Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

Author: clete (page 1 of 32)

LA DARONNE de Hannelore Cayre / Métailié Noir

Retour bien sympathique que celui de Hannelore Cayre dont j’avais beaucoup aimé les trois romans « Commis d’office », « Toiles de maître », « Ground XO » tous trois mettant en scène férocement un avocat Christophe Leibowitz et ses multiples déboires. Hannelore a même adapté la première histoire pour le grand écran avec comme interprète principal Roschdy Zem. Avocate pénaliste, connaissant le milieu dans lequel elle exerce, Hannelore Cayre avait su créer trois histoires rudement addictives et intelligemment moqueuses.

Délaissant les avocats pour des traducteurs au service de la justice l’auteur passe de la lumière des prétoires aux étages beaucoup plus sombres, des petites mains de la justice avec le même bonheur.

 « On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj.

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

Et on devient la Daronne. »

Et cette daronne c’est Patience Portefeux mais aussi un peu Hannelore Cayre peut-être et elle n’hésite d’ailleurs pas à poser en daronne avec ses sacs Tati sur la couverture du roman. Si l’histoire n’est pas autobiographique, l’auteur a dû sûrement également travailler sur sa jeunesse tant les images de son enfance dans les années 70 sembleront justes à toute personne de cette génération.

Beaucoup de mélancolie, de nostalgie, de tristesse, les regrets de Patience, sa vie gâchée par le manque de chance et la mort très prématurée de son mari et qui prend, aux abords de la cinquantaine, des allures certaines de vie de merde.

Et l’occasion faisant le larron, le roman décolle et tout ce petit monde de la came est croqué à la machette par une auteure qui ne fait pas dans la dentelle. Point de pitié, de compassion, on dit ce que l’on pense et on l’assume, et le ton employé, bien souvent, n’incite pas à la discussion avec une Hannelore Cayre particulièrement piquante et remontée contre certains de ses contemporains. L’action est bien au rendez-vous et certains aspects du déroulement semblent sortis de l’expérience professionnelle de l’auteure et ont ainsi un aspect authentique très appréciable.

Souvent hilarant, « la daronne » est un bon  polar bien ficelé et particulièrement roboratif.

Vif, insolent.

Wollanup.

BRIGADE DES MINEURS (immersion au cœur de la brigade de protection des mineurs) de Raynal Pellicer et Titwane/ éditions de la Martinière

Dans le corps de la police judiciaire il y a un brigade spécialisée présentant une place à part. sa particularité, son image tient à la nature des problématiques gérées. On l’a vue dans Polisse, film événement de Maïwenn, là ce sont les compétences d’un graphiste et celles d’un documentariste/réalisateur qui permettent de pénétrer dans le quotidien de ce groupe de femmes et d’hommes qui sont aussi, pour une partie, des parents aux prises avec le sordide, l’abject, l’insoutenable, l’inconcevable qui pourraient générer un légitime sentiment atrabilaire….

« La Brigade de protection des mineurs (BPM) est l’une des six brigades spécialisées de la Police judiciaire parisienne. Elle traite près de 1600 affaires par an pour environ 80 enquêteurs, répartis en deux grandes entités : la Section opérationnelle et la Section Intrafamiliale. Entités auxquelles il faut ajouter le Groupe Internet, qui lutte contre le téléchargement et la diffusion d’images pédopornographiques. »

Titwane, l’illustrateur, concepteur graphique et responsable de la mise en page et Raynal Pellicer, réalisateur télévisé de documentaires et auteur de plusieurs livres, nous accompagnent en nous guidant dans cette troisième immersion suivant la Brigade de Répression du Banditisme, puis la Crim’. Et d’emblée on sent et l’on ressent une atmosphère non comparable aux deux services précités. Le total suivi des auteurs de ce docu illustré dans les enquêtes et des difficultés du quotidien tend à affirmer que le choix personnel pour cette brigade relève d’une mission, d’une vocation, voire d’un sacerdoce. Ils sont investis d’un cadre de valeurs, de préceptes éthiques, déontologiques appuyant d’autant plus le trait que ce groupe reste mu par une viscérale vision de leur profession.

Les descriptions n’épargnent rien ! Elles soulignent des faits, en lien avec les politiques de fonction publique, discordants entre la soi-disante volonté d’objectif de résultats et les moyens alloués aux protagonistes garants de ceux-ci. Remarquant les conditions de travail qui ne cessent de s’étioler insidieusement, on est soufflé de constater la pugnacité, allégée de légitimes états d’âmes face à de telles circonstances, et cette volonté inexpugnable de conserver un regard profondément humain dans ce cloaque répugnant, lieu de l’intersection des vilenies de notre espèce.

Les auteurs possèdent cette faculté d’honnêteté et de modestie de retranscription réalistes et objectives – un univers où la tension reste sous jacente, subconsciente. Les investigations détaillées tant du point de vue de l’enquêteur, que des victimes et des présumés responsables s’agrémentent d’un coup de crayon expressif, bannissant l’ostentatoire et le superflu. La plongée est totale et notre empathie est soumise à rude épreuve. C’est dans cette construction claire, didactique que l’on prend conscience de cette difficulté majeure de la distanciation face à des sentiments émergeants qui pourraient fausser la position neutre primordiale pour mener à bien une instruction ; rouage de base prépondérant afin de présenter un dossier au parquet permettant, éventuellement, de déboucher sur un procès étayé, basé sur des éléments concrets.

On ne peut que ressentir une profonde sympathie pour cette brigade au terme de cette lecture et des missions qui leur sont confiées.

Instructif et émouvant !

Spéciale dédicace pour Alex (s’il me lit il saura pourquoi…)

Chouchou.

LES PIÈGES DE L’ EXIL de Philip Kerr / le Seuil.

 

Riche, beau, savoureux, toujours prenant, et horrible ; du Grand Art.

« On peut dire que le genre de chance dont vous avez bénéficié ressemblait fortement à celle décrite par Sénèque. La rencontre de l’opportunité et de la préparation. »

Il faut avant tout dans cet admirable roman, après le talent de Philippe Kerr, féliciter la traduction de Philippe Bonnet. Cette phrase sort de la bouche de Somerset Maugham, vieil écrivain – dans le livre – anglais homosexuel, et, au delà de son apport spirituel, la simple manière dont elle est émise est un vrai plaisir de lecture. Philippe Kerr est un écrivain complet, il a décidé de nous conter une histoire d’espionnage, d’hommes déchus, de survivants, de femmes fatales, et, comme à son habitude, une histoire d’Histoire. C’est ce qui est le plus fascinant, au delà de son habileté d’écriture,  – les dialogues par exemple, lorsqu’il s’agit de faire parler ces sortes d’aristocrates anglais des années cinquante, un peu « pédérastes », « Suaves, reptilien, et suintant le dédain. ». « Incarnation du scélérat bien élevé et sardonique. » Les dialogues sont savoureux et précis, quelle réussite (il s’agissait tout de même de mettre en scène un des plus grands écrivains de son époque). Il y a tous ces personnages et toutes ces images d’une époque, une analyse sur le lien du secret entre espions anglais et homosexuels, tout aussi anglais, le genre d’attitude était alors réprimandé par la loi dans leur propre pays. Pays dont ils défendaient la cause, nous sommes en pleine guerre froide, et puis, il y a notre détective privé préféré, Bernie Gunther, survivant de guerre, de trahisons, d’histoires d’amour et d’amitié. Il officie en tant que concierge au Grand Hôtel. Dès le départ, cette simple allusion, rend hommage, et ce ne sera pas le seul, aux romans de John Le Carré. On pense au titre « The night manager », mais bien sur, sur toute la deuxième partie de l’histoire, il s’agit de « La Taupe », cette histoire d’espion infiltré durant des années dans les services secrets Britannique et travaillant pour les Russes. On retrouve les noms des protagonistes, à commencer par le fameux Philby !

Encore une fois, et même si vous ne connaissez pas ses romans, Philippe Kerr manie le roman policier avec art. On a beau aimer le roman noir, le polar, il n’en est pas moins qu’on a tous commencé par lire des Arsène Lupin, Sherlock Holmes et Agatha Christie, de grands classiques, et c’est ce genre de lectures, réactualisées au goût de l’Histoire avec un grand H, que nous livre l’auteur. Il y a du Hercule Poirot dans ces personnages millionnaires ou aristocrates profitant de la beauté et des charmes de la Côte d’azur. Cela débute simplement, une histoire de chantage contre un grand écrivain anglais homosexuel, on embauche le concierge de l’Hôtel, Bernie / Walter, qui se cache de son passé, de lui même aussi, c’est un personnage profond, couvert de blessures, d’amour propre et de dignité, témoin de ses propres erreurs, et, comme il le dit lui-même : survivant.

À partir de là, surgit le talent de Kerr, la Vérité, l’Histoire, il nous parle des drames de la deuxième guerre mondiale en Europe, mais, comme à chaque fois, vu par un Allemand lambda, ni nazi, ni guerrier, c’est nous montrer que la guerre est faite par les politique et des extrémistes pour ravager des populations, il y mêle mystères et rapport de forces, liés à la corruption et à l’inhumanité des dirigeants ou pire, profiteurs de ces situations, en parlant, par exemple de la légendaire Chambre d’Ambre, et déjà nous sommes dans les jeux d’espions, il raconte aussi le sort des homosexuels allemands sous le régime d’Adolf Hitler, et dès 1933, que ceux-ci soient des généraux, ou de simples citoyens, leur traitement était impitoyable.

Mais il s’agit avant tout d’un roman policier doublé d’un roman d’espionnage, le rythme est prenant, les rebondissements et révélations s’empilent, et de plus en plus dans la dernière partie, double-jeu, ancien ennemi avec qui l’on doit coopérer, bluff, soupçon, trahison, retournement, c’est tellement prenant, d’autant plus que cela sort directement d’une réalité vécue par les uns et les autres en ces années précises. Il nous décrit si bien la vie de cet écrivain passionné d’art et de peinture et de sa cour sous le soleil calme de la Riviera française (et si vous aimez le bridge, votre plaisir sera double, les analogie par rapport à ce jeu sont multiples), les senteurs de ses jardins, la beauté de ses petites villes, de Eze à la Turbie, il nous emmène même faire un tour dans la rue Obscure de Villefranche, pour ceux qui connaissent, un vrai régal. Il y aussi des clins d’œil à des « personnages » de l’époque (Pierre Brunneberg, le maître nageur de l’hôtel, « il avait appris à tout le monde, de Picasso à David Niven » – avec sa si particulière pédagogie que je vous laisse découvrir).

Mais la cerise, au-delà de l’Histoire dans l’histoire (Histoire passée et du moment, on est en plein conflit sur le Canal de Suez), des descriptions, des ambiances et des dialogues savoureux, passes d’armes ciselées, réparties désuètes et belles, la cerise c’est Bernie Gunther. Un vrai détective de roman noir ; désabusé, trahi, ballotté, castagné, et surtout, doté d’un humour ravageur et sombre ; «  On aurait dit que mes couilles avaient passé la nuit sur une table de billard de brasserie. » Comme d’habitude, nous autres Français, en prenons pour notre grade, mais, ça va, les Anglais et les Américains ne sont pas en reste, de même qu’il fustige ses propres compatriotes de l’époque, « Avec sa moustache en brosse à dent et son élégante tunique du parti, Koch ressemblait à l’effigie d’Adolf Hitler sur un carnet de rationnement. J’avais déjà vu des nazis plus petits, mais seulement dans les jeunesses hitlériennes. » Même si son enracinement à l’Allemagne et à Berlin, dont il nous narre le destin sous le rideau de fer, aussi bien que lors de son époque festive dans les années 20, reste plein de mélancolie. Et bien sûr, il n’omet pas les Russes, rappelant les outrages et la barbarie sans-nom qu’ont subie les femmes et filles des petites villes d’Allemagne lors de l’invasion des troupes de Staline.

Bien sur, à la fin, malgré les nouvelles cicatrices, malgré les petites victoires, les gnons et encore plus de secrets enfouis, l’Histoire continue, et, pour notre plus grand plaisir, celle de Bernie Gunther.

Du Philip Kerr, du Bernie Gunther tout craché, savoureux, violent et mélancolique, du Grand Art.

JOB.

A COUPS DE PELLE de Cynan Jones / Editions Joëlle Losfeld.

Traduction: Mona de Pracontal.

C’est parfois des romans dont vous n’attendez pas réellement grand-chose, d’auteurs inconnus loin des sentiers battus, de maisons d’édition que vous ne lisez pas fréquemment, de sujets qui apparemment ne font pas partie de votre univers que vous arrivent les plus grands chocs, la rencontre improbable entre un auteur, son écriture et vous, pas du tout préparé au choc que vous allez avoir ou plutôt subir tant la violence et la beauté parfaite quasiment irréelle de ce court roman anodin, rural entre élevage de moutons et dératisation de granges au Pays de Galles, foudroiera tous ceux qui ont aimé « grossir le ciel ».

Cette comparaison avec le roman de Franck Bouysse m’a paru évidente pas vraiment sur le style, qui, ici, est aussi virtuose mais dans un genre différent où chaque phrase, chaque mot, chaque silence contribuent à créer un immense océan de réflexion dans un texte réduit à une épure pour en faire un immense roman, un diamant brut. C’est plutôt dans la poésie et la tendresse réelle dans une terrible douleur que se retrouvent la parenté.

Deux hommes, deux destins autour des animaux. Daniel élève des moutons. Sa première apparition le montre dans l’étable en train d’aider une brebis à mettre bas. Le Grand, lui, connu comme un gitan, débute le roman en massacrant volontairement un blaireau déjà mort et mutilé qui a servi dans des combats illégaux contre des chiens auxquels il participe en débusquant les animaux et en les vendant aux organisateurs bestiaux.

Deux personnalités différentes dans leur rapport à la vie, aux animaux. Le Grand a déjà fait de la prison pour ces méfaits, Daniel vient de perdre sa femme, son amour, victime d’une ruade de leur cheval… Ils se côtoient mais ne se fréquentent pas et finiront par se rencontrer…

Tout est enchantement dans ce roman. Amour, solitude, tendresse, cruauté et désespoir humains et animaux se côtoient dans une magnifique ode à la vie, à la mort, à l’humanité. Les parallèles et les croisements entre destins des hommes et des bêtes sont prodigieusement amenés. C’est beau, triste à pleurer mais c’est magnifique. Du noir dans toute sa noblesse.

Mawreddog !

Sortie le 23.

Wollanup.

 

UN SEUL PARMI LES VIVANTS de Jon Sealy /Albin Michel.

Traduction: Michel Lederer.

Caroline du Sud, 1932. Par un soir d’été caniculaire, le vieux shérif Furman Chambers est tiré de son sommeil par un coup de téléphone : deux hommes ont été froidement abattus à la sortie d’une ancienne auberge qui sert désormais de couverture au trafic d’alcool de Larthan Tull, le « magnat du bourbon ».

Quand Chambers arrive sur les lieux, le nom du coupable circule déjà : Mary Jane Hopewell, un vétéran de la Grande Guerre, qui vit en marge de la société. Mais le shérif, sceptique de nature, décide de mener l’enquête et se retrouve plongé dans une spirale de violence.

Jon Sealy est un jeune auteur originaire de Caroline du Sud dont le premier roman paru en 2014 sous le titre « the Whiskey Baron » nous arrive cette année chez Terres d’ Amérique où il est à sa juste place tant il rassemble des qualités que l’on aime retrouver dans la collection d’Albin Michel.

L’éditeur, Francis Geffard, se défend de faire dans le polar bien qu’il y fasse quelques rares incursions comme avec « Angel Baby » de Richard Lange. Le descriptif de la quatrième de couverture pourrait induire en erreur les lecteurs ne connaissant pas la collection car, s’il y a bien un sheriff en quête de vérité dans une affaire de meurtre et s’il y a bien résolution de l’enquête, il semble que l’intention de l’auteur, enfin c’est ainsi que je l’ai compris, était tout autre.

La quatrième de couverture parle de personnages inoubliables et on ne peut qu’approuver. Chambers, le vieux sheriff proche de la retraite qui lit un jeune auteur nommé Erskine Caldwell sera le témoin bien impuissant de la tragédie qui va se jouer durant ses 355 pages mariant moments évoquant la Caroline au moment de la Grande Dépression d’un point de vue économique et social et explosions de haine, de perfidie, de bassesse et de violence aveugle.

Mary Jane, coupable idéal revenu cabossé des tranchées de France de 1918, la veuve Coleman qui a perdu son mari là-bas, Lartham Tull, bootlegger et figure du mal locale, ses tristes comparses, la famille Hopewell qui a été obligée de vendre sa ferme avec la crise et qui a échoué en Caroline pour s’épuiser et perdre la santé dans une usine de cotonnade : du grand père quasiment sénile au petit fils en âge d’être scolarisé sont quelques-uns des personnages qui marquent.

« Ici, on n’avait le choix qu’entre l’usine et l’armée. Le pays entier allait mal. Des terres que les familles possédaient depuis des générations devenaient soudain sans valeur ».

Toute cette petite société à laquelle viennent s’ajouter des familles flinguées par la crise, errant sur les routes comme des damnés est décrite avec précision et intelligence pour bien montrer qu’en cette époque bien grave chacun fait ce qu’il peut pour  s’en sortir et que la propriété, le monopole ne sont pas négociables et qu’importe la manière puisqu’ il en va de sa vie et de la survie de sa famille. La loi du plus fort n’a que faire des lois fédérales.

 « Les années de crise avaient fait de chaque inconnu une canaille, de chaque vagabond un voleur et un bandit ».

Alors, l’histoire est parfois bien sale mais aussi souvent évocatrice d’un monde que la crise de 29 a fait disparaitre, de l’énorme poussée du capitalisme qui se met en place depuis la fin de la première guerre mondiale qui a rendu l’Europe exsangue et permis aux USA de devenir la première puissance mondiale avec son libéralisme sauvage et l’absence de sentiments des nantis pour ceux qui n’ont pas pris le bon train ou eu de la chance.

Par ailleurs, cet ancrage de l’intrigue dans la période de la prohibition montre, une fois de plus que l’interdiction d’un produit produit plus de criminalité et de vice que de vertus.

« Un seul parmi les vivants », particulièrement bien écrit aux multiples personnages frappants, dignes des grandes tragédies, séduira les lecteurs exigeants désirant connaître toutes les ramifications du mal, de ses origines, à sa réalisation et à ses conséquences. Roman noir s’il en est « Un seul parmi les vivants » peut aisément être comparé par son style, sa puissance, son ampleur, sa dimension dramatique à un autre premier roman le fabuleux « la culasse de l’enfer » de Tom Franklin et souhaitons à Jon Sealy la même carrière que celle de l’auteur du « retour de Silas Jones ».

Puissant.

Wollanup.

 

CONNEMARA BLACK de Gérard Coquet/ Jigal Polar.

Les effluves et les vapeurs distillées des Jameson, Paddy ou autre Bushmills exhalent les rancoeurs, les inimitiés, le conflit Ìrlando-anglais encore dans les esprits des vieux mais aussi, tel un génotype culturel, d’éducation, chez les plus jeunes. Dans cette terre des lacs du Conmaicne Mara, « descendants de Con Mhac de la mer », sur la côte occidentale du pays, les ressources se résument à l’élevage de moutons, l’exploitation de la tourbe et le tourisme. On entre dans ce milieu féru de pêche à la mouche mais nulle nécessité de maîtriser des notions halieutiques. Les bottes et cirés restent de mises en raison de précipitations brutales et massives de macchabés.

« La Connemara Black est une mouche artificielle permettant au pêcheur de ne jamais rentrer bredouille… C’est également le nom d’un ancien groupe armé de l’IRA, l’Armée Républicaine Irlandaise. Mais c’est aussi le surnom donné aux filles vivant dans cette baie, à l’ouest de l’Irlande. Elles sont souvent très belles mais plus revêches à apprivoiser qu’un poney des tourbières. Ciara McMurphy en est une. Après un mariage raté, elle a fui la région et s’est engagée dans la Garda, la police locale. Mais lorsqu’une série de meurtres balaie la ville de Galway, c’est elle que le commissaire Grady choisit d’envoyer sur ses terres natales afin de surveiller ce qui reste des indépendantistes. Et entre autres le vieux Zack, un chef de clan, un patriarche qui – entre terres désolées, légendes d’un autre temps, cimetières abandonnés et ex-combattants de tous bords – veille dans l’ombre… Mais sur quoi veille-t-il ? »

Ciara mène l’enquête et se voit contrainte de retourner sur ses terres d’origine, sur sa vie antérieure. Elle y découvre, ou y redécouvre, des rites et des habitudes tenaces liés aux pratiques druidiques tournant autour d’une sorte de grimoire, et en particulier l’un de ses exemplaires, ponctuant l’enquête et l’hécatombe de personnalités afférentes à l’ouvrage tel un jeu de quilles. Les hommes sont rudes, sont épais, sont taiseux, l’histoire de cette nation et de son peuple déteignent sur les âmes et leurs psychologies. C’est dans cette âpreté qu’elle tente d’avancer ses pions mais rien ne progresse sans ce maudit passé, en occultant la politique conflictuelle des affrontements catholiques/protestants.

Gérard Coquet possède un don du dialogue et impose, sans forceps, son atmosphère conjuguant le verbe et maîtrisant le second degré dans un style propre. Sa plume est fine, tantôt empreinte d’un raffinement marquant, tantôt, donc, sous l’égide d’un ton virevoltant et désarmant d’un burlesque évoquant des situations cocasses dans une effusion d’hémoglobine. En affichant son identité littéraire sous ce jour, il affirme une propension solide dans le genre et capte notre intérêt par cette double entrée stylistique et une capacité de dérision. De cet opus, où les clins d’œil à Sam Millar sont multiples, on tire de notre lecture comme une offrande sincère à notre satiété noire.

La dent est carnassière, la pensée noire, mais le cœur est ouvert attiré par la lumière chaleureuse de l’âtre où la tourbe se consume.

Une réussite dans ce jeu de cartes où ne domine que le trèfle !

Chouchou.

COMME UN BLUES d’ Aníbal Malvar / Asphalte.

Traduction: Hélène Serrano.

 

En Espagne, la pluie est forte et lourde; qui l’aurait cru ?

Carlos Ovelar, l’aurait-il cru qu’un soir pluvieux en 1996, un avocat ferait appel à lui pour retrouver sa fille de 18 ans, Ânia.

Pourquoi faire appel à lui, un simple photographe dans une agence madrilène ?

Parce que Carlos Ovelar est un ancien des services secrets.

Dès les premières pages, on tombe nez à nez avec une note de l’auteur à propos de la figure de Janus. Puis, sur un avertissement à propos du langage utilisé dans le roman, non dénué d’humour : Il espère toutefois que cette petite immersion sera utile à l’aimable lecteur, si d’aventure on le mettait un jour au trou.

Autant le dire tout de suite, l’intrigue de “Comme un Blues” est on ne peut plus simple. L’auteur fait le boulot nécessaire pour nous tenir en haleine et, finalement, on ne lui en demande pas plus lorsqu’on découvre le final très noir. “Comme un Blues” est un grand roman : les personnages sont géniaux! Sombres et résignés, mais géniaux! On se retrouve avec Carlos, quarantenaire et en pleine crise. Un bon flic, cynique et ayant un amour démesuré pour le whisky. Et Carlos est habité par la petite voix Janus, violente réminiscence de son temps dans les services secrets. Le malheur de Carlos est d’être écrasé par deux autres personnages, deux mastodontes: son père dit le Vieux et Gualtrapa. Deux phénomènes qui ont la réplique facile, cinglante et qui imposent le respect. Tous deux d’anciens barbouzes qui ont déjoué le coup d’état du 23 février 1981, d’une manière impossible à dévoiler ici sans risquer de révéler une partie de l’essence qui fait ce roman.

Avec « Comme un Blues », le lecteur découvre une partie de l’histoire espagnole post-franquiste – on devine la difficulté du service de renseignements à s’adapter à un nouveau régime politique, ainsi que le déroulement des opérations, des magouilles pour éviter le putsch du F-23.

Car c’est bien la grande époque (ou ce qu’on veut nous faire croire) des services secrets qui plane sur le roman, qui en fait l’essence. Les vieux barbouzes ne peuvent se défaire de cette partie de leur vie. Et Carlos essaye tant bien que mal à se libérer de cette emprise, en vain.

“Comme un Blues” est un roman de la mémoire et de l’impossible oubli. La pluie tombante sur Compostelle a une étrange ressemblance avec l’antichambre de la mort. Que ce soit pour la jeunesse accro aux drogues, et pour ces fossiles accrochés à la vie qui ne peuvent s’empêcher de mettre des bâtons dans les roues de leurs enfants, de les manipuler jusqu’à une fin tragique.

“Comme un Blues” est un roman noir savamment écrit. On y apprend l’histoire de l’Espagne.

On découvre que là-bas, la pluie est parfois omniprésente. Et Anibal Malvar nous pousse à réfléchir à ce qu’est «l’héritage». Celui laissé par nos aînés.

Bison d’Or.

LE PLUS LOIN POSSIBLE de Maureen McCarthy / Denoël suspense.

Traduction : Frédéric Brument (Australie)

 

L’existence de chacun est jalonnée de rives à atteindre. Tantôt lointaines, tantôt proches, elles sont les passages intermédiaires mais essentielles à nos constructions. Parfois on y accède par ses propres moyens et d’autres par des ponts salvateurs. Tess en est là ; elle désire franchir ce cours tumultueux et elle sera assistée mais la substance de sa mue ne pourra s’extraire que de son être…

« Tess, vingt et un ans, vit avec son mari Jay et leur petite fille de trois ans dans une ferme isolée en Australie. Elle est régulièrement battue par son mari, mais les frères et la mère de Jay font semblant de ne rien voir. Un jour, un jeune couple qui voyage à travers le pays s’arrête dans leur village. Tess décide de saisir sa chance et, à l’aube, en cachette de tous, elle monte dans la voiture des inconnus avec sa petite fille. Un périlleux chemin vers la liberté commence alors… »

Maureeen McCarthy est issue d’une famille de fermiers australiens et elle est la neuvième d’une fratrie de dix enfants. Professeure d’art, elle est désormais écrivaine à temps plein. A la clôture de cette lecture il est mal aisé de ne pas reconnaître que l’auteure a, sans nul doute, couché une partie de sa vie.

Dans ses thématiques de la fuite face aux violences conjugales, on accompagne cette embarcation composée d’une mère et de sa fille soutenues dans le projet par un homme providentiel. Chaque personnage de ce récit possède sa propre histoire cabossée. Par étapes, on découvre leur parcours de vie avec leurs souffrances, leurs constructions singulières et insidieusement on aborde leur personnalité sous une lumière de plus en plus claire.

Tess doit se sauver, elle doit sauver sa fille, l’emprise toxique de Jay s’insinue dans sa conscience et son subconscient. Sa souffrance c’est aussi son manque de confiance à autrui. C’est là qu’Harry, l’homme providentiel, joue un rôle majeur, prépondérant, dans sa faculté à délier les nœuds de Tess. Il saura,  pas à pas, rendre une humanité, un équilibre, une vision vers l’avant et plus dans son dos, permettant à Tess de faire face à son passé et, surtout, d’entrevoir un avenir.

On est aussi dans un road trip où règne la hantise d’entrapercevoir son bourreau dans son sillage, cette angoisse concourt à tracer un parcours d’un coup de kohl. Mais la fuite n’est pas infinie et celle-ci s’accolera avec une histoire familiale lourde, qui garde les béances des non-dits, des incompréhensions, de la difficulté liée à l’empathie, et Tess se doit aussi de passer par cette étape pour se confondre dans ses racines, distinguer sa substantifique moëlle. L’alchimie d’une vie est à ce prix et le puzzle possède de nombreuses pièces.

Sous couvert d’un style cinématographique, l’auteur révèle avec sensibilité, sans artifices, la primordiale résurrection  d’un être perdu, blessé, désarticulé. On rentre de plain pied dans ce récit fort dans une réelle alacrité de lecture et comme le disait Cioran : «On peut dire tout ce qu’on veut, Il est impossible de vivre sans aucun espoir. On en garde toujours un, à son insu, et cet espoir inconscient compense tous les espoirs qu’on a rejetés ou perdus »

Un  pont vers la rive espoir !

Chouchou.

LES MARCHES DE L’ AMÉRIQUE de LANCE WELLER / Gallmeister.

Traduit par François Happe(American Marchlands, 2017), Gallmeister, 2017.

 

Tu les avais vu venir à des kilomètres de distance. Le ciel brûlant que l’après-midi avait blanchi semblait aspirer la chaleur de la terre pour la rejeter sous forme d’un voile liquide entre eux et votre petite caravane de trois chariots. La promesse du Territoire de l’Oregon paraissait encore si lointaine derrière le ciel atroce de ce soir-là. Ils s’approchaient en chatoyant ; ils s’amalgamaient, puis éclataient avant de fusionner à nouveau comme du mercure, comme s’ils n’étaient qu’une seule entité, ne devant plus jamais se séparer. Au début tu n’aurais pas pu dire si c’étaient vraiment des êtres humains. Tu n’aurais pas pu dire ce qu’ils étaient. Tu te souviens que ton père avait demandé qu’on lui apporte son fusil mais Dizzy avait dit :

Nan, j’crois que c’est juste des gens avec un chariot.

 

(…)

Et enfin, tu te souviens d’eux, repartis, disparus dans le lointain, un lointain liquide où la chaleur du monde suintait comme le pus d’une blessure. L’énergie fiévreuse de leur voyage en direction du sud, associée à votre propre marche incessante vers l’ouest, produisant une autre sorte de chaleur qui se joignit à celle du monde, celle du ciel, ainsi que celle des étoiles, pour hâter l’extinction finale de tout ce qui existait.

Il est des fois quand une quatrième de couverture dit la vérité. C’est une impression confirmée très vite (les lignes ci-dessus appartiennent au premier chapitre du roman de Lance Weller) : ce texte est un voyage, une errance en charriot. Je veux dire physiquement. Un chariot qui se dirige lentement et inexorablement vers son destin. Il branle, gémit, couine, ses roues épousent la boue, luttent pour se dégager, éclatent la surface de la terre craquelée, s’y enfoncent. Vous reniflez la sueur des chevaux, votre propre sueur, miel de mouches méchantes et bourdonnantes. Vous sentez votre propre angoisse. Elle a un parfum. Car le pays terrible et immense qui s’ouvre devant vous vous impressionne et vous fait peur. Même si il signifie s’éloigner un peu plus d’un passé de honte et de douleur. Elles aussi ont leur odeur entêtante dont on ne peut se débarrasser.

Ils sont trois, réunis par le désir de vengeance et de revanche. Tom Browning, visage d’ange et conscience termite dans le vieux bois du monde. Trop lucide. Ses crises de migraine le rendent dingue, à intervalles réguliers. Il tue pour survivre. Il tue pour avancer encore même si la mort est au bout du chemin. Il doit faire ce chemin. Pisgmeat, son ami d’enfance. Une âme presque innocente mais remodelée à jamais par la brutalité des guerres indiennes et la perte de sa femme chérie. Eux deux se pardonnent leur condition. Ils sont amis. Et puis il y a Flora, l’esclave à la beauté inquiétante, qui trouve son oxygène dans la haine. Elle a été avilie et ne peut pas l’oublier*. Ils iront jusqu’au bout, au Mexique, et présenter à l’ancien maître de Flora le corps de son fils unique conservé dans un cercueil rempli de sel.

Tous trois sont des victimes aussi, d’un monde en construction. Il est violent. Il s’appelle l’Amérique. Et si en cette première moitié du XIXe siècle, il n’occupe géographiquement que la partie orientale du continent, jusqu’au fleuve Mississippi, il avance, grignote l’ouest et le sud, vers l’autre côte et le Mexique. Ceux qui rêvent d’un avenir meilleur, ceux qui fuient un passé lourd ou raté se sont mis en route. Si leur chariot semble chargé du strict minimum, ils portent déjà en eux, avec eux, ils poussent devant eux, les tares et les péchés de la société qu’ils veulent fuir. Les essieux de leur chariot grincent, ils sont grippés par une intrinsèque rouille.

C’est peut-être un talent de Lance Weller. Vous faire subir physiquement un pays et des scènes. Vous n’y échapperez pas. Ses phrases vous garrottent. Lumières, sons, odeurs s’imposent à vos sens. Par petits gestes précis, répétés, on pourrait croire qu’il charge le tableau, écrasant même ses personnages sous des coups de marteau. Lance Weller ciselle. En défonce et relief, vous retrouverez quelque chose de saisissant. De même qu’il faudra un tour de roue complet pour avancer, il faudra attendre la fin de ce travail pour saisir l’importance du moment écrit. Rien n’est gratuit.

Mais ce roman peut aller bien plus loin. Il a des ramifications philosophiques. Il affronte l’Histoire et le Mythe, les désigne du doigt, l’index. Oui, l’Amérique s’est construit avec un esprit d’aventure, terriblement humain mais aussi dans la violence et le sang, et sans doute qu’elle s’en nourrit encore. D’innombrables vies ont été broyées ou abîmées sur le chemin, ce que la fresque vive omet d’évoquer. Elle ne veut en conserver que quelques figures choisies. Avec trois personnages, à taille humaine, Lance Weller nous invite à envisager la force mais aussi le caractère destructeur de l’Amérique. Un pays mais aussi un concept.

Les Marches de l’Amérique est le deuxième roman de Lance Weller, après Wilderness, publié en 2013 chez Gallmeister. Beau et abouti, déjà. Lance Weller était attendu. Il revient avec tout ce souffle historique et humain.

– Ecoute. Tu n’en es qu’au début de ton voyage. Et de l’autre côté de cette rivière, il y a des choses à voir que tu ne trouveras nulle part ailleurs que là où elles sont. Des paysages et des ciels si beaux que tu en auras des douleurs dans les dents. Mais tu rencontreras le mal aussi. Le mal en abondance.  Alors il va falloir que tu sois équipé. (Il haletait dans l’obscurité. Sa respiration était sifflante.) Ces beaux petits bijoux que je t’ai montrés. Vas-y, prend-les. **

*magnifiques lignes quand nous découvrons le regard sur le monde de Flora, femme, belle, esclave, objet donc. Terrible et juste, me semble-t-il.

** Le locuteur, Gaspar, parle d’un sabre et d’un pistolet.

Paotrsaout.

LA CHAMBRE D’AMI de James Lasdun / Sonatine.

 

 

Traduction: Claude et Jean Demanuelli.

Harry, banquier fortuné qui s’intéresse aux micro-crédits qu’il va pouvoir fourguer aux gens fauchés pour s’enrichir un peu plus, Chloé son épouse pseudo photographe talentueuse et parfaite dilettante depuis qu’elle est mariée et Matthew le cousin de Harry qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie depuis qu’il a vendu son restau new yorkais, secrètement amoureux de Chloé et envieux de la réussite sociale, économique et sentimentale de son cousin, voilà les trois personnages de ce huis-clos estival.

Les trois ont quitté la chaleur éprouvante de l’été new-yorkais pour rejoindre les Catskills, région très légèrement montagneuse sur les bords de l’Hudson, à une heure de voiture de Big Apple et villégiature préférée des New Yorkais friqués et qui pensent ainsi retourner à une vie plus en harmonie avec la nature tout en y retrouvant beaucoup de leurs relations fortunées qu’ils côtoient toute l’année à Manhattan ou à Brooklyn. Les Catskills, un coin que l’on apprécie pour sa ruralité, ses températures plus tempérées mais on est dans le même luxe accommodé d’une certaine rusticité qui donne bonne conscience.

Bien sûr, le schéma classique se dessine de suite, le mari, l’épouse et l’amant mais non, parce que je ne serai jamais allé jusqu’au bout du roman et je ne vous en parlerai pas maintenant. J’avoue avoir eu peur parce que les cinquante premières sont lourdes à supporter. Les états d’âme d’un banquier, ceux de son cousin sans réel charisme, passant son temps à arpenter la campagne pour chercher les meilleurs produits du coin pour créer de délicieux mets auxquels vous pouvez ajouter les pérégrinations de l’épouse pour photographier au meilleur moment de la journée les boîtes aux lettres décorées des autres bourges du coin. Mouais, rien de bien passionnant. On comprend bien que Matthew est amoureux mais que de toute manière, ce n’est pas réciproque. Voilà, voilà.

Et puis, un jour alors qu’elle est censée être à son cours de yoga, Matthew surprend Chloé qui entre dans un motel pour n’en ressortir qu’une heure plus tard. Il attendra un peu pour voir un homme quitter lui-aussi l’établissement quelques minutes plus tard. Hésitant à raconter ce qu’il a vu à son cousin car il tient, parasite, à profiter de la belle maison tout l’été quand même, il préfère se taire mais n’aura de cesse ensuite d’espionner Chloé et son amant et là, le suspense démarre et ira crescendo jusqu’à l’explosion finale.

Bien sûr, on est dans un thriller psychologique, pas de furie meurtrière mais une ambiance bien tordue narrée par un Matthew, principal personnage de cette immense comédie de dupes où chacun des trois se fait des idées fausses de ce que pensent les deux autres. C’est finement travaillé, l’issue est imprévisible et sans vous coller à votre siège, « la chambre d’amis » fait montre du talent d’un auteur bon observateur de ses contemporains particulièrement apte vous faire enchaîner les chapitres. Bizarrement, le roman fait penser à deux films interprétés par Alain Delon, « la piscine » d’abord et puis « plein soleil » tiré d’un roman de Patricia Highsmith dont on retrouve ici beaucoup de l’univers.

Trompeur !

Wollanup.

Older posts

© 2017 Nyctalopes

Theme by Anders NorenUp ↑