

J’ai été marqué par le fait que la plupart des personnages masculins sont très cinématographiques. C’est-à-dire qu’ils ont un côté très viril propre aux films d’action, sans pour autant être ridicules ou clichés. Est-ce une volonté de votre part ou est-ce inconscient ?

Les auteurs doivent se méfier des clichés. Ce doit être leur ennemi public numéro 1 ! J’ai pu en jouer, dans une certaine mesure, lorsque j’écrivais Opération Khéops, et ce, dès l’incipit. Mais  désormais mon approche est très différente.

On ne peut pas maintenir l’intérêt du lecteur en lui proposant une succession de scènes déjà lues mille fois et qui sonnent terriblement faux.

Dans tous les cas, le cinéma ou la série semblent ancrés dans votre univers. Malone me fait penser à Malotru dans Le bureau des légendes. Vous citez dans les remerciements, Top Gun, et le passage dans le sous-marin fait inévitablement penser à Octobre Rouge. Est-ce que j’en ai oublié ?

J’ai glissé un certains nombres de références à des films et à des séries dans Blackstone que certains lecteurs reconnaîtront.

Vous parlez du chapitre qui se passe à bord du sous-marin USS Jimmy Carter, eh bien, il y a référence à un film pour moi cultissime dans ce chapitre : Les Dents de la mer !

Souvenez-vous de la scène de ce film qui se déroule à bord de l’Orca, quand Quint, Hopper et Brody montrent chacun à leur tour leurs cicatrices en évoquant l’histoire de ces blessures. On retrouve la même scène à bord de l’USS Jimmy Carter quand Malone raconte d’où lui viennent ses cicatrices. J’appelais cette scène « la scène des Dents de la mer » !

Avez-vous déjà pensé à vous tourner vers l’écriture scénaristique ? 

Ma première passion a été pour le cinéma quand j’étais enfant. C’est de là que vient mon envie de raconter mes propres histoires. J’avais neuf ou dix ans et je voulais être réalisateur. Ce qui peut expliquer l’aspect « cinématographique », très visuel, qui semble caractériser mon écriture.

Plusieurs lecteurs m’ont dit que Blackstone leur faisait penser à un blockbuster hollywoodien. Pourtant, je ne suis pas certain que ce thriller puisse être adapté car il coûterait beaucoup trop cher à produire avec ses scènes de combat aérien et de combat sous-marin. Je l’ai conçu comme un roman, et même si je dois voir la scène que je décris, pour moi ce n’est pas un film.

L’écriture d’un roman est très éloignée de celle d’un film. Le scénariste n’est qu’un « artisan » parmi tant d’autres (réalisateur, directeur de la photographie, acteur, monteur, etc.), il n’en est pas l’auteur, alors que lorsqu’on est face à sa pile de feuilles blanches, on est seul, on a le contrôle absolu, pas de contrainte de budget, pas d’acteurs à diriger. Tout va naître de vous. Tout repose sur vos épaules.

Pour répondre plus précisément à la question, écrire un scénario est une expérience qui m’intéresserait beaucoup. Mais un scénario est une œuvre en quelque sorte inachevée. Le scénariste n’est pas l’auteur du film qu’il a écrit.

Nous arrivons à la fin de l’entretien. Il me semble inévitable de vous demander : quels sont les projets pour la suite, l’après Blackstone ?

Par manque de temps, je ne peux me consacrer qu’à un seul projet à la fois. Il faut donc que je sois sûr de moi avant de me lancer. Evidemment, on ne peut jamais être sûr à cent pour cent avant de commencer. On parle de créativité. Il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu lorsqu’on écrit. Mais les retours sur Blackstone m’encouragent. C’est important pour moi de savoir que des lecteurs ont envie de lire mon prochain roman. C’est une relation de confiance qui s’instaure au fil des parutions. Je doute constamment de ce que je fais ou de l’intérêt que cela peut susciter. C’est là qu’intervient l’éditeur ou l’agent littéraire. Ils sont là pour aider à la gestation du projet, indépendamment des aspects financiers. J’ai eu la chance d’en discuter longuement et mon projet initial a beaucoup évolué au cours de cette conversation. Je ne peux pas en parler pour des raisons de confidentialité, mais si cela se concrétise, vous découvrirez des personnages qui pourraient devenir récurrents. Le projet est passionnant !

Avant de clore cet échange, je tiens à vous remercier pour le temps que vous m’avez accordé ainsi que pour cet échange très intéressant. Chez Nyctalopes, nous avons pour habitude de demander aux auteurs de partager avec nous de la musique. Auriez-vous un morceau qui s’apparente à Blackstone ou votre titre du moment à nous proposer ?

Je pense à un titre qui m’accompagne en ce moment : Opening de Philip Glass, un compositeur que j’aime beaucoup. C’est un morceau qui me met instantanément dans un état émotionnel propice à l’introspection.

J’ai découvert l’œuvre de Philip Glass il y a plus de vingt ans. Je me souviens d’avoir vu le soleil se lever un matin d’hiver sur des sommets enneigés dans les Alpes en écoutant un air sublime de son opéra Satyagraha. Vingt ans après, je me souviens encore de l’émotion extraordinaire que cette musique a su faire naître en moi devant ce spectacle majestueux.

J’écoute également en boucle un autre titre de l’album Glassworks, qui s’intitule Islands. Ce titre pourrait être le thème musical du personnage principal de mon prochain roman. Sa mélodie répétitive forme dans mon esprit une spirale obsessionnelle qui me rappelle le magnifique Vertigo d’Alfred Hitchcock et la superbe partition de Bernard Herrmann.

Obsession est le maître-mot pour comprendre ma démarche.

Merci à vous de m’avoir accordé cet espace de parole.

Guillaume Richez avec Bison d’or.

 

LES GENS COMME MONSIEUR FAUX de Philippe Setbon / Editions du Caïman

Nous étonner est une habitude propre aux éditions du Caïman dont nous ne cessons de vanter le travail, auteurs compris. Et Les gens comme Monsieur Faux de Philippe Setbon ne déroge pas à la règle. Au noir, ajoutez-y un peu d’humour ainsi qu’une dose de philosophie. De cette alchimie, ce roman distingué vous tombera entre les mains.

Au chômage, largué par sa femme partie avec son associé, le jeune Wilfried Bodard a décidé d’en finir et de se jeter dans la Seine. Alors qu’il s’apprête à plonger dans les eaux sombres, il est interrompu par un élégant sexagénaire, M. Faux.
Wilfried ne va pas se suicider cette nuit-là, mais sa vie va basculer dans un long puits sans fond : car M. Faux, sous ses dehors affables, est un prédateur, un tueur en série implacable, qui commence à faire le vide autour de Wilfried. Pourquoi ? Parce qu’il l’a pris en affection. Mais aussi parce qu’il ressent le besoin de transmettre son « art » et qu’il croit avoir trouvé en Wilfried le disciple idéal.
Alors que les cadavres s’accumulent, Naomie une jolie capitaine de police se met à rôder autour de Wilfried, à la fois attirée par lui et le soupçonnant d’être l’insaisissable assassin de jeunes femmes qui écume Paris et ses environs.
Tiraillé entre les plans machiavéliques et la présence de plus en plus menaçante de M. Faux et sa relation compliquée avec Naomie, Wilfried va devoir marcher sur une corde raide, très raide, pour s’arracher à ce cauchemar sans fin.

Wilfried est un personne qui a tout perdu, femme, emploi et amis. Il est en proie au désespoir. On ne peut pas parler de personnage déprimé mais plutôt, ça se vérifiera au cours du roman, d’un homme spleenétique. Oui, Wilfried Bodard, dans son immense détresse est un personnage poétique.

Nous le suivons des quais de Seine jusqu’à cette rencontre avec Monsieur Faux en passant par quelques déambulations dans Paris suivis de quelques arrêts chez papa et maman. Wilfried se laisse porter, se laisse faire, se laisse manipuler.

Et ce n’est pas anodin que Wilfried Bodard rencontre Monsieur Faux sur les bords de Seine, quelques instants à peine avant de se suicider. Qui dans un accès de désespoir n’a pas souhaité tout foutre en l’air ? Qui n’a pas laissé son inconscient ou une force extérieure inexplicable prendre l’ascendant sur sa conscience pour le pousser à faire quelque chose de regrettable ? C’est un état d’esprit que Monsieur Faux à bien compris et sait manipuler.

Monsieur Faux est un élégant sexagenaire maniéré et imbu de sa personne.. En somme, Monsieur Faux est un trancheur de gorge détestable. Et Monsieur Faux songe à transmettre son savoir en vue d’une retraite prochaine alors quoi de mieux que de sélectionner un âme perdue et faible. Monsieur Faux va tourmenter Wilfried, le pousser dans ses ultimes retranchements afin qu’il commette l’irréparable. Il détecte en Wilfried un tueur né. Pour Wilfried c’est le début d’une période de peur et de rage, un cercle vicieux qui le plonge dans le mensonge et la fuite.

Au cours de notre lecture on se demande si Monsieur Faux n’est pas un personnage inventé de toutes pièces par Wilfried à l’image de ce diable dans une bulle qui en pousse certain à commettre de grave méfait dans les bandes dessinées.

On se demande si Monsieur Faux n’est pas cet élément perturbateur pourtant annonciateur d’une aube meilleure ou plutôt le passage de l’adolescence à l’âge adulte. C’est ce qu’il semble être dans cette histoire.

Bison d’or.

BOURBON KID de Anonyme / Sonatine.

Traduction: Cindy Colin- Kapen.

Comment ne pas succomber à cette couverture noire sur laquelle se dessine le reflet d’une flasque de whisky gravée d’un crâne et du nom de Bourbon Kid ? Hop ! Une petite rasade, le voyage promet de dépoter un max !

« Les Dead Hunters ont une morale très personnelle. C’est la moindre des choses pour une confrérie de tueurs sanguinaires. Ils ont aussi quelques menus défauts, se croire invincibles, par exemple. Un démon va néanmoins vite les détromper. Malin, fort et intelligent comme seuls les démons savent parfois l’être, il va tranquillement les décimer les uns après les autres. À une exception près. Un des membres des Hunters reste en effet introuvable, et non des moindres : le Bourbon Kid. Notre démon va alors jeter toutes ses forces dans la bataille, depuis les quatre cavaliers de l’Apocalypse jusqu’à une armée de morts vivants, pour retrouver et anéantir définitivement notre tueur bien-aimé. »

Il est préférable de vous avouer que je n’ai jamais lu d’autres romans de l’auteur Anonyme. Je le découvre  avec Bourbon Kid. Dans ce roman, nous retrouvons les personnages des livres précédents pourtant ne pas les connaître ne gène en rien à la compréhension de l’histoire. Le Bourbon Kid peut se lire  comme un roman unique.

Pour dire vrai, il n’y a rien à comprendre dans ce roman.

Ce n’est pas la peine de s’intéresser à la psychologie des personnages car ils n’en ont aucune. Ils sont tous aussi stéréotypés les uns que les autres. Rex et Joey sont les durs à cuir bodybuildés en plus d’être des guerriers sauvages ; les femmes portent souvent des tenues moulante, tunique en cuir ou latex très légères pour ne pas entraver les mouvements. Heureusement, elles sont loin d’être bêtes et sont toutes hyper balèzes ! On ne peut en dire autant de Sanchez, le gentil gros crado, maladroit et pourtant grand héros de cette histoire.

Bien sur il y a le Bourbon Kid, homme invincible qui aime flinguer des goules, massacrer des joueurs de football américain, et trancher les têtes des cavaliers de l’apocalypse.

Et il y a Caïn, le méchant le moins bêtes de tous.

En plus de ça, il faut aimer le fantastique parce que l’auteur vous en sert à la pelle, ainsi que la réécriture de personnages et histoires biblique. Le diable se nomme Scratch et vit dans un bar en compagnie de Jacko (Robert Johnson) et Annabel, madame boule de cristal.

Les forêts sont peuplés de monstres aux yeux rouges et d’un cyclope. Les cavaliers de l’apocalypse transforment les morts en goules, des créatures assoiffées de chair et de sang.

Bref un joli bouquet de monstres !

Terminer cette chronique sans parler de l’ambiance qui plane dans ce roman et de sonhumour serait un véritable blasphème ! L’ambiance est sanglante, noire, désertique. On réussit à sentir la pluie ensanglantée couler sur notre visage, on étouffe dans la poussière du cimetière du diable ou peut-être préférez-vous sentir couler de la pisse bénite sur votre visage ?

Quant à l’humour ? Attendez vous à un retour en enfance et à rire beaucoup : pipi caca popo, c’est drôle dans le Bourbon Kid.

Bourbon Kid est pour toi si tu aimes te défouler un bon coup ! Si tu aimes mordre la poussière ! Si tu aimes les séries Z. Et si tu aimes Christine & the Queens !

Bison d’Or.

BLACK$TONE de Guillaume Richez / Fleur Sauvage.

Attention Black$tone secoue ! Black$tone fait vibrer ! Black$tone fait jubiler ! Black$tone happe ! Black$tone, second roman de Guillaume Richez, est une bonne grosse  baffe dans la G***** !

Vous ne parvenez plus à détacher vos yeux de ces images diffusées en boucle sur toutes les chaînes de télévision, celles d’un bâtiment en ruine au-dessus duquel s’élève un long panache de fumée noire, ni de ces quatre caractères chinois en bas de l’écran, kǒng bù xí jī, « attentat terroriste »… Un Boeing 737 vient de s’écraser sur l’ambassade des États-Unis d’Amérique à Pékin. Tel est le point de départ de Blackstone, un thriller paranoïaque sur fond de conflit entre deux superpuissances, les États-Unis et la République populaire de Chine. Confrontés au risque d’une nouvelle guerre froide, l’officier de la CIA Malone, l’agent spécial du FBI Rodriguez, la directrice du Service national clandestin Sanders et la sénatrice McGovern sont entraînés dans le tourbillon de l’Histoire en quête d’une vérité qui se dérobe sans cesse.

Après lecture on se demande comment cette idée de conflit entre les Etats Unis et la République populaire de Chine est venue à l’esprit de Guillaume Richez ?

Très rapidement on se retrouve plongé au cœur du système politique US et chinois, auprès des services de renseignements. On côtoie le service des clandestins, les chefs et les agents (qui ne sont pas sans rappeler la série : Le bureau des légendes) ainsi que les politiques magouilleurs et calculateurs.

Du côté Chinois, on découvre le fonctionnement de la politique intérieure du parti, la censure mais aussi l’obligation des cadres, des médecins de garder le silence, de cacher la vérité. Tout est y savamment construit à tel point que ces incidents pourraient être réels. Guillaume Richez visionnaire ?

Fort heureusement, tout cela reste très clair. On peut d’ailleurs féliciter l’auteur pour cette présentation des rouages politiques de ces pays avec autant de précision sans pour autant tomber dans le documentaire.

Bien évidemment, ces explications sont épaulées par une intrigue qui nous harponne dès les premières pages et nous tient en haleine jusqu’à l’épilogue qui nous laisse sur notre faim, c’est si bon !

Pour ceux qui aiment les trames militaires, on cohabite avec les SEALS ou encore l’unité d’intervention du parti, autant que policière avec des tueurs en série tels que l’énigmatique 207 et Robert Hill.

Il ne faut pas oublier de parler des personnages, aussi touchants, dégoûtants, excentrique les uns que les autres. Les femmes fortes : Rodriguez, Sanders on la part belle, fortes mais toutes touchées par le malheur : alcoolisme, rescapées d’un attentat.

Et pour terminer, on ne peut pas oublier de signaler l’incroyable duel aérien sublimement et intensément décrit par l’auteur, et mieux vaut vous laisser découvrir la vie dans un sous-marin par vous-même. On ne veut pas vous gâcher la surprise.

Black$tone est un roman puissant et violent. On croit à cette intrigue dont la force est de rester hyper réaliste. On devine dés le début que l’auteur à donner corps et âme à son roman que ce soit pour la documentation ou l’amour qu’il a donné à ses personnages.

Et il ne faut pas avoir peur des mots : il y a quelque chose de DOA chez Guillaume Richez.

Bravo à lui !

Bison d’or.

SUR LE MONT GOUROUGOU de Juan Tomas Avila Laurel / Asphalte.

Traduction: Maïra Muchnik.

Après les conditions ouvrières dans les abattoirs, « Jusqu’à la bête », nous partons pour la frontière entre le Maroc et l’Espagne, à la rencontre des migrants en compagnie de l’auteur africain, Juan Tomas Avila Laurel et de son second roman, Sur le mont Gourougou.
 
« À la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Melilla s’élève le mont Gourougou, où sont réfugiés des centaines de migrants d’Afrique noire attendant de pouvoir poser le pied en Europe. De cette communauté improvisée, on découvre l’organisation du quotidien, les histoires échangées pour tromper l’ennui, les vices, les jeux, mais aussi la lutte pour échapper aux autorités. Jusqu’à l’explosion de ce fragile équilibre quand certains commerces entre hommes et femmes, tenus secrets jusque-là, sont révélés au grand jour… »
Avec « Sur le mont Gourougou », l’auteur traite d’un sujet délicat, et surtout omniprésent dans l’actualité. Les médias nous informent, nous montrent une réalité douloureuse : les conditions de vie des réfugiés, dans les camps ou encore les conséquences d’une traversée de la méditerranée ou les chances de survies sont minimes. Mais ils parlent peu de ce qui tient en vie ces gens, de ce qui les pousse à quitter leur pays, de la solidarité éphémère qui les lie.
Voila ce dont parle Juan Tomas Avila Laurel.
Le mont Gourougou est un col au Maroc dominant l’enclave Espagnol de Melilla, c’est à dire le dernier obstacle à franchir avant d’entrer en Europe. C’est sur ce col, hostile, que le lecteur rencontre ces hommes et ces femmes venus d’Afrique. C’est dans des conditions difficiles que la vie s’organise. Les migrants vivent dans des grottes, dorment sur des cartons, souvent dans le froid, entassés les uns sur les autres. La faim est l’un des problèmes les plus complexes à régler, des groupes d’hommes tournent pour partir en ville en quête de nourriture que les citadins donnent à contre cœur ou en en quantité infime. De plus, il faut prendre en compte que la police des forêts complique le trajet avec leur chasse à l’homme. Sur le mont Gourougou, les réfugiés ne sont pas les bienvenus.
C’est dans ces conditions que les réfugiés, pour survivre et oublier la douleur se fabriquent de l’espoir. Ils se retrouvent en petits groupes ou chacun prend la parole pour raconter des histoires, souvent leur histoire, ce qui les a menés à quitter leur terre. Et il y a de quoi nous étonner ! L’un a quitté son pays car il a vu une petite fille se transformer en vieille dame, l’autre conte l’étrange histoire d’un marchand mangeur d’argent. Et ce n’est pas tout, pour échapper au chaos, les réfugiés jouent au foot, sport national, des tournois y sont organisés. On devine des sourires s’esquisser sur les visages, et, nous aussi, rions. Et c’est de bon cœur que l’on découvre que le mont est renommé la République populaire de Samuel Eto’o.
 « Sur le mont Gourougou » est un roman plein de malice et de tristesse qui nous met face à l’un des plus grands malheurs de l’humanité.
Bison d’Or.

JUSQU’ À LA BÊTE de Timothée Demeillers / Asphalte.

Dans les médias, tous genres confondus, on entend de plus en plus parler des animaux destinés à l’exploitation intensive et à la consommation, de leur conscience et surtout des conditions d’abattages, vidéo à l’appui. Mais qu’en est-il des ouvriers ? Personne ne pense ou ose imaginer les conditions dans lesquelles ils travaillent. Parler des conditions de travail des ouvriers d’abattoir, c’est ce que fait Timothée Demeiller avec son second roman : Jusqu’à la bête.

Erwan est ouvrier dans un abattoir près d’Angers. Il travaille aux frigos de ressuage, dans un froid mordant, au rythme des carcasses qui s’entrechoquent sur les rails. Une vie à la chaîne parmi tant d’autres, vouées à alimenter la grande distribution en barquettes et brochettes. Répétition des tâches, des gestes et des discussions, cadence qui ne cesse d’accélérer… Pour échapper à son quotidien, Erwan songe à sa jeunesse, passée dans un lotissement en périphérie de la ville, à son histoire d’amour avec Laëtitia, saisonnière à l’abattoir, mais aussi à ses angoisses, ravivées par ses souvenirs. Et qui le conduiront à commettre l’irréparable.

Jusqu’à la bête est un roman puissant, violent, qui ne laissera aucun lecteur indifférent. Le langage est acéré, les mots se suivent, presque listés et la ponctuation rythme la lecture comme les clacs des machines rythment le travail à l’abattoir. Finalement on en viendrait presque à devoir le lire à haute voix, c’est la que le texte prend une dimension théâtrale, que la voix d’Erwan se fasse entendre par tous, que les gens prennent conscience de la misère et de la pénibilité de ce travail.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. A travers la voix d’Erwan, l’auteur nous fait découvrir ce que nous refusons d’imaginer, des ouvriers qui travaillent dans un milieu aseptisé et blanc, qui devient en quelques instants un gigantesque bain de sang poisseux.

Les animaux sont tués à la chaîne et le plus rapidement possible pour respecter les délais de commandes du Macdo du coin, du Super U, par des ouvriers que les années de travail ont presque déshumanisé et que les patrons méprisent. La mort, omniprésente, ne compte plus. Elle fait presque partie d’eux. Mais peu importe, la mort reste insupportable et il faut savoir oublier alors certains lancent des blagues, d’autres fument des joints ; Erwan, lui, pense à son amour de jeunesse, Laetitia, sa bouée de sauvetage. Un deuil amoureux qu’il n’a pas réussi à faire. Et dans sa fuite, l’abattoir le rattrape toujours. Erwan devient paranoïaque, persuadé que son corps sent la mort, et durant ses vacances, ses jours de congés, il ne parvient plus à oublier l’usine avec les machines, le sang, l’odeur et le froid. Au fil de la lecture, Erwan donne l’impression de devenir une carcasse. Jusqu’au jour, où à nouveau il est rappelé à l’ordre, ce jour où tout basculera pour lui.

Jusqu’à la bête est un roman assourdissant, à mettre entre toutes les mains et surtout qui permet de ne pas oublier ces ouvriers qui découpent et mettent en barquettes la viande que nous trouvons dans les supermarchés.

Bison d’Or.

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