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Chroniques noires et partisanes

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LES ATTACHANTS de Rachel Corenblit / Le Rouergue.

A l’heure où vous lirez cette petite chronique, j’aurai accompli ma trente et une unième rentrée scolaire. Bon, ce n’est pas votre problème et je le signale en préambule uniquement pour indiquer que mon expérience du milieu me permet d’envisager la justesse ou pas d’un roman traitant de la vie d’une jeune professeure des écoles durant une année scolaire sans être ébranlé par l’émotion qui pourrait gagner certains lecteurs à la suite de pages difficiles, de témoignages issus d’un monde si proche de chacun mais tellement étranger pour beaucoup qui pensent encore que le métier de prof est un bon plan pour les vacances et pour la durée de la semaine de travail. Ceux qui se lancent dans la carrière avec ces plans sont forcément malheureux et souffrent évidemment un martyr les faisant bousiller de nombreux élèves surtout ceux cabossés par leur environnement familial et social s’ils n’abandonnent pas rapidement. L’égalité des chances brandie tel un étendard à chaque nouvelle réforme à chaque nouveau ministre fait doucement marrer les profs de ces écoles sinistrées dans les quartiers ghettos des grandes villes ou abandonnées sans moyens dans les zones rurales oubliées.

« Une classe, c’est comme un roman. Vingt-six histoires qui se combinent, qui se heurtent, qui s’emboîtent. Cinq jours sur sept, de huit heures du matin jusqu’à la fin de l’après-midi, près de neuf mois dans une année, ces histoires se tissent. Si l’on calcule le temps passé ensemble, on s’effraie de constater à quel point une classe absorbe les individus qui la constituent. »

« Les attachants » est un roman qui rend compte d’une année scolaire d’Emma, jeune professeure des écoles qui obtient, après plusieurs années de postes fractionnés dans diverses écoles aux sociologies variées, à des niveaux différents, dans des zones géographiques souvent éloignées les unes des autres dans la région toulousaine. On pourrait être n’importe où ailleurs en métropole, dans une autre ZEP (zone d’éducation prioritaire), abréviation faisant trembler le débutant comme le praticien beaucoup plus chevronné. Centré principalement sur la relation d’Emma avec son groupe de fracassés, de dézingués, on aurait pu craindre une niaiserie faisant basculer dans l’apitoiement ou un tableau idyllique de la réussite d’une enseignante. Il n’en est rien, ce roman est, très, très juste, absolument pas exagéré dans la succession des catastrophes qui arrivent à ces élèves de CM2, absolument crédible dans les combats désespérés que mène Emma. Les Michel, Caïn, Ryan, Dylan, Kevin dont parle Rachel Corenblit et leurs galères sont légions, premières victimes de la dangerosité de notre époque, de la précarité de leur situation, tristes reflets de la misère, du malaise, de l’aliénation de leurs parents. Les profs qui les ont toute l’année ont bien compris que le discours des politiques, les théories foireuses de l’aménagement des rythmes ou autres conneries à la mode, ne changeront rien au marasme actuel qui gagne les zones où la république n’est plus une vérité mais une idée fumeuse.

Le roman a vraiment valeur de document en signalant plusieurs cas de souffrance psychologique de gamins et puisque le sujet est suffisamment grave, oublions la langue de bois un peu pour juste ajouter que tous les gamins flingués dans leur tête que j’ai pu rencontrer l’étaient par la faute, consciente et inconsciente, de leurs parents, de la vie menée ou subie, résultat du malheur, de la malchance mais aussi très souvent de la connerie. Par l’étude de ces cas, en montrant l’attitude des parents, Rachel Corenbilt appuie là où cela fait mal mais ne s’y cantonne pas évoquant tous les autres acteurs de l’équipes éducative d’une école : la directeur (très beau personnage), les collègues, les psys scolaires, les inspecteurs mais aussi les acteurs discrets et méconnus, oubliés et pourtant si importants pour les élèves et pour les enseignants : les auxiliaires de vie scolaire, les ATSEM, les cantinières et les femmes de ménage.

« Les attachants » évoque aussi les collègues qui sombrent, la désertification du personnel d’aide psychologique de l’Education Nationale, le désarroi des familles, la peur de pénétrer dans l’école de certains parents, institution miroir de leur triste histoire ratée, la rumeur, la calomnie… Elle aurait pu aussi évoquer la disparition des réseaux d’aides spécialisés pour les enfants en difficulté, les médecins scolaires et les psys qui ne peuvent plus répondre à toutes les demandes désespérées, multiples et répétées des écoles, l’énorme différence entre le discours politique et la réalité du terrain, les lycées où enseigner la shoah relève de l’utopie suicidaire, le sentiment d’abandon des profs et la capitulation de certains, ainsi que les zones du pays, la Bretagne en premier, où certaines communes érigent des statues à la gloire de Jean Paul 2 et imposent à leurs enfants de faire 20 km pour être scolarisé dans un lycée public ainsi que les élus qui favorisent effrontément les écoles cathos au détriment de l’école de la République. Et coup de chapeau à ces instits ruraux bretons qui n’attendent pas des annonces ministérielles pour mener un combat juste pour la laïcité, une lutte quotidienne sale et épuisante contre l’hostilité des municipalités et d’une partie de la population et l’indifférence de nos gouvernants.

Mais, et avant tout, même si ce roman est hautement politique et grave par le constat qu’il dresse, il montre aussi les moments qui font que prof est le plus beau métier du monde, ces instants de bonheur intense, rares bien sûr, qui vous obligent à masquer votre émotion galopante parce que là, un gamin vous a fait chavirer en vous offrant un sourire, un regard, un dessin, un travail que vous n’espériez pas, que vous n’imaginiez même pas et ce sera peut-être fugitif, sans suite réelle, mais vous avez connu un vrai moment de grâce.

Lors des récents attentats en France, en voyant le profil et l’âge, je n’ai pu que constater que ces terroristes, je les avais eus en classe, pas eux évidemment mais leurs potes, leurs semblables qui eux n’ont pas sombré. Il est évident que, nous les profs, on a dû rater quelque chose et on le sait bien. Il faudrait que ceux qui nous gouvernent comprennent que ce n’est pas en faisant chanter les enfants le jour de la rentrée ou en les évaluant une énième fois qu’on changera quelque chose. Comme si on ne connaissait pas les raisons du marasme.

Un roman juste et utile.

Wollanup.

BEST OF 2017 / Raccoon

À moi donc de me plier à l’exercice du best of de fin d’année. Pas facile, j’ai horreur de la hiérarchie et comment quantifier le plaisir de lecture ? Mais une fois la contrainte de l’exercice acceptée, pas désagréable finalement. Une petite pause, un regard en arrière sur une année de lectures et les plaisirs, les émotions ressenties resurgissent… Bref, voici onze bouquins qui m’ont fortement marquée cette année, classés par ordre alphabétique de titres.

Un roman profond et drôle mettant en scène une belle brochette de losers magnifiquement humains avec un talent et une empathie immenses.

Une atmosphère noire, envoûtante et poétique, des personnages sublimes dépouillés de toute vanité, une plongée au plus profond de l’humanité de chacun avec tout ce qu’elle peut comporter de violence, de noirceur mais aussi d’amour et de rédemption.

Un grand roman d’aventures dans l’Amérique du XIXe siècle, une histoire pleine de bruit et de fureur écrite dans un style époustouflant avec des personnages magnifiques.

De beaux personnages romanesques qui se lient à d’autres, bien réels dont Enki Bilal, l’aventure se marie avec le polar noir de très belle manière.

L’histoire de Médée, pleine de rage et de révolte racontée avec la puissance de David Vann.

Une enfant abandonnée qui recherche sa mère avec un ancien inspecteur alcoolique et une voyante extralucide. Une histoire belle et noire dans une atmosphère étrange mâtinée de surnaturel sur l’amour des mères. Une écriture envoûtante.

Un western sublime, le crépuscule d’un monde sauvage et tout le talent de Larry McMurtry.

Fred Vargas connaît la puissance des mots et des noms. Elle réussit à nous tenir en haleine jusqu’au bout et nous offre un roman fort qui nous confronte au Mal et résonne longtemps après avoir refermé le livre.

Colson Whitehead mêle fiction et réalité avec une puissance extraordinaire pour explorer les pages noires de l’histoire de l’Amérique.

 

LE SÉCATEUR de Eric Courtial / Editions du Caïman.

Après un premier roman très remarqué, Tunnel, Eric Courtial nous donne un nouveau rendez-vous avec son commissaire lyonnais, Patrick Furnon. Et c’est toujours avec grand plaisir que nous découvrons ou redécouvrons, à travers l’écriture et le polar, une ville et une région.

Alors que Patrick Furnon et sa femme, Coralie rentrent du Mexique, le commissaire se retrouve propulsé dans une affaire de meurtres inquiétants. Le meurtrier signe ses actes d’une manière peu habituelle et semble frapper au hasard. C’est alors qu’une course contre la montre commence pour l’équipe du commissaire.

Le sécateur est un roman policier dont l’intrigue est classique, la police court après un serial killer fort intelligent, mais loin d’être surhumain. Intrigue classique donc, mais qui réserve malgré tout son lot de surprises ; les personnages n’en finissent pas de s’arracher les cheveux.

Le sécateur est un court roman dont le rythme est haletant, les événements s’enchaînent sans heurt (quoique), sans pour autant nous noyer dans une marée de rapidité effrénée. L’auteur nous laisse toujours un peu de temps pour reprendre nos esprits avec des traits d’humour. Cependant, Eric Courtial est moins indulgent avec ses personnages, surtout avec Patrick Furnon.

Parlons des personnages – et quels personnages ! Ce qui est fascinant dans le roman d’Eric Courtial, c’est de voir que ces policiers, ces civils, sont tous humains. Oui, aucun ne tombe dans la fosse à clichés : pas de flic alcoolique ni taciturne, pas de super héros, pas de femme hystérique. Juste des gens qui vivent dans un monde on ne peut plus normal, et qui soudainement sont confrontés à un fou furieux qui les poussera jusque dans leurs derniers retranchements. Des gens normaux, mais à mille lieux d’être des corps vides : ce qu’ils sont, leur caractère, ce qu’ils font, les rendent très attachants et nous permettent de nous identifier à eux. Qui ne rêverait pas d’être Patrick Furnon, cet homme passionné par les requins ?

Un roman divertissant et fort à mettre entre toutes les mains ! Bravo !

Bison d’Or.

115 de Benoît Séverac / La manufacture de livres.

Tout part du postulat que pour une même scène, suivant notre éducation, notre profession, notre niveau socio-culturel, la perception constituée accouchera d’une vision parfois aux antipodes et les faits relatés aux prismes antagonistes. C’est aussi cette vision de notre société qui fait l’objet de ce roman.

« Lors d’une descente de police dans un camp de Gitans, NathalieDecrest, chef de groupe dans un commissariat de quartier, découvre des jeunes Albanaises, cachées dans un container pour échapper à leur proxénète.

De son côté, le docteur Sergine Hollard, vétérinaire, projette de créer une clinique ambulante pour les chiens des SDF. Lors d’une consultation, elle fait la connaissance d’Odile, une sans-abri victime de deux sœurs tyranniques, et de Cyril, un jeune autiste qui vit à la rue, également sous leur coupe.Les univers de la prostitution et des grands précaires vont se croiser.Policière et vétérinaire en connaissaient les lisières ; elles vont en découvrir la violence. »

Toulouse et le personnage récurrent de Sergine Hollard doté de tous les attributs de la ville rose jusqu’aux bouts des phalanges représentent le décor à cette série engagée par son précédent ouvrage Le Chien Arabe. A la lecture de ce précédent effort mon ressenti était le suivant : Un fond scénaristique et une structure ambitieux mais l’ingrédient principal, le piment ne me paraissait pas assez connoté… Un livre qui se lit bien, des personnages attachants, des questions sociétales se posent, en particulier la place de la femme au sein d’une religion, de la famille. La dégradation de pans entiers de la Cité par des rouages fourbes et tapis dans des politiques infondées, se désolidarisant des citoyens et leurs problématiques, envahit notre quotidien en détériorant les interactions humaines. De ce nouvel acte mes sensations sont relativement similaires.

Sergine Hollard vétérinaire de son état, ancienne rugbyman s’y référant régulièrement, a ce don de l’empathie, de la philanthropie et une manie « réflexe » à se plonger dans les ennuis, dans des difficultés inextricables la mettant en porte à faux avec les services de l’ordre public de manière récurrente. Séverac nous plonge dans un contexte lourd, poisseux, interlope où « communiquent » prostitution, sans domicile fixe et associations tentant d’apporter une aide sociale, humaine à ses délaissés de la vie à la lisière de nos sociétés. Et c’est avec ses épaules, son abnégation, son cœur que Sergine se rue vers ses projets brisant le consensus. Les scories de la vie coalescentes affluent alors présentant ce tableau dont le rendu peut donc être divergent selon nos perceptions explicitées en liminaire.

Ce roman présente, à mes yeux, plus un profil d’un documentaire journalistique, où manque la dimension littéraire, mais il est indéniable que l’on s’attache aux personnages ainsi qu’à cette série éventuelle.

Docu choc délesté du poids des mots !

Chouchou.

 

INAVOUABLE de Zygmunt Miloszewski chez Fleuve noir

Traduction : Kamil Barbarski.

Zygmunt Miloszewski est écrivain et scénariste. Après sa trilogie de polars noirs mettant en scène le procureur Teodore Szacki qui lui a valu plusieurs prix en France, il revient dans un registre différent, on est ici dans un thriller mâtiné d’espionnage et bourré d’action, mais toujours avec ce ton ironique et drôle qui lui est propre.

« Zakopane, chaîne des Tatras, 26 décembre 1944.

Un résistant serre contre lui un étui métallique. À ses oreilles résonnent encore les dernières instructions de l’officier nazi qui lui a confié « le plus grand secret de cette guerre »… Alors qu’il est pris dans une tempête de neige, sa formation d’alpiniste pourrait se révéler cruciale. Non loin de là, dans une auberge, un homme contemple par l’une des fenêtres la même bourrasque déchaînée. Après une ultime hésitation, il croque sa capsule de cyanure.

Une matinée d’automne, de nos jours, à Varsovie.

Chef du département de recouvrement de biens culturels rattaché au ministère des Affaires étrangères, le docteur Zofia Lorentz est convoquée par le Premier ministre : le Portrait de jeune homme du peintre Raphaël, tableau le plus précieux jamais perdu et recherché depuis la Seconde Guerre mondiale, vient d’être localisé. Accompagnée d’un marchand d’art cynique, d’un officier des services secrets à la retraite et d’une voleuse légendaire, Zofia s’envole pour New York, étape d’une quête contrariée qui pourrait inverser la lecture de l’Histoire et la politique internationale moderne… »

Ce livre s’appuie sur des faits réels et notamment sur les œuvres d’art disparues pendant la deuxième guerre mondiale et jamais retrouvées. En Pologne, des milliers d’œuvres n’ont toujours pas refait surface, la plus célèbre d’entre elles étant le tableau de Raphaël, « portrait de jeune homme », contemporain de « notre » Joconde.

C’est ce tableau qui sera le point de départ du roman, il est réapparu aux Etats-Unis et pour des raisons diplomatiques ne peut pas être réclamé officiellement. L’Etat polonais réunit alors une équipe de choc chargée de récupérer le tableau incognito et  Zygmunt Miloszewski nous présente un groupe aux membres hétéroclites. Trois vivent dans le monde de l’art même s’ils en ont une approche totalement différente : Zofia, fonctionnaire chargée de rapatrier les œuvres disparues, Karol, marchand d’art et Lisa, cambrioleuse ; le quatrième, Anatol, ex agent secret, est lui complètement étranger à ce monde. Zygmunt Miloszewski prend son temps pour nous les présenter, il dévoile peu à peu leur histoire et n’occulte ni leurs points faibles ni leurs travers, son humour ne peut les ignorer et son ironie est souvent mordante, mais il réussit à rendre ses personnages attachants, à leur donner humanité et profondeur. Ils sont tous les quatre des pointures dans leur domaine et de fortes têtes, leurs divergences de point de vue pimentent leurs échanges et les dialogues sont souvent savoureux.

Les deux premiers chapitres se déroulent à la fin de la guerre, ils nous éclairent juste assez pour savoir qu’il y a effectivement un secret à découvrir, puis on se retrouve avec les enquêteurs, dans la Pologne contemporaine et on les suit dans leur quête du tableau de Raphaël. Zygmunt Miloszewski écrit de courts chapitres, le récit est rythmé et dès que l’équipe est en place, tout s’accélère, les actions s’enchaînent. Et de l’action, il y en a ! Cambriolage à hauts risques, courses poursuites, fusillades…  La petite bande se retrouve avec tous les pays de l’OTAN aux fesses sans savoir pourquoi et Zygmunt Miloszewski fait monter brillamment la tension et le suspense jusqu’à la fin où le secret est bel et bien énorme, mais bien sûr je n’en dévoilerai rien.

Zygmunt Miloszewski mêle avec un grand talent des éléments historiques à cette enquête haletante. On découvre des pans méconnus de l’histoire de l’art, de l’Histoire tout court, surtout bien sûr sur la période de la seconde guerre mondiale où en plus de toutes les horreurs commises en Pologne, s’est déroulé un des plus grands pillages de l’histoire mais pas seulement, et c’est passionnant.

Un bon thriller très intelligent.

Raccoon

Entretien avec Lisa McInerney pour « Hérésies glorieuses ».

Les « Hérésies Glorieuses », titre du premier roman de Lisa McInerney paru en France aux éditions Joëlle Losfeld à l’occasion de cette rentrée littéraire, ont connu un succès retentissant outre-manche : la belle Lisa a en effet remporté le prix « Bailey’s woman » en 2015 dans la catégorie fiction ainsi que le prix « Desmont Elliot » comme meilleur premier roman en 2016.

Véritable tremplin d’une carrière qui s’annonce prometteuse et féconde, ce livre nécessitait la rencontre de son auteure. C’est chose faite, puisque Lisa nous reçoit dans le boudoir très feutré de monsieur Gallimard lui-même, ou tout du moins celui de sa maison d’édition. Avec un grand sourire presque juvénile et la prunelle malicieuse, cette damnée romancière irlandaise déploie ses charmes comme un puits sans fond dans lequel on se jette sans réfléchir…

C’est en tant que blogueuse sur l’irrévérencieux « Arse End of Irland » que votre talent littéraire se fit connaître. Pouvez-vous nous parler un peu de ce temps ?

J’ai commencé à écrire au travers de mon blog « Le trou du cul de l’Irlande » parce que c’est là que je vis, au milieu de nulle part. Un endroit très rural et plutôt pauvre en fait. Le point de départ de ce blog, c’était d’être en réaction contre une idée stupide mais pourtant officielle propagée à l’époque par tous les journaux pérorant au sujet d’une prétendue prospérité de l’Irlande. En vérité, tout ce fatras de commentaires qu’on a pu lire sur le développement technologique de l’Irlande, les investissements commerciaux, l’argent et les maisons secondaires en Europe… tout ça ne concernait pas ma communauté mais celle de Dublin.

Je voulais traiter le sujet, avec beaucoup d’humour noir et de railleries, comme l’ont toujours fait les Irlandais d’ailleurs ! On aime rire face aux problèmes, s’en moquer. Et je pense que c’est de là que je tiens mon style.

Mais entre rédiger des billets sur blog et écrire un roman, il y a un monde quand même non ?

J’ai toujours voulu écrire de la fiction, en fait j’en ai écrit plein mais c’était très mauvais (rire). J’étais jeune !! Et puis Kevin Barry (auteur irlandais) est arrivé sur le devant de la scène. Il mettait en place une anthologie de nouvelles. Il avait lu mon blog. Il m’a donc envoyé un email de Londres et m’a dit : « Je vous veux dans mon bouquin, envoyez-moi donc une de vos nouvelles si vous écrivez de la fiction». J’avais pas grand chose sous la plume, c’est à dire absolument rien. Alors je me suis mise à plancher, je lui ai envoyé un texte et il a aimé. Ma nouvelle a été publiée, puis un agent est venu pour me représenter et s’occuper de ma carrière naissante.

Et il est arrivé avec quoi cet homme ?

Une très bonne idée en tête : me faire écrire un roman. Il m’a demandé si j’avais un projet à l’esprit. Je lui ai vaguement répondu « Peut-être deux trois trucs, par-ci par-là ». Il m’a dit : « Très bien, tu as six mois pour me présenter ton oeuvre». Et là ça a été la panique !! (rire). Toute les Hérésies sont issues d’un processus de création sous panique contrôlée !

Ha bah ça a plutôt bien marché ! Mais alors, comment l’histoire est-elle venue finalement, plutôt des personnages, d’une ébauche d’intrigue sous-jacente ?

Oui,  tout vient des personnages. Il y a pas mal de monde dans mon crâne en fait. Des personnages que j’ai créés depuis des années, et pour lesquels je cherchais une intrigue où les faire coller. Tout a commencé avec le personnage de Maureen, l’image de ce crime odieux qu’elle a pu commettre et cette ombre qui rôde… puis Ryan, qui existait déjà depuis très longtemps en moi, est venu. Tony et les autres sont finalement arrivés avec leurs propres histoires la rejoindre.

Il y a-t-il un de ces personnages auquel vous êtes plus particulièrement attachée d’ailleurs ?

Probablement Ryan, parce qu’il est le plus jeune. Et je reste persuadée qu’il a une chance de changer sa vie ; s’il trouve le bon guide. Je ne suis pas sûre que Tony ou Georgie le puissent par exemple, même s’ils restent très attachants et très humains.

Justement,  je trouve que c’est la très grande force de votre ouvrage : l’ambivalence des personnages, leur complexité et l’étrangeté de leurs contours les rendent particulièrement vrais. En fait, toute cette histoire pourrait ressembler à un conte noir et autobiographique.. Qu’en est-il exactement ?

Et bien non, je ne suis pas une meurtrière !! (rire) ni une camée, ni quoi que ce soit.. Bien évidemment, j’ai rencontré dans ma vie des gens aux parcours chaotiques qui ont pu avoir ce genre de déboires, comme faire de la prison par exemple. Je me suis intéressée à leurs histoires, j’ai cherché à comprendre leurs façons d’agir, leurs motivations et ce qui les a poussés à faire ces mauvais choix. J’ai senti l’importance de comprendre les gens, même si on n’approuve pas leurs fonctionnements. Ce n’est donc pas une catharsis, mais plutôt un hommage. Un profond désir de parler de l’Irlande, de Cork et de tous ces gens aux destins hasardeux.

J’ai cru comprendre qu’une des pistes de réflexion quant à l’origine de ces trajectoires vagabondes concernait la famille, ses relations distordues et parfois toxiques.  Une des thématiques centrales de l’histoire !

Oui complètement. Ma famille en Irlande est assez inhabituelle, j’ai été élevée par mes grand-parents et je n’ai jamais connu mon père. C’est aussi pour ça que je n’ai jamais cherché à écrire des histoires de familles « normales » (un papa, une maman, deux enfants). Il y avait beaucoup d’amour et de soutien ceci dit, je m’entendais très bien avec ma mère et mes grands-parents,  mais c’est cette structure familiale inhabituelle en un sens qui m’a amenée à écrire, à célébrer même cette étrangeté !

Ces bizarreries, ces vides, ces querelles familiales, ce sont des fondements de la personnalité. Même si ce sont les pires gens possibles, que vous les détestez : vous venez de là, ils vous ont crées ! On ne peut pas penser un personnage en oubliant d’où il vient.

Un autre sujet central avec lequel vous n’êtes pas tendre non plus, c’est la religion. On pourrait même dire que vous sortez l’artillerie lourde ! S’agit-il là d’un compte à rendre personnel, ou plus généralement d’une attitude typique irlandaise moderne ?

Oui c’est tout à fait ça. Et en même temps… repensant à Maureen, le personnage qui a clairement une dent contre l’Eglise, elle est un petit peu dépassée, hors du temps. Elle revient de quarante années d’exil en Angleterre et pense que l’Eglise a toujours le même pouvoir qu’à son départ. Et ce n’est pas le cas. L’Eglise catholique en Irlande maintenant, c’est surtout pour le décorum, pour faire des fêtes de familles et boire des coups. En fait, elle est complètement à la masse et c’est ça qui est drôle !

Après, il y a des raisons très claires à cette colère que vous avez pu ressentir dans le livre. Les effets de l’Eglise sont toujours là : en Irlande l’avortement est toujours interdit. Quelques soient les circonstances. Au niveau étatique, l’influence de l’Eglise est bien là, même si le peuple la délaisse. Elle possède toujours des terrains. Il y a beaucoup d’argent en jeu.

L’élection récente de Mr Vardakar alors, ça annonce un mouvement justement vers une remise en cause de ce pouvoir politique très traditionaliste ?

Oh là là non ! Je le déteste ! (rire) Il est complètement à droite ! Le fait qu’il soit gay et que sa famille soit d’origine indienne n’a aucune incidence sur ses positions ultra-conservatrices. Il y a deux ans, le peuple irlandais est allé voter en faveur du mariage gay. Toutes générations confondues. Et là, oui, on a pu sentir un désir de s’affranchir des positions traditionnelles de l’Eglise. Mais au niveau politique, c’est toujours les mêmes qui tirent les ficelles : des conservateurs.

Et au niveau du futur des « Hérésies Glorieuses », quelles sont les perspectives alors ? J’ai vu qu’il y a avait une suite « The Blood Miracles » ainsi qu’une adaptation télévisuelle. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Oui, le deuxième volume arrivera en France dans quelques années toujours aux éditions Joëlle Losfeld. On retrouvera Ryan dans une histoire de trafic de drogues connecté à la mafia italienne et celle de Naples notamment…

En fait, j’ai pensé toute cette histoire comme un triptyque : Sex, Drug and Rock n’Roll !! Le premier volume, les « Hérésies Glorieuses» c’est Sex. Je l’ai imaginé avec beaucoup de personnages. Puis vient Drug, avec « The Blood Miracles », qui se recentre autour du personnage de Ryan. Le troisième, en cours d’écriture, ce sera donc Rock n’Roll : de nouveau avec beaucoup de personnages qui se télescopent.

Pour la série télé, c’est très excitant. Je croise les doigts ! Les droits ont été achetés. J’ai réécrit l’adaptation qui concerne surtout l’histoire des Hérésies. Les personnes qui sont derrière le projet sont plutôt sérieuses : le directeur est Julian Farino, il a réalisé tout un tas de films cools et de documentaires undergrounds.  Il est surtout connu pour la série « Entourage » et il a même tourné des épisodes de « Sex and the city » ! (rire). J’espère qu’on trouvera des jeunes acteurs avec le vrai accent de Cork ! Je pense qu’on a besoin de se renouveler en Irlande, un peu comme ce qui a été fait pour la série Gomorra.

Espérons que ce projet vous fera honneur ! Merci beaucoup pour votre gentillesse Lisa, ce fut vraiment un plaisir d’avoir cette conversation avec vous. Pour finir, j’aurais deux petites questions rituelles : si vous aviez un son à nous proposer pour illustrer les Hérésies, quel serait-il ? Avez-vous aussi un livre à nous recommander que vous avez particulièrement aimé récemment ?

Et la douce de nous lâcher un bon vieux « No Oath, no Spell » de Murder by Death, accompagné du très intéressant premier roman de David Keenan « This is Memorial Device » sur un imaginaire groupe post-punk écossais pris dans le maelström des 80’s (non traduit à ma connaissance).

On trouvera par contre (et au passage), en français, « England Hidden’s Reverse » du même auteur, témoignage pour le coup authentique et hors-norme sur la scène post-industrielle de Londres aux excellentes éditions du Camion Blanc de Sébastien Raizer (dont une nouvelle interview arrive à grand pas dans nos colonnes).

Un grand merci également à l’inaltérable Christelle Mata sans qui cette interview ne serait pas.

Propos recueillis par Wangobi. Juin 2017.

LE DIABLE EN PERSONNE de Peter Farris chez Gallmeister

Traduction : Anatole Pons.

Peter Farris vit en Georgie, où se déroulent ses romans. Après ses études à Yale, il est devenu chanteur dans un groupe de rock plutôt bruyant et a travaillé comme guichetier dans une banque où un braquage lui a inspiré son premier roman  Dernier appel pour les vivants. Chose étrange, son deuxième roman « Le diable en personne » n’est pas paru encore aux Etats-Unis, il n’a peut-être pas trouvé d’éditeur. C’est donc en France, chez Gallmeister que le livre commence sa vie.

« En pleine forêt de Géorgie du Sud, au milieu de nulle part, Maya échappe in extremis à une sauvage tentative d’assassinat. Dix-huit ans à peine, victime d’un vaste trafic de prostituées régi par le redoutable Mexico, elle avait eu le malheur de devenir la favorite du maire et de découvrir ainsi les sombres projets des hauts responsables de la ville. Son destin semblait scellé mais c’était sans compter sur Leonard Moye, un type solitaire et quelque peu excentrique, qui ne tolère personne sur ses terres et prend la jeune femme sous sa protection. Une troublante amitié naît alors entre ces deux êtres rongés par la colère. »

Peter Farris nous entraîne dans une histoire noire et violente et pas de doute, c’est un conteur hors pair. Son écriture est simple et puissante avec un grand sens du rythme et il alterne des scènes d’action qui dépotent, des situations cocasses et des moments de grâce avec un égal talent.

Il nous plonge dans les bas-fonds d’une Amérique glauque où de très jeunes filles sont transformées en esclaves sexuelles sans aucun scrupule. Mexico choisit sa marchandise, achetant des gamines, les enlevant au besoin pour répondre aux commandes de ses clients, riches et puissants. La description de ce réseau de prostitution, affaire florissante gérée sans aucun état d’âme fait froid dans le dos car elle sonne juste. Peter Farris nous offre une belle palette de méchants, pervers ou abrutis et le maire de la ville, meilleur client de Mexico est un spécimen particulièrement réussi de pourri puant et corrompu. Il lui facilite le travail et les affaires prospèrent au point qu’ils investissent jusque dans le comté de Trickum.

C’est là que Maya doit disparaître et c’est là que vit Leonard Moye, avec un mannequin de couture pour toute compagnie, volontairement isolé des hommes qu’il ne porte pas dans son cœur. Maya et Leonard sont deux écorchés vifs et leur rencontre va donner lieu à de beaux moments, parfois drôles. Maya qui pour la première fois de sa vie n’est pas un simple objet sexuel, Leonard peu à peu tiré de sa solitude, ramené vers l’humanité. Peter Farris peint deux beaux personnages, humains et attachants.

Il décrit également le comté rural de Trickum et la petite communauté qui y vit : tout le monde se connaît, les ragots vont bon train et les rancœurs sont tenaces. Comme partout ailleurs il y a des braves gens et des pourris, des paumés et des profiteurs mais il y a aussi la nature sauvage de Georgie, dont Peter Farris parle de belle manière. Les animaux, la forêt, les grottes… qui peuvent apaiser et protéger mais servent parfois la folie et la furie des hommes.

Un très bon roman noir qu’on lit d’une traite.

Raccoon.

LUNE COMANCHE de Larry McMurtry chez Gallmeister

Traduction : Laura Derajinski.

Gallmeister nous offre enfin ce livre du grand Larry McMurtry inédit en France depuis 1997 ! Dernier tome dans l’ordre de l’écriture, mais deuxième dans l’ordre chronologique des aventures de Gus McCrae et Woodrow Call qu’on retrouve avec un immense plaisir, ainsi que l’écriture magnifique de Larry McMurtry.

« À la frontière du Mexique, au cœur d’un Texas désertique où quelques colons tentent d’importer la civilisation, de grands guerriers se font face. Le puissant chef comanche Buffalo Hump prouve que son peuple est loin d’être asservi tandis que plus au sud, le mystérieux Ahumado sème la terreur. Face à eux, Gus McCrae et Woodrow Call, Texas Rangers mal équipés et sous-payés, officient sous les ordres du fantasque capitaine Inish Scull. Dans cette partie des États-Unis, l’Histoire est en marche, laissant ces combattants blancs et indiens vivre les ultimes aventures d’un Ouest encore sauvage. »

N’ayant pas lu Lonesome Dove, j’avais décidé de lire la série dans l’ordre chronologique, et c’est double plaisir pour moi vu que je vais maintenant pouvoir attaquer Lonesome Dove qui me faisait de l’œil depuis un moment ! Avec cet ordre de lecture, on voit évoluer les personnages, Gus et Call ne sont plus des jeunots, ils grandissent et évoluent tout en restant eux-mêmes : Call toujours sérieux, Gus toujours bavard et irrévérencieux, poursuivant chacun à sa manière leur vie amoureuse… Et ça fonctionne, Larry McMurtry réussit avec un grand talent à créer des personnages humains, vivants, vraiment attachants. Le plaisir de lecture doit être différent si on lit dans l’ordre de parution car on découvre alors progressivement l’histoire de personnages dont on connaît un peu le destin, mais il ne doit pas être moindre tellement ces personnages sont profonds,  sonnent juste et fort : Larry McMurtry n’est pas un débutant !

Lune Comanche commence une dizaine d’années  après « la marche des morts », et couvre une grande période : avant, pendant et après la guerre de sécession,  élément essentiel de l’histoire des Etats-Unis. Cette guerre civile va déchirer le Texas et diviser les habitants d’Austin, ville nouvelle où tous viennent d’arriver. Fidèles à leurs origines, certains se battront pour le Sud d’autres pour le Nord, même chez les Texas Rangers. Gus et Call évitent le dilemme en restant au Texas car les forts sont dépeuplés, la frontière est dégarnie les Indiens en profitent mais il n’y a pas qu’eux et les bandits de tout poil prolifèrent : il y a du boulot pour les Texas rangers.

C’est un grand western : poursuites, attaques, traques… l’action ne manque pas dans des paysages magnifiques et dangereux du Texas où les éléments peuvent se déchainer où l’on peut aussi bien mourir de soif que mourir gelé. Larry McMurtry suit beaucoup de personnages : Buffalo Hamp grand chef comanche, Kicking Wolf Comanche voleur de chevaux génial, Ahumado dit Black Vaquero, le bandit le plus terrible des contrées sud, Inish Scull capitaine cherchant l’aventure… Il les rend si vivants qu’on les comprend tous même les plus cruels, même les plus fêlés. Ils sont magnifiques, sauvages, épris de liberté. Leurs histoires se coupent, se rencontrent et Larry McMurtry crée ainsi une grande fresque de cette époque violente, époque de guerre où la torture et l’esclavage étaient monnaie courante.

Dans ce monde de brutes, les femmes n’ont pas un sort très enviable : butin de guerres, monnaie d’échange, elles sont enlevées, vendues, violées, répudiées si elles sont récupérées. Il y a néanmoins quelques beaux personnages de femmes : Clara et Maggie dont les histoires mouvementées avec Gus et Call continuent et Ines la femme du capitaine Scull, flamboyante rebelle.

Ceux qui partaient à la conquête de l’ouest n’étaient pas tous très évolués, beaucoup de rustres, de miséreux, de maudits : les rejetés de l’ancien monde. Ils sont là eux aussi avec leurs superstitions, leurs croyances archaïques (forcément c’est pas les élites qui débroussaillaient le terrain !). D’une plume dure teintée de tendresse, Larry McMurtry nous offre toute une galerie de personnages drôles ou tragiques, ridicules mais toujours humains.

On traverse une grande période de l’histoire au cours de cette épopée. La fin des Indiens se profile, il n’y a plus de bisons, les colons sont de plus en plus nombreux et propagent des maladies. C’est la fin d’un monde sauvage. Larry McMurtry raconte un monde au crépuscule.

Un western sublime.

Raccoon

 

ÉCRAN NOIR de Pekka Hiltunen à la Série Noire

Traduction : Taina Tervonen.

Pekka Hiltunen est un journaliste et un écrivain finlandais, son premier polar « Sans visage »  avec ces deux enquêtrices, Mari et Lia, expatriées finlandaises vivant à Londres a été publié en France chez Balland en 2013 . « Écran noir » est le deuxième opus de cette série, il date de 2012 et il en existe un troisième sorti en 2015 en Finlande.

« Des comptes YouTube sont piratés pour poster d’étranges vidéos, totalement noires et silencieuses. D’autres suivent, montrant des personnes immobilisées au sol se faire lyncher à coups de pied. Les images sont d’autant plus dérangeantes qu’elles font preuve d’un sens esthétique macabre. Peu après, les corps sont retrouvés en différents endroits de Londres, et il apparaît très vite que certaines victimes sont des homosexuels disparus lors de soirées dans des bars gays de la capitale. Si la police comprend qu’elle a affaire à un tueur déterminé, elle semble cependant minimiser le caractère homophobe des meurtres.

Deux jeunes Finlandaises, Mari et Lia, se penchent alors, avec l’aide d’un groupe clandestin, sur ces dossiers non résolus dans l’espoir que justice soit rendue. Mais les enjeux sont bien supérieurs à ce qu’elles imaginaient. »

Ceux qui connaissent déjà les deux enquêtrices Mari et Lia les retrouveront sans doute avec plaisir, ceux qui comme moi les découvrent n’auront pas de peine à comprendre le roman, Pekka Hiltunen livre assez de clés, mais ils auront sans doute envie de lire le précédent pour en savoir plus sur ces deux personnages attachants et leur rencontre qui a eu lieu dans « sans visage ». Pekka Hiltunen dévoile au cours du roman un peu de l’histoire des deux personnages principaux, notamment celle de Mari dont l’enfance particulière explique les talents et la motivation.

Elles travaillent toutes deux pour le Studio, un groupe de redresseurs de torts créé et géré à temps plein par Mari qui est riche. Lia, dernière recrue du groupe, le rejoint en dehors de ses heures de boulot pour un magazine londonien. Dans ce studio, ils mettent leurs talents au service d’une cause choisie et combattent les injustices qu’ils rencontrent. Rico, un hacker de génie, Paddy un ancien flic, Maggie, une actrice qui peut endosser tous les rôles… car oui, si leurs causes sont justes, ils n’hésitent pas à travailler dans l’illégalité et peuvent monter de véritables arnaques en bonne et due forme.

Dès les premières vidéos noires postées sur les réseaux sociaux, tout le monde est intrigué puis les lynchages font leur apparition, les victimes sont des homosexuels fréquentant les bars gays de Londres mais la police minimise sciemment l’homophobie évidente des crimes pour des raisons bassement budgétaires et politiques dans une période de réorganisation des services et de rediscussion des priorités. Les membres du Studio enquêtent donc et vont devoir affronter un tueur en série particulièrement retors dans une folle course contre la montre. Ils n’en sortiront pas indemnes.

On suit les enquêteurs avec de temps en temps, un regard sur les victimes du tueur qui prend son temps pour des mises à mort de plus en plus lentes et cruelles. On est saisi par l’urgence, Pekka Hiltunen s’y entend pour faire monter le suspense et nous embarque avec talent dans cette histoire de meurtres et de folie. Ce tueur qui cherche la célébrité, maîtrise les réseaux sociaux où il met en scène son œuvre en la liant avec celle de Freddie Mercury est particulièrement effrayant. Ce monde où tout se met en scène l’ est tout autant.

Un polar haletant avec un tueur 2.0.

Raccoon.

NOTRE PETIT SECRET de Roz Nay / Hugo thriller.

Un peu d’amour dans tout ce noir ne peut pas faire de mal, un peu d’espoir et de réconfort non plus, surtout lorsque ces états d’être transforment des personnages dont la beauté équivaut au paysage luxuriant d’une journée d’été.

Qui a dit que « Les histoires d’amour finissent mal en général » ?

Angela est interrogée par l’inspecteur Novak car la femme de son ex petit ami est portée disparue. A partir de là débute le jeu du chat et de la souri entre ces deux protagonistes. Jeu de mots, jeu de manipulation.

Pour ce faire Angela, 26 ans, entreprend de raconter une partie de vie, de l’adolescence à l’âge adulte. Un récit qui demande de l’attention pour démêler le vrai et le faux.

Il faut avouer sans honte que certaines romances nous plaisent surtout lorsqu’elles nous rendent nostalgiques d’une époque révolue depuis longtemps, l’adolescence et le premier amour – les soirées au bord du lac, les baisers et la fumette, perche en haut d’un arbre. Voilà ce que provoque le roman de Roz Nay. Ce sentiment est accentué grâce à une intrigue simple : qu’est devenue Saskia ? L’auteur mise sur l’efficacité. Malgré quelques longueurs, nous sommes tenus en haleine surtout grâce à un lot de révélations à la fin de chaque chapitre.

Et que dire des personnages, clefs de voûte du roman. Ceux crées par Roz Nay sont peu attachants, voire antipathiques. Saskia en est un parfait exemple, qui n’a pas envie de la voir disparaître ? Attention, Angela est aussi une bonne manipulatrice.

D’ ailleurs, la manipulation est le thème du roman. Le personnage principal qui se plaint toujours est détestable, hautaine et au final il est difficile de savoir s’il faut l’aimer ou non. Le lecteur est juge de penser ce qu’il veut, certains l’aimeront d’autres la détesteront.

Notre petit secret est un roman empreint de nostalgie et teinté de noir pour pimenter ce discours qui pourrait faire penser à l’autofiction. 

Un roman qu’on embarquera pour les vacances – pour un sympathique moment de lecture.

Bison d’Or.

 

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