Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Auteur : clete (page 3 of 70)

DANS L’OMBRE DU BRASIER de Hervé Le Corre / Editions Rivages, Rivages/Noir.

Que faire Après la guerre ? C’est sans doute la question que s’est posée Hervé Le Corre, suite au succès conséquent de l’un de ses précédents romans ainsi nommé (Plus de 60 000 exemplaires écoulés, format initial et poche confondus). Après la guerre ne parlait d’ailleurs pas de celle de celle de 14-18, vendue à toutes les sauces et jusqu’à l’overdose ces dernières années. Aux grands barnums sanglants, Hervé Le Corre préfère s’attacher à ces autres thèmes du pugilat noir ou insurrectionnel, à ces conflits qui n’osent afficher leur nom « de guerre », à ces boucheries fratricides où l’élémentaire besoin de liberté ne masque pas des intérêts plus économiques et libéraux que patriotiques…


« Avec une nation étrangère, on finit par conclure une paix, par signer des redditions ou des traités. Entre eux, princes et généraux, parfois bâtards de même sang, finissent toujours par se faire des politesses, se saluant de leurs chapeaux à plumes. Mais quand il s’agit de combattre le populo, pas de trêve, pas de quartier. Massacrer, tailler en pièces, pour qu’il ne reste que silence et terreur. »

Ainsi, après les prémices de la lutte algérienne, le voici de retour au cœur de la Commune, dans ce Paris du printemps 1871 qui servit déjà de toile à son magistral L’Homme aux lèvres de saphir. Nous étions nombreux à en attendre silencieusement une hypothétique suite. Elle est là, bien là, voire au-delà. Si la présence de l’effroyable Henri Pujols souligne ce retour aux années d’ébauche libertaire, Le Corre monte encore de quelques crans la jauge de son étourdissant talent. Nous savons que scander la virtuosité d’un auteur peu parfois le desservir, mais il convient dans le cas présent de ne pas négliger son apport à un ensemble limpide, à une parfaite adéquation entre érudition et fibre romanesque.

Si les pavés de Paris sont à l’époque mal équarris, il n’en est pas de même pour celui-ci. En près de 400 pages, écrites avec une précision absolue et une aisance magistrale, Le Corre nous captive, nous malmène, nous rattrape, nous conte l’Histoire au fil de celles plus anonymes de ses personnages. Nicolas, Caroline, Antoine et les autres, aussi dépassés par leurs destins qu’admirablement croqués par l’auteur, se débattent au sein du chaos, affrontent ou fuient l’ordre versaillais, s’entravent dans leurs propres barricades et démons, se perdent, se retrouvent, tombent, se noient ou se relèvent. On imagine aisément la somme de travail nécessaire à l’échafaudage du récit méticuleux de ces dix jours qui changèrent à jamais le monde ouvrier et ses rapports avec les hiérarchies politique et patronale. Bien-sûr, la Commune est un échec meurtrier et amer, comme le sera la majorité des révolutions, mais son souvenir reste une vigie au-dessus des têtes dirigeantes et leur appris à lâcher du lest avant que ne déborde la marmite en ébullition. Tout parallèle avec notre présent ne pouvant être bien entendu que fortuit…

1871 donc : la faucheuse rode et frappe à chaque coin de rue. Alors certains prédateurs en empruntent le masque en toute discrétion. Et, dans l’impunité de la tourmente et du bruit des obus, des jeunes femmes se volatilisent. Nadar rend les appareils photographiques transportables et Pujols en profite pour « immortaliser la mort ». Caroline disparaît à son tour. Ses chances de survie, comme celles de la Commune, s’amenuisent d’heure en heure. Nicolas, le sergent, et Antoine, le commissaire, tous deux gradés par défaut d’une armée novice et rêveuse, vont devoir affronter toutes les urgences, du front et de front. Le temps, déjà vacillant, accélère encore et le tourbillon de folie emporte tout sur son passage, vers le fond, là où tout est noir comme cette suie dont Hervé Le Corre tire le plus brillant des feux d’artifices.   

JLM

REQUIEM POUR UNE REPUBLIQUE de Thomas Cantaloube / Série Noire.

L’histoire se passe en France entre 1959 et 1961. Un grand avocat algérien Abderhamane Bentoui, proche du FLN, est assassiné chez lui avec toute sa famille. Le meurtre a été commandité par Deogratias, directeur adjoint du cabinet du préfet de Paris, Maurice Papon. Pour ce faire, il a engagé un écrivain, proche de l’extrême droite française Victor Lemaire, et Sirius Volkstrom, franc-tireur, qui nage en eau trouble.

Afin de noyer le poisson, la préfecture donne la charge de l’enquête à Luc Blanchard,  tout jeune flic assez naïf, et son coéquipier Amédée Janvier, alcoolique notoire. Mais Luc, bien que novice dans la police, ne compte pas lâcher l’affaire et se laisser imposer ses conclusions.

Une recherche parallèle est menée par Antoine Carrega, truand corse, appartenant au milieu, qui est engagé par un ancien compagnon de lutte dans le maquis, père d’une des victimes.

Les trois principaux protagonistes, Luc, Sirius et  Antoine, vont bien sûr se croiser, créer des alliances plus ou moins consenties, confronter leurs modes de vie, rangé et policé pour Luc, non conformiste et violent pour Sirius et en plein cœur du milieu pour Antoine.

Luc a finalement sa naïveté pour lui : il croit en la justice française et au travail de policier, il ne se sent pas manipulé avant de se retrouver face à face avec ses supérieurs. Il prend tellement son travail au sérieux, qu’il finit par poser les bonnes questions, aux bonnes personnes.

Sirius cherche toujours à avoir l’ascendant sur ses interlocuteurs, à avoir la bonne carte en main, ce qui lui donne un comportement imprévisible et proche de la folie, mais ô combien efficace. Il se rallie à des causes, non pas qui lui sont chères, mais qui peuvent lui rapporter.

Antoine, quant à lui est un ancien pêcheur corse, qui ne se sent pas prêt à mener une vie tranquille. Il préfère vivre avec ses propres règles, celle du milieu, des truands, où la parole donnée fait figure d’acte d’engagement. Il fait confiance à ses comparses de la pègre et mène sa vie au travers de différents trafics. Mais sa fidélité lui impose de répondre aux demandes de son ami et de retrouver les assassins de la famille Bentoui.

Ce roman est une cartographie de la France à la fin des années 50 et au début des années 60. Le pays se confronte à la fin du colonialisme, au désir d’indépendance de l’Algérie. De Gaulle qui est assez favorable à cette indépendance, s’est entouré de politiciens qui y sont farouchement opposés. Et pour sauvegarder ce territoire, ils sont prêts à tout, à toutes les violences, toutes les manipulations, y compris des meurtres et des attentats. Les immigrés algériens sont venus en nombre pour travailler dans les usines françaises qui ont besoin de main d’œuvre. Mais ceux-ci sont rejetés par une grande partie de la population. On les traite de bougnouls, de sales arabes, alors le meurtre de l’un d’entre eux, même faisant partie de la  bourgeoisie parisienne, n’émeut pas grand monde. L’histoire ne fait pas la une des journaux bien longtemps.

Thomas Cantaloube nous plonge dans un polar, ambiance gangster, politiciens véreux. Il nous immerge dans cette France qui est partagée entre accorder l’indépendance à l’Algérie ou au contraire, sauvegarder ce territoire qui permet de faire des essais nucléaires en plein désert.

On croise François Mitterrand, jeune député, on assiste même à son attentat manqué/organisé de l’Observatoire. On participe à la création de l’OAS, à l’organisation de l’attentat contre le train Paris-Strasbourg en 1961, aux manifestations d’Algériens en 1961 violemment réprimées par les forces de police.

Mélange d’histoire de gangsters, d’histoire de France, de politique colonialiste, ce livre est une plongée prodigieuse dans cette époque troublée. On suit les trois personnages, chaque chapitre étant consacré à l’un d’eux, on participe à leur enquête, à leurs malversations, à leur vie qu’ils tentent de poursuivre malgré tout. Certains pourront reprocher quelques longueurs, la chronologie s’étalant sur près de 2 ans, et une conclusion somme toute assez simple, mais personnellement, il m’a passionné de bout en bout, et je suis arrivée sur les dernières pages avec une pointe de regret à l’idée de le fermer.

Marie-Laure.


GRACE de Paul Lynch / Albin Michel.

Traduction: Marina Boraso.

“GRACE” est le troisième roman de l’Irlandais originaire du Donegal Paul Lynch. Même si l’habit ne fait pas le moine, on a du mal à croire qu’un homme ressemblant un peu à l’acteur Jason Schwartzman, un look de dandy 60’s à la George Best soit capable d’une telle noirceur servie par une plume de tout premier ordre, de l’orfèvrerie.

Paul Lynch a commencé sa carrière d’auteur avec le terrible “Un ciel rouge le matin” où un Irlandais, au 19ème siècle quittait le Donegal pour la Pennsylvanie afin de fuir un tueur à ses trousses. Un an plus tard, il nous proposait “La neige noire” racontant le retour d’un Irlandais dans le Donegal après des années passées aux USA et affrontant l’obscurantisme de ses compatriotes dans sa quête de faire vivre sa famille dans une ferme moderne en 1945. Cette fois, l’Amérique souvent présente dans les écrits des Irlandais n’est pas dans le décor même si l’époque de la “grande famine” racontée dans “Grace”, tragédie qui a tué plus d’un million de personnes sous le regard indifférent des Anglais, a été le moteur de l’exil d’ un million d’Irlandais vers les rives de New York ou de Boston.

“Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.”

Avec son entame quasiment biblique qui rappelle le début de  » Le diable tout le temps » de Pollock,“Grace” est avant tout un grand roman picaresque, égal des grandes oeuvres du genre comme “Water Music” de TC Boyle, une histoire où le déterminisme s’échine à détruire le peu d’espoir, le peu de vie restants. La presse anglo-saxonne a coutume de comparer Lynch aux plus grands auteurs américains et ceci n’a rien de galvaudé, loin de là. Paul Lynch  a une plume extraordinaire, une simple phrase peut parfois vous illuminer pour toute une journée. Lynch est capable par le chant d’un oiseau, le scintillement d’un minuscule grain de granit d’un rocher éveillé par le soleil, de rendre moins dur la peine, la désolation, le Malheur. Même dans les moments les plus faibles du “chemin de croix” de Grace, la prose lyrique, poétique vous porte, vous guide dans sa beauté de la description de la nature si hostile à la mauvaise saison, quand la neige est vécue avec terreur par tous ces pauvres hères sans toit. On touche souvent l’indicible, on vit avec le malheur. La “route” de McCarthy, dans la symbolique, dans sa noirceur comme dans l’histoire vient bien sûr à l’esprit.

Remarquable roman d’initition où le passage à l’âge adulte se paie à un prix bien trop fort, revêtant toutes les couleurs du noir pour n’y échapper que par petits touches pâlement gris colorés animées par une plume brillante sans être clinquante, riche sans être ampoulée, “old style” sans être démodée.

”Grace” nous amène aussi vers des aspects jusqu’alors inconnus dans l’oeuvre de Paul Lynch. L’intrigue, cette fois, est souvent grisement voilée par des espaces devenant de plus en plus réduits entre réalité et tous les songes, les rêves ou vies intérieures de Grace lui permettant, dans la folie, d’échapper à l’horrible réalité de sa vie. Ce crescendo fantasmagorique provoque le vertige sans jamais perdre le lecteur. On est parfois dans l’univers gothique de “la mort au crépuscule” de Willam Gay tout en affirmant un espace bien personnel empreint des légendes irlandaises et celtiques.

Grace, de la même famille que Ree de “Winter’s bone” de Daniel Woodrell, chef d’oeuvre!

Wollanup.


COMME IL PLEUT SUR LA VILLE de Karl Ove Knausgaard / Denoël.

Traduction: Marie-Pierre Fiquet

Exercice délicat que celui de chroniquer le 5e tome de l’entreprise littéraire et autofictionnelle du norvégien Karl Ove Knausgaard (le 4e ayant été salué dans les pages du blog Nyctalopes en août 2017 par un autre contributeur).


Entreprise, c’est le terme qui convient pour décrire le travail de Knausgaard, né en 1968 : raconter sa vie, en faire le matériau de cette saga contemporaine et nordique, divisé en six tomes publiés entre 2009 et 2011, un énorme succès de librairie en Norvège, intitulé Min Kamp / « Mon combat ».

Le présent récit court sur la période 1988- 2002. Karl Ove a vingt à peine quand il s’installe à Bergen, ville universitaire sur la côte de la Norvège, pour entamer un cursus à l’Académie d’écriture. Il arrive débordant d’enthousiasme et d’ambition littéraire. Mais rapidement ses illusions volent en éclats. Il désire tant, sait si peu et ne réalise rien. Ses efforts de socialisation se soldent par des échecs cuisants. Maladroit avec les femmes et très timide en société, il noie son humiliation dans l’alcool et le rock tandis qu’il se dit que peut-être il est plus doué pour la critique que l’écriture. Sans raison apparente de se sentir optimiste, Karl Ove continue d’explorer avec amour les livres et la lecture. Petit à petit son rapport au monde change et le monde autour de lui change aussi. Il tombe amoureux, renonce à l’écriture pour se consacrer à la critique littéraire, plus immédiatement gratifiante, et les premières pierres de sa vie d’adulte sont posées. Le roman devient celui d’amitiés fortes et d’une relation amoureuse sérieuse. Quand son père meurt, tout se désintègre pour celui qui vient de publier son premier roman. Il fuit en Suède pour éviter sa famille et ses amis.

Pour qui n’est pas familier de la société norvégienne, de sa culture et de la géographie du pays des fjords, le texte de Knausgaard, avec son réalisme exhaustif, apporte de multiples détails. Ce talent pour l’inventaire peut ramener quiconque a connu une jeunesse universitaire vers les années d’enthousiasme, d’orgueil et de déception noyés (un temps seulement) dans les passions littéraires, musicales, sexuelles ou sentimentales. Mais c’est le revers de ce choix stylistique énumératif également : la capacité à lasser, surtout si le narrateur paraît peu sympathique, grincheux, et sa vie somme toute assez flat. Qu’y a-t-il d’étonnant ou de scandaleux dans le fait de ne pas savoir écrire un grand roman à 20 ans, de se prendre des râteaux avec les filles, de se torcher à s’en rendre crétin et de caler assez régulièrement sur la platine un disque de New Wave ?

C’est en cela que la présente chronique s’avère délicate : un même auteur qui poursuit une saga autofictionnelle reconnue et appréciée, un autre regard qui ne se laisse pourtant pas impressionner. Mais que cela n’échaude point. J’avoue simplement ne pas pouvoir être l’ambassadeur de ce texte.

Les amateurs de romans au long cours, fourmillant de mille petits détails, sur les obsessions de la jeunesse dans des villes littorales norvégiennes soumises à la pluie y trouveront, eux, leur compte.

Paotrsaout


LE GARDIEN DE LA JOCONDE de Jorge Fernández Díaz / Actes Noirs Actes Sud.

Traduction: Amandine Py.

« La mission de Rémil, vétéran de la guerre des Malouines, semble un rien frustrante : assurer la protection d’une jeune avocate espagnole envoyée à Buenos Aires pour exporter des vins vers l’Europe. Mais si l’agence officieuse des renseignements argentins a fait appel à l’un de ses plus brillants éléments, c’est que les malbecs tanniques et colorés, auxquels la belle s’intéresse, sont agrémentés d’une précieuse poudre blanche qui sait se faire très discrète. »

Un auteur inconnu, une lecture non prévue, des première pages séduisantes et en définitif un polar particulièrement costaud racontant un trafic de coke, entre autres, entre l’Argentine et l’Europe. Pourtant l’Argentine en littérature, j’ai quelques réticences après avoir lu à de trop multiples reprises la tragédie de la dictature militaire et ses tristes conséquences…

Jorge Fernandez Diaz auteur de plusieurs ouvrages dans son pays est journaliste d’investigation à l’origine et il a mis ici la somme de ses connaissances des affaires argentines au service d’un  roman inspiré de faits réels qui a dû bien décoiffer dans son pays à sa sortie en 2014 mais qui sera aussi pour les lecteurs français un témoignage assez édifiant de l’universalité des agissements des puissants et des nantis pour se faire de la thune au mépris des lois et d’une certaine conscience avec la poudre blanche.

Quand on pense cocaïne en Amérique latine, on voit de suite la Colombie mais cette affaire racontée de façon très détaillée et précise (parfois peut-être un peu trop pour une ou deux scènes secondaires) montre que d’autres pays sud-américains lui ont emboîté le pas avec ou sans l’aval du suzerain colombien. Alors, évidemment rien de bien nouveau, les mêmes magouilles entre politiciens, flics, avocats, journalistes, courtiers, narcotrafiquants et officines hyper secrètes, bras armé du pouvoir mais également porte-flingues incontrôlables et indécelables… le narcotrafic mondialisé, la narcopolitique des seigneurs… Tous pourris !

Rien d’original au départ mais l’écriture de Diaz parvient d’emblée à accrocher le lecteur pour le posséder tout au long d’un récit au long cours où est expliqué et narré le montage d’un transport de montagnes de coke de l’Argentine vers l’Espagne.Tout sauf indigeste même si, parfois, certains passages au début pourront paraître un peu fastidieux. Mais on s’apercevra à posteriori que ces détails ont leur importance dans la résolution de l’intrigue criminelle hyper violente qui va s’immiscer à partir de la moitié du livre.

Le roman explore minutieusement la vie, le parcours, les intérêts, l’environnement familial et économique des personnages importants investis dans l’affaire et Jorge Fernandez Diaz élabore des portraits assez édifiants de ces puissants engagés dans la même quête et dont les invariants psychologiques sont la cupidité, l’arrogance née d’un sentiment d’impunité et une suffisance engendrée par l’argent facile et en grande quantité.

Mais c’est Rémil qui détient la palme, qui anime le roman, le fait exploser, au moment de sa colère. Rémil, vétéran de la guerre des Malouines de sinistre mémoire pour son pays, est un dur, un inflexible, un “soldat” qui officie pour l’annexe des services secrets argentins, agence autonome dans ses opérations et son financement. Rémil ne connaît pas la peur, la compassion, la pitié, la confiance, sait évoluer au milieu de la faune dominante comme au milieu de la lie de Buenos Aires… Rémil est un roc, un pro qui va succomber aux charmes vénéneux de Nuria “la Joconde” qu’il est chargé de protéger, tomber dans les filets de  “la dame blanche” jusqu’ à la catastrophe prévisible.

Rémil est-il amoureux? Nuria est-elle éprise ? Peu importe ce sera le début de la fin pour l’entreprise et pour cette passion avec cette Méssaline moderne mais absolument pas façon bluette ou mainstream. Le roman s’avère particulièrement éprouvant et violent dans sa seconde partie quand les personnages enlèvent leur masque de bienveillance civilisée et nul doute qu’ Emil ne vous quittera pas une fois la dernière page tournée.

Violemment édifiant et superbement prenant.

Wollanup.

Wollanup/Clete Purcell/ 2018.

Tout avis est par essence subjectif et donc une sélection annuelle représente un sommet dans la partialité tout en entrant certainement un peu dans l’intimité de l’émetteur. Peu importe, ces dix bouquins ne sont peut-être pas les meilleurs de l’année mais ils ont franchi la première étape de mes choix de lecteur par hasard ou par conviction tout comme certainement par envie dans l’instant en adéquation avec l’état d’esprit du moment. Tous par contre sont des romans qui m’ont offert de grands moments d’évasion, d’intérêt, de plaisir éveillant des sentiments pas toujours forcément charmants et restant très longtemps dans la mémoire, continuant à alimenter réflexions bien après leur lecture. C’est tout simplement ce que j’ai lu de mieux cette année et à l’heure de Noël et des cadeaux, ils sont tout ce que j’aimerais vraiment partager avec ceux qui comptent pour moi. Du plaisir, de l’intelligence, de la noirceur, du talent, de l’immense talent…

DÉBÂCLE de Lize Spit / Actes sud.

Un premier roman belge et une énorme force dévastatrice pour raconter l’enfance mal aimée et l’adolescence flinguée. La colère, la douleur, Le Noir social au plus haut niveau, terrible !

CECI EST MON CORPS de Patrick Michael Finn / EquinoX / Les Arènes.

L’adolescence déglinguée vue cette fois-ci des USA. Sale, dégueulasse, dérangeant, sans pitié et sans merci. Urgent et en même temps dérisoire par son nihilisme, aussi con et vulgaire que du “Green Day” mais aussi, surtout, indispensable.

AVANT LA CHUTE de Noah Hawley / Série Noire.

Le roman noir ricain intelligent, sociétal, sombre mais terriblement profond. Beaucoup ont pleurniché avec le pitoyable “Jake” chez le même éditeur. Noah Hawley, c’est la série « Fargo »… Saisissez ici l’effet papillon, la vie et son incertitude, dans un roman particulièrement abouti. Beau!

BRASIER NOIR de Greg Iles / Actes Sud.

La grosse surprise de l’année. Populaire aux USA, quasiment inconnu en France, Greg Iles sort le premier volume fulgurant d’une trilogie sur la ville de Natchez dans le Mississipi dans les années 60 et de nos jours. Le Sud, le Mississipi, le KKK, des disparitions inexpliquées, des salopards qui s’en sortent, une lecture particulièrement addictive. La suite “l’arbre aux morts” en librairie le 2 janvier. Du bonheur !

LA MAISON DU SOLEIL LEVANT de James Lee Burke / Rivages

Qui raconte mieux ou ne serait-ce au moins aussi bien le Sud que le vieux cowboy James Lee Burke. Deux pages et vous êtes ferré, le talent, une plume magnifique, de l’action et de la réflexion, des descriptions à couper le souflle qui vous font aimer des régions que vous n’avez jamais foulées. Un intérêt profond pour l’humain et la nature. Burke est Dieu.

UNE DOUCE LUEUR DE MALVEILLANCE de Dan Chaon / Albin Michel.

Un roman noir qui va fouiller très loin dans le cerveau des personnages mais aussi dans le vôtre. Ecrit avec un style finalement très ordinaire, parfois peu en adéquation avec l’intelligence du propos, un roman vertigineux, dérangeant jusqu’au malaise, hantant de façon très durable, la grande classe.

LYKAIA de DOA / Gallimard.

En délaissant le créneau “Pukhtu”, DOA aborde d’autres mondes douloureux une fois de plus avec talent. Loin des réseaux sociaux, fidèle à des choix d’écrire d’abord pour lui, nous offrant, malgré lui peut-être, ses traumas, ses luttes, ses incertitudes, ses interrogations, ses indignations, DOA frappe encore très fort, fait très mal au lecteur. Un grand, un mec bien.

CORRUPTION de DON WINSLOW / Harper Collins Noir.

North Manhattan, un personnage de tragédie, un crescendo infernal, le retour du grand Winslow. Si vous ne connaissez pas l’auteur, Corruption fera une très bonne entrée dans son monde de polars où le fric est roi et la corruption sa belle pute amante.

LA LEGENDE DE SANTIAGO de Boris Quercia / Asphalte.

Troisième volet des enquêtes de Santiago Quiñones, flic chilien. Tout simplement impeccable, rien à jeter, urgent, imparable.

EMPIRE DES CHIMÈRES d’Antoine Chainas / Série Noire.

Il aura fallu attendre de longues années mais l’attente valait la peine. Toujours aussi violent, sombre dans les mondes racontés mais avec une plume de plus en plus virtuose. Capable de vous immerger dans ces univers fictionnels, Antoine Chainas multiplie puis entremêle les intrigues mais sans jamais noyer le lecteur. Le grand vertige, la déstabilisation érigée en art, le très grand trip 2018. Chainas est grand.

Wollanup/Clete Purcell, décembre 2018.

BEST OF 2018 MARIE LAURE.

Après une première année complète de chroniques pour Nyctalopes, je me livre à l’exercice du Best of de mes lectures pour cette fin d’année. Tout d’abord, un grand merci à Nyctalopes de me permettre de découvrir des auteurs sur lesquels je ne me serai pas toujours laissé tenter en flânant dans les rayons d’une librairie. Et grand bien m’en a fait, j’ai découvert des univers noirs, d’autres poétiques, de grandes surprises et du plaisir. Alors voilà, petite compilation de mes découvertes sans ordre précis.

Si Vulnérable de Simo Hiltunen (Fleuve Noir traducteur Anne Colin du Terrail) : où comment notre éducation, la violence à laquelle nous pouvons être confronté enfant, conditionne notre vie d’adulte. Une étude sociologique et psychologique du mal.

Population 48 d’Adam Steinbergh (Super 8 traducteur Charles Bonnot) : genre de  western en huit clos, angoissant, violent, mais très drôle : une vraie bouffée de poussière sous un soleil de plomb.

Torrents de Christian Carayon (Fleuve noir) : roman rural, d’une lenteur calculée, qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement final. Ou comment les secrets peuvent étouffer une vie tranquille de famille provinciale.

Le fruit de mes entrailles de Cédric Cham (Jigal Polar) : course effrénée  d’une dureté implacable, qui se lit comme on regarde un bon film : bien accroché au fond de son fauteuil.

Sirènes de Joseph Knox (le Masque traduction de Jean Esch) : une descente aux enfers pour un jeune flic de Manchester. Noir, glauque, sans espoir, mais un premier roman au combien captivant.

Sur le ciel effondré de Colin Niel (Le Rouergue) : une plongée dans la Guyane française, entre traditions ancestrales et géopolitique : sombre, étouffant comme ce territoire, hostile, mais d’une poésie envoûtante.  

The beat Goes on de Ian Rankin (Le masque traduction de Freddy Michalski) : recueil de nouvelles permettant d’approfondir notre connaissance de Rebus, flic alcoolique, bourru, cynique mais très attachant, et de sa très chère ville d’Edimbourg.

Marie-Laure.

TOP 2018/CHOUCHOU.

Présentation des livres qui auront compté en cette année. L’intransigeance et nos avis pour le site sont ceux de lecteurs et non de critiques et je n’ai, nous n’avons, pas de diktats éditoriaux. Le filigrane laissé par cette sélection en est un témoin. Les ouvrages qui suivront n’obéissent pas un classement mais à un ordre chronologique.

Simple Mortelle de Lilian Bathelot/ La Manufacture de Livres

Le roman a eu retentissement particulier à sa lecture de part sa sensibilité et la plume maîtrisée par l’auteur. Une histoire parsemée de pleins et de déliés laissant libre cours à la justesse des sentiments dans un déni de justice.

Jaune Soufre de Jacques Bablon/ Jigal Polar

Le littérateur dégrade ses écrits dans sa série chromatique et le moins qu’on puisse concéder est qu’il a eu le nez fin en cette année 2018! Il tricote, de nouveau, un récit puissant qui fait mouche.

Power de Michaël Mention/ Stéphane Marsan

Comme précisé dans ma chronique à la sortie du livre, Michaël Mention sait et tente perpétuellement de se renouveler. Là, il enfile un gant de cuir noir pour nous conter les histoires de symboles de cette (r)évolution. Percutant!

Salut à toi ô mon frère de Marin Ledun/ Série Noire

L’auteur de critique sociale a eu besoin de souffler et de se fixer un objectif nouveau. Il y est parvenu haut la main en s’inscrivant dans la lignée de ses pairs issus de la collection. Vivifiant!

Le Salon de Beauté de Melba Escobar/ Denoël

L’écrivain colombienne a tissé une fresque sociale et sociétale de son pays. L’écriture soignée nous conte le désespoir et les rêves déçus.

Mamie Luger de Benoit Philippon/ EquiNox


Sous couvert d’une satire l’auteur nous a aussi présenté un biais relationnel. Dans ce face à face les positions et les rôles s’érodent pour laisser place à une profonde empathie pour les protagonistes.

Tout Cela je te le Donnerai de Dolorès Redondo/ Fleuve

L’auteur basque espagnole possède le don de captation. Son roman, à l’instar de son triptyque, fait mouche avec ce style fluide bien à elle.

Deux Femmes de Denis Soula/ Joëlle Losfeld

Pourquoi faire long quand on a cette capacité à exprimer de beaux sentiments qui vous transportent? Denis Soula nous le prouve dans ce condensé de vérités et de désespérance. Bijou!

Darktown de Thomas Mullen/ Rivages Noir

On est à l’aune d’une série qui promet par la force de son liminaire. Documenté et agencé d’intelligente manière, on attend le prochain!

Chouchou


SUR LE CIEL EFFONDRÉ de Colin Niel/ Rouergue Noir.

Colin Niel continue sa série policière en Guyane. Il s’agit d’une série mais chaque volume est indépendant, vous pouvez donc sans aucune difficulté vous plonger dans ce livre même si vous ne connaissez pas les précédents.

On suit Angélique Blakaman, jeune noir marron, qui après un grave accident en métropole a obtenu un poste dans la brigade du Capitaine Anato, dans le Haut-Maroni.

Tipoy, jeune amérindien et fils de Tapwili Maloko, haute figure de la lutte contre l’oppression et la préservation des traditions, disparaît lors d’une fête de village. Angélique qui est assez proche de Tapwili, s’empare de l’enquête.

Parallèlement, le capitaine Anato est en charge de chercher une équipe de braqueur qui s’en prend à des familles aisées de Maripasoula.

Ce livre, sous couvert d’une identité policière est une ode à la Guyane et à ses cultures. Et pour faire ressortir sa beauté menacée, Colin Niel nous montre sa nature hostile, celle des orpailleurs clandestins et des compagnies minières, qui rêvent d’étendre leurs territoires au détriment des peuples autochtones, celle des braconniers et des clandestins, des évangélistes et des prêcheurs.

Les déplacements dans ses contrées reculées se font en pirogue, lentement, sous une chaleur humide. La vie est très dure, différentes identités se côtoient mais, ayant du mal à se comprendre, elles  se mélangent peu. Les amérindiens, peuple natif de ce territoire, sont mal compris, laissés pour compte :

« Abandonnés, c’est le sentiment que beaucoup d’Amérindiens partageaient sur le Haut Maroni »

Ils luttent entre leurs traditions ancestrales, entre croyances et vaudou, et la volonté de contribuer au développement de ce territoire, de se sortir de cette image d’arriéré accentuée par les évangélistes qui surfent sur le mal-être de ces nouvelles générations laissées pour compte.

Colin Niel nous offre une histoire policière qui tient en haleine, qui nous fait découvrir un département français plus connu pour son historique bagne ou pour ses lancements de fusées dirigées par des blancs. 500 pages d’une poésie époustouflante, entre géopolitique et ethnologie, qui donne envie de se plonger dans l’histoire de ce département, afin de mieux le comprendre.

Immense, comme ce territoire, ce livre vous offre un grand moment de dépaysement et d’émotions.

Marie-Laure.

11 degrés cap Noir-Noir-Ouest / Best of 2018 de Paotrsaout

Salut les déboussolés. Moi-même perdu dans ce monde de fous, piqué aussi par les recommandations des grands maîtres, j’ai quand même réussi à trouver mes plaisirs de lecture sur des ronds-points, des autoroutes ou alors au fond d’impasses et de coffres.. Les livres nous libèrent, nous font partir. Mes meilleurs voyages cette année entre les blocs de glace, sachant que j’ai évité les icebergs imposés :

Romans

Des jours sans fin / Sebastian Barry = une voix d’homo, populaire et irlandaise dans l’Amérique des années 1860 et 1870.  Ça raconte quelque chose de la vie. Exceptionnel.


Prodiges et Miracles / Joe Meno = Pépé, petit-fiston et en plus un canasson, peut-être sur le chemin de la rédemption.  Beau comme une crèche, poignant comme l’enterrement d’un aimé.


Taqawan / Eric Plamondon = Le saumon n’est pas un animal si con. Un romanesque court qui va droit au but et transperce. Le Québec. Ses indigènes de toutes origines. Le cœur des humains qui veulent lire et aimer des histoires.


Dans la vallée décharnée / Tom Bounan = roman régional américain, riche et dangereux. Qu’on nous raconte bien de bonnes histoires, c’est ce qu’on demande. Et quand c’est le cas…


Braconniers / Tom Franklin = réédition. Encore du régional américain. Recueil de nouvelles. Une belle carte postale dégueulasse du Sweet Home Alabama.

Pour services rendus / Iain Levison.  Toujours dans la place, l’Ecossais américain. Décapant comme d’habitude. Un certain système médiatique, donc politique, n’y échappe pas, cette fois.

L’herbe de fer / William Kennedy.  Réédition. Prix Pulitzer 1984, quand même. Mais ça s’oublie fastoche. Le scalpel social, humain de Jim Thompson. Plus la fantaisie morbide des Celtes irlandais. Très bien.


Little Heaven / Nick Cutter (aka Craig Davidson). Chuck Norris, John Rambo, Quentin Tarantino et Stephen King sont sur un scénario. Qui tombe sous le charme ? Toi !


Récits/Non-fiction

492. Confidences d’un tueur à gages / Klester Cavalcanti. Les aveux, l’itinéraire d’un mercenaire smicard brésilien. Un peu moins de victimes que la peste mais joli score quand même sous de très tristes Tropiques.


Gangster / Alvin Karpis. Les années 30, les années folles des gangsters à flingots et en tacot aux Etats-Unis. Racontées par un acteur de premier plan, pas vraiment dans l’humilité. Ça flingue.


La note américaine / David Grann.  Presque 100 ans avant la Grande Révolte des Peuples Premiers contre l’exploitation des ressources naturelles dans leur sous-sol, une escroquerie mortelle sur une réserve indienne. Edifiant.

En 2019, tenez la barre, gardez le cap.

Paotrsaout




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